A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Les réseaux sociaux, un outil pour les mobilisations ?

A propos de l’essai de Zeynep Tufekci Twitter & les gaz lacrymogènes

Analyse des printemps de la contestation.

Le monde, depuis les printemps arabes, connaît des secousses systémiques, de démolition de ce monde inégalitaire et corrompu. Partout les populations se sont mises en mouvement pour plus de justice sociale et climatique. La lutte contre la corruption des élites, pour les libertés démocratiques et des élections libres marquent de son empreinte cette forme inédite de l’internationalisme sans internationale mais avec les réseaux sociaux, arme de résistance qui permet au collectif de se faire individuellement au risque des fausses informations diffusées par les pouvoirs en place. Partout la répression fait rage de tous les nantis qui veulent conserver leurs privilèges au mépris des revendications populaires et au mépris de la vie humaine. Ces mouvements, à l’instar des « gilets jaunes » en France, sont « sans leaders » et s’organisent via les réseaux sociaux. Continuer la lecture

Ouvrir le débat sur l’avenir de l’Europe.

A propos de « Europe, alternatives démocratiques »

La construction européenne est sur la sellette. Depuis l’entrée dans la crise systémique en 2007-2008 qui ébranle par sa dimension les bases mêmes du capitalisme actuel, crise qui n’a pas trouvé de réponse et s’élargit à toutes les sphères du politique, États comme institutions internationales. Le néolibéralisme, idéologie de ce capitalisme ne sert qu’à justifier les inégalités. Une idéologie qui elle-même subit une perte de légitimité. Continuer la lecture

Pour la session du 20 novembre 2019 UP jazz

Bonjour,

Pour cette session, nous restons chez Blue Note. New York a plusieurs sons mais entre le milieu des années 1950 jusqu’en 1970, c’est B lue Note qui la fera danser. Blue Note est tellement associé à la Ville que les rappers se serviront des disques Blue Note pour leur musique de fond.
Le jazz est considéré comme une musique de sauvages et, sur ce terrain concurrence le rock en train de naître via le succès de Elvis Presley dés 1954.
A partir de ce milieu des années 50, le hard bop tient le hard bop tient le haut du pavé. Le pianiste compositeur Horace Silver en est l’un des fondateurs comme Art Blakey batteur. Nous les avons déjà entendu ensemble l’an dernier. Ils se sépareront. Et Blakey reprendra le nom des « Jazz Messengers » qui deviendra une véritable école pour futurs leaders de groupes. Passeront ainsi les trompettistes Lee Morgan et Freddie Hubbard, les saxophonistes Hank Mobley, Benny Golson, Wayne Shorter, les pianistes Bobby Timmons – le compositeur de « Moanin' » – Cedar Walton et une pléiade d’autres.
Alfred Lion restera actif pendant toute cette période, faisant confiance à ses talent scout.
Deux grands succès marqueront les années 60, années de bouillonnement, de transformations totales, « Song for my Father » de Horace Silver et « The Sidewinder » de Lee Morgan de la même année. Apparaissent John Coltrane, Albert Ayler, Ornette Coleman, Cecil Taylor… Blue Note les enregistrera quasiment tous. Une exception Ayler.
Après Jimmy Smith, Larry Young dessinera un autre contour de l’orgue. Blue Note lui donnera la capacité de se faire connaître en compagnie du vibraphoniste Bobby Hutcherson, du guitariste Grant Green, du saxophoniste Sam Rivers et de Tony Williams.
Herbie Hancock, Wayne Shorter feront aussi partie de « l’écurie » Blue Note…
A vous voir,
Nicolas

Facettes de Daniel Zimmermann en dichotomie ?

Le trombone dans tous ses éclats.

Deux albums viennent de paraître qui permettent de dresser un portrait contrasté du trombone jeté dans les eaux troubles du jazz via Daniel Zimmermann, l’un des virtuoses de cet instrument singulier rétif à toutes les cases dans lesquelles on veut l’enfermer. Continuer la lecture

