A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Jazz : Pour Jaco with love et pour Birelli

Jaco génie de la basse
Sourisse/Charlier, pianiste et batteur, un duo qui a toute une histoire, ont construit leur Multiquarium Big Band, proposent un album, « Remembering Jaco », pour faire renaître l’art vital de ce virtuose de la basse.
Jaco Pastorius est mort à 35 ans tabassé par des vigiles qui lui refusaient l’entrée d’un club. Il n’était sans doute pas présentable et un peu « parti » le rendant coupable sans jugement. Le monde avait perdu sa coloration et un génie. Pour mémoire, Jaco avait fait le son, avec Wayne Shorter, Joe Zawinul et Peter Erskine – invité de cet album, il évoque Jaco – du groupe mythique Weather Report qui avait fait éclater les frontières entre le jazz, la pop et tout le reste. Continuer la lecture

Un genre oublié : le western

Un polar travesti en western,
« Dehors les chiens » de Michaël Mention essaie de redonner vie à ce genre strictement américain.
Prenez un héros solitaire, un « poor lonesome cow-boy », avec une profession étrange, un Marshall – un shérif fédéral ancêtre du FBI – des services secrets spécialisé dans la traque aux faux monnayeurs, appelez-le Crimson Dyke pour éviter de le confondre avec un autre, jetez le dans la fournaise de la Californie et, pour corser le tout, situez l’action en 1866, un an après la fin de la guerre de sécession pour raconter une histoire qui n’a rien à voir avec cette présentation, une révolte féministe.
Un genre singulier que les romans de l’Ouest américain, ses codes sont aussi stricts que les romans de chevalerie. A l’instar de Cervantès, mutatis mutandis, Mention à la fois les respecte et les explose en les pervertissant. Il fait la preuve d’une part de l’influence de William R. Burnett –qu’on redécouvre en France -, auteur de polars, de westerns et, d’autre part d’une bonne connaissance de l’histoire des États-Unis de cette époque de formation de l’État fédéral américain. Continuer la lecture

Polémique autour d’un centenaire peu fêté

Un congrès fondateur
Décembre 2020, le centième anniversaire du Congrès de Tours, décembre 1920, n’a pas suscité beaucoup de commentaire. Le déclin du PCF, l’agonie du PS et la gauche moribonde expliquent ce désintérêt. Pourtant, Jean Lebrun, sur France Inter, s’est permis de parler, à ce propos, du « discours prophétique de Léon Blum », reprenant à son compte l’appréciation de Romain Ducoulombier dans « Léon Blum, Le Congrès de Tours, le socialisme à la croisée des chemins 1919-1920 » (Folio). Un point de vue anti historique faisant de Blum le pape de la « critique anti-totalitaire ».
Jean Lebrun aurait été mieux inspiré en citant « 1920 ou la scission » de Jean-François Claudon qui sait mettre en œuvre la méthode historique sans céder aux anachronismes et aux vieilles lunes anticommunistes. Sous titré « L’année du Congrès de Tours », il permet de rendre compte de la situation de la SFIO mouillée dans l’Union Sacrée et de la force d’attraction de la révolution russe.
Une synthèse nécessaire contre toutes les réécritures.
Nicolas Béniès
« 1920 ou la scission », Jean-François Claudon, Éditions Matignon.

Lutter contre les inégalités ?

Un essai de Walter Scheidel.

Il est de bon ton de rendre hommage, dans la lutte contre les inégalités, à la civilisation ou le sens de l’histoire suivant les idéologies, lesquelles idéologies sonnent un peu ringardes dans un monde qui ne sait plus la signification du concept de progrès. La confusion est grande entre l’idéologie du progrès, sous la forme actuelle de la nécessité du changement sans contenu et le progrès lui même, la notion de révolution, de changement fondamental.
Au-delà des constructions métaphysiques, les luttes sociales, la guerre expliquent largement les avancées sociales de la fin de la seconde guerre mondiale et la construction de l’État-providence. Allégrement et avec une gourmandise qui fait plaisir à lire, Walter Scheidel, historien et spécialiste de la Rome antique, dans « Une histoire des inégalités », bat en brèche tous ces lieux communs. Continuer la lecture

Souvenir de Jean-François Jenny Clark, contrebassiste de jazz.

