Le coin du polar

Traumatismes

Commémoration du 100e anniversaire de l’ouverture de la première boucherie mondiale oblige, les auteur(e)s de polar se penchent sur cette période pour insister, chacun(e) à leurs façons sur les traumatismes de la guerre et l’impossibilité de rompre avec ses souvenirs. Comment se réinsérer ? Comment vivre ? Ces questions ne sont pas propres à la guerre de 14-18.
Thierry Bourcy, par l’intermédiaire de son « grand détective » Célestin Louise, a fait revivre les sang, la boue, les meurtres dans les tranchées. L’ensemble de ces enquêtes a fait l’objet d’un folio/Policier spécial « Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18 ». Dans « Le crime de l’Albatros », l’action se situe au Printemps 1919, six mois après la signature de l’Armistice. Un producteur de cinéma russe, ce nouvel art qui commence à faire florès comme le jazz, est retrouvé mort. Le passé militaire d’Alexandre Mekinoff est la clé de cette affaire. Une replongée dans les champs de bataille…
Elizabeth Speller, pour son premier roman « Le retour du capitaine Emmett », conte, à son tour, l’enquête d’un survivant sur son ami d’enfance qui se serait suicidé. La prise de conscience est d’abord celle de l’enquêteur, prise de conscience de son propre vécu. Son environnement est composé de morts ou de handicapés. Comment se construire un avenir ? UB roman qui se veut complet avec une histoire d’amour, de réinsertion mais un peu trop bavard et un épilogue qui ne s’imposait pas. Le lecteur avait compris. Elle insiste, par contre justement, sur les fusillés soi disant déserteurs de ceux qui avaient affiché leur peur ou qui avaient fui ou s’étaient révoltés. Les cours martiales ne chômaient pas.
Odile Bouhier, poursuivant sa saga de la construction de la police scientifique à Lyon, met en scène les effets déstructurants de la guerre sur des personnalités. Pas vraiment d’histoire dans « La nuit, in extremis » mais des descriptions quasi cliniques des traumatismes post guerre. Dans le même mouvement, elle prend en compte les progrès de la science pas assez rapides cependant pour sauver les patients. L’enquête est plus sur le commissaire Kolvair, un des héros récurrents de cette série, que sur le meurtrier lui-même. Le meurtre oblige le commissaire à prendre la mesure des marques de la guerre sur sa personnalité.
A lire pour éviter de commémorer sans réfléchir…
N.B.
« Le crime de l’Albatros », Thierry Bourcy, Folio/policier ; « Le retour du capitaine Emmett », Elizabeth Speller, traduit par Bella Norac, 10/18 ; « Minuit, in extremis », Odile Bouhier, 10/18 Grands détectives

Le jazz débarque en France. Naissance d’histoires d’amour…

Pour éviter toute tentative de commémoration… Mémoire et histoire à travers les révolutions esthétiques du jazz…


Les deux débarquements du jazz. Le jazz et la France, une histoire d’amour.

Premier débarquement (31 décembre 1917, 1er janvier 1918, Saint-Nazaire et Brest)

Jim Europe – ça ne s’invente pas – Reese débarque avec son 369th US Infantry Band. On retrouve des traces de cet orchestre dans un coffret de deux CD publié par Frémeaux et associés, « Early Jazz, 1917 – 1923 ».

Immédiatement, le jazz séduit les surréalistes, Cocteau, les Dadaïste. Robert Goffin, avocat et écrivain (belge, je sais c’est pour ça qu’il n’est pas très connu), écrira beaucoup sur le jazz dont une histoire rêvée de cette musique. Michel Leiris recevra le choc de sa vie qui le conduira sur les entiers menant vers l’ethnologie.
Voir « Le jazz à la lettre », Yannick Séité (PUF) Lire la suite