Jazz. Revoir New York ?

Tout autour de Gershwin

New York, le savez-vous ?, est une ville changeante et pas seulement sous la pluie. Elle se transforme à une vitesse sidérante. La ville qui ne dort jamais – pour citer la chanson du film éponyme de Scorcese – est aussi celle qui connaît destructions et reconstructions. Absentez-vous quelques temps, revenez sur les lieux que vous avez connus et vous êtes gagné par une « étrange familiarité » qui fait que vous ne reconnaissez rien tout en ayant l’impression de tout reconnaître.
Gershwin, George tout, autant que son frère Ira – diminutif de Israël – sont liés à New York celle des années 1920/30, cette ville qui danse au son du jazz. George marquera de sa musique cette ville. Elle lui avait permis, New York, avec ses quartiers habités par des populations aux cultures diverses et aux musiques dansantes de se former, de prendre ici ou là de quoi se constituer son propre bagage et d’offrir, en retour une sorte de synthèse permettant de sortir de l’acculturation pour construire une autre référence, pour permettre l’accession à une citoyenneté nouvelle. Continuer la lecture →

Le jazz comme vecteur de la fraternité

Une initiative singulière
Des fanfares en Seine Saint-Denis !

flyerDans le cadre des Villes des Musiques du Monde , une association qui avait présenté à Marseille la Cité des Marmots, il est organisé une FOLIE DES FANFARES
en partenariat avec l’ambassade des États-Unis, les 28 mai – là c’est trop tard -, le 4 juin à Aulnay-sous-Bois au centre social Le Gros Saule avec Cap to Nola, les Fabriques Orchestrales Juniors d’Aulnay-sous-Bois et le 11 juin à Paris à partir de 14h au Parc de la Villette avec toutes les Fabriques Orchestrales Juniors et Adultes.
Des concerts gratuits sous le signe du funk pour une première édition
Lors de l’édition 2014 du Festival Villes des Musiques du Monde dédiée à La Nouvelle-Orléans, était accueilli The Chosen Ones, Brass Band composé d’adolescents scolarisés de la « Landry- Walker High School »,  un lycée entièrement « black » situé dans un quartier dévasté post-Katrina. L’idée a germé d’importer en France cette manière à la fois d’aborder la musique tout en permettant aux élèves de créer. La même tentative vient d’être faite avec l’écriture collective d’un livre, toujours pour les collégiens de Seine Saint Denis. « Fabriques Orchestrales Juniors », tel est le nom de ce projet qui se traduit par la participation de ces collégiens dans ces concerts gratuits.
Un binôme franco-américain, Wilbert Rawlins, directeur des programmes musicaux de l’ensemble des collèges de La Nouvelle-Orléans et Bruno Wilhelm, compositeur, ont pris en charge cette initiative musicale et d’échanges entre des collégien-nes des deux côtés de l’Atlantique.
 Le projet Fabriques Orchestrales Juniors vise un public d’adolescents qui n’ont jamais joué de musique. Quatre fanfares de jeunes débutants dans les villes de La Courneuve, Drancy, Aubervilliers et Aulnay-sous-Bois ont été constituées. Les jeunes apprendront la musique de façon collective selon des méthodes pédagogiques s’inspirant de celles utilisées à la Nouvelle-Orléans. Grâce à celles-ci, l’ambition de « Villes des Musiques du Monde » est de former les jeunes sur une période de trois années.
Les concepteurs insistent sur l’oralité comme mode d’enseignement et de transmission.
Le collège de Marciac, avec son atelier « Jazz », avait inauguré des modalités nouvelles d’enseignement pour lutter contre le « décrochage ». Cet atelier avait permis de former de futurs musicien-nes.
Souhaitons à ce projet un grand avenir, qu’il fasse tâche d’encre pour montrer que la musique, le jazz, si elle n’adoucit pas les mœurs est un grand vecteur de fraternité.
Nicolas Béniès.
 Rens. 01 48 36 34 02 – www.villesdesmusiquesdumonde.com

