Le jazz et la France

Petite histoire du jazz en France.

Vous ai-je déjà dit que le jazz avait débarqué en France en 1917 avec l’orchestre Jim Europe ? Le jazz a conquis droit de cité, comme le rappelle Lucien Malson dans la Revue Europe – étrange, non ? – consacrée à « Jazz et Littérature ». Cocteau fut tout de suite conquis et s’institua (mauvais) batteur. Le label «Swing» créé par Charles Delaunay en 1937 fut entièrement consacré au jazz. Django Reinhardt allait abondamment enregistrer sur ce label. Frémeaux et associés, distribué par Night & Day, sous la houlette du bon Daniel Nevers est en train d’éditer les œuvres complètes du Tsigane. Le volume 8 vient de sortir et couvre les années 1938-39. A part le quintet du Hot Club de France, on trouve une curieuse rencontre avec l’harmoniciste Larry Adler, et un extrait pris sur le vif de la « Grande Nuit du jazz »…. Sur sa lancée Delaunay créa, avec Hughes Panassié, la revue Jazz Hot.
Après la deuxième guerre mondiale, en 1948, Swing allait laisser la place à Vogue dont le capital allait se diversifier. Aujourd’hui, bizarrement, « Swing » est distribué par EMI, et Vogue par BMG. Daniel Baumgarten et Rémi Sommers – deux fous de jazz – ont décidé de rééditer tous ces albums resté dans l’ombre, sous l’égide de BMG France. Certains n’existaient qu’en 25 cm d’origine. Je connais des collectionneurs déçus… C’est d’abord la redécouverte du saxophoniste ténor et flûtiste belge Bobby Jaspar, qui partira faire carrière aux Etats-Unis et jouera avec le tromboniste Jay Jay Johnson pour finalement y mourir. Deux albums reprennent une grande partie de son œuvre enregistrée entre 1953 et 1955, « Bobby Jaspar et Henri Renaud » – pianiste influencé par Al Haig devenu producteur chez Sony Music – et « Bobby Jaspar & his Modern Jazz » où un tout jeune guitariste fait ses premiers pas, Sacha Distel et où l’on rencontre un vibraphoniste belge, Fats Sadi. Le même est avec Martial Solal pour des enregistrements de 1956 in « Martial Solal, The Complete Vogue Recordings, volume 2 ». Le pianiste est moins virtuose qu’aujourd’hui, ses influences sont plus nettes mais il y a du soleil dans les bleus. Le volume 1, reprenant les séances de studio de 1953 à 1955 verra Martial accompagné par Joe Benjamin (bassiste) et Roy Haynes (batteur), à l’époque avec Sarah Vaughan…
En 1956, le saxophoniste ténor Lucky (chanceux) Thompson est à Paris et Vogue décide de la faire jouer avec l’orchestre de Dave Pochonet, batteur, dans lequel on retrouve Martial Solal qui devait passer sa vie dans les studios. En deux volumes, « The Complete Vogue Recordings » of course, le bonheur de retrouver une sonorité de ténor qui tient beaucoup de Lester Young et a subi l’ascendant de Parker dans une ambiance décontractée où son talent, son mérite est reconnu. C’est sensible dans sa manière de jouer. Il repartira aux États-Unis et il sera oublié… Il reviendra en 1960 pour un concert public où il joue aussi du soprano. Faisons vivre Lucky Thompson…
Et Barney Wilen… RCA Victor (toujours BMG) réédite un coffret de deux CD, « Barney au Club Saint Germain (Paris 1959) » pour le retrouver en public, avec le trompettiste Kenny Dorham et Duke Jordan au piano notamment pour des moments volés à l’oubli…
NB

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