Le coin du polar

Révoltes
jules_durandbLe Havre, 1910. La CGT a décidé la grève générale dans ses orientations. Jules Durand est charbonnier sur le port. Militant cégétiste, il est accusé de meurtre dans le cadre d’une grève. La guerre sociale ne connaît pas de limite. Le patronat décide de supprimer un élément gênant. Aidé des juges et des notables, il fait condamner sans preuve cet homme coupable de s’être opposé au pouvoir de ces patrons sans foi ni loi. Condamnation à mort, pas moins. Indignation des salariés. La CGT mène l’enquête avec l’aide de l’Humanité et de Jaurès. Cette lutte des classes exacerbée expliquerait-elle la boucherie de la première Guerre Mondiale pour gagner cette guerre sociale ? Un bon polar historique avec tous les ingrédients qu’il faut. Histoire vraie pourtant, un peu oubliée certes que raconte Roger Colombier dans « Jules Durand : une affaire Dreyfus au Havre (1910-1918) ». Pour parfaire le noir, Jules libéré en 1918 terminera sa vie dans un asile d’aliénés…

Alex BergAlex Berg, quant à elle, met en scène les conséquences catastrophiques du trafic d’armes, ici, de l’Allemagne vers l’Afghanistan. Des soldats allemands, victimes d’une embuscade des talibans, meurent sous les balles et armes allemandes. Le Bundestag met sur pied une commission d’enquête et la confie à Eric Mayer qui fait équipe conflictuellement avec Valérie Weymann pour leur deuxième aventure, « La marionnette ». Question sous-jacente : a-t-on le droit de tuer ? De se révolter ? Par quelles voies, quels moyens lorsque le pouvoir lui-même participe au terrorisme ? Plus encore ici, la révolte légitime peut-être manipulée à des fins de peur et de développement de l’industrie de l’armement. Comme un écho à la réalité de notre monde. Cette fiction, comme pour chaque roman de Alex Berg, est plus vraie que vrai.
Caryl Férey CondorTous les pays, on le sait, sont gangrenés par la corruption. Les corrupteurs défendent leurs intérêts égoïstes bien compris au détriment de l’environnement, de la santé des populations et du bien être général. Notre société les reconnaît comme les siens, rongée qu’elle est par le poison de l’idéologie libérale. Caryl Férey, dans « Condor » – jeux de mots faciles mais juste -, a déplacé son intrigue au Chili pour dénoncer l’exploitation illégale des sites protégés. En même temps, il attise la mémoire récente de ce pays au parcours particulier. Allende est encore présent. Son « suicide » reste un élément marquant du paysage politique. La dictature de Pinochet tout autant. La gauche de retour au pouvoir est par trop pusillanime et la droite par trop revancharde. Une histoire d’amour entre une vidéaste et un enfant repenti de riches, vient laisser croire, un temps, que la vie peut-être belle. S’il n’y avait pas les requins…
Trois exemples de la force de la littérature « noire »…
Nicolas Béniès
« Jules Durand : une affaire Dreyfus au Havre (1910-1918) », Roger Colombier, préface de Gilles Manceron, Éditions Syllepse ; « « La marionnette », Alex Berg, traduit par Patrick Démerin, Babel Noir/Actes Sud ; « Condor », Caryl Férey, Série Noire/Gallimard.

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