L’assassinat de Martin Luther King

L’autre cinquantenaire

Le 4 avril 1968, le pasteur noir opposé à la guerre du Vietnam, Marin Luther King tombait sous la balle d’un tireur d’élite. Une seule balle avait suffit. Cinquante plus tard, la lumière n’a toujours pas été faite sur les responsables de cet assassinat. James Earl Ray reconnu coupable du coup de feu n’a jamais eu de procès véritable. Il a toujours nié être l’auteur du coup de fusil même si, vraisemblablement, il a participé à la préparation de ce meurtre. Lire la suite

Temps de lire – les vacances sont un moment propice…

Exil et guerre

Deux livres sous forme de témoignages poignants d’époques que l’on croit révolues. Ils révèlent que des attitudes, des préjugés, représentations héritées du passé ont la vie dure. L’antisémitisme en fait partie comme le racisme. La haine de classes est une des composantes majeures d’un monde qui a moins changé que ne le pensent les tenants de la soi-disant révolution numérique. Révolution qui permet d’habiter le vide de toute pensée critique et vise à faire accepter le « travailler plus » comme le chômage et la désindustrialisation.

Le premier de ces témoignages est celui signé par Moriz Scheyer, « Si je survis ». Une lecture à deux niveaux. Il raconte sa vie d’exilé à partir de l’Anschluss. Il vivait à Vienne, chroniqueur des grands journaux, ami avec tout ce que la Vienne d’alors comptait de grands artistes et ce toutes disciplines confondues. Cette Vienne là a été oubliée même si elle se trouve un peu redécouverte par l’intermédiaire du « retour » de Stéphane Zweig. On a oublié Joseph Roth par exemple et… Moriz Scheyer ! Il va mourir en 1949 après avoir essayé de faire paraître ce livre. Il n’y arrivera et ce n’est guère étonnant. Les Français ne voulaient entendre ces histoires. Histoires d’exils, de mépris, de camps de concentration, de libération et de rencontres d’êtres humains tout simplement. De belles figures que ces nonnes, que ces Rispal, le couple Hélène et Gabriel, Jacques, leur fils qui fera de la prison après pour avoir aidé la révolution algérienne et passera à côté d’une carrière d’acteur. Des interventions nécessaires pour croire encore à l’humanité, à la fraternité. Lire la suite

Un roman « vrai » de Roger Martin, « Il est des morts qu’il faut qu’on tue

Le phœnix de l’antisémitisme

Roger Martin, il est des morts qu'il faut qu'on tueRomain Delorme – ainsi s’appelle-t-il au début d’une histoire non chronologique – est aussi Maxime Tillier, nom qu’il prendra après des découvertes sur sa naissance est le personnage central de ce roman. Flic – on écrit flique à la fin du 19e -, agent secret, fils de gendarme il participe aux grands événements de ce siècle pourrissant qui se termine par la Première Boucherie Mondiale. Le récit commence là, en cette année 1914 qui signe la fin du 19e siècle.
Le narrateur a 43 ans lorsqu’il s’engage. Il y découvrira l’imbécillité de l’antisémitisme. Manière de raconter, pour Roger Martin, cette période qui va de la Commune à la fin de l’affaire Dreyfus et à la mort de Zola, vraisemblablement assassiné par ces antisémites avec l’aide d’une partie de l’armée et de la police. Les anathèmes, les insultes, les annonces de l’anéantissement total de la soi-disant « race juive » se retrouveront tout au long de l’histoire de cette France républicaine. Il met en scène le Préfet Andrieux, père d’un certain Louis Aragon faisant ainsi écho à la biographie de Philippe Forest parue aux éditions Gallimard. Delorme/Tillier meurt en 1940 au moment de la promulgation par Pétain du décret sur les Juifs les privant de droits et de nationalité. Le cri du mourant « ça ne finira donc jamais » est encore le nôtre… Oui, « Il est des morts qu’il faut qu’on tue » pour pouvoir, faire vivre la fraternité.
Nicolas Béniès.
« Il est des morts qu’il faut qu’on tue », Roger Martin, Cherche Midi, 2015, 540 p.

Docu fiction

Travail de mémoire.

Faudrait-il créer, grâce à Roger Martin, une nouvelle catégorie, le « roman pédagogique » ? « Dernier convoi pour Buchenwald » se veut le parcours d’un individu, Robert Danglars, militant trotskiste, instituteur dans le malstrom des années d’après Front Populaire qui voit la formation du PSOP de Marceau Pivert. L’espérance a du mal à se frayer un passage. Déporté en 1944 dans ce camp de la mort, il vivra les expériences du convoi, des camps français et des formes d’organisation de tous ces camps. Les « politiques » avaient pris tous les postes de responsabilité. Narrateur de ce récit, il pratique le retour en arrière permis par un changement de typographie. Pour lutter contre la seule description, l’auteur a habillé l’Histoire d’une intrigue policière. Un travail de mémoire nécessaire et qui résiste à la « prise de tête » comme diraient nos élèves. A conseiller sans modération.

N.B.

« Dernier convoi pour Buchenwald », Roger Martin, Le Cherche Midi, 428 p.

Article publié dans l’US Mag de septembre 2013