Nuit et brouillard encore présents en 1948

Polar dans l’histoire

Rééditer le « prix du quai des orfèvres  1948 » est à la fois une redécouverte d’un auteur oublié, Yves Fougères (1921 – 1953) et une manière de ressusciter l’ambiance de ces temps étranges où le nazisme est encore présent suscitant beaucoup de fantasmes. Les travaux d’historiens montrent que les hauts fonctionnaires fascistes sont restés très présents dans les pays d’Europe de l’Ouest protégés par la « chasse aux sorcières » communistes.
Le prix du quai des orfèvres, comme le rappelle Marc Lemonier dans ses « Ballades policières dans Paris » (nouveau monde éditions), est décerné par un jury présidé par le de la police judiciaire et doit respecter « l’exactitude matérielle des détails et du respect du fonctionnement de la Police et la justice française », rien de moins. Continuer la lecture

Comment mobiliser les masses ?

Peut-on faire jouer aux relations publiques un rôle progressiste ?

Un petit livre de Simon Tremblay-Pepin, Intrigues, petit manuel pour une critique des relations publiques, qui mérite bien son titre. C’est d’abord un vrai manuel dans sa deuxième partie, où il passe en revue les grands auteurs d’intrigues, à commencer par le duc de Saint Simon dans ses mémoires, pour aborder la théorie des « pseudo-événements » de Daniel Boorstin, et celle de la manipulation des signes vus par Jean Baudrillard qui tendra à s’éloigner de toute réalité en s’enfermant dans le seul langage des signes. Il évoque la plupart des penseurs de cette discipline pour se permettre de construire une théorie et une pratique alternatives de communication au service d’une entité à définir, peut-être de la vérité toujours difficile à approcher. Continuer la lecture

Faut-il encore et toujours parler de la Shoah ?

La littérature, la poésie peuvent elles mieux faire ressentir la perte d’humanité imposée par les nazis à toutes les populations juives d’Europe ? Jirí Weil (1900-1959) a vécu à Prague cette période de déportation, de peurs, d’angoisses, de profonde solitude, d’un temps aussi de solidarité. « Vivre avec une étoile est une description quasi clinique d’un homme pourchassé , nié en tant qu’homme qui ne peut que faire preuve d’obéissance servile pour éviter le départ dans un convoi qui ne mène qu’à la mort. Son sort dépend en partie des instances de la Communauté (juive mais l’adjectif n’est pas employé) qui lui trouve un travail, dans un cimetière, tout en dressant des listes de ceux celles qui doivent partir, avec leurs trésors, sans épargner les femmes et les enfants.. Enfermé dans sa terreur, il se blottit dans sa mansarde, quasi à ciel ouvert, souffrant de la faim, attendant l’inéluctable. D’être humain, il en est devenu un fantôme. Il devra à une erreur de cette administration tatillonne de ne pas partir avec les autres porteurs du même nom que lui, liste dressée par les responsables de la Communauté. Continuer la lecture

Mémoire du passé et du présent

Les États-Unis dans le miroir de leur histoire

Timothy Egan, « un des grands auteurs de non-fiction » – c’est la présentation qu’en donne l’éditeur -, raconte, vraisemblablement avec un zeste de dramatisation et un effet de loupe sur un seul personnage, la renaissance du Ku Klux Klan dans les années de l’immédiat après Première Guerre mondiale. Le Klan était né après la guerre de Sécession (1861-1865) dans les États du Sud pour refuser la domination du Nord, conserver l’esclavage, en refusant les droits civiques pour les Africains-Américains, lutter contre les papistes et les Juifs. Le Président Ulysse Grant les avait poursuivi en justice et les avait éradiqués. Du moins le croyait-on. Continuer la lecture

La déconfiture

Retrouver la mémoire
Les fêtes, les anniversaires collectifs – le Débarquement, la Libération – font partie d’une panoplie mémorielle qui tend à forger des souvenirs en ignorant trop souvent le travail, vital, de mémoire. Le Débarquement, exemple emblématique, est souvent réduit à sa version normande en laissant de côté celui d’Italie. Tombés aussi dans l’oubli les engagés sénégalais ainsi que la légion étrangère, ces régiments de sans papiers devenus les défenseurs de la France, surtout de sa devise liberté, égalité, fraternité. Continuer la lecture

Désagrégation de l’URSS

Un pays éclaté, corrompu.

La réédition en poche de cette saga de soldats perdus appelés « Afghans » pour leur participation à la guerre menée par l’URSS en Afghanistan, soldats perdus d’une défaite dont personne ne veut se souvenir comme à chaque fois et quelque soit le pays, est totalement dans notre actualité la plus brutale. « Le dernier afghan », d’Alexeï Ivanov, est un roman un peu onirique, vécue dans les brumes des drogues illicites et de la vodka d’une cohorte de jeunes gens rejetés de la société qui essaient de trouver les voies et les moyens de survivre et d’exister sous la conduite d’un chef charismatique et leurs déchirements. C’est aussi l’histoire d’une société en train de perdre tous ses repères, toutes ses références pour entrer dans un nouveau monde en même temps qu’une corruption qui gangrène tous les rapports sociaux et amicaux. Continuer la lecture

