Thomas Mayeras trio « Don’t Mention It »

Un trio classique qui épuise les bornes.

Un trio piano, Thomas Mayeras, contrebasse, Nicola Sabato – digne représentant de ses aînés, Ray Brown en particulier -, batterie, Germain Cornet – héritier du batteur Charles « Lolo » Bellonzi -, du déjà entendu pensera-t-on. Ce serait un tort. Les trios d’apparence classique savent receler d’étranges contenus. Lorsque les trois réussissent le tour de force d’être passionnés par la musique en partageant la même esthétique, de se secouer l’un les autres tout en prenant un plaisir visible, essentiel à jouer, le classique se cache pour imposer la joie de l’écoute. Pour outrepasser ses propres limites. La gourmandise est une qualité difficile à contester lorsqu’on entend ce trio. Ils ne se refusent rien même pas de se servir de thèmes connus pour les faire disparaître dans l’énergie dont il font preuve. Ils veulent tout prendre, tout saisir, tout goûter pour se précipiter dans les excès les plus nécessaires.
Ce trio là prend, un peu, beaucoup, à Monty Alexander tout en bouleversant les influences en faisant référence aux pianistes be-bop comme « Sonny » Clark – qu’il faut savoir réécouter – ou à Charlie Parker lui-même (le début de « Devil’s Scare ») ou à d’autres. L’énergie communicative dont ils font preuve est un chaudron qui leur donne la possibilité de dépasser tous leurs affluents en se déversant dans la grande mer du jazz.
Un moment rare.
Nicolas Béniès.
« Don’t Mention It », Thomas Mayeras trio, Cristal Records, distribué par Sony.

Frédéric Borey « Butterflies trio »

Dites-le avec des fleurs;;;musicales.

Frédéric Borey aime le trio cher au cœur de Sonny Rollins, saxophone ténor/contrebasse/batterie qui suppose une mise en commun pour un engagement de tous les instants. Cette modalité de trio a été aussi utilisée par Warne Marsh, saxophoniste un peu oublié mais pas du trio, Damien Varaillon à la contrebasse et Stéphane Adsuar à la batterie.
La proposition est explicite : le vol des papillons en escouade serrée pour butiner les fleurs du jazz qui sont autant de « fleurs du mal » pour inviter à la rêverie, pour sortir, de notre routine qui institue le gris comme seule référence. Le trio survole le monde habituel des conventions pour s’affranchir de la pesanteur, voleter autour de nos habitudes, faire semblant de les respecter pour, par l’intermédiaire d’une violente douceur, faire perdre pied, imposer la lévitation. Continuer la lecture

UIA Caen le 2 décembre 2019

Bonjour,

La semaine dernière nous avons distingué souvenir et mémoire. Le souvenir est ce qui reste dans la mémoire individuelle et collective comme flash, comme image pour qualifier une situation. Ainsi en est-il de « In The Mood » de l’orchestre de Glenn Miller. Ce thème, composé par Joe Garland (saxophoniste ténor, ts) est le résultat de « riffs » de grands orchestres, est la référence musicale clé de la Libération, « fête folle ».
Le souvenir occulte la mémoire qui suppose un travail pour retrouver le mouvement du jazz pendant les années de l’Occupation et avant. Le paradoxe de la flèche de Zénon se retrouve. Si l’on photographie la flèche à différents moments de sa trajectoire, la flèche est semblable à elle-même. Le mouvement, le processus de sa trajectoire permet de se rendre compte des contraintes qu’elle subit. la force du vent, la traction du tireur… vont changer notre vision de la flèche.
Pour la mémoire, pour ce travail nécessaire, le mouvement est essentiel. Pour la remettre dans l’Histoire, dans le contexte général de la période considérée. Il faut retrouver les documents, les textes, les enregistrements (pour ce qui concerne le jazz) pour rendre compte de la réalité d’une époque. Continuer la lecture

Pour Django

Django Reinhardt, créateur d’un pan de la culture française.