J’avais écrit cet article en novembre 1998 :

Jean-François Jenny-Clark est mort, en son domicile parisien des suites d’un cancer. Il avait 54 ans…

Au Revoir, JF
Un ami s’en est allé qui, pour être lointain, n’en était pas moins proche. Il ne se passait pas de jours sans que j’aie de ses nouvelles. Sa basse allait bien…
Il était un de ceux avec qui j’avais cheminé dans ces années 60, pleines de bruit et de fureurs,
Avec qui le silence s’installait pour suivre ses lignes de basse précises et fugitives comme un cœur qui se donne sans retenue.
Parler de « JF » – plus facile que JFJC -, c’est parler du jazz, de la musique contemporaine, de la France, de mai 68 – il était au Conservatoire -, des combats pour la vie,
C’est parler des trios, des jazzmen, de nous. Continuer la lecture

Roman d’espionnage à la mode soviétique

Le roman d’espionnage soviétique a son grand maître, Julian Semenov (1931-1993), très connu dans l’ex-URSS et quasi-inconnu en Occident.
« La taupe rouge » permet de le découvrir comme son héros récurrent, Maxime Issaiev dit Max von Stierliz, espion au service du KGB. Comme dans les romans de John Le Carré, peu d’actions violentes mais un mélange d’actes quotidiens, d’analyses politiques, d’amitiés et de solitude. Stierliz est infiltré au sein de la Gestapo depuis de nombreuses années pour renseigner la Mère patrie des décisions politiques prises par les nazis et, si possible, de les influencer.
En 1945, la prise de conscience par les dirigeants du parti nazi de la défaite – Hitler est encore persuadé de la victoire – ouvre la porte aux tentatives de collaboration avec les dirigeants américains pour lutter contre la menace soviétique. Semenov, historien et quasi-mémorialistee conte, avec un souci du détail ahurissant, les derniers jours de Goebbels, de Himmler et de beaucoup d’autres sans oublier les menaces qui pèsent sur l’espion en passe d’être démasqué.
Un roman d’espionnage qui mêle tous les espaces, personnels, politiques, sociaux pour emmêler la compréhension du troisième Reich finissant et de la nouvelle période qui s’ouvre. La « guerre froide » est en germe dans la fin de la deuxième guerre mondiale.
A découvrir.
Nicolas Béniès
« La taupe rouge », Julian Semenov, traduit par Monique Slodzian, préface de Zakhar Prilepine, 10/18, collection Grands Détectives.

Le coin du polar :

Histoires de notre monde teinté de noir

Frank Elder, flic à la retraite, héros récurrent de John Harvey, est partagé entre Peznance où il s’est réfugié, et Londres où il a passé trente ans.
« Le corps et l’âme » – curieuse traduction d’un standard du jazz « Body and Soul », corps et âme, comme une définition du jazz – remâche une enquête de l’inspecteur sur le violeur de sa fille alors adolescente. Ces mêmes personnages se retrouvent dans la dernière partie de la trilogie, chant du cygne évidemment, qui lie de nouveau le père et la fille sur fond de musique de jazz et de poésie.
Inceste – proche de la « Grande Familia » dans la description de ses conséquences sur une adolescente en l’occurrence et sur son frère -, enlèvements, vengeance, tout autant que l’amour déçu et lié à l’inceste sont des thèmes de notre actualité qui enveloppent une double intrigue. Elder, obnubilé par la défense de sa fille ne prend pas garde à la deuxième enquête. C’est la commissaire Hadley qui dénoue l’affaire. Un personnage attachant qui se retrouvera vraisemblablement sous la plume de l’auteur.
Nicolas Béniès
« Le corps et l’âme », John Harvey, traduit par Fabienne Duvigneau, Rivages/Noir

