Les mots de la musique, les sons des mots

Le Mot et le Reste, un éditeur étrange

Le Mot et le Reste s’est donné pour objectif de faire aimer, connaître, comprendre les musiques de notre temps. Il s’est fait une spécialité – tout en ayant d’autres cordes à son violoncelle – de mettre en mots les musiques de notre temps, soit par le biais de biographies, comme celle de Sinatra (voir la recension sur ce même site), soit par des présentations de grands courants musicaux contemporains et populaires, comme le blues à travers des albums significatifs. Pour « le reste » des publications, il vous faudra consulter son site…
Fin 2020, il avait proposé de redécouvrir Jimi Hendrix et de nous faire connaître ou reconnaître le « soft rock » et les producteurs des musiques de ces 25 dernières années soit un voyage dans notre paysage sonore, une histoire de nos émotions. Continuer la lecture

Jazz : Archie Shepp entre toutes les mémoires du jazz

Musique de libération

Archie Shepp renoue avec le duo, ici le pianiste Jason Moran, pour une évocation de gospels qui chantent la libération de l’oppression, comme l’affirme le titre « Let My People Go ».
Archie Shepp, légende vivante du jazz – il n’aime pas, un rappel de son âge -, alterne, comme souvent dans ses prestations, entre saxophone soprano et ténor pour crier à la fois la force du jazz et revendiquer la reconnaissance nécessaire des droits des Noirs américains de vivre sur leur sol La sonorité de Shepp est toujours, malgré l’âge, bouleversante, jeune dans sa manière de creuser le son. Il donne l’impression d’être un spéléologue qui transmet les expériences des profondeurs comme si le centre de la terre pouvait s’exprimer. Des vibrations qui pénètrent notre corps en laissant quelques traces. Il est impossible de jurer que le virus est atteint, mais il est possible de le croire. Continuer la lecture

Jazz : Pour Jaco with love et pour Birelli

Jaco génie de la basse
Sourisse/Charlier, pianiste et batteur, un duo qui a toute une histoire, ont construit leur Multiquarium Big Band, proposent un album, « Remembering Jaco », pour faire renaître l’art vital de ce virtuose de la basse.
Jaco Pastorius est mort à 35 ans tabassé par des vigiles qui lui refusaient l’entrée d’un club. Il n’était sans doute pas présentable et un peu « parti » le rendant coupable sans jugement. Le monde avait perdu sa coloration et un génie. Pour mémoire, Jaco avait fait le son, avec Wayne Shorter, Joe Zawinul et Peter Erskine – invité de cet album, il évoque Jaco – du groupe mythique Weather Report qui avait fait éclater les frontières entre le jazz, la pop et tout le reste. Continuer la lecture

Souvenir de Jean-François Jenny Clark, contrebassiste de jazz.

J’avais écrit cet article en novembre 1998 :

Jean-François Jenny-Clark est mort, en son domicile parisien des suites d’un cancer. Il avait 54 ans…

Au Revoir, JF
Un ami s’en est allé qui, pour être lointain, n’en était pas moins proche. Il ne se passait pas de jours sans que j’aie de ses nouvelles. Sa basse allait bien…
Il était un de ceux avec qui j’avais cheminé dans ces années 60, pleines de bruit et de fureurs,
Avec qui le silence s’installait pour suivre ses lignes de basse précises et fugitives comme un cœur qui se donne sans retenue.
Parler de « JF » – plus facile que JFJC -, c’est parler du jazz, de la musique contemporaine, de la France, de mai 68 – il était au Conservatoire -, des combats pour la vie,
C’est parler des trios, des jazzmen, de nous. Continuer la lecture

Jazz : Pierre Marcus, sa contrebasse et son chien Django


Suivre la bonne voie comme l’indique le titre de son dernier album, « Following the Right Way » ?

Comme la plupart des musiciens contemporains, Pierre Marcus cherche à trouver sa place à la fois dans le jazz et dans d’autres cultures. Pour cet album, il propose un voyage qui passe par la Grèce, le Congo, le Cameroun, la Bulgarie, Charles Mingus, Thelonious Monk sans compter les évocations de la Baronne Nica – mélangée à une autre, niçoise – et François Chassagnite, trompettiste superbe et professeur du contrebassiste. Continuer la lecture

