Analyse des marchés financiers

Exploitation et domination : la place des marchés financiers

par Nicolas Bénies

Commençons par une petite provocation pour fixer les esprits. Lénine avait écrit L’impérialisme, stade suprême du capitalisme s’appuyant sur les analyses de Hilferding et de Hobson. Un tour de force. Une synthèse essentielle. Mais qui est dépassée. Le contexte a changé. Le capitalisme connaît une nouvelle étape de son développement, une nouvelle période, une nouvelle ère. La mondialisation définit un nouveau monde, une nouvelle donne qui appelle une synthèse comme celle de Lénine, s’appuyant sur ses analyses, les intégrant pour les transcender.
La mondialisation – terme qu’il faut accepter pour caractériser cette nouvelle donne – se traduit surtout par l’internationalisation des marchés financiers. Le terme de «financiarisation » est ambigu et pourtant nécessaire. La financiarisation signifie l’inversion des rapports traditionnels entre l’industrie et la finance : la finance a toujours été indispensable à l’industrie, pour augmenter le taux de profit en permettant le renouvellement du cycle du capital. Elle est subordonnée au cycle du capital industriel. Aujourd’hui – du fait même de l’internationalisation des marchés financiers -, c’est l’industrie qui se met au service de la finance. C’est elle qui détermine les critères, rythme le temps économique. Le court terme impose ses diktats. Le long terme s’éloigne bloquant d’ailleurs en partie l’accumulation capitaliste. Le taux d’accumulation global est aujourd’hui relativement faible, à l’exception de cette dernière année – mais seulement cette dernière année – pour les États-Unis. Il y a donc un véritable problème d’accumulation, de création de richesses qui est posé derrière la financiarisation. Continuer la lecture

Texte de travail d’un article sur les produits dérivés écrit en février 1995

LES MARCHES DÉRIVÉS.

Les pages économiques des journaux bruissent des pertes enregistrées par des entreprises de toutes nationalités sur les marchés dits « dérivés ». La perte la plus importante qui a eu des répercussions sur la Bourse de New York, est celle du Comté d’Orange, une localité proche de Los Angeles, plus de 2 milliards de dollars. L’Etat de Floride, Mettallgesellschaft – plus de 1 milliard de dollars, en spéculant sur le marché à terme des produits pétroliers – Procter and Gamble Japan Air Lines, Tokyo Securities, Kashima Oil… sans parler du financier Soros, ont aussi enregistré des pertes plus ou moins élevées. Continuer la lecture