Un épisode oublié

1934 : 6 mois qui ont changé la France

Le 6 février les extrêmes droites manifestent, le 12 grande manifestation unitaire de la gauche politique et des organisations syndicales. Les historiens considèrent que, sur cette poussée populaire, réelle, forte d’une aspiration à l’unité, se trouve l’unité d’action et la victoire aux élections de mai 1936 dites du « Front populaire ». Pourtant, et c’est la démonstration que fait Jean-François Claudon dans « Aux origines du Front populaire », l’unité d’action ne se fera pas en un jour ni même en sept. Les 6 mois qui séparent février et juillet, signature du pacte, voient des changements profonds dans la situation internationale, l’Internationale communiste – son nom officiel – change de cap si brutalement que Thorez a du retard à l’allumage, la mobilisation des masses est l’autre donnée. Malgré les tombereaux d’injures du PCF contre la SFIO, l’unité progresse.L’auteur détaille les pourparlers entre les deux partis comme les débats internes – « l’affaire Doriot, les oppositions de gauche au sein de la SFIO – pour rendre compte de tous les obstacle que rencontrent la signature du pacte. Une leçon pour notre avenir ?
Une chronologie détaillée et les biographies des principaux acteurs de ce théâtre complètent l’information du lecteur.
Nicolas Béniès
« Aux origines du Front populaire. Le pacte d’unité d’action », J-F Claudon, Atlande

JSP 45e

Floraison des pommiers du jazz

Coutances localité de la Manche, des rues en pente raide, une cathédrale surplombant la ville et, comme tous les ans depuis 45 ans – un bail -, autour du jeudi de la Toussaint, le jazz en majesté comme il se doit. Un jour férié supplémentaire, le vendredi 8 mai, permet au festival d’octroyer un jour de plus à cette musique-art-de-vivre. Le jazz est passion qui anime organisateurs, à commencer par Denis Lebas, l’âme de ce festival « jazz sous les pommiers » jusqu’aux bénévoles sans qui la fête ne pourrait avoir lieu. Continuer la lecture

Enquête paresseuse dans une ville étonnante, Venise

Voir Venise en 1742

« La gondole des ténèbres » – titre de ce policier historique – sert de guide à une visite de cette ville presque sous l’eau aux palais luxuriants appartenant à une noblesse décatie victime de folies meurtrières pour créer un autre univers à partir d’un matériel humain. Le musée des horreurs est une vieille rengaine reposant sur l’être humain comme modalité de création.
Le carnaval de l’année 1742 dévoiles les fastes et les faux semblant d’une aristocratie qui veut, avant tout, se faire voir, se faire admirer au-delà de ce qu’elle est réellement.
En journaliste, Robert Laroche donne à voir. Son intrigue, un peu mince et sans rebondissements, lui permet de nous faire naviguer sur ces canaux où les gondoliers amènent chacun et chacune vers son destin. Le détective, Flavio Toscarini, n’a pas grand-chose à faire…
Nicolas Béniès
« La gondole des ténèbres », Robert de Laroche, Folio/Policier

Stratégie meurtrière et suicidaire : la baisse du coût du travail

A propos du livre de Clément Carbonnier « Toujours moins ! »

Clément Carbonnier, économiste et statisticien, analyse « l’obsession de la baisse du coût du travail » par les gouvernements occidentaux inspirés par le néolibéralisme. Il est question, dés le sous titre, de « l’impasse stratégique du capitalisme français ». Sa démonstration, sans appel, s’appuie sur des travaux économétriques comme sur des rapports officiels – il est l’auteur de quelques-uns – pour énoncer les conséquences de ces politiques étatiques socialement comme économiquement. La Sécurité sociale créée en 1945 avait comme objectif de hausser le marché final de la consommation pour tirer la croissance qui reposait sur ce socle. Continuer la lecture

Nuit et brouillard encore présents en 1948

Polar dans l’histoire

Rééditer le « prix du quai des orfèvres  1948 » est à la fois une redécouverte d’un auteur oublié, Yves Fougères (1921 – 1953) et une manière de ressusciter l’ambiance de ces temps étranges où le nazisme est encore présent suscitant beaucoup de fantasmes. Les travaux d’historiens montrent que les hauts fonctionnaires fascistes sont restés très présents dans les pays d’Europe de l’Ouest protégés par la « chasse aux sorcières » communistes.
Le prix du quai des orfèvres, comme le rappelle Marc Lemonier dans ses « Ballades policières dans Paris » (nouveau monde éditions), est décerné par un jury présidé par le de la police judiciaire et doit respecter « l’exactitude matérielle des détails et du respect du fonctionnement de la Police et la justice française », rien de moins. Continuer la lecture

Comment mobiliser les masses ?

