Alger 1962
Vincent Ejarque nous plonge – au sens le plus fort – dans la bataille d’Alger sous la forme du reportage. Comme toujours dans cette forme de roman historique, l’auteur mêle les personnages réels – leur biographie fait aussi partie de l’intérêt de ce livre – et les personnages fictifs pour mener l’action et raconter L’horreur à hauteur d’hommes.
Un jeune lieutenant de la Légion étrangère, synthèse de plusieurs figures engagés dans un conflit qui les dépassait, Térien – c’est son nom, ironiquement donné par l’auteur –, écartelé entre ses différentes légalités, honneurs, entre les services secrets français, sous l’autorité directe de Michel Debré et les insurgés de l’OAS. Sans compter les barbouzes du SAC qui essaie de jouer un rôle non défini dans ce capharnaüm. Les attentats succèdent aux attentats, les mort aux morts, dans un déferlement absurde. Chaque fraction défend ses intérêt tant du côté des factieux que du côté des forces de libération nationale, le FLN réglant ses comptes avec les partisans de Messali Hadj. Térien comprend que les jeux sont faits, que l’Algérie française n’existe plus, que la libération est en route, plus rien ne l’arrêtera.
Bousculé, il vit en même temps un amour impossible, et ne sait plus à quelle autorité se vouer. Ce récit fait aussi comprendre les silences de toute une génération traumatisée par la guerre, par la torture, par les assassinats mais aussi par la mort de compagnons dans des affrontements souvent brumeux de la guérilla.
Térien nous entraîne dans tous les complots, au cœur de l’OAS, de ses fractions, mais aussi au cœur de l’appareil d’État, les complots qui ont permis le coup d’État du général De Gaulle comme les manœuvres du SDEC pas toujours très claires. Le lieutenant ne digère pas les trahisons de De Gaulle et, plus généralement des politiques.
« Les spectres d’Alger », titre évident et donc bien choisi, permet de revivre un morceau d’histoire toujours actuel. Un livre d’histoire qui s’habille en polar.
« Les spectres d’Alger », V. Ejarque, nouveau monde/sang froid