Jazz. Ceci n’est pas Armstrong

Échos de Louis Armstrong.
Louis Armstrong, Satchmo pour ses intimes dont le monde entier fait partie, incarne le génie tutélaire du jazz. Il reste le pourvoyeur des « plans » – des structures dont les musicien.ne.s se servent pour leurs improvisations – et de mélodies. Beaucoup de ces thèmes, de ses trouvailles restent encore à creuser. Continuer la lecture

L’histoire secrète des États-Unis

Polar et jazz : de la Nouvelle-Orléans à New York
Ray Celestin, britannique, s’est lancé dans une saga absolument réjouissante : raconter à la fois les migrations du jazz, de la Nouvelle-Orléans (« Carnaval ») à Chicago (« Mascarade ») et arriver avec « Mafioso » à New York en cette année 1947, date officielle d’entrée dans la guerre froide et la mise en place de la commission des activités anti-américaine, présidée par le sénateur McCarthy, qui pourchassera les communistes. La « chasse aux sorcières » débute pour le plus grand profit de la Mafia alliée au FBI d’Edgar J. Hoover qui aura l’audace de déclarer que « le crime organisé » n’existe pas alors que Costello, le « grand chef », est l’homme le plus puissant de New York et, par-là même, des États-Unis.
Le fil conducteur est double. D’abord un couple de détectives privés, Ida Davis, devenue veuve Young par son mariage, et Michael Talbot, son « professeur », dont le fils est accusé de meurtres, ensuite Louis Armstrong victime de la mort des Big Bands, cherchant une autre formule qu’il trouvera au concert de Town Hall – les enregistrements ont été retrouvés bien après cette année 1947. Le tout baigne dans l’histoire de la mafia, de ses ramifications, de ses conflits qui structure aussi l’histoire des États-Unis et de l’industrie du spectacle. Continuer la lecture

Jazz. La batterie suivant Edward Perraud

Traversées hors temps
Edward Perraud, batteur et compositeurs hors norme. Deux enregistrements, comme deux facettes de sa personnalité, viennent conforter l’appréciation.
D’une rencontre à Chicago, au club Hideout en 2008, reste « The Way Through », une traversée, pour le label « The Bridge » – le pont ! – spécialisé dans ces rencontres entre la France et Chicago, une des villes mères du jazz. Didier Petit, violoncelle, Josh Berman, cornet et Jason Stein, clarinette basse compétaient un quartet décidé à dépayser toutes les populations. Pour traverser, il faut accepter d’abandonner nos œillères musicales. Continuer la lecture

Le coin du polar, les sœurs Izner à l’ouvrage

Une hirondelle fait-elle l’automne ?

Paris, octobre 1926, cadre de la troisième enquête de Jeremy Nelson, nouveau héros récurrent de Claude Izner, « Les nids d’hirondelle », pour nous faire vivre « les années folles » marquées par le jazz.
Jeremy, toujours amoureux de Camille, s’essaie à la composition d’une comédie musicale avec un parolier, par ailleurs clarinettiste classique, Paul Green. Évocation de ces créations étranges sur les scènes parisiennes à commencer, bien sur, par la Revue Nègre, au Théâtre des Champs Élysées, avec comme vedette Joséphine Baker et, dans l’ombre, Sidney Bechet seul musicien à être mentionné dans les gazettes de l’époque. L’orchestre accompagnateur, celui de Claude Hopkins – le pianiste a prétendu dans son autobiographie, avoir engagé Josephine qui lui a volé la vedette -, est resté souvent inconnu des contemporains. Il était logique que l’autrice n’en parle pas. Par contre, elle nous fait visiter Paris, le quartier latin, en faisant courir Jeremy d’un point à un autre. Continuer la lecture

Jazz Retour sur l’année 1998

Sur quelques nouveautés et rééditions en jazz.

