Le coin du polar

Du siècle de Louis XIII à la Norvège d’aujourd’hui, de Fronsac à Wisting

Un en avant, le passé pour éclairer le présent
« Le mystère de la chambre bleue », qui n’a rien à voir avec la jaune, est une enquête de Louis Fronsac, un héros récurrent de Jean d’Aillon. Un notaire, fils de notaire qui exerce son métier de détective dans un environnement incertain, celui des intrigues de Richelieu – puis de Mazarin – sous les règnes de Louis XIII – l’auteur en donne un portrait plus nuancé que celui d’Alexandre Dumas – et du jeune Louis XIV.
Les aventures de Louis Fronsac, chez 10/18, souffraient de quelques trous. Celle-ci se situe dans le temps avant celle déjà publiées dans cette collection. De ce fait, on se prend pour Cagliostro, l’avenir s’inscrit dans le présent de la fin de règne de Richelieu et de l’émergence du cardinal Mazarini.
Un plus non prévu par l’auteur. Continuer la lecture

C’est déjà la rentrée (3)

Vie de femme.
« La danse du temps » est un curieux roman. Le titre poétique ouvre grand nos yeux fermés sur les possibilités qui s’offrent à tout être humain.
Trois moments de la vie d’une femme américaine, celle de Willa Drake. Anne Tyler prétend, dans une note préalable, avoir une théorie : « une unique décision prise durant notre enfance quant à la personne que nous souhaiterions devenir, peut façonner notre vie toute entière ». Elle le démontre dans les trois premières parties de ce parcours. La mère de Willa quitte le domicile familial lorsqu’elle a 11 ans et sa vie de femme se conformera à ce contre modèle, surtout ne faire de peine à personne. Elle épousera celui qui la demande en mariage – elle a 21 ans -, se trouvera veuve à 41, se remariera en cherchant toujours à contourner les colères, la mauvaise humeur de son mari qui joue au golf et boursicote. Continuer la lecture

Dave Liebman, présentation en janvier 1994

Dave Liebman, saxophoniste soprano et ténor, était venu à Paris pour présenter un album produit par Jean-Jacques Pussiau pour son label OWL (aujourd’hui disponible chez Universal) et se faire connaître et reconnaître. Ce broolyner – natif de Brooklyn, quartier de New York où il est né en 1946, est une des grandes voix du jazz surtout au soprano. Sa manière de jouer doit à tous ceux qui l’ont précédé sur cet instrument à commencer par Sidney Bechet dont il a la force expressive et, évidemment, à John Coltrane.
Faute de place pour le scanner, le titre et le chapeau manquent. Les voici :
Dave Liebman : Le jazz d’aujourd’hui
Du jazz et le vie. Expression et influences, histoire vécue et espoirs. Racines et évolutions. Enseignement et pédagogie. Une interview de Dave Liebman »
Rajoutons, la première en France.
Rouge n°1572 du 13 janvier 1994.

Vide Poche Spécial. Valentine Goby pour Charlotte Delbo

Comment écrire l’indicible ?

Valentine Goby, en voulant écrire sur Auschwitz un roman « Kinderzimmer » (Actes Sud), avait découvert l’œuvre étrange, magnétique, poétique de Charlotte Delbo Déportée dans ce camp de la mort, elle avait voulu témoigner pour conserver la mémoire de ses compagnes de détention et de l’environnement étrange dans lequel il fallait se mouvoir. La question qu’elle pose est redoutable : comment rendre compte, comment donner à lire ? Il lui a fallu trouver un langage pour répondre à ces questions. Charlotte Delbo se servira de tous les moyens de la littérature pour triturer les mots, les phrases pour forcer le lecteur à pénétrer dans cet univers à la géographie inconnue. Delbo avait voulu dompter les mots, les casser pour leur faire dire l’indicible.
Elle attendra 20 ans avant de voir publier l’ouvrage qu’elle avait écrit au retour des camps lors de sa renaissance après sa libération de Birkenau. Charlotte Delbo est capable de vous donner un aperçu de la non vie dans ces camps avec le simple mot « soif » qui prend un air singulier. Avoir soi c’est ne plus pouvoir parler. Les mots sont asséchés et la communication avec les autres perdues. Les compagnes de détention font preuve de solidarité pour lui permettre de revenir à la vie.
Un témoignage qui se retrouve dans tous les récits oraux ou écrits des déportés. Les femmes ne sont pas souvent évoquées. Il faut lire aussi Delbo pour cette raison.
Valentine Goby permet de s’introduire dans cette œuvre en faisant de cette solidarité qui permet de lutter contre la soif de l’oubli.

