Une anthologie nécessaire. Pour Barney.

A Barney Wilen, souvenirs et mémoire.

Barney WilenUn coffret de trois CD pour raviver une flamme à mon sens par trop éteinte, ce n’est pas trop. C’est même, si j’en crois l’intitulé « Premier chapitre 1954 – 1961 », le début d’une série. Un travail de mémoire mené par Alain Tercinet, nécessaire, vital. Pour plusieurs raisons.
D’abord pour le personnage central de cette saga, Barney Wilen. Né à Nice d’un père américain et d’une mère française, il naviguera dans ce premier temps, entre les deux continents. Il deviendra ainsi un ambassadeur bon teint entre le « Jazz sur Seine » – titre du troisième album sous son nom, en 1958 avec Milt Jackson au piano, pour Phillips – et le jazz sur Hudson pour construire un son original qui tient beaucoup, comme tout le monde à cette époque, au phrasé de Lester Young dont il est, peut-être, le continuateur le plus évident. Le mimétisme que l’on sent poindre de ses débuts se transforme en une digestion qui permet à Barney de devenir lui-même. Il sera ensuite influencé par le découpage du temps et le phrasé rugueux de Sonny Rollins pour se pâmer ensuite dans ceux de Coltrane. Comme tout le monde mais lui ne se perdra jamais de vue. Ce n’était pourtant pas facile. Art Pepper qui avouait s’être perdu dans Coltrane, incapable jouer comme il devait jouer, avec sa sonorité. Il avait même demandé à un critique s’il le reconnaissait, s’il avait conservé quelque chose de sa sonorité d’hier. L’arrivé d’un nouveau génie est toujours difficile à surmonter.D’autres, comme le saxophoniste ténor « Tina » – ainsi surnommé à cause de sa petite taille – Brooks disparaîtront du train des souvenirs. Lire la suite

Le jazz et la France

Petite histoire du jazz en France.

Vous ai-je déjà dit que le jazz avait débarqué en France en 1917 avec l’orchestre Jim Europe ? Le jazz a conquis droit de cité, comme le rappelle Lucien Malson dans la Revue Europe – étrange, non ? – consacrée à « Jazz et Littérature ». Cocteau fut tout de suite conquis et s’institua (mauvais) batteur. Le label «Swing» créé par Charles Delaunay en 1937 fut entièrement consacré au jazz. Django Reinhardt allait abondamment enregistrer sur ce label. Frémeaux et associés, distribué par Night & Day, sous la houlette du bon Daniel Nevers est en train d’éditer les œuvres complètes du Tsigane. Le volume 8 vient de sortir et couvre les années 1938-39. A part le quintet du Hot Club de France, on trouve une curieuse rencontre avec l’harmoniciste Larry Adler, et un extrait pris sur le vif de la « Grande Nuit du jazz »…. Sur sa lancée Delaunay créa, avec Hughes Panassié, la revue Jazz Hot.
Après la deuxième guerre mondiale, en 1948, Swing allait laisser la place à Vogue dont le capital allait se diversifier. Aujourd’hui, bizarrement, « Swing » est distribué par EMI, et Vogue par BMG. Daniel Baumgarten et Rémi Sommers – deux fous de jazz – ont décidé de rééditer tous ces albums resté dans l’ombre, sous l’égide de BMG France. Certains n’existaient qu’en 25 cm d’origine. Je connais des collectionneurs déçus… C’est d’abord la redécouverte du saxophoniste ténor et flûtiste belge Bobby Jaspar, qui partira faire carrière aux Etats-Unis et jouera avec le tromboniste Jay Jay Johnson pour finalement y mourir. Deux albums reprennent une grande partie de son œuvre enregistrée entre 1953 et 1955, « Bobby Jaspar et Henri Renaud » – pianiste influencé par Al Haig devenu producteur chez Sony Music – et « Bobby Jaspar & his Modern Jazz » où un tout jeune guitariste fait ses premiers pas, Sacha Distel et où l’on rencontre un vibraphoniste belge, Fats Sadi. Le même est avec Martial Solal pour des enregistrements de 1956 in « Martial Solal, The Complete Vogue Recordings, volume 2 ». Le pianiste est moins virtuose qu’aujourd’hui, ses influences sont plus nettes mais il y a du soleil dans les bleus. Le volume 1, reprenant les séances de studio de 1953 à 1955 verra Martial accompagné par Joe Benjamin (bassiste) et Roy Haynes (batteur), à l’époque avec Sarah Vaughan…
En 1956, le saxophoniste ténor Lucky (chanceux) Thompson est à Paris et Vogue décide de la faire jouer avec l’orchestre de Dave Pochonet, batteur, dans lequel on retrouve Martial Solal qui devait passer sa vie dans les studios. En deux volumes, « The Complete Vogue Recordings » of course, le bonheur de retrouver une sonorité de ténor qui tient beaucoup de Lester Young et a subi l’ascendant de Parker dans une ambiance décontractée où son talent, son mérite est reconnu. C’est sensible dans sa manière de jouer. Il repartira aux États-Unis et il sera oublié… Il reviendra en 1960 pour un concert public où il joue aussi du soprano. Faisons vivre Lucky Thompson…
Et Barney Wilen… RCA Victor (toujours BMG) réédite un coffret de deux CD, « Barney au Club Saint Germain (Paris 1959) » pour le retrouver en public, avec le trompettiste Kenny Dorham et Duke Jordan au piano notamment pour des moments volés à l’oubli…
NB