Chez Blue Note (distribué par EMI) tout d’abord. Greg Osby, saxophoniste alto, a intitulé son album « Zéro », sans doute pour nous indiquer que c’est un ensemble vide. Il n’a rien dire et en plus il le dit mal.
Kurt Elling en est à son troisième album, This Time It’s Love, cette fois c’est l’amour, pour nous aussi. Il fait penser à beaucoup d’autres, en premier lieu à Mark Murphy – qu’il faudrait bien (re)découvrir1 -, et Chet Baker, tout en affirmant une belle autorité.
Pat Martino est un guitariste qui fait peu parler de lui. Dommage. Il a apporté dans les années 60 une nouvelle façon d’aborder la guitare, utilisant les leçons de Tal Farlow – qui a eu la mauvaise idée de nous quitter ce 25 juillet 1998. C’est un virtuose et un chercheur. Dans ce Stone Blue, il utilise le blues pour rendre compte de la Ville, New York, de ses angoisses, de ses joies, de sa laide beauté comme « la fusion » – un style musical qui a quelque 30 ans – pour faire écouter sa musique aux jeunes générations. Ce n’est pas toujours réussi. Le malheur lui convient mieux pour nous faire partager l’idée d’un ailleurs différent. Il permet de découvrir un jeune saxophoniste – qui a déjà enregistré sous son nom – Eric Alexander. Continuer la lecture

Les mots de la musique, les sons des mots

Le Mot et le Reste, un éditeur étrange

Le Mot et le Reste s’est donné pour objectif de faire aimer, connaître, comprendre les musiques de notre temps. Il s’est fait une spécialité – tout en ayant d’autres cordes à son violoncelle – de mettre en mots les musiques de notre temps, soit par le biais de biographies, comme celle de Sinatra (voir la recension sur ce même site), soit par des présentations de grands courants musicaux contemporains et populaires, comme le blues à travers des albums significatifs. Pour « le reste » des publications, il vous faudra consulter son site…
Fin 2020, il avait proposé de redécouvrir Jimi Hendrix et de nous faire connaître ou reconnaître le « soft rock » et les producteurs des musiques de ces 25 dernières années soit un voyage dans notre paysage sonore, une histoire de nos émotions. Continuer la lecture

Jazz : Archie Shepp entre toutes les mémoires du jazz

Musique de libération

Archie Shepp renoue avec le duo, ici le pianiste Jason Moran, pour une évocation de gospels qui chantent la libération de l’oppression, comme l’affirme le titre « Let My People Go ».
Archie Shepp, légende vivante du jazz – il n’aime pas, un rappel de son âge -, alterne, comme souvent dans ses prestations, entre saxophone soprano et ténor pour crier à la fois la force du jazz et revendiquer la reconnaissance nécessaire des droits des Noirs américains de vivre sur leur sol La sonorité de Shepp est toujours, malgré l’âge, bouleversante, jeune dans sa manière de creuser le son. Il donne l’impression d’être un spéléologue qui transmet les expériences des profondeurs comme si le centre de la terre pouvait s’exprimer. Des vibrations qui pénètrent notre corps en laissant quelques traces. Il est impossible de jurer que le virus est atteint, mais il est possible de le croire. Continuer la lecture

Jazz : Pour Jaco with love et pour Birelli

Jaco génie de la basse
Sourisse/Charlier, pianiste et batteur, un duo qui a toute une histoire, ont construit leur Multiquarium Big Band, proposent un album, « Remembering Jaco », pour faire renaître l’art vital de ce virtuose de la basse.
Jaco Pastorius est mort à 35 ans tabassé par des vigiles qui lui refusaient l’entrée d’un club. Il n’était sans doute pas présentable et un peu « parti » le rendant coupable sans jugement. Le monde avait perdu sa coloration et un génie. Pour mémoire, Jaco avait fait le son, avec Wayne Shorter, Joe Zawinul et Peter Erskine – invité de cet album, il évoque Jaco – du groupe mythique Weather Report qui avait fait éclater les frontières entre le jazz, la pop et tout le reste. Continuer la lecture

Souvenir de Jean-François Jenny Clark, contrebassiste de jazz.

J’avais écrit cet article en novembre 1998 :

Jean-François Jenny-Clark est mort, en son domicile parisien des suites d’un cancer. Il avait 54 ans…

Au Revoir, JF
Un ami s’en est allé qui, pour être lointain, n’en était pas moins proche. Il ne se passait pas de jours sans que j’aie de ses nouvelles. Sa basse allait bien…
Il était un de ceux avec qui j’avais cheminé dans ces années 60, pleines de bruit et de fureurs,
Avec qui le silence s’installait pour suivre ses lignes de basse précises et fugitives comme un cœur qui se donne sans retenue.
Parler de « JF » – plus facile que JFJC -, c’est parler du jazz, de la musique contemporaine, de la France, de mai 68 – il était au Conservatoire -, des combats pour la vie,
C’est parler des trios, des jazzmen, de nous. Continuer la lecture