Les mots de la musique, les sons des mots

Le Mot et le Reste, un éditeur étrange

Le Mot et le Reste s’est donné pour objectif de faire aimer, connaître, comprendre les musiques de notre temps. Il s’est fait une spécialité – tout en ayant d’autres cordes à son violoncelle – de mettre en mots les musiques de notre temps, soit par le biais de biographies, comme celle de Sinatra (voir la recension sur ce même site), soit par des présentations de grands courants musicaux contemporains et populaires, comme le blues à travers des albums significatifs. Pour « le reste » des publications, il vous faudra consulter son site…
Fin 2020, il avait proposé de redécouvrir Jimi Hendrix et de nous faire connaître ou reconnaître le « soft rock » et les producteurs des musiques de ces 25 dernières années soit un voyage dans notre paysage sonore, une histoire de nos émotions. Continuer la lecture

Une saga nord américaine du siècle dernier, « Africville » de Jeffrey Colvin

« Africville » c’est le nom d’un ghetto noir près de la ville de Halifax, au Canada. Les Africains déportés sur le sol de l’Amérique du Nord pour les transformer en esclaves – une aberration et une blessure sociale qui n’est pas encore résorbée – pour travailler dans les plantations. Les évasions seront multiples. Vers les tribus amérindiennes ou vers d’autres contrées comme le Canada. Les grandes villes canadiennes, Montréal particulièrement verront grossir une population africaine-américaine fuyant l’enfer des plantations. Continuer la lecture

Quelle histoire !


L’Occupation au prisme des zazous

Zazous ? Un mot, évocateur, fait surgir des silhouettes, notamment celle de Boris Vian, un grand maître de la confrérie. Un mythe ? Une réalité ? Qui étaient-ils ces révoltés ? Gérard Régnier, spécialiste de l’histoire du jazz pendant l’Occupation – c’est sa thèse – a voulu, sur la base de la presse de l’époque, comprendre le phénomène en l’inscrivant dans son contexte. « L’histoire des Zazous » est une histoire de résistance individuelle, de contestation des ordres établis, de ruptures adolescentes. Le mouvement zazou, lui et les preuves abondent, est une reconstruction, manière d’excuse pour cette jeunesse absente des affrontements politiques structurants du 20e siècle. Ainsi en est-il des manifestations zazoues, une pure et simple invention. La plus connue, la plus diffusée : celle du port collectif de l’étoile jaune lorsque les autorités l’ont imposée aux Juifs de France , avec une inscription « swing ou autre. L’auteur montre qu’elle est restée très minoritaire. Une réaction plus individuelle que collective. Continuer la lecture

Jazz, deux anthologies étranges et nécessaires : le jazz belge et les trompettes de Fletcher

Prendre le temps d’entendre
Une anthologie, qui ne fait pas rire mais réfléchir sur la mémoire, les préjugés et la force du souvenir qui occulte souvent la connaissance. Prendre pour sujet le jazz belge a de quoi dérouter. Parler d’un âge d’or accroît le mystère. Django Reinhardt est né par hasard en Belgique et il n’est pas belge pour autant. A part lui, qui ? D’abord Robert Goffin, le plus méconnu des surréalistes, auteur d’articles et livres sur le jazz dans les années 1920-30 et 40. Exilé aux États-Unis, il organisera des concerts avec Leonard Feather. Lui redonner sa place est une nécessité pour l’histoire du jazz, du surréalisme et de leur rapport. Dans le livret une mention de cet auteur. Ce n’était pas le but. En revanche, Philippe Comoy présente les musiciens de ce petit pays étrange né au milieu du 19e siècle. Au début, comme il l’écrit dans le livret aux renseignements indispensables, était les « Bob Shots » sous l’égide de Pierre Robert, guitariste. Déjà se fait entendre celui qui fera une carrière aux États-Unis, fait rare à cette époque, Bobby Jaspar. Le vibraphoniste, « Fats Sadi – Lallemand pour l’état civil mais il voulait faire oublier son nom de famille et il a réussi – fait montre d’une belle maîtrise de son instrument. Continuer la lecture