« Je me promets d’éclatantes revanches » avait-elle écrit à Louis Jouvet dont elle fut la secrétaire dés le retour des camps. Charlotte Delbo avait promis d’écrire la réalité de la vie de ces femmes déportées avec elle. Elle l’avait promis, les 230 déportées – 49 sont revenues – lui avaient demandé. Jacques Chancel, rappelle Valentine Goby, dans son émission Radioscopie du 2 avril 1974 – qu’il faut écouter sur le site de France inter pour avoir dans la tête son accent parisien et sa force, son rire -, affirmait doctement : « On n’en sort plus de tout cela », comprendre comment vivre après les camps, elle avait répondu « je crois au contraire que j’en suis sortie » pour montrer que la vie est un don qu’il ne faut pas refuser. Elle prétend que écrire permet de projeter le passé pour s’en débarrasser mais pas pour oublier.
Goby propose une « Lecture intime de Charlotte Delbo » et elle réussit à la fois de parler d’elle en parlant de Charlotte Delbo. Elle, c’est essentiel, donne envie de lire et de relire sa littérature, ses livres, ses pièces de théâtre dont « Aucun de nous ne reviendra », une phrase qui va s’imposer à toustes présents dans les camps.
Pas une bio au sens propre mais un hommage vivant. Ainsi Valentine Goby et Charlotte Delbo démontrent que, pour parler d’Auschwitz, l’entrée principale ce fait par les mots, par la littérature.
Charlotte Delbo semble un peu laissée de coté

Nicolas Béniès.
« Je me promets d’éclatantes revanches », Valentine Goby, Babel.

Sur Charlie Parker

CHARLIE PARKER AURAIT EU, EN AOUT 1995, 75 ANS, 100 ans en 2020.

ACTUALITE DE CHARLIE PARKER

BIRD LIVES !

Une réédition en poche d’un livre paru en 1980, « Bird lives » de >Ross Russell (chez 10/18) et un double CD, « Young Bird », dans la collection Masters of Jazz de Média 7, attirent l’attention, de nouveau, sur le génie de la musique que fut « Bird », Charlie Parker. On sait, au moins depuis le film de Clint Eastwood, que l’Oiseau est le surnom de Parker, provenant soit de « Poulet » – il en aurait écrasé un, en auto, ou allusion à son appétit – soit de « Yardbird », le « bleu », le « tire au flanc », comme le rappelle Alain Tercinet dans le livret du CD. Comme le rappelle « Down Beat », la première revue de jazz américaine, il aurait eu 75 ans cette année. Il était né le 29 août 1920. Et l’Oiseau est toujours vivant ! Continuer la lecture

Vide-Poches

En ces temps incertains, la lecture est non seulement un moyen d’évasion mais tout autant un instrument de connaissance de soi et du monde extérieur. Les éditions en poche font souvent l’objet d’un ostracisme incompréhensible. Comme si ce format était lié à « populaire » et donc méprisable. C’est une erreur profonde. Les trésors sont innombrables. Vérification à travers plusieurs entrées.

Littérature
Contes pour jeunes filles intrépides (Babel)
Lorsque le héros du conte est une héroïne, la lecture se corse et ouvre des perspectives. Praline Gay-Para a ouvert les tiroirs de ces histoires, issues des contes et légendes du monde entier, qui indiquent que les luttes féministes sont inscrites dans la mémoire de tous les pays du monde. Il faut juste se donner la peine de les exhumer. Comme souvent, les femmes disparaissent du patrimoine culturel, comme si elles n’avaient jamais existées. Ces contes montrent que les jeunes filles sont des vaillantes combattantes.
« Contes pour jeunes filles intrépides », Praline Gay-Parra Continuer la lecture

Polar historique

Au pays des Cathares.

