A propos du sommet européen

La zone euro, épicentre de la crise.

Le G20, réuni les 18 et 19 juin, a conclu sur ce diagnostic, l’éclatement possible (une chance sur trois disent les pronostiqueurs) de la zone euro est la question essentielle à résoudre pour sortir de la conjoncture de crise financière et de récession mondiale. Diagnostic à la fois juste, l’épicentre de la crise financière s’est déplacé des Etats-Unis – siège de la première crise en août 2007 – à la zone euro, et limité, le ralentissement de la croissance touche tous les pays y compris la Chine. La Banque de réserve fédérale américaine, la Fed, a fait le constat d’une croissance plus faible que prévu pour cette année et l’an prochain. Pour le reste, le G20 comme à l’habitude, n’a pas pris de mesures faute d’accord des grands pays du monde. Les politiques communes ne sont pas pour demain malgré le constat partagé d’une crise mondiale qui se profile dont un des indicateurs est la baisse importante des cours de matières premières à commencer par le pétrole.

La zone euro est donc dans l’œil du cyclone. Un indicateur est fourni par l’orientation des fonds souverains du Golfe qui se détournent de la zone euro. La crise des banques espagnoles vient démontrer, s’il en était encore besoin, que la crise actuelle n’est pas celle de la dette publique mais bien des banques et des marchés financiers. Paradoxalement, ces mêmes marchés financiers font peser sur les Etats le prix du sauvetage des acteurs financiers en jouant l’augmentation des taux d’intérêt de la dette publique…prenant la place de la dette privée ! Ce sont les banques et non les déficits publics qui provoquent la ruine de l’euro. Le conseil européen des 28 et 29 juin devrait discuter d’un Pacte pour la croissance de 120 à 130 milliards d’euros, soit 1% du PIB européen, passant par des « project bonds », des titres émis par l’ensemble des pays européens pour financer des infrastructures et bénéficier de faibles taux d’intérêt de l’Allemagne et de la France. Une des paradoxes de la conjoncture actuelle est l’écartèlement des taux de l’intérêt au sein de la zone. Ils sont fortement haussiers pour les pays « aidés », l’Espagne, l’Italie mais aussi l’Irlande du Sud, le Portugal et baissiers pour l’Allemagne avec des taux zéro voire même négatifs pour des titres publics de court terme et, dans une moindre mesure, pour la France. Du coup, des « euro bills » – mais pas les « euro bonds », obligations mutualisées pour financer les dettes futures – sont mis à l’étude, soit une mutualisation des dettes à court terme des Etats, se substituant aux Bons du Trésor, de l’ordre de 6 à 10% de la dette des principaux Etats. La fameuse taxe sur les transactions financières devrait être adoptée pour les « pays volontaires » mais elle arrive bien tard pour lutter contre le risque de faillite bancaire généralisée. Un des débats essentiels devrait porter sur la supervision des banques via la création d’une Union bancaire dont le chef de file pourrait être la BCE. L’objectif : fixer un cadre fédéral pour l’intervention publique dans le secteur bancaire. Elle pourrait se compléter par une union budgétaire. Cette avancée politique est, dans l’état actuel, irréaliste. Le discours de la chancelière allemande sur l’Union politique, le fédéralisme, n’est qu’un discours. On ne sait même pas si cette union serait à 27 ou à 17 ou moins…

A l’arrivée, mis à part la poursuite de la politique d’austérité – réponse actuelle de Mario Monti en Italie -, rien ne sera décidé. La crise de la zone euro se poursuivra et s’accentuera. L’incertitude rend la panique rationnelle… Faute de solutions solidaires passant par les services publics…

Nicolas Béniès.

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