Littérature et documentaire

Les oubliés des guerres russes modernes

Un journaliste russe d’opposition, Mikhaïl Chevelev, dans « Une suite d’événements », son premier roman, nous projette dans notre monde barbare.
Le bandeau cite, avec à propos, la postface de Ludmila Oulitskaïa : « Ce livre s’adresse à nous tous » et c’est le cas. Le journaliste, Pavel, n’est que le témoin de la descente aux enfers d’un soldat, russe, présent lors de la première guerre en Tchétchénie voulue par Boris Eltsine et de la guerre en Ukraine provoquée par Poutine. Vadim, le soldat, est pris dans l’engrenage de l’Histoire sans pouvoir comprendre les enjeux. Au-delà même, les combattants en Ukraine ne savent plus contre qui ils se battent. La corruption est omniprésente, les manipulations partent de tous les coins de la Fédération de Russie résultat de l’éclatement de l’URSS et des guerres dites « nationalistes » menées par des potentats locaux qui y trouvent leur intérêt.
Chevelev raconte, avec distanciation par l’utilisation de l’ironie, les événements grands et petits qui vont faire de Vadim un désespéré parce qu’il prend conscience du contexte et ne voit pas de porte de sortie. Continuer la lecture

Analyser le capitalisme

Pour construire un programme de transformation sociale

Le débat dans le mouvement ouvrier, théorique et pratique, semble tari, asséché. La conversion du Parti Socialiste aux dogmes de l’économie néoclassique commencée par François Mitterrand et achevée par François Hollande La traduction se trouvait dans l’adoption d’une politique d’inspiration néo-libérale, avec sa dimension de remise en cause des libertés démocratiques . L’espoir de changement était enterré, la gauche aussi.
Pourtant, les crises systémiques provoquent des mutations profondes des sociétés et des interrogations sur le capitalisme lui-même. Les États-Unis sont devenus le laboratoire des tendances lourdes qui marquent le monde : le populisme de Trump et la renaissance de l’idée socialiste. La campagne à l’intérieur du parti Démocrate l’a bien montrée.
Thomas Picketty a été un des inspirateurs d’une partie des candidates – Elizabeth Warren en particulier – à l’élection présidentielle. Le capitalisme du 21e siècle a été un grand succès de librairie aux États-Unis. Sa méthode d’investigation fait de recensement de données et de corrélations est une modalité des sciences sociales anglo-saxonnes. Le pragmatisme fait souvent office de théorisations.
Capital et idéologie, son dernier livre, se donne pour but d’expliquer les idéologies qui légitiment les inégalités, un système qui provoque crises et « désaffiliation » – un concept qu’il n’utilise pas – pour permettre la croissance des revenus des 1% les plus riches. Dans des interviews diverses dont une à Alter Eco, il avait quasiment repris le cri de Proudhon « La propriété c’est le vol » en proposant un impôt sur le patrimoine et un revenu universel pour lutter contre l’enrichissement des plus riches. Un programme sympathique a priori. Continuer la lecture

PATRIMOINE : Dario Moreno

La chanson française à l’heure des rythmes latins

Les années 1950, en France et aux États-Unis notamment se verront submerger par les rythmes afro-cubains et par les danses comme la rhumba, le cha-cha, le calypso, la samba… Il sera question d’orchestres typiques pour qualifier cette vogue en France. Un chanteur personnifie la folie de ère : Dario Moreno. La chanson qui fera de lui une star, « Si tu vas à Rio » reste à jamais l’emblème de l’époque. De temps en temps, la mémoire de ces musiques, de ces danses refait surface et c’est reparti pour la grande fête du corps. Continuer la lecture