Jazz : d’un vent du désert aux Indiens,, le jazz reste une musique de contestation


Quand le vent du désert vient à nous.

Le Sirocco est parfois tellement fort, tellement imprévisible qu’il passe la Méditerranée pour envahir jusqu’au Nord et l’Ouest de la France déposant des pellicules jaunâtres sur les voitures et les immeubles. Un vent qui ne respecte rien même pas les frontières.
Pour ce nouvel album, « Sirocco », Hubert Dupont, bassiste de son état, s’en inspire. Entouré de Christophe Monniot aux saxophones et instruments électroniques et de Théo Fisher, beatmaker, live electro – pour recopier ce qui figure sur la pochette, il faut l’entendre pour le comprendre – venu du hip hop. Transgresser les genres est une nécessité pour créer des ambiances originales. Cette musique transporte autant de grains que le vent du sud. Elle veut faire danser et s’entend comme une chorégraphie mentale qui laisse chacun.e libre de l’imaginer. Continuer la lecture

Histoire et culture des États-Unis.

Une nouvelle biographie de Miles Davis et ce n’est jamais trop. Miles a vécu dans sa chair le racisme et ses conséquences. Adulé à Paris, il ne perce pas à New York et se drogue. Le drame des musicien.ne.s de jazz – un terme contesté aux États-Unis mais valorisant en Europe, comme il le notait lui-même. Il s’agir de Great Black Music bien entendu.
Jerome Charyn pense qu’il était temps, pour terminer ses aventures, d’installer Isaac Sidel à la Maison Blanche. Que peut faire un ancien flic et ancien maire de New York – Charyn ne s’éloigne pas trop de la réalité – à la Maison Blanche ? Pas grand chose. Depuis, Trump a conduit une sorte de putsch, de coup d’État comme, pour l’instant, une tentative avortée mais une tentative. Charyn n’a pas osé écrire qu’un Président pouvait sauter dans sa voiture pour prendre la tête des manifestants à l’assaut du Capitole et empoigner par un agent de la sécurité pour l’empêcher de commettre ce crime. Trump a testé, un autre ou lui-même pourrait le réaliser. Il a beaucoup fait pour discréditer tout le système de la démocratie américaine sans parler de ses nominations à la Cour Suprême. Lire Charyn, c’est pénétrer dans certaines arcanes de ce monde étrange. Continuer la lecture

Jazz : les nouveautés de l’été


Hommage libre à Teddy Wilson

Le titre de l’album ne laisse planer aucun doute : « La suite Wilson ». La référence à Teddy Wilson, à ses combos – petits groupes – est explicite. Il est possible de déceler une signification implicite : l’absence de copie de l’original mais des arrangements différents ou des compositions originales pour évoquer l’ombre du pianiste, compositeur, spécialiste des accords de dixième et membre des groupes de Benny Goodman. Longtemps décrié le clarinettiste/chef d’orchestre avait pourtant révolutionné la scène du jazz en constituant des groupes mixtes, Noirs et Blancs mélangés. Dans les années 30, un sacrilège pour tous les conservateurs pré trumpistes. Continuer la lecture

Jazz : retour an 2008

Bon anniversaire.
Ce mois de juillet – le 2 pour être précis – Fritz Jones, plus connu sous le nom de Ahmad Jamal, nom qu’il s’est choisi, a vu son 78e anniversaire et la sortie de cet album « It’s magic ». Il faut le croire, la magie est au rendez-vous. Toute la mémoire du jazz aussi. Mémoire d’une vie qui a vu la gloire et la déchéance. La sienne. Le tout se retrouve transformé en une musique de notre présent. Avec ses acolytes habituels, il fait danser le monde. Qui en a bien besoin !
Ahmad Jamal, « It’s magic », Dreyfus-Jazz. Continuer la lecture