JAZZ, perdre pour retrouver, à propos du Dave Brubeck quartet

Hommage vivant

BreitenfeldTitrer un album « Breitenfeld » tient de la gageure. D’autant que, si vous n’ouvrez pas le « digipack » – un mot curieux, n’est-il pas ? – vous ne savez pas quelle sauce musicale vous allez goûter. La page 4 de couverture, soit l’envers du CD, donne une indication précieuse. Quelques titres titillent l’oreille : « The Duke » – et vous pensez à la rencontre Miles Davis/Gil Evans, vous n’avez pas tort -, « Emily » évoquent un vague souvenir. Plus important, « Toutes compositions Dave Brubeck », incite à s’interroger.
Pierre Fénichel, contrebassiste et arrangeur pour l’heure, a voulu rendre vivant un couple étonnant et un peu renversant, Dave Brubeck, compositeur de toutes les métriques étranges et son saxophoniste alto d’ami, Paul Desmond, celui par qui le scandale du succès est arrivé. C’est Paul et non Dave l’auteur de ce « Take Five » de renommée mondiale, un thème inhabituel dans cette fin des années 50, tellement qu’une partie des « vieux » musiciens refusera de faire l’effort de pénétrer dans ce nouvel univers. Pour dire que l’entrée dans la modernité sépare les générations. La facilité apparente de ce thème a suscité bien des ambiguïtés. Le reproche de « commercial » a été rapidement accolé à toute cette musique. Breitenfeld – le nom d’état civil de Paul Desmond – ne méritait pas autant d’honneurs ni d’indignités. Le Paul savait franchir tous les monts sans apparaître fatigué, accoudé qu’il était au piano de Dave, un verre de whisky virtuel à la main. Il savait faire surgir de son saxophone un son à nul autre semblable même si l’influence profonde de Johnny Hodges réapparaissait de ci de là.
« Breitenfeld » est, bizarrerie supplémentaire, le disque d’un trio et un trio étrange. Contrebasse/batterie/guitare. Pierre Fénichel s’est adjoint le batteur Cédric Bec pour lui faire jouer des métriques inspirées de celle de Brubeck sans que ce soit totalement celles de Brubeck et encore moins celles de Paul – l’arrangeur s’est refusé « Take Five » – et un guitariste, Alain Soler, de ceux qui voudraient élargir les horizons en dynamitant toutes les traditions. Le résultat : un vent frais, celui de la mémoire du jazz, mémoire en activité pour tisser les liens entre passé et futur. Une manière de servir et de se servir des compositions de Brubeck – ce n’est pas la première fois pour ces musiciens – pour exprimer leur propre conception tout en faisant la démonstration qu’on aurait tort de sous estimer ou même d’ignorer cette partie du jazz. Continuer la lecture →

JAZZ, Louis Moreau Gottschalk, ancêtre du jazz ?

Un passé plein d’avenirs

Stanchev/Quelle idée a germé dans la tête de ces deux musiciens, Lionel Martin, saxophoniste itinérant, navigant entre tous les styles, toutes les époques, et Mario Stantchev, pianiste bulgare d’origine et désormais lyonnais de rendre hommage à ce concertiste étrange, compositeur bizarre né à la Nouvelle-Orléans, Louis Moreau Gottschalk (1829-1869) ? Des liens invisibles existeraient entre la métropole lyonnaise et la Nouvelle-Orléans de ce 19e encore marqué par l’esclavage ? Ce fils de financier juif londonien et d’une créole est une sorte de synthèse entre les cultures européennes – les Créoles de la Nouvelle-Orléans sont issus de famille française – et africaines. Il pourrait être un ancêtre du jazz. « Jazz before jazz » dit le titre de cet album, comme si cette musique sans nom bouillonnait déjà dans les bayous et dans toutes ces plantations du Sud comme dans les villes en formation du Nord des États-Unis désunis. Les esclaves sont présents au Sud comme au Nord notamment dans les ports, partout une forme de ce jazz du futur émergera. Continuer la lecture →

Rendez-vous à Coutances

Le jazz au temps du Front Pop.

Le 3 mai 1936, deuxième tour des élections législatives. La Parti Socialiste est en tête. Un nouveau gouvernement est possible. Léon Blum, futur Président du Conseil, attend. Respectueux des institutions, il ne veut pas prendre la pouvoir mais l’occuper. Les grèves se déclenchent, joyeuses. La danse est omniprésente. On danse dans les usines devant les machines, devant les étals morts des grands magasins, dans les rues. Au son de l’accordéon à qui il arrive de prendre des accents nouveaux. Tony Murena, Gus Viseur entre autres, le feront sonner swing.
On chante. Tout va très bien madame la marquise, une manière de conjurer le sort. De vouloir être heureux.