1165 entre Carcassonne et Narbonne, pays de naissance des Bons Chrétiens qui ne s’appellent pas encore Cathares, nom qui leur sera donné par l’Église catholique pour désigner comme hérétiques. Ils sont nés en son propre sein et se reconnaissent par une lecture stricte des Évangiles en refusant l’apparat et la richesse dont se parent les dignitaires de cette Église apostolique et romaine. François-Henri Soulié met en évidence les différences de comportement tout en soulignant la contradiction de ces Bons Chrétiens refusant de créer des enfants dans l’enfer du monde. Une femme, violée à plusieurs reprises qui a perdu le sens du plaisir et de la volupté, belle encore, désirable incarne cette contradiction en la mettant face à l’enfant. Il conte, dans « Angélus », une histoire de meurtres bizarres de compagnons tailleurs de pierre, imagiers engagés pour la construction des cathédrales, transformés en anges de la mort sur fond de complots et de folie. Comme souvent par les temps littéraires qui courent, un roman chorale. L’histoire se raconte via les trois héros : un jeune chevalier, Raimon de Termes dont la parentèle est convertie secrètement aux Bons Chrétiens tout en continuant officiellement à servir l’évêque, un roué – qui trouve son maître -, le Maître imagier, Jordi de Cabestan figure centrale visée par le meurtrier et une envoyée des Bons Chrétiens, femme abusée qui se libère de tous ses liens passés et présents, Alois de Malpas. Difficile de résister à cette imagerie sensible.
Nicolas Béniès
« Angélus », François-Henri Soulié, 10/18 Grands détectives.

Quelle histoire !


L’Occupation au prisme des zazous

Zazous ? Un mot, évocateur, fait surgir des silhouettes, notamment celle de Boris Vian, un grand maître de la confrérie. Un mythe ? Une réalité ? Qui étaient-ils ces révoltés ? Gérard Régnier, spécialiste de l’histoire du jazz pendant l’Occupation – c’est sa thèse – a voulu, sur la base de la presse de l’époque, comprendre le phénomène en l’inscrivant dans son contexte. « L’histoire des Zazous » est une histoire de résistance individuelle, de contestation des ordres établis, de ruptures adolescentes. Le mouvement zazou, lui et les preuves abondent, est une reconstruction, manière d’excuse pour cette jeunesse absente des affrontements politiques structurants du 20e siècle. Ainsi en est-il des manifestations zazoues, une pure et simple invention. La plus connue, la plus diffusée : celle du port collectif de l’étoile jaune lorsque les autorités l’ont imposée aux Juifs de France , avec une inscription « swing ou autre. L’auteur montre qu’elle est restée très minoritaire. Une réaction plus individuelle que collective. Continuer la lecture

Jazz, deux anthologies étranges et nécessaires : le jazz belge et les trompettes de Fletcher

Prendre le temps d’entendre
Une anthologie, qui ne fait pas rire mais réfléchir sur la mémoire, les préjugés et la force du souvenir qui occulte souvent la connaissance. Prendre pour sujet le jazz belge a de quoi dérouter. Parler d’un âge d’or accroît le mystère. Django Reinhardt est né par hasard en Belgique et il n’est pas belge pour autant. A part lui, qui ? D’abord Robert Goffin, le plus méconnu des surréalistes, auteur d’articles et livres sur le jazz dans les années 1920-30 et 40. Exilé aux États-Unis, il organisera des concerts avec Leonard Feather. Lui redonner sa place est une nécessité pour l’histoire du jazz, du surréalisme et de leur rapport. Dans le livret une mention de cet auteur. Ce n’était pas le but. En revanche, Philippe Comoy présente les musiciens de ce petit pays étrange né au milieu du 19e siècle. Au début, comme il l’écrit dans le livret aux renseignements indispensables, était les « Bob Shots » sous l’égide de Pierre Robert, guitariste. Déjà se fait entendre celui qui fera une carrière aux États-Unis, fait rare à cette époque, Bobby Jaspar. Le vibraphoniste, « Fats Sadi – Lallemand pour l’état civil mais il voulait faire oublier son nom de famille et il a réussi – fait montre d’une belle maîtrise de son instrument. Continuer la lecture

Du coté du jazz, Un Big Band, Walter Smith III et Matthew Stevens font en commun et Rudresh Mahanthappa fête un centenaire…

Plaisir du Big Band
Le « Brussels Jazz Orchestra » est un organisme vivant qui sait envelopper de sons le public conquis. Tant de ramages, tant de bruits organisés, tant de bonheur de jouer, d’être ensemble laisse forcément la fenêtre grande ouverte à toutes les escapades. Bien sur on pourrait lui trouver quelques pères putatifs. Sans intérêt. Ne gâchons pas le plaisir d’entendre les compositions et les arrangements de Pierre Drevet, trompettiste soliste en compagnie de la chanteuse Claire Vaillant. « Échange » est un titre qui tient ses promesses. Continuer la lecture