Jazz en Norvège

Les éclats blancs bleus de la Norvège

Le jazz en Europe du Nord est une vieille histoire, surtout au Danemark pays dans lequel beaucoup de musiciens de jazz sont venus s’établir ou se produire. Le début des années 1960 se croisent Cecil Taylor, Albert Ayler sans compter Kenny Drew, Oscar Petitford ou Dexter Gordon. La Norvège, proche voisine, entendra les sons ardents des jazz qui influenceront les jeunes générations. Les politiques publiques favoriseront toutes les formes de culture. Les écoles s’ouvriront à ces différents courants, musicaux notamment.
Le double CD, réunissant 30 groupes au travers d’extraits d’albums, « Jazz Out Of Norway » permet de se rendre compte de la scène du jazz. Comme partout, les références sont multiples. L’arc-en-ciel des musiques issues du jazz tout d’abord à commencer par Jan Garbarek, les folklores – il faudrait parler des mémoires spécifiques solubles dans le jazz, ou l’inverse -, les compositeurs dits classiques, les musiques contemporaines… A l’écoute, s’aperçoit la recherche nécessaire pour définir de nouveaux horizons en agissant sur le présent. Le « free jazz », si décrié à mauvaise raison aujourd’hui, a appelé toutes les ouvertures, toutes les aventures en bousculant toutes les traditions, tous les codes pour conserver l’essentiel, les mémoires des luttes contre le racisme, pour la dignité.
Il faut écouter, entendre ces musicien-ne-s qui s’inscrivent dans le mouvement actuel de surgissement créatif pour définir le monde tel qu’il devrait être contre le monde tel qu’il est. Comme partout, les compositions ont été marquées par la pandémie, le confinement, grande première dans notre histoire récente. Les transformations de notre mode de vie ne peuvent que jouer un rôle dans l’appréhension de la culture et de la création musicale. Le monde bascule, les cultures aussi. Le jazz en Norvège y participe, il faut le goûter.
Avis aux programmateurs puisque les festivals semblent reprendre vie : le « booking » est indiqué. Pourquoi pas un festival, l’an prochain, dédié au jazz venu de ce froid norvégien pour nous inonder de sa chaleur ? Nicolas Béniès
« Jazz Out Of Norway », norsk jazz forum, Music Norway, Ambassade de Norvège (Paris) ; livret en anglais. Compilation disponible en streaming avec le QR Code

Lien direct pour une nouvelle émission sur radio toucaen

« Anniversaire », pour fêter les fantômes vivants, centenaires, 40e de la mort… Une manière d’entretenir la mémoire qu’il faut savoir garder. Partager un moment avec ielles pour ne pas laisser ces moments éphémères et éternels.
Ainsi pour la première Thelonious Monk, qui a quitté la forme corporelle, physique en 1982 mais qui reste présent et Charles Mingus né par hasard à Nogales en 1922, habitant de Watts, le ghetto de Los Angeles pour finir par envahir New York. Le Village Vanguard en porta longtemps la marque, le « Mingus’ Hole », le trou de Mingus fait par le poing du contrebassiste dans le plafond
Pour la deuxième, beaucoup de centenaires se donnent la main pour une ronde à la gloire de cette musique revendicative, pour dessiner une sorte de révolte mondiale contre toute forme de racisme, d’exclusion.
Le lien direct : https://radio-toucaen.fr/programme/anniversaires-jazzistiques/
qu’il faut copier.
Nicolas

V’la le printemps !

Il était attendu. Deux printemps de raté pour la plupart des festivals. Le réchauffement climatique n’explique pas tout même s’il nous fait passer sans transition de l’été brûlant à l’hiver glacé. Le jazz notamment était orphelin. Les différents variant du COVID19 avaient séparé toutes les fratries, fermé les frontières. Pour la mémoire de ce mois de mai, festivaliers comme invité.e.s feront comme si la mise en garde de l’OMS restait…mise en garde.
Prenons le festival de jazz de Coutances (50), « Jazz Sous les Pommiers » qui tente de retrouver ses habitudes avec son dimanche en fanfares et ses à côtés dont la scène aux amateurs et ses animations gratuites. Il aura lieu, comme avant 2020, autour du jeudi de l’Ascension soit du 20 au 28 mai, sans quasiment de non européens. A deux exceptions prés mais quelles exceptions : un groupe d’Américains : Dave Liebman/Randy Brecker/Marc Copland/ Drew Gress/Joey Baron (mardi 24 mai) pour un moment, assuré, de pur délice et le trio de Brad Mehldau le 27.
Cette nouvelle donne permet de découvrir l’éventail des musiques de jazz en France et un peu au-delà avec notamment la saxophoniste originale Tineke Postma et un « Focus Portugal ». Michel Portal, Théo Ceccaldi, artiste en résidence, Émile Parisien, Thomas de Pourquery, Daniel Zimmermann, un « battle » Médéric Collignon/Pierrick Pédron et j’en passe pour ne pas oublier Marion Rampal qui ouvrira les festivités le vendredi.
Dans cette même période le festival du Mans rouvrira ses portes comme quelques autres.
Nicolas Béniès
« Jazz Sous Les Pommiers, 20 au 28/05, www.jazzsouslespommiers.com