JAZZ, sur la piste de l’Oiseau

Pour les 100 ans d’un oiseau de feu, de sang pour illuminer le monde
Charlie Parker ? Il en est qui ne connaissent pas. Ne savent pas que cet oiseau bizarre, « Bird », est capable de tutoyer les cimes, les cieux et même le soleil. Il sait s’envoler vers des contrées inexplorées, vers une jungle qu’il est seul à reconnaître comme si ces paysages s’offraient à lui pour lui éviter toute répétition. « Je l’ai déjà joué demain » lui faisait Julio Cortazar dans « L’homme à l’affût » pour illustrer la volonté de Charlie Parker de ne jamais se copier, même dans le futur. Cortazar avait bien cerné le génie et l’impossibilité de se faire comprendre par d’autres sinon de se laisser transporter dans ces contrées étranges que personne n’avait visitées avant lui. Et ne les visiteras après lui. Elles restent inaccessibles. Le Bird aurait 100 ans cette année. Un âge canonique qui ne l’empêche pas d’être un fantôme actif et vivant.
Découvrir Parker, au-delà du film de Eastwood, est un grand moment. S’il fallait une figure au génie, il faudrait le choisir. Coule du saxophone alto des vies, des rêves, un temps spécifique accéléré, diffracté dans un espace toujours redéfini. Un univers en constante permutation, ouverture. Parker est le créateur du nouveau langage du jazz, après la deuxième guerre mondiale, le be-bop. Continuer la lecture

UP jazz du 11 décembre 2019

Bonjour,

Comme annoncé nous restons dans les images sonores de Blue Note de la ville de New York. Un saxophoniste alto sera une des voix de la Ville.
Jackie McLean, né à New York le 17 mai 1931 – à Harlem exactement – voulait jouer du saxophone ténor. Sa mère n’a pu lui acheter qu’un saxophone alto. Déception du gamin. Il n’aura de cesse que de faire sonner son alto comme un ténor. Sa sonorité déchire gorgée qu’elle est de « trips », de rêves, de cauchemars, de racisme au quotidien, d’une vie qui ne trouve sa place que dans le jazz en incarnant le jazz. Jackie, junky – Le Bird est malheureusement passé par là, il n’a fait que s’envoler – connaîtra les tréfonds de la société. Il sait les évoquer admirablement. Il descend lui, il ne s’envole pas. Le pied au plancher. la vitesse de New York c’est la sienne, les déréglemente de la Ville sont les siens, les échappées loin de tout le font déraper sur un sol déjà mouillé. Il commence à s’éloigner du hard bop pour ouvrir des portes nouvelles vers la révolution des structures du jazz, abordant les rives dessinées par la « Révolution d’octobre » initiée par Cecil Taylor en compagnie notamment de Archie Shepp. Son saxophone crie, gémit, rit pour se trouver sur une longueur d’onde différente qui lui permettra de faire équipe avec Ornette Coleman, le type même de l’artiste maudit. Ornette fera, un temps, partie de l’écurie Blue Note. Ornette et Jackie se servent de la tradition dans ce « New and Old Gospel » pour faire surgir la modernité, une autre manière de la servir. il fallait la dynamiter pour la rendre actuelle. Continuer la lecture

Pour Django

Django Reinhardt, créateur d’un pan de la culture française.

