Jazz d’ailleurs et de toujours

Musique pour contes russes.

KornazovGueorgui Kornazov, tromboniste et compositeur, ne craint pas d’intriguer l’acheteur. Une pochette noire au titre étrange comme venu d’ailleurs, « Suznanie » où figure deux noms, le sien et celui de Leonardo Montana sans autre mention. A l’auditeur potentiel de vaincre ces obstacles pour ouvrir cet album, mettre le CD sur sa platine et prendre le train en marche.
Il n’est pas long à découvrir, s’il ne le savait déjà, que Montana est pianiste et sait s’insérer dans l’univers du tromboniste qui fait la part belle à ses origines revues et corrigées par le jazz lui-même.
« Suznanie » se présente comme une longue suite ou, plutôt comme des gares qui balisent le voyage, un voyage dans les histoires de notre enfance, dans les contes de notre grand-mère forcément russe. Si, par hasard, elle ne l’était pas – russe -, elle raconterait des histoires semblables, de ces contes et légendes légères et graves pleines de bruits et de fureurs d’un monde qu’il est difficile d’oublier. Le rêve permet de s’en échapper pour s’effondrer ailleurs, pour construire un autre monde.
Gueorgui n’a rien oublié, ni Henri Texier ni sa grand-mère, encore moins les grands trombonistes qui ont marqué le jazz à commencer, pour lui – c’est évident à l’écoute –, Roswell Rudd chez qui il a pris cette rugosité qui va si bien à sa musique en la servant.
Il a trouvé chez le pianiste, le même goût de raconter des histoires tout en sachant mettre en valeur ses compositions et assurer un soutien rythmique sans faille.
Un duo qu’il faut entendre. Une surprise – une bonne – à l’écoute d’un album qui a oublié de se présenter à l’auditeur. Il faut passer au-dessus pour découvrir cet univers. L’album le plus abouti du tromboniste à de jour.
Nicolas Béniès.
« Suznanie », Gueorgui Kornazov/Leonardo Montana, contact kornazov@free.fr

JAZZ, De quelques parutions récentes (1)

Du trio au duo, de l’auto production à la création d’un nouveau label.

Un drôle de trio pour une musique de l’ailleurs.
Un trio ? Un trombone, Gueorgui Kornazov, une trompette, Geoffroy Tamisier et une guitare pour lier le tout, tout en s’opposant aux deux autres, Manu Codjia pour une musique faite de nostalgie et de mélancolie slave en référence à la fois aux grands compositeurs français – Ravel particulièrement – et de l’Europe de l’Est Stravinski et Bartók tout en conservant, un peu, de la pulsation du jazz. Une musique qui fait penser à la fois aux sonnets de Shakespeare mâtiné de Pouchkine et de Maïakovski pour exprimer une sorte de mal être dû à l’exil extérieur et intérieur, un sentiment de mise à l’écart, une difficulté de trouver sa place dans cette société. Soudain, le rire sait triompher en emportant toute cette mélancolie pour donner place à la vie et à ses bonheurs, aux retrouvailles de vieux amis qui ont voyage, un temps, ensemble et savent qu’ils devront se séparer. « Le gris du vent » est un titre qui pourrait servir d’exergue au monde d’aujourd’hui. Ce gris qui tend à devenir la couleur dominante et quand le vent est au gris… Lire la suite