Notre époque est paradoxale et notre monde moderne pétri de contradictions. Cette année 2010 l’a montré une fois encore et sous des couleurs cruelles. Janvier a été marqué par le centenaire de Django Reinhardt, guitariste manouche, génie de la musique en général et du jazz en particulier, juillet a vu s’ouvrir la chasse aux Roms, aux Tsiganes dont fait partie intégrante les Manouches. Comme si Sarkozy voulait détruire une partie de la culture française comme mondiale. C’est d’autant plus réel que le « jazz manouche » est désormais joué, rejoué, interprété par une grande partie des jeunes gens et jeunes filles qui font ou écoutent de la musique. Regardez autour de vous. Sanseverino, Thomas Dutronc et beaucoup d’autres utilisent les compositions de Django et sa formule, le quintet du Hot Club de France – une trouvaille de Charles Delaunay, le premier discographe du jazz – pour convaincre les foules de son actualité, de sa présence continue. Continuer la lecture

Le coin du Polar

Polar historique : entrer dans la « guerre des Deux Roses »
Paul Doherty, médiéviste dans le civil et auteur de plusieurs séries, nous entraîne avec ce nouveau « grand détective », Christopher Urswicke un peu aussi agent double, dans l’Angleterre de la Guerre des deux Roses, en mai 1471 pour le début de cette saga. Le personnage central est « La reine de l’ombre », titre de cette première enquête, soit Margaret Beaufort, mère du futur roi. L’ombre pour définir le pouvoir de cette femme qui met tout en œuvre pour sauver son fils et le faire accéder au trône. En 1471, les York triomphent dans le sang. Ils cherchent à supprimer tous les prétendants possibles qui pourraient mettre en cause leur légitimité et leur descendance. Continuer la lecture

A (re)découvrir, George Axelrod

Portraits en forme de caricatures de l’usine à rêves.

George Axelrod (1922-2003), scénariste connu – notamment de « 7 ans de réflexion » avec Marilyn Monroe – s’était lancé, en 1971 avec « La température de l’eau » dans la satire de Hollywood, de ses acteurs – pas beaucoup de femmes -, réalisateurs et autres séides des studios. Harvey Bernstein qui emprunte beaucoup de traits à Axelrod, est auteur de théâtre, de poèmes, un auteur sans succès et qui consomme abondamment de la vodka. Critique littéraire, il laisse parler sa rancœur en vouant aux gémonies le premier roman – en fait une longue nouvelle – de Philip Roth, « Goodbye, Colombus » – Folio bilingue vient de le rééditer, pour savoir si Axelrod a raison. Jusqu’à la rencontre avec Cathy – qui fait penser à Marilyn – qui veut écrire un best-seller. A partir de là, le cinéma prend toute sa place. Le trait est acerbe même si le flou ou la double vision de l’alcool fait prendre de la distance. Drôle et méchant, des scènes restent dans la mémoire comme le fait qu’un acteur puisse se prendre pour son personnage. A découvrir.
Nicolas Béniès
« La température de l’eau », George Axelrod, traduit par Élodie Leplat, 10/18
« Goodbye Colombus », Philip Roth, traduit par Céline Zins révisé et présenté par Ada Savin, Folio/bilingue

Une romancière est née

Qui est coupable ? Comment survivre ?

Un accident de voiture. Qui est responsable ? Le conducteur ? Sa passagère, en même temps que son épouse ? Le hasard d’une route mouillée par la pluie ? La voiture dévale le bas côté et finit dans le ravin. La femme est morte, le mari, Ogui, est paralysé et ne peut pas parler. Il communique par le battement de ses yeux. « Le jardin » de Hye-Young Pyun, écrivaine sud-coréenne, nous plonge dans le cerveau de cet homme cloué à son lit qui veut survivre malgré tout. L’hôpital ne peut pas le garder – il faut libérer des lits -, Ogui se retrouve enfermé dans sa propre maison avec tous les souvenirs, les siens comme ceux de sa compagne. Se tissent les éléments d’une vie et d’une culpabilité de plus en plus évidente. La mère de sa compagne sera – ou non ? – le destin. Un roman dense de tout le vécu d’un pays qui fait de la réussite individuelle le nec plus ultra de la vie en société au détriment de l’existence des individus conduits à s’enfermer dans ce moule sans considération des autres. Une fois pris dans la spirale des pensées de Ogui, Hye-Young Pyun ne vous lâchera plus. Même si la fin est logique et un peu trop prévisible, cette autrice ne vous laissera pas tranquille. Une grande romancière.
« Le jardin », Hye-Young Pyun, traduit par Lim Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde, Rivages/Noir

Les réseaux sociaux, un outil pour les mobilisations ?

