« Le bracelet », une épopée et un travail de mémoire.

Shanghai, destination oubliée des exilés Juifs allemands

Andrea Maria Schenkel a le talent particulier de faire renaître la mémoire des années de l’Allemagne sous le joug du nazisme. S’inspirant de faits réels, ici, dans « Le bracelet, la migration des Juifs allemands en 1938 en partance vers Shanghai. Ceux-là, les derniers à partir, n’avaient pas cru aux déclarations antisémites de Hitler pensant être protégés par, souvent, leur participation à la Première Guerre Mondiale ou leur conversion au protestantisme. Ils se sentaient de nationalité allemande. Ils n’étaient que des Juifs. La législation tatillonne de la bureaucratie nazie avait formulé des critères stricts pour déterminer qui était Juif et qui ne l’était pas.
La famille Schwarz est de celle là. Le père, Erwin, qui a vécu la guerre dans les tranchées, ne veut pas croire que le gouvernement allemand s’en prendra à lui. Dans « Le dictateur », Charlie Chaplin raconte la même histoire. Cette croyance était partagée par des intellectuels pourtant à même d’analyser les événements, l’idéologie du régime nazi. Adorno fut de ceux là. Plus tard, aux Etats-Unis, il dénoncera la propagande de masse due à la radio. Lire la suite

Sous les apparences de retour de la croissance (en France), la crise

La troisième crise financière a commencé…

Depuis août 2007, première crise financière dont la traduction a été la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, les pays capitalistes développés ont connu une profonde récession – surtout aux États-Unis – qui marquait l’ouverture d’une crise systémique. Les gouvernements, malgré des G20, une nouveauté, n’ont pas pris la mesure de cette crise aux dimensions d’une véritable crise de civilisation. Faute de réponse, l’acte II est intervenu en mars 2010 touchant cette fois prioritairement les pays de la zone euro mettant en cause directement la monnaie unique, une monnaie incomplète. De là date le surendettement de la Grèce cible de la spéculation.
L’acte III de cette crise a commencé à Shanghai à la fin du mois d’août 2015. la chute de la Bourse a eu immédiatement des échos dans les Bourses du monde entier. Les répercussions internes à la Chine seront sans doute limitées dans un premier temps. Le gouvernement chinois a réglementé les opérations possibles en Bourse – même s’il a été dépassé par le « shadow banking », une finance non réglementée – et a interdit aux banques d’intervenir sur ces marchés financiers. L’onde de choc est pourtant perceptible. Cette chute renforce l’incertitude qui se traduit par des oscillations inquiétantes des cours des Bourses. L’attention particulière accordée aux décisions de la FED s’explique par ce contexte de crise encore sous jacente. Si la Fed décide d’augmenter ses taux d’intérêt, une crise obligataire en résultera. Les propriétaires d’obligations – des parts d’emprunt – à taux zéro ou négatif s’empresseront de vendre et la chute est probable. Le dollar serait réévalué au détriment des monnaies de tous les pays émergents qui subissent la baisse drastique des cours des matières premières – à l’exception du cacao dont les cours montent – et la récession. Il pourrait en résulter une nouvelle crise de l’endettement. Le tout dans un climat de corruption qui remet fortement en cause la légitimité des équipes au pouvoir. Lire la suite

Des nouvelles de la crise systémique

Une nouvelle crise financière venant de Shanghai ?

Notre monde est Alzheimer. Il perd la mémoire immédiate pour décomposer et recomposer le passé indéfiniment en fonction du présent. Le temps se distend et la compréhension des événements s’évanouit.
Cette réflexion un peu générale pour revenir sur un sujet qui ne devrait pas quitter l’actualité, la chute de la Bourse de Shanghai le 24 août 2015 suivie par toutes les Bourses du monde entier. Les déclarations apaisantes se sont succédées. Sur le thème habituel, pour qui se souvient des prises de position des gouvernements et des « économistes officiels » comme des journalistes après le 9 août 2007 sur la sous estimation de la crise financière qui ouvrait pourtant une nouvelle période économique, « ce n’est pas grave ». The Economist traduit ce sentiment par  – « La Bourse de Shanghai s’est effondrée le 24 août mais elle est peu connectée à l’économie réelle » (cité dans « Courrier International » n° 1296 du 3 septembre 2015). L’hebdomadaire britannique en rajoute : « La Chine n’est pas en crise ». Ses propres erreurs d’analyse ne l’ont pas vacciné. Il faut dire que toute la presse s’est empressée d’oublier cet épisode qui, fait aggravant, a eu lieu pendant les vacances.
Ce verbiage s’appuie, comme à l’accoutumée, sur les dogmes libéraux qui font de la monnaie un voile entre les échanges sans comprendre les liens existants entre le capitalisme financier et « l’économie réelle », l’accumulation du capital pour parler autrement. Or, la domination du capitalisme financier représente la forme de ce capitalisme né dans les années 1980-90, années de victoire du libéralisme économique. Les critères de la finance sont devenus les critères dominants. Autant dire qu’une crise financière ne peut rester confinée aux marchés financiers. Elle connaît une extension vers l’ensemble de l’économie. Autrement dit, la crise financière se traduit ipso facto par une crise économique.
La chute de la Bourse de Shanghai aura des conséquences sur les possibilités d’investissement des entreprises chinoises ou installées sur le territoire de la Chine et, plus encore, sur les possibilités de construire, pour les autorités chinoises, un marché intérieur.
Le gouvernement chinois a pris en compte la nouvelle donne mondiale ouverte par la crise financière d’août 2007. La baisse de ses exportations vers les pays capitalistes développés – en premier lieu des États-Unis – due à la récession profonde de 2008, l’a obligée à repenser son modèle de développement. Sa croissance ne peut plus être tirée par les exportations, il lui fallait donc construire un marché intérieur en acceptant une augmentation des salaires et, ce, d’abord dans les entreprises transnationales installées sur son territoire. Lire la suite