JAZZ, Monk encore…

Un centenaire discret.

En même temps que le premier disque de jazz sorti en mars 1917, celui de l’Original Dixieland Jazz Band, naît Thelonious Monk, compositeur original, longtemps ignoré du public. Ses premiers disques, publiés en 1947 par Blue Note, ne rencontreront aucun écho. Au début des années 50, sa carte de musicien lui est retiré. Il faudra Orrin Keepnews et Riverside, un autre label indépendant, pour le faire entendre de nouveau.
Comment le rendre vivant ? Jacques Ponzio a choisi l’« ABÉCÉDAIRE », « AB C-BOOK » pour respecter le bilinguisme français/anglais voulu par l’auteur qui permet de lire, dans le texte, les citations qu’il a réunies. Le « degré zéro » du classement joue aux rencontres bizarres d’un alphabet soumis à la volonté critique du connaisseur de cette œuvre étrange et tellement moderne. Un inventaire de la « méthode Monk » que propose Ponzio. Il est aussi l’auteur d’un essai biographique, « Blue Monk », (Actes Sud), qu’il avait co-signé avec François Postif. Monk fait partie des compositeurs les plus sollicités par les musicien-ne-s d’aujourd’hui. Les conseils qu’il donne post-mortem voient leur importance décuplée. Un petit livre pour prendre la dimension d’une musique au départ hermétique mais qui sait parler le langage de la modernité à venir et joue sur toutes nos mémoires.
Nicolas Béniès.
« Thelonious MONK, ABÉCÉDAIRE, AB C-BOOK », Jacques Ponzio », Éditions Lenka Lente.

JAZZ, Du Monk et du bon

Histoires de film et de musique.

S’en souvient-on ? Dans la fin des années 1950, les réalisateurs français de films appelés « noirs » faisaient souvent appel à des groupes de jazz pour la musique de leur film. La collaboration la plus connue – et réussie – fut celle de Louis Malle et de Miles Davis pour « Ascenseur pour l’échafaud », un film sorti en 1958. Les Jazz Messengers d’Art Blakey, Kenny Dorham furent aussi sollicités. Souvent, Barney Wilen – saxophoniste americano-niçois – était souvent de cette partie.
Roger Vadim, auréolé du succès de « Et Dieu créa la femme » où éclatait la sexualité de Brigitte Bardot éclaboussant toute la morale étriquée des biens-pensants, se lançait dans « Les liaisons dangereuses ». Par l’intermédiaire de Marcel Romano – il faut (re)lire les notes de pochette du CD qui reprend la musique proposée par Miles Davis pour comprendre qui est Marcel Romano – Vadim demanda à Thelonious Monk la musique de son film. Monk accepta. Il devait revenir à Paris pour visionner le montage pour répandre ses compositions à nulle autre semblable. Les photos du livret montrent les deux acteurs du film : Gérard Philippe et Jeanne Moreau et on peut penser que Monk aurait été touché par ces deux corps en action. Lire la suite

DVD La leçon de jazz

Un original décortiqué

Antoine Hervé nous propose, en un format inédit – un CD d’un
concert + le DVD de sa leçon – sa 8e leçon consacrée au Griot du
Be-Bop, Thelonious Monk. Cette édition limitée est nécessaire. Monk fait partie des compositeurs essentiels, de jazz, du XXe siècle. Il a influencé la plupart des compositeurs contemporains. Ce coffret permet, avec l’aide du livret de Franck Bergerot, de lui donner toute sa place.
Antoine Hervé, dans le même mouvement, nous fait voyager dans un espace-temps spécifique.
Pas seulement celui de Monk, le sien aussi fait d’approximations sur la vie de Monk, de détails qui n’en sont pas, d’inventions. Il se situe dans le droit fil de la critique de jazz instituée par Hughes Panassié et Boris Vian. Il en oublie la Ville, New York. Mais ces inexactitudes lui donnent l’occasion de développer un point de technique. Personne ne lui demande d’être un historien du jazz. C’est une leçon de piano pas d’Histoire. On peut le regretter. Regretter aussi qu’il n’y ait pas un partage des rôles. Un historien et Antoine Hervé. mais les égos souffriraient… ■ N. B.
• La leçon de jazz, DVD + CD, Thelonious
Monk, RV Productions