A propos de l’essai de Zeynep Tufekci Twitter & les gaz lacrymogènes

Analyse des printemps de la contestation.

Le monde, depuis les printemps arabes, connaît des secousses systémiques, de démolition de ce monde inégalitaire et corrompu. Partout les populations se sont mises en mouvement pour plus de justice sociale et climatique. La lutte contre la corruption des élites, pour les libertés démocratiques et des élections libres marquent de son empreinte cette forme inédite de l’internationalisme sans internationale mais avec les réseaux sociaux, arme de résistance qui permet au collectif de se faire individuellement au risque des fausses informations diffusées par les pouvoirs en place. Partout la répression fait rage de tous les nantis qui veulent conserver leurs privilèges au mépris des revendications populaires et au mépris de la vie humaine. Ces mouvements, à l’instar des « gilets jaunes » en France, sont « sans leaders » et s’organisent via les réseaux sociaux. Continuer la lecture

Ouvrir le débat sur l’avenir de l’Europe.

A propos de « Europe, alternatives démocratiques »

La construction européenne est sur la sellette. Depuis l’entrée dans la crise systémique en 2007-2008 qui ébranle par sa dimension les bases mêmes du capitalisme actuel, crise qui n’a pas trouvé de réponse et s’élargit à toutes les sphères du politique, États comme institutions internationales. Le néolibéralisme, idéologie de ce capitalisme ne sert qu’à justifier les inégalités. Une idéologie qui elle-même subit une perte de légitimité. Continuer la lecture

Pour la session du 20 novembre 2019 UP jazz

Bonjour,

Pour cette session, nous restons chez Blue Note. New York a plusieurs sons mais entre le milieu des années 1950 jusqu’en 1970, c’est B lue Note qui la fera danser. Blue Note est tellement associé à la Ville que les rappers se serviront des disques Blue Note pour leur musique de fond.
Le jazz est considéré comme une musique de sauvages et, sur ce terrain concurrence le rock en train de naître via le succès de Elvis Presley dés 1954.
A partir de ce milieu des années 50, le hard bop tient le hard bop tient le haut du pavé. Le pianiste compositeur Horace Silver en est l’un des fondateurs comme Art Blakey batteur. Nous les avons déjà entendu ensemble l’an dernier. Ils se sépareront. Et Blakey reprendra le nom des « Jazz Messengers » qui deviendra une véritable école pour futurs leaders de groupes. Passeront ainsi les trompettistes Lee Morgan et Freddie Hubbard, les saxophonistes Hank Mobley, Benny Golson, Wayne Shorter, les pianistes Bobby Timmons – le compositeur de « Moanin' » – Cedar Walton et une pléiade d’autres.
Alfred Lion restera actif pendant toute cette période, faisant confiance à ses talent scout.
Deux grands succès marqueront les années 60, années de bouillonnement, de transformations totales, « Song for my Father » de Horace Silver et « The Sidewinder » de Lee Morgan de la même année. Apparaissent John Coltrane, Albert Ayler, Ornette Coleman, Cecil Taylor… Blue Note les enregistrera quasiment tous. Une exception Ayler.
Après Jimmy Smith, Larry Young dessinera un autre contour de l’orgue. Blue Note lui donnera la capacité de se faire connaître en compagnie du vibraphoniste Bobby Hutcherson, du guitariste Grant Green, du saxophoniste Sam Rivers et de Tony Williams.
Herbie Hancock, Wayne Shorter feront aussi partie de « l’écurie » Blue Note…
A vous voir,
Nicolas