La France telle qu’elle ne va pas

une analyse du macronisme
Dans « La guerre sociale en France », Romaric Godin propose une analyse à la fois de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron et de l’offensive néolibérale pour imposer la déstructuration du « modèle social » français qui a résisté, grâce aux mobilisations sociales, jusqu’en 2008. L’entrée dans la crise systémique a changé la donne. Les deux lois travail, la contre réforme de la sécurité sociale, particulièrement du régime de retraite, montre la stratégie qui se met en place. Le sous titre en forme d’oxymore dit toute la problématique : « Aux sources économiques de la démocratie autoritaire »…
Un premier livre pour ce journaliste à Médiapart qui fait preuve de beaucoup d’optimisme quant aux capacités de résilience des populations. Il n’est que de constater l’absence de réactions face aux remises en cause systématique du gouvernement des plus élémentaires libertés démocratiques dont celle de manifester. La mobilisation des « Gilets jaunes » à la fois vient au secours de la thèse de l’auteur et font la preuve de la confusion idéologique liée à la progression du néolibéralisme dans les esprits et de l’absence d’alternative, de projet de société.
« La guerre sociale en France », Romaric Godin, La Découverte

Le fascisme italien

Une analyse pertinente
« Contre le fascisme » est le titre générique des textes choisis de Camillo Berneri, anarchiste italien mort assassiné pendant la révolution espagnole en 1937. Il était aux premières loges. L’arrivée au pouvoir de Mussolini incitait à comprendre, à appréhender cette dimension barbare inédite du capitalisme. Il décrypte les conséquences du pourrissement de la société pour expliquer le coup d’Etat victorieux de cet aventurier. Stimulant.
NB
« Contre le fascisme », Camillo Berneri, Édition établie par Miguel Chueca et, pour la traduction française, par Marie Laigle, Philippe Olivera et Sarah Blandinières, Agone/Mémoires sociales

Université populaire JAZZ 2019-2020

Bonjour,
Pour cette année, comme annoncé, nous restons à New York City, ville-monde qui, comme le dit la chanson, ne dort jamais. Le film de Martin Scorcese « New York » a su saisir la Ville et, dans le même mouvement, faire comprendre la différence entre la variété – incarnée de très belle façon par Liza Minnelli qui sait émouvoir – et le jazz, l’œuvre d’art. Le thème de New York, New York traverse tout le film. La différence est subtile mais elle existe entre le saxophone ténor et l’interprétation de Liza. Son personnage s’explique en disant à De Niro qui incarne Georgie Auld qu’elle a transformé les accords. Il fallait, dans le sens fort du terme, que la chanson soit audible par le plus grand nombre. Continuer la lecture

Sur Marx

Marx, penseur actuel de la complexité du capitalisme.

Le livre, « Marx, le capitalisme et les crises » (La Ville brûle éditions) est une introduction. Il se veut lisible par toutes et tous.
Ces ajouts ont un but. Faire lire Marx. Plus encore. Tout en faisant la démonstration que l’analyse concrète d’une situation concrète (Lénine) est tout autant nécessaire. Les concepts et la méthode de Marx sont essentiels mais ils ne suffisent pas. Les ânonner ne sert à rien. Il faut les mettre en relation avec le contexte pour qu’ils deviennent des outils de la critique.

Il nous faut commencer par quelques indications supplémentaires sur le monde dans lequel nous essayons de vivre. Continuer la lecture

Définition des marchés dérivés

Un retour.

L’article ci-après date de 1995. La finance change de visage, elle connaît des mutations importantes. L’intérêt ici est de rappeler des définitions qui servent encore dans l’analyse des conditions actuelles. L’affaire Leeson notamment est complétement oubliée…

