Compléments au souffle de la révolte, quelques références…

Pour faire attendre cette parution, un article que j’avais publié le 9 novembre 1998, ça ne rajeunit pas…

Pour une mémoire vivante…

Frémeaux et associés est un label indépendant qui fait volontiers dans la conservation du patrimoine. Il vient de publier un curieux coffret de 4 CD, Anthologie sonore du socialisme, 1789-1939, avec des documents inédits. Il débute par l’Internationale chantée par Marc Ogeret enregistrée en 1968. Une une version intégrale, au moins tous les couplets connus, écho de mai 68 qui se souvenait des révolutions précédentes. Le coffret se termine par la Marche socialiste de 1932, joué par l’orchestre Parlophone. Les voix de Léon Blum, de Paul Faure, d’Oscar Louis Frossard, de Vincent Auriol, les chants de la Commune en différentes périodes, des chansons du mouvement ouvrier, de la Révolution française, les chansons de Montéhus… Tout un pan de notre histoire, de notre mémoire, celle que nous voulons conserver. Du passé il faut savoir ne pas faire table rase. Un livret de 200 pages, illustré de photos, commençant par une chronologie de l’histoire de ce mouvement ouvrier français remontant à la Révolution française, dû à Jean-Yves Patte qui a utilisé abondamment le fonds de L’Ours, Office Universitaire de Recherche sur le Socialisme. Fallait-il publier ces voix ? Les retrouver c’est comme renouer avec nos fantômes, retrouver des proches, des amis-ennemis, des échecs, des joies mais aussi toutes les peines, celle de nos pères, de nos mères toutes nationalités confondues. La France voudrait oublier qu’elle a été terre d’asile, terre d’accueil, qu’elle s’est faite par l’agglomération de tous ces immigrés pour construire une nation, une formation sociale en même temps qu’un mouvement ouvrier. Les entendre, c’est leur laisser, une nouvelle fois, la chance de nous atteindre, la chance de nous retrouver. Lire la suite

Jazz. En direct du Brésil

Tromboniste et Carioca, Raul de Souza, entre samba et jazz.

RaulRaul de Souza est né en 1934 à Rio de Janeiro. Il a donc 81 ans. Il part, une fois encore, sur les routes pour une tournée internationale sur la base des compositions de cet album, « Samba jazz » toutes de sa plume. Ce trombone à coulisses est un curieux instrument. Il sonne fortement les temps dans ses premières années à la Nouvelle-Orléans – il faut entendre Kid Ory figure importante du style « tailgate » – pour s’émanciper via Jack Teagarden ou Dickie Wells et devenir un soliste sans attache par la grâce de Jay Jay Johnson.
Raul de Souza connaît visiblement cette histoire. Son trombone sait se faire mémoire du jazz en y mêlant celle de la samba, de la bossa nova, de l’air respiré à Rio. La poésie, la grâce de Jobim, les mots de Vinicius de Moraes se retrouvent en train de jongler avec la dureté, la hargne, la colère de Sonny Rollins et du jazz en général.
Dans cet album, « Brazilian Samba Jazz », il permet aussi de découvrir des musiciens de la génération d’aujourd’hui qui lui donnent la réplique dans ce dialogue intergénérationnel nécessaire pour permettre au patrimoine de vivre avec de nouvelles couleurs.
Pourtant, à vouloir un peu trop jouer sur la nostalgie et les ballades les compositions n’arrivent pas à de détacher les unes des autres. Un peu plus de violence, de révolte ouverte – le trombone est l’instrument pour ce faire – n’aurait pas desservi le propos. Cocktail qui aurait permis de se rendre compte que coller jazz et samba n’est pas une sinécure surtout lorsqu’il s’agit de tempo.
Ces réserves ne doivent pas empêcher d’entendre ce musicien et ses compagnons qui expriment un aspect de la réalité culturelle. Il faut ajouter qu’un label qui a décidé de s’appeler « Encore Merci » ne peut pas être fondamentalement mauvais…
Nicolas Béniès.
« Brazilian Samba Jazz », Raul de Souza, Encore Merci distribué par Rue Stendhal