Voix du 20e siècle


Mickey Baker, l’inconnu célèbre

Mickey Baker ? Le nom ne vous dit peut-être rien ? Et le film « Dirty Dancing » (danse lascive) sorti en 1987 – et un remake en 2004 non plus, pour le thème « Love is strange » chanté par Mickey and Sylvia – Vanderpool pour son nom complet – au milieu des années 50 et qui servait au lancement de la mode disco ? L’auteur d’une méthode de guitare jazz d’une simplicité pour la technique et laisse la porte ouverte au feeling et à l’écoute pour appréhender cette musique ? L’arrangeur de tous les enregistrements réalisés dans les années 60 par tous les « yéyé » ? Pour cette dernière question, vous avez des excuses, son nom ne figure sur aucune pochette et pourtant son travail est immense. C’est lui, comme tous ses collègues, qui arrive à faire sonner la musique, à habiller une mélodie pour qu’elle prenne de la consistance et vienne à nos oreille en parlant à notre cerveau. Une voix de l’au-delà qui se raconte en composant un blues qui tisse les composantes de son existence mais aussi des États-Unis, de la France et de l’industrie phonographique.
« Alone » – seul – est le titre qu’il a choisi. Une vie se déroule et s’enroule à l’Histoire, aux formes de résistance des Africains-Américains – lui est métis – face au racisme, composante de cette société. Il décrit aussi la drogue, l’alcool pour s’accommoder de cette existence. Continuer la lecture

Appel aux esprits tambours

Mystères du monde

Peut-on faire cohabiter mondes réels et mondes rêvés ? Le fantastique envahi la réalité de tous les jours. Approcher la musique via les chants de divination d’où qu’ils viennent, du vaudou haïtien à la Sibérie en passant par Bali et beaucoup d’autres cultures peut être un chemin de connaissances et une possibilité de guérir un monde hanté autant par les pandémies que par la guerre et qui semble, pour le moins, en sursis.
Anne Pacéo, battrice, compositrice et chanteuse répond par la positive dans « S.H.A.M.A.N.E.S » qui commence par une invite : « Wide Awake », complètement conscient, préambule nécessaire pour entrer dans des mondes parallèles. Elle sait nous entraîner en un ailleurs rempli de possibles. En compagnie de Isabel Sorling et Marion Rampal vocales, Christophe Panzani, saxophone, clarinette, Tony Paeleman aux claviers, Benjamin Flament, métallophone se dessine d’autres univers. La réalisation de cet album a bénéficié du soutien du festival Jazz sous les Pommiers lorsque Anne y était en résidence.
Le seul reproche, un trop plein qui nuit à la lisibilité de l’ensemble. Trop de Shamanes nuit au shamanisme. Le bouillonnement, malgré tout, est une composante nécessaire. Une nouvelle voie s’ouvre ici, les tambours parlent de nouveau. Il faut les entendre.
Nicolas Béniès
« S.H.A.M.A.N.E.S », Anne Pacéo, Jusqu’à la nuit/L’Autre Distribution

Jazz et ailleurs, Marjolaine Reymond se ballade entre les frontières

Se poser dans le temps

L’album « Splendour of Blood » de la vocaliste Marjolaine Reymond ouvre plusieurs pistes et posent des questions sur notre place dans le monde, notre aller-retour perpétuel entre passé et futur pour construire notre identité. Les mémoires du passé sont présentes, ici le judaïsme dans toutes ses incomplétudes musicales et les musiques dites contemporaines du groupe des Six – à commencer par Germaine Taillefer que l’ordre alphabétique rejette à la fin, mais aussi Darius Milhaud dont les accointances avec le jazz sont connues – à Luciano Berio, lui aussi influencé par le jazz, le free cette fois toutes ces traces sont utilisées pour construire une voie inédite, une sorte de synthèse pour construire la bande son du présent, un présent tourmenté, bousculé. Christophe Monniot, saxophoniste – sopranino pour cet opus – est responsable des arrangements pour composer un écrin à la voix. Un septet, un sextet, deux quintettes et un quatuor à vent pour les interludes partagent l’environnement de la chanteuse.
L’amour fou, forcément fou – hors l’amour passion, pas d’amour – peut-il offrir une utopie pour ce monde engoncé dans la marchandise ? C’est le thème partagé des poésies reprises en un ensemble qui projette d’autres significations comme les références bibliques, « Sang Passion » pour le bouillonnement, « Sang Genèse » pour introduire les débats enflammés, « Sang Sacrifice » pour les renoncements liés à la passion et « Sang Éternité », pour un amour qui ne saurait finir.
Un chant étrange qui semble à la fois surgir du passé et s’engage dans l’avenir. Comme si toutes les mémoires, du passé et du futur, faisaient corps pour secouer une torpeur de mauvais aloi. Il faut écouter Marjolaine Reymond, une voix capable de marier toutes les voix.
Nicolas Béniès
« Splendour of Blood », Marjolaine Reymond, Label Kapitaine Phœnix/L’Autre Distribution