La faillite de la banque anglaise « Bahrings » vient une fois encore illustrer les risques de la spéculation sans frein sur les marchés à terme, dits aussi dérivés. 7 milliards et demi de francs de pertes, soit plus que la totalité de ses fonds propres, ont conduit cette vieille banque coloniale à se faire racheter par une compagnie néerlandaise, ING. Quel déshonneur pour la Reine d’Angleterre qui possédait un compte… La direction de la banque a fait retomber la responsabilité de toutes les erreurs sur son « trader » de 28 ans, Nicholas Leeson que le « Time » – l’hebdomadaire américain – présente comme égocentrique et dilapideur. Or il s’avère qu’une partie de la direction était au courant des opérations menées par le courtier. Elles portaient sur le marché à terme de Singapour, le « Simex », sur des contrats indexés sur l’indice Nikkei 225, un des indices de la bourse de Tokyo. Le pari n’était pas idiot. La Bourse de Tokyo avait beaucoup baissé depuis la crise immobilière des années 1990. Il était donc légitime de penser qu’elle pouvait remonter. Mais il n’avait pas prévu le tremblement de terre de Kobé et la montée impétueuse du cours du Yen qui a fortement déstabilisé les cours de la Bourse…
Avant même cette faillite – que la Banque d’Angleterre a laissé faire pour donner une « leçon » aux opérateurs, et appeler à la vigilance les pouvoirs publics – les pages économiques des journaux bruissaient des pertes enregistrées par des entreprises de toutes nationalités sur ces marchés. La perte la plus importante qui a eu des répercussions sur la Bourse de New York, est celle du Comté d’Orange, une localité proche de Los Angeles, plus de 2 milliards de dollars – soit prés de 11 milliards de francs. Il s’est déclaré en faillite. Les responsables du Comté, après la démission du trésorier, ont mis en cause la firme de courtage – la première mondiale – Merryl Lynch. Une enquête de la SEC, Security and Exchange Commission, l’équivalent de la COB française, Commission des Opérations de Bourse, chargée de « moraliser » les marchés financiers, est ouverte. D’autres Comtés connaissent les mêmes mésaventures, comme l’État de Floride – 175 millions de dollars de pertes – ou des firmes allemandes – Mettallgesellschaft, plus de 1 milliard de dollars, en spéculant sur le marché à terme des produits pétroliers – ou américaines – Procter and Gamble, « seulement » 130 millions de dollars – ou encore japonaises (Japan Air Lines, Tokyo Securities, Kashima Oil,  » en sérieuses difficultés « 1 . Sans parler du financier Soros, qui avait gagné beaucoup d’argent en spéculant contre le Franc, a lui aussi perdu 600, puis 400 millions de dollars  » sur  » le Yen… Les « fonds de pension » – liés à des compagnies d’assurance – interviennent énormément sur ces marchés. Les « investment bank », les banques d’affaires américaines2, annoncent des diminutions de profits liées à des opérations sur ces marchés, et donc se restructurent en supprimant des emplois. Continuer la lecture

Nat « King » Cole, 100e

Un coffret Cristal Records, « Incomparable ! » pour se souvenir de Nat « King » Cole

Nathaniel Adams Coles – le nom d’état civil de Nat King Cole – est né le 17 mars 1919 à Montgomery, dans l’Alabama. La vie est dure dans ces contrées par un enfant noir, fils de pasteur baptiste. Le racisme est au plus haut surtout contre ces vétérans qui reviennent de la Première-Guerre Mondiale. Ils se sont illustrés, les soldats noirs, cités, décorés par l’armée française sans être reconnus par l’américaine. Les lynchages sont nombreux. Le Ku-Klux-Klan renaît de ses cendres en 1915 et fait la chasse aux Noirs, aux Juifs et aux papistes.
Fréquentation de l’Église, difficile de faire autrement. Premières leçons de chant et aussi bientôt de piano et d’orgue par sa mère. Très vite la famille déménage à Bronzeville, ghetto de Chicago. Dans la ville, en ces années 1920, Earl Hines, pianiste aventureux, marque de son empreinte tous les jeunes pianistes comme Lil Hardin – future Madame Armstrong.
Nat accompagnera la revue « Shuffle Along », première comédie musicale écrite par des Noirs et jouée par des Noirs au début des années 1920. En compagnie de sa première épouse, Nadine Robinson, danseuse, il participe à l’ensemble musical de cette revue, en 1936, pour se retrouver en Californie où il va s’installer.
L’année d’après, il rencontre Oscar Moore, guitariste et Wesley Prince, contrebassiste pour former le « King Cole Trio ». Pour répondre aux volontés des patrons de boîtes dans lesquelles se produit le trio, King Cole chantera. Avec difficulté. Il est bègue et toutes les photos montrent sa grande bouche. Il arrivera à maîtriser son handicap à la manière, suivant la légende, de Démosthène en mettant des cailloux dans sa bouche. Le trio marque son temps. Les premiers enregistrements, en 1940, seront pour le label Decca. On y trouve déjà « Honeysuckle Rose » – composition de Fats Waller – et « Sweet Lorraine ». En 1943, année décisive, il grave pour le label indépendant en ces temps, Capitol, des thèmes qui resteront pour l’éternité. Il fait la démonstration d’abord de son art pianistique singulier qui s’inspire de Earl Hines pour lui faire franchir des limites essentielles qui ouvriront la voie aux pianistes be-bop tel Bud Powell. Le trio lui-même fait des émules. Art Tatum, le « Dieu du piano », en construit un avec Slam Stewart à la contrebasse et Tiny Grimes à la guitare, à quatre cordes pour ce musicien qui engagera Charlie Parker en 1944. Continuer la lecture