Jazz : Simon Moullier, vibraphoniste

Mélange d’influences pour son premier album « Spirit Song »
Percussionniste au départ, le vibraphoniste, mais aussi adepte du balafon et de l’électronique, a fait ses classes à la Berklee – la référence – où il a rencontré la crème du jazz. Il a fréquenté Herbie Hancock, Quincy Jones et a voyagé tout autour du monde pour s’imprégner de toutes les musiques entendues. Il réussit à marier des contraires. La musique « planante », apanage souvent de la Californie, et le rythme, élément vital pour donner à ses compositions le nécessaire allant pour éviter de sombrer dans une musique d’ascenseur. La fusion des contraires se réalise dans un jeu d’une telle fluidité qu’il submerge l’audition. Deux dates d’enregistrement sont mêlées, 2017 et 2020 et deux groupes marqués par deux pianistes, Simon Chivallon, Isaac Wilson et deux saxophonistes, Dayna Stephens, Morgan Guerin – des noms à retenir. Bassiste et batteur, Luca Alemanno, Jongkuk Kim, forment un trio soudé avec Moullier.
Le seul standard de l’album, « I’ll remember April » – une scie du milieu des années 1950 – montre la manière, de faire du vibraphoniste. Jeu avec les échos pour laisser entendre des notes « fantômes », une des grandes réalisations du jazz, pour laisser la mélodie pénétrer l’espace sans la jouer. L’influence de Gary Burton est plus perceptible dans la séance de 2017 que pour celle de 2020. Le compositeur s’envole, largue les amarres. « Spirit Song », le premier thème, éponyme de l’album, affirme un nouveau talent.
Nicolas Béniès
« Spirit Song », Simon Moullier, Outside In Music

Jazz : Musiques de nos temps, entre toutes les cultures et générations, Emmanuel Bex et Michael Olatuja

Le jazz sonne comme… la musique de sauvages qu’il est aussi.
Emmanuel Bex a construit un nouveau « Bex’tet », un trio qui se veut au carrefour de ses mémoires et de ses influences pour transmettre l’héritage à la génération d’aujourd’hui. « Round Rock » fait penser à Bill Haley pour une génération précédente à celle d’Emmanuel et signe la volonté de faire bouger les corps pour faire monter le sang de la révolte à la tête. L’organiste se fait ici un peu accordéoniste, un appel à d’autres souvenirs, d’autres liens qui se manifestent pour une « Marseillaise » de clôture de cet album qui s’est ouvert avec une autre « Marseillaise » pour évoquer les mannes de Django et de Stéphane Grappelli pour leurs retrouvailles après la deuxième guerre mondiale. Continuer la lecture

Jazz : Un duo contrebasse/piano

Évoquer la musique de Bill Evans, est un pari risqué
Diego Imbert et Alain Jean-Marie ne cachent rien de l’enjeu : « The Music of Bill Evans » affiche fièrement le titre de cet album. La faire vivre, se l’approprier sans la copier en lui laissant toutes les notes qui lui conviennent ne tenait pas de l’évidence. Le contrebassiste voulait se confronter à cette musique pour évoquer – une forme d’hommage – l’une de ses influences, Eddie Gomez qui avait enregistré avec Bill Evans deux albums de duo dans les années 1970. Il a fallu convaincre Alain Jean-Marie, le pianiste guadeloupéenne ne se sentait pas de taille à endosser les habits d’une de ses idoles. Continuer la lecture

Du côté de chez Whirlwind (3)

« Road Tales », les contes de la route, des tournées pour surmonter la fatigue de ce « Live at London Jazz Festival ».
En novembre 2018, Londres se laissait bercer au son de son festival de jazz. Belle époque. Les participant.e.s se laissaient transporter par le quartet de Jeff Williams en tapant des pieds, en bousculant voisins/voisines et en s’embrassant… Une scène d’une rare sauvagerie mesurée à l’aune de la COVID19.
La musique de Jeff Williams, batteur et compositeur, se laisse résumer par le premier et le dernier titre de cet album, « Road Tales », « New and old » et « Double Life ». Le neuf et le vieux est d’abord visible en considérant les membres du quartet. John Arcoleo, saxophone ténor, et Sam Lasserson, contrebasse, font partie de la jeune génération tandis que le batteur lui-même et John O’Callagher, saxophone alto qui dit toute sa dette à Eric Dolphy – qu’il ne faudrait pas oublier – appartiennent à une autre. Les compositions emmêlent allégrement toutes les mémoires. Le jeu du batteur sait évoquer les grands batteurs du jazz tout en dépassant ces grands maîtres du temps. Double vie pour conter la route, les illusions et les désillusions en un album qui résiste à toutes les intempéries et aléas.
Nicolas Béniès
« Live at London Jazz Festival, Road Tales », Jeff Williams, Whirlwind Records.

Jazz : Kosmos avec un k comme dans… Trio ?

« Trio Kosmos » interroge : où se trouve-t-il en l’air ou dans l’eau ?

Un trio ? Désormais, la surprise n’est plus de mise. Les trios se succèdent et ne se ressemblent pas. Celui-ci, qui se veut donc « Kosmos » – cosmopolite, lunaire, ailleurs intersidéral -, est composé d’un trompettiste, Antoine Berjeaut, d’un bassiste électrique, Hubert Dupont créateur de ce trio, et d’un batteur excentrique, pour donner un peu de sel à l’ensemble, Steve Argüelles. Les trois kosmosiens utilisent aussi l’électronique (FX) pour construire des paysages oniriques capables de nous faire basculer dans d’autres mondes. Leur Kosmos a des airs de routes maritimes de celles qui s’effacent après le passage des bateaux ou d’immersion dans les profondeurs de notre cœur océanique. Continuer la lecture