Notre époque est paradoxale et notre monde moderne pétri de contradictions. Cette année 2010 l’a montré une fois encore et sous des couleurs cruelles. Janvier a été marqué par le centenaire de Django Reinhardt, guitariste manouche, génie de la musique en général et du jazz en particulier, juillet a vu s’ouvrir la chasse aux Roms, aux Tsiganes dont fait partie intégrante les Manouches. Comme si Sarkozy voulait détruire une partie de la culture française comme mondiale. C’est d’autant plus réel que le « jazz manouche » est désormais joué, rejoué, interprété par une grande partie des jeunes gens et jeunes filles qui font ou écoutent de la musique. Regardez autour de vous. Sanseverino, Thomas Dutronc et beaucoup d’autres utilisent les compositions de Django et sa formule, le quintet du Hot Club de France – une trouvaille de Charles Delaunay, le premier discographe du jazz – pour convaincre les foules de son actualité, de sa présence continue. Continuer la lecture

Pour la session du 20 novembre 2019 UP jazz

Bonjour,

Pour cette session, nous restons chez Blue Note. New York a plusieurs sons mais entre le milieu des années 1950 jusqu’en 1970, c’est B lue Note qui la fera danser. Blue Note est tellement associé à la Ville que les rappers se serviront des disques Blue Note pour leur musique de fond.
Le jazz est considéré comme une musique de sauvages et, sur ce terrain concurrence le rock en train de naître via le succès de Elvis Presley dés 1954.
A partir de ce milieu des années 50, le hard bop tient le hard bop tient le haut du pavé. Le pianiste compositeur Horace Silver en est l’un des fondateurs comme Art Blakey batteur. Nous les avons déjà entendu ensemble l’an dernier. Ils se sépareront. Et Blakey reprendra le nom des « Jazz Messengers » qui deviendra une véritable école pour futurs leaders de groupes. Passeront ainsi les trompettistes Lee Morgan et Freddie Hubbard, les saxophonistes Hank Mobley, Benny Golson, Wayne Shorter, les pianistes Bobby Timmons – le compositeur de « Moanin' » – Cedar Walton et une pléiade d’autres.
Alfred Lion restera actif pendant toute cette période, faisant confiance à ses talent scout.
Deux grands succès marqueront les années 60, années de bouillonnement, de transformations totales, « Song for my Father » de Horace Silver et « The Sidewinder » de Lee Morgan de la même année. Apparaissent John Coltrane, Albert Ayler, Ornette Coleman, Cecil Taylor… Blue Note les enregistrera quasiment tous. Une exception Ayler.
Après Jimmy Smith, Larry Young dessinera un autre contour de l’orgue. Blue Note lui donnera la capacité de se faire connaître en compagnie du vibraphoniste Bobby Hutcherson, du guitariste Grant Green, du saxophoniste Sam Rivers et de Tony Williams.
Herbie Hancock, Wayne Shorter feront aussi partie de « l’écurie » Blue Note…
A vous voir,
Nicolas

Université populaire JAZZ 2019-2020

Bonjour,
Pour cette année, comme annoncé, nous restons à New York City, ville-monde qui, comme le dit la chanson, ne dort jamais. Le film de Martin Scorcese « New York » a su saisir la Ville et, dans le même mouvement, faire comprendre la différence entre la variété – incarnée de très belle façon par Liza Minnelli qui sait émouvoir – et le jazz, l’œuvre d’art. Le thème de New York, New York traverse tout le film. La différence est subtile mais elle existe entre le saxophone ténor et l’interprétation de Liza. Son personnage s’explique en disant à De Niro qui incarne Georgie Auld qu’elle a transformé les accords. Il fallait, dans le sens fort du terme, que la chanson soit audible par le plus grand nombre. Continuer la lecture

Basculement du monde

Les crises sont-elles inéluctables ?

La crise systémique de 2007-2008 a ouvert une nouvelle période dans l’histoire du capitalisme. Elle appelait à des révolutions pour répondre au basculement du monde. Les gouvernants se sont enlisés dans des politiques néolibérales qui avaient démontré à la fois leur nocivité et leur incapacité de répondre aux enjeux de la nouvelle donne. Il était logique que les répliques – pour employer le langage des tremblements de terre – de plus en plus fortes se manifestent. La fin de cette année 2019 est en train d’en faire la démonstration. Continuer la lecture