Le Jazz là où ne l’attend pas

Une fusion porteuse d’avenir.

Rez Abbasi a déjà une longue carrière. Voir son site ou Wikioedia

Rez Abbasi est guitariste et joueur de sitar. Ses origines indiennes expliquent cette dualité. Dans son nouvel album, « Unfiltered Universe », il réussit le tour de force de fusionner ses cultures indiennes et le jazz, via l’influence revendiquée de Pat Metheny. Il a abandonné le sitar pour cet album qui lorgne résolument vers le jazz, loin des « musiques du monde », de cet assemblage qui se veut vendeur et ne réussit qu’à aseptiser toutes les musiques pour en faire un produit de consommation courante.
Rez Abbasi revendique toutes ses traditions, toutes ses mémoires pour les bousculer, les rendre vivantes capable d’inventer un présent. En compagnie de Vijay Iyer, pianiste essentiel de notre temps et de Rudresh Mahanthappa au saxophone alto avec lesquels il partage une formation commune, ils ne craignent de renverser les codes, d’aller vers l’inconnu. Ils ont des repères, dans le jazz, dans les musiques indiennes mais ils ont décidé de franchir toutes les barrières, notamment celles du collage pour proposer une sorte de dialectique de cultures, une sorte de choc pour construire une autre musique.
Il faut les entendre avec attention. Se retrouvent tout autant le jazz des années 1960-70, le son du sitar revisité, la rage lumineuse des grand-e-s du jazz, de tout le jazz – la batterie de Dan Weiss en témoigne comme la contrebasse Johannes Weidenmueller -, les métriques des musiques de ce pays à la culture immense et même, via le violoncelle de Elizabeth Mikhael, un soupçon de musiques dites classiques pour faire surgir des compositions originales de la plume du guitariste.
Nicolas Béniès
« Unfiltered Universe », Rez Abbasi, Whirlwind Recordings.

« Fats » Waller revu et actuel

Visite dans la caverne des ombres

Le nom de Thomas dit « Fats », à cause de son embonpoint, Waller reste dans toutes les mémoires du jazz à la fois comme pianiste, sans doute le plus grand du style « stride », de ce style en vogue à Harlem dés le début des années 1920 et magnifié d’abord par le maître de Fats, James P. Johnson. Comment le rendre vivant ? S’attaquer à ce monument est aussi difficile que de franchir l’Everest. Le copier est inutile. Il faut trouver d’autres voies moins connues. Hank Jones, autrefois, s’y était aussi cassé les doigts.
Mark Lewandoski, contrebassiste, a décidé d’entraîner son trio dans cette aventure périlleuse. Liam Noble est le pianiste qui se prête à hommage qui se veut au présent en compagnie du batteur – plutôt percussionniste – Paul Clarvis, soit un trio de musiciens britanniques qui cultivent les « relations particulières » que leur pays entretient avec les Etats-Unis.
Quelquefois décevant, comme la reprise de ce chef d’œuvre « Jitterburg Waltz » dont les versions de Junior Mance et de Eric Dolphy restent dans les oreilles, souvent surprenant comme l’introduction du premier morceau – après que le crieur ait annoncé Fats Waller, une façon de se servir des archives – avec quelques réussites dont « Honeysuckle Rose » repris à la manière de Thelonious Monk. Une filiation.
La chanson de fin, « Dîtes moi pourquoi », intitulé « Surprise Ending », est une composition de Jelly Roll Morton qui sonne moderne…
Nicolas Béniès
« Waller », Mark Lewandoski trio, Whirlwind Recordings.

George Colligan, pianiste et compositeur

Musicien de notre temps.

Le pianiste George Colligan fait partie de ces musiciens nécessaires. Il synthétise une grande partie de l’art de ce piano illustré par Chick Corea, Herbie Hancock, McCoy Tyner pour l’énergie avec cette persistance de l’influence de Thelonious Monk. Des études de trompette classique le rapprochent quelquefois de Earl Hines, plutôt comme une ombre qui viendrait, de temps en temps, titiller son jeu. L’apprentissage de la batterie lui donne la possibilité d’utiliser ce piano aussi comme un instrument de percussion. Il arrive à se libérer du rythme pour superposer les mesures à celle du batteur avec qui il tourne depuis 10 ans, Rudy Royston cependant que la contrebassiste – qui commence à être reconnue -, Linda May Han Oh assure le soutien du trio avec un son puissant qui s’impose et en impose.
Pour son 28e album en leader – suivant sa propre comptabilité, Wikipédia en est resté à 23 -, il propose une sorte de nouveau départ. « More Powerful » est le titre qu’il a choisi. Plus puissant sans doute mais sans savoir à quoi il se réfère. Lire la suite