Peut-on faire jouer aux relations publiques un rôle progressiste ?

Un petit livre de Simon Tremblay-Pepin, Intrigues, petit manuel pour une critique des relations publiques, qui mérite bien son titre. C’est d’abord un vrai manuel dans sa deuxième partie, où il passe en revue les grands auteurs d’intrigues, à commencer par le duc de Saint Simon dans ses mémoires, pour aborder la théorie des « pseudo-événements » de Daniel Boorstin, et celle de la manipulation des signes vus par Jean Baudrillard qui tendra à s’éloigner de toute réalité en s’enfermant dans le seul langage des signes. Il évoque la plupart des penseurs de cette discipline pour se permettre de construire une théorie et une pratique alternatives de communication au service d’une entité à définir, peut-être de la vérité toujours difficile à approcher. Continuer la lecture

Le côté émotif de Sherlock Holmes

Qu’allait-il faire dans cette galère ?

Il faut avoir une sacré dose de haine envers Sherlock Holmes pour le lancer dans une aventure perdue d’avance : innocenter le capitaine Dreyfus. Une affaire sans doute plus connue de ce côté ci du Channel que de celui de Holmes. Il se heurte comme tous les enquêteurs – appelés dreyfusards alors qu’il recherche la vérité – à la « raison d’État » représentée par son frère Mycroft essayant à toute force de la justifier en reprenant les arguments de la hiérarchie militaire française, l’antisémitisme en moins. Holmes, comme d’autres, essayera de la faire évader et, comme toutes ces tentatives, ce sera un échec. Continuer la lecture

Jaune est sa couleur


Une vie, une contrée, une écriture

« L’arbre de l’homme », le titre du roman de Patrick White (1912-1990) – seul écrivain australien à a avoir eu le Prix Nobel de littérature en 1973 -, résume bien la démarche de l’auteur. Un homme, jeune, arrive dans une contrée quelque peu désertique. Il s’y arrête à cause d’un arbre décharné qui porte le poids des ans. Son cheval est fatigué de tirer la carriole dans laquelle se disperse les faibles possessions de l’homme qui s’appellera disons Stan Parker. Il s’installe, construit sa maison, épouse Amy sans jamais avouer à voix haute – mais peut-être n’a t’il pas les mots pour le faire – ni son amour, profond et réciproque, ni son désir ni son besoin de tendresse. Continuer la lecture

Mais qui est Faraday ?

La fée électricité ? Ou sorcière ?

« Le laboratoire des ombres », titre évocateur du thème central de ce roman signé David S. Khara, science sans conscience n’est que ruine de l’âme comme aurait dit un auteur du passé. C’est aussi un vrai laboratoire dans lequel l’auteur nous fait pénétrer, celui de Faraday qui, à Londres ici en 1841, poursuit empiriquement ses recherches sur l’électricité pour en faire un outil au service de tous.
Il présente ses recherches au public par des conférences et note toutes ses recherches sur de petits carnets. L’un d’entre eux sert de fil conducteur à cette enquête menée par le seul agent des services spéciaux à cette époque, un dénommé Gaston. Les débuts de la recherche du groupe qui veut supprimer les grands de ce monde grâce à l’utilisation des découvertes de Faraday fait penser à une nouvelle version de James Bond. Les références sont là. Le chef du service veut se faire appeler « M »… Continuer la lecture

Alliance Mirbeau/Delaunay, paroles et musique

Un objet artistique non identifié

Le prendre, le toucher, le regarder pour considérer l’objet. La présentation dit qu’il a été produit artisanalement par Jean Rochard – créateur du label Nato du nom d’un chef amérindien – sans doute aussi amoureusement pour aboutir à ce résultat, un livre disque. Ce n’est pas une première, les tentatives ont existé et se sont souvent révélées décevantes.
« L’homme des Damps » est une réussite parce qu’il fête l’insolence, la révolte et les révoltés, brise la bienséance pour mettre en lumière Octave Mirbeau et son actualité. Ses œuvres démontrent l’analyste fin et sans pathos des ressorts cachés de la société capitaliste – et pas seulement celle de son temps, la fin du 19e – qui se cache sous les oripeaux d’une idéologie du bon sens, forcément celui de la classe dominante pour cacher un darwinisme social – les plus pauvres sont à éliminer – de tous les instants. Pierre Michel, le président des amis d’Octave Mirbeau, prend de la place pour expliquer « Pourquoi il faut lire Octave Mirbeau ». Et c’est convainquant. Continuer la lecture