Le trumpisme en action

Les enjeux de la contre révolution trumpienne

La plupart des commentateurs insistent sur l’aspect économique de la politique mise en œuvre par Trump depuis son arrivée à la Maison blanche. Il est effectivement en train de détruire le libre échange mise en place à partir des années 1980 connu sus le nom pour le moins étrange de « mondialisation heureuse » et représenté par l’Organisation Mondiale du Commerce, aujourd’hui moribonde. Il poursuit en l’approfondissant un travail de sape commencé sous Obama et poursuivit par Biden. La pandémie a révélé l’hypermondialisation et la place de la Chine comme filiale d’atelier pour les formes transnationales. Le thème de la souveraineté nationale a occupé le devant de la scène passant par la nécessité de réindustrialiser. Les États-Unis de Biden ont compris le message. Les investissements aux États-Unis ont été conséquence financés en partie par les subventions de l’État fédéral , comme en Chine. Pendant ce même temps l’économie allemande subissait une crise industrielle de première importance se traduisant par deux ans de récession – en 2023 et 2024 – avec une prévision de croissance zéro pour 2025. Son client le plus important, la Chine, s’est fortement industrialisé et n’a plus besoin des productions allemandes. Le nouveau gouvernement de coalition Droite et SPD (parti socialiste) ont décidé d’augmenter leur endettement pour financer les dépenses militaires et, ainsi, restructurer de fond en comble leur industrie obsolète. L’Europe, logiquement, devrait suivre et réfléchir au besoin de protéger des industries naissantes face au marché mondial. La réindustrialisation actuelle n’a pas grand-chose à voir avec une relocalisation, il faut imaginer une nouvelle industrialisation dans un contexte marqué par la guerre en Europe. Continuer la lecture

Portraits d’émigrants, de lieux disparus pour une histoire et une littérature trop longtemps oubliées

Littérature Yiddish oubliée et… retrouvée

« Les Juifs de Belleville » s’impose comme une référence à plus d’un titre. D’abord par la langue, le Yiddish. Isaac Basileis Singer en est le représentant le plus connu. On a oublié, qu’à Paris, les émigrés juifs d’Europe de l’Est avaient exporté leurs traditions et publiaient journaux et livres et s’étaient réfugiés à Belleville. Benjamin Schlevin -né Szejnman en 1913 en Biélorussie – a publié 17 ouvrages en yiddish qui en fait un auteur inconnu de tous les publics.
Un Paris disparu revit, ce Paris des ateliers de confection où la main d’œuvre est surexploitée pour vendre à bas prix. Une saga historique et social qui donne à voir le quotidien de cette population en train d’essayer de survivre. Deux figures serviront de fil conducteur, deux amis au point de départ arrivés comme tous les autres « gar di nor » et qui suivront deux trajectoires opposées. L‘un, Béni veut « arriver » en amassant pour accumuler, l’autre, Jacquou, défend les opprimés et crée des structures culturelles ou d’assistance dans le contexte de la crise des années 30. La Shoah marquera la fin de cette histoire. Jacquou survivra pour témoigner. Un grand livre à découvrir.
Nicolas Béniès
« Les Juifs de Belleville », Benjamin Schlevin, traduit par Batia Baum et Joseph Strasburger, postface et appareil critique de Denis Eckert, L’Échappée, collection « Paris perdu »

Trump, image de la contre révolution mondiale

Révolution(s) et contre révolution(s)

Les sociétés capitalistes développées bouillonnent. L’inédit devient habituel. Ce qui signifie que le monde est en train de changer, de se révolutionner. Un monde devrait disparaître, son modèle d’accumulation est obsolète. Les crises capitalistes indiquent la nécessité d’une révolution interne au système pour faire naître un nouveau régime d’accumulation, de nouvelles modalités de création des richesses, ce qui suppose de rompre avec celui né dans les années 1980 appelé régime d’accumulation à dominante financière. Des forces sociales réactionnaires, les privilégiés – les ultra riches – de cette société qui a vu les inégalités s’approfondir, s’opposent à tout changement fondamental, prenant le risque, par cette mentalité de colons, d’explosions sociales et sociétales. Dans leur recherche de légitimation des pouvoirs en place, ils ne craignent pas de faire appel aux dogmes religieux les plus éculés. Continuer la lecture

« La première guerre d’Algérie », les racines.

Deux histoires parallèles et pourtant commune

Si on vous interroge sur la colonisation française en Algérie, 1830-1852, la période retenue par Alain Ruscio, les réponses habituelles tournent autour de Bugeaud, général puis maréchal, député, Abd el-Kader – l’émir, image de la résistance – et l’implantation de colons par une politique de massacre des populations autochtones. L’auteur a voulu retracer dans cette enquête historique serrée, au sous titre explicite « une histoire de conquête et de résistance », la bonne conscience des colonisateurs, à commencer par Victor Hugo, qui sont armés du progrès et de la civilisation sans connaître l’histoire et la culture des populations qu’ils veulent asservir. Sans prendre en compte la capacité de lutte des populations qui commençaient à construire un Etat. Une histoire oubliée ! Continuer la lecture