C’est difficile. Le patronat n’aime pas les danses. Ni le jazz, musique de « Nègres » comme on dit à l’époque soit pour la valoriser, soit pour la dévaloriser. Les mots, comme les insultes ont une histoire, un contexte. Continuer la lecture →

JAZZ. Musique de la mémoire

Histoires rêvées

cd-sebastien-texier-quartet-dreamers-Un quartet à la fois étrange et traditionnel. Orgue, Olivier Caudron, guitare, Pierre Durand, batterie, Guillaume Dommartin soit un trio qui fleure bon la fin des années 50, de ces groupes formés par Jimmy Smith pour faire avancer l’orgue Hammond B3 sur le devant de toutes les scènes, une formule qui sera reprise jusqu’à son usure totale. Étrange tout de même par l’adjonction du leader de ce quartet, Sébastien Texier, clarinettiste et saxophoniste alto venu avec ses rêves pour transformer ce trio classique en rêveurs d’un nouveau monde. « Dreamers », un titre qui nous va comme un gant. Nous aussi nous sommes embarqués sur le même bateau. Un « radeau de la Méduse » transformé en voilier par la force d’une imagination partagée.
Les compositions de Sébastien s’inspirent de toutes les cultures matinées d’une référence omniprésente aux groupes de Ornette Coleman caressée par une mémoire du jazz qui sert de ligne directrice. L’énergie pousse le groupe souvent en dehors de ses propres définitions pour aller voir ailleurs si le monde est plus fraternel.
Il arrive pourtant qu’un thème fasse trop penser à un des précédents et provoque une perte d’attention mais le suivant relance les dés… Le son de la clarinette retient toujours l’oreille. La rencontre avec cet instrument tient, pour le leader de son rêve d’amour le plus fou et le plus total. La clarinette et Sébastien font corps et pas seulement corps à corps. L’alto transbahute moins de mystères mais plus de mémoire, une alliance nécessaire.
Le tout est un des albums convaincants de ce mois.
Nicolas Béniès.
« « Dreamers », Sébastien Texier Quartet, Cristal Records, distribué par Harmonia Mundi.
Le quartet sera en concert à Jazz Sous Les Pommiers, Coutances (50)

Des nouvelles du jazz en Allemagne

Pianiste, compositeur, chef d’orchestre, Alexander von Schlippenbach.

Dans la série « European Jazz legends », le magazine allemand « Jazzthing » propose une série de portraits de musicien-nes européen-nes qui ont marqué le jazz. Un des numéros était consacré à Enrico Pieranunzi dont nous avons parlé dans une chronique précédente.
Alexander von SchlippenbachLe numéro 4 de cette série donne à Alexander Schlippenbach, créateur du « Globe Unity » en 1966, ensemble qui a beaucoup choqué les contemporains, la possibilité de montrer sa capacité de synthèse de toute la mémoire du jazz mais aussi de la sienne. Un héritage qu’il ne faut pas laisser perdre. A 77 ans, il a intitulé cet album Intuition « Jazz Now ! », le jazz maintenant ou maintenant du jazz ou encore le jazz toujours parce que se conjuguant au présent. Il fait la part belle Thelonious Monk se souvenant peut-être que deux de ses plus belles réalisations étaient dédiées à ce compositeur. En même temps, il reprend des thèmes de Herbie Nichols dont les talents n’ont jamais été reconnus à leur juste valeur. La production de Herbie est surtout le fait de 3 albums Blue Note en 1954-55 qui sonne résolument contemporain. Il a exercé une grande influence sur une partie de la scène du jazz allemande. Des « Herbie Nichols project » ont vu le jour. Continuer la lecture →

Un festival de jazz, des …

Le jazz et son printemps.

