Lorsque l’économie se livre en livres

EconomieDe la critique du libéralisme à de nouvelles propositions.

1) La crise en questions

Philippe Askenazy et Daniel Cohen récidivent. Sous leur direction, Albin Michel avait publié, en 2008, « 27 questions d’économie contemporaine » – qui, soit dit en passant, parlait peu de la crise systémique qui s’était déclenché, sans les prévenir, le 9 août 2007 – pour brosser un tableau des manques de cette dite science sociale, suivi, en 2010, des « 16 nouvelles questions d’économie contemporaine » qui abordait les causes de la crise financière et celle de l’Etat providence tout en proposant des pistes nouvelles pour l’assurance vieillesse ou la fiscalité. Pistes contestables dont certaines se retrouvent dans la vulgate gouvernementale, séparées de leur environnement théorique. Elles deviennent des « tartes à la crème » – comme le partage de l’espérance de vie entre travail contraint et travail non contraint, expression d’un recul idéologique profond portant sur la réduction du temps de travail – qui ôtent toute saveur au débat théorique sur la nécessité de ces propositions. Le gouvernement actuel rend un bien mauvais service à la cause de la science économique et à la gauche toute entière. Lire la suite

L’exil, un entre deux

Rencontres

Un professeur d’université, Eduardo, et sa compagne, Lia, Guatémaltèques rencontrent un pianiste serbe, Milan, partagé entre les deux mondes de ses parents. Tsigane par son père, Serbe par sa mère il est rejeté par les deux communautés dans cette ex-Yougoslavie déchirée. Le choc esthétique est profond et déclenche un voyage onirique dans cette Mittle Europa qui n’existe plus, à l’intérieur de cette musique tsigane et surtout du jazz, à commencer par Thelonious Monk ici dénommé « Melodious Thunk ». Un roman sans début ni fin qui parle de l’errance, du parcours, de la marche pour se construire, se comprendre. Eduardo, issu d’une famille de rescapés de la Shoah, se projette dans Milan et veut le retrouver pour se trouver lui-même. « La pirouette » – titre de ce roman – représente une figure de notre espace-temps de ce monde en train de sombrer.

N.B.

« La pirouette », Eduardo Halfon, traduit par Albert Bensoussan, Quai Voltaire, 172 p.

Éloge du nomadisme.

La Ville est une inconnue. L’architecture, l’urbanisme proviennent du monde nomade. La Ville se construit par des limites – comme les Menhirs – pour orienter des parcours. La marche permet de découvrir les trésors cachés. C’est la thèse que défend Francesco Careri dans ce « Walkscapes », intraduisible anglais pour dire que la marche façonne des paysages, que la route est plus importante que les constructions. Une manière de revisiter à la fois les surréalistes, les Dadaïstes et les Situationnistes. Au moment où la BnF expose Guy Debord, cet essai permet d’apercevoir les filiations et la place de ces théorisations dans l’appréhension du monde. La préface, « La ville nomade » de Gilles A. Thiberghien – autre théoricien de cette architecture mouvante – permet de compléter et de comprendre la démarche de l’auteur. Stimulant.

N.B.

« Walkscapes. La marche comme pratique esthétique », Francesco Careri, traduit par Jérôme Orsoni, Éditions Jacqueline Chambon/Rayon Art, 221 p.

Articles publiés dans l’US Mag d’avril 2013