« Le bracelet », une épopée et un travail de mémoire.

Shanghai, destination oubliée des exilés Juifs allemands

Andrea Maria Schenkel a le talent particulier de faire renaître la mémoire des années de l’Allemagne sous le joug du nazisme. S’inspirant de faits réels, ici, dans « Le bracelet, la migration des Juifs allemands en 1938 en partance vers Shanghai. Ceux-là, les derniers à partir, n’avaient pas cru aux déclarations antisémites de Hitler pensant être protégés par, souvent, leur participation à la Première Guerre Mondiale ou leur conversion au protestantisme. Ils se sentaient de nationalité allemande. Ils n’étaient que des Juifs. La législation tatillonne de la bureaucratie nazie avait formulé des critères stricts pour déterminer qui était Juif et qui ne l’était pas.
La famille Schwarz est de celle là. Le père, Erwin, qui a vécu la guerre dans les tranchées, ne veut pas croire que le gouvernement allemand s’en prendra à lui. Dans « Le dictateur », Charlie Chaplin raconte la même histoire. Cette croyance était partagée par des intellectuels pourtant à même d’analyser les événements, l’idéologie du régime nazi. Adorno fut de ceux là. Plus tard, aux Etats-Unis, il dénoncera la propagande de masse due à la radio. Lire la suite

Docu fiction

Travail de mémoire.

Faudrait-il créer, grâce à Roger Martin, une nouvelle catégorie, le « roman pédagogique » ? « Dernier convoi pour Buchenwald » se veut le parcours d’un individu, Robert Danglars, militant trotskiste, instituteur dans le malstrom des années d’après Front Populaire qui voit la formation du PSOP de Marceau Pivert. L’espérance a du mal à se frayer un passage. Déporté en 1944 dans ce camp de la mort, il vivra les expériences du convoi, des camps français et des formes d’organisation de tous ces camps. Les « politiques » avaient pris tous les postes de responsabilité. Narrateur de ce récit, il pratique le retour en arrière permis par un changement de typographie. Pour lutter contre la seule description, l’auteur a habillé l’Histoire d’une intrigue policière. Un travail de mémoire nécessaire et qui résiste à la « prise de tête » comme diraient nos élèves. A conseiller sans modération.

N.B.

« Dernier convoi pour Buchenwald », Roger Martin, Le Cherche Midi, 428 p.

Article publié dans l’US Mag de septembre 2013