Les « feuilles mortes » disparaissent de notre paysage. Les « Sons d’hiver » et autres festivals de cette saison se sont terminés. Une saison étrange, sans neige, avec une chaleur étrange qui ne fait plus douter de l’existence du réchauffement climatique.
Le calendrier nous oblige à passer au printemps sans que le temps – celui qu’il fait – le fasse réellement sentir. L’impression est quelque fois inverse. Comme un retour en arrière. Comme si après le faux hiver, le vrai voulait se faire sentir. Le jazz s’en fout.
Il fête le printemps via les festivals. Il accueille, entre autres, « europa djaz » pour sa 37e édition et « Jazz sous les Pommiers », pour sa 35e. Un peu avant les débuts de ces deux réunions, « Banlieues Bleues » continue à organiser les rencontres entre les jazz et les publics.

2016, année qui nous aura fait travailler un jour de plus, fête l’Ascension beaucoup plus tôt que l’an dernier. Comme si, l’appel vers les cieux était, d’un coup, plus urgent. Mettre ce jeudi encore férié début mai – le 5 – a obligé Denis Le Bas et l’ensemble des organisateur(e)s de Jazz sous les Pommiers » à commencer le 30 avril. Continuer la lecture →

Jazz. Un absent des dictionnaires très présent

Un batteur américain à Londres.

outlier jeff williamsJeff Williams, batteur découvert, quant à moi aux côtés de Dave Liebman, de Stan Getz et de Joe Lovano, est né dans l’Ohio. Il tombe dans l’amour, comme disent les Québécois, épouse la romancière britannique Lionel Shriver qui a remporté une multitude de prix littéraires. Jeff, de ce fait, enseigne la batterie à la Royal Academy Of Music de Londres tout en continuant de vivre, en partie, à New York. « De ce fait, écrit-il dans les notes de pochette d’où sont tirées toutes ces informations, je suis devenu Transatlantique », une sorte de pont au-dessus de l’Atlantique à lui seul. Une situation idéale pour enregistrer pour le label britannique Whirl Wind avec ses musiciens américains. Peu d’informations disponibles sur ce musicien à la discographie pourtant importante. Raison de plus pour le découvrir…
Qu’il faut découvrir : Josh Arcoleo au saxophone ténor qui a visiblement beaucoup écouté Joe Lovano, Phil Robson à la guitare plutôt dans la lignée de Pat Martino, Kit Downes, pianiste qui a entendu Keith Jarrett mais essaie de s’en sortir et Sam Lasserson contrebasse et basse électrique. Le tout forme un groupe sur les compositeurs du batteur. Elles n’échappent pas toujours à la déformation professionnelle d’un enseignant d’être un peu trop démonstratives. Elles baignent dans le modal post bop et n’arrivent pas toujours à décoller. Lorsque c’est le cas, sur « Hermeto » par exemple hommage à Hermeto Pascoal, on sent que ces musiciens ont de la ressource et gardent la mémoire de tous les jazz. Il faudrait qu’ils acceptent de déraper un peu plus…
Le titre de cet album, « Outlier », est la concrétisation de sa situation étrange entre deux mondes, deux pays dont la langue est le plus grand diviseur – comme disait George-Bernard Shaw. Un terme qui signifie dans le langage des statisticiens, une observation aberrante mais aussi un cas unique. Deux sens qui collent parfaitement à Jeff Williams.
A découvrir.
Nicolas Béniès
« Outlier », Jeff Williams, Whirl Wind Records. www.whirlwindrecordings.com

Jazz. Chercher sa voi(e)x

Comme un nouveau départ ?

robin_mckelle_the_looking_glassRobin McKelle, Irlandaise d’origine, chanteuse de jazz, de soul aussi avait intitulé l’un de ses premiers albums « Modern Antique », une sorte de définition qui lui allait bien. Rien de révolutionnaire mais une joie communicative de chanter, d’être sur scène.
Avec cet album, « The looking glass », elle s’éloigne de ses origines et s’oriente résolument vers la pop la plus répandue où la concurrence est rude. Elle a dû se dire – ou son agent – qu’elle pouvait se faire reconnaître plus facilement que dans les mondes confinés du jazz. Elle en a toutes les possibilités. Et ses compositions en compagnie de son pianiste, Ray Angry, essaient de se sortir de toutes les ornières.
Mis à part quelques réussites dont « Stand Up », un appel qu’il faut entendre et « Get Back Yesterday », le reste provoque un ennui léger tellement le rythme, le son d’ensemble est semblable. Dommage. On attendra le prochain.
Nicolas Béniès.
« Looking Glass », Robin McKelle, Doxie Records, Membran.