Jazz : retour an 2008

Bon anniversaire.
Ce mois de juillet – le 2 pour être précis – Fritz Jones, plus connu sous le nom de Ahmad Jamal, nom qu’il s’est choisi, a vu son 78e anniversaire et la sortie de cet album « It’s magic ». Il faut le croire, la magie est au rendez-vous. Toute la mémoire du jazz aussi. Mémoire d’une vie qui a vu la gloire et la déchéance. La sienne. Le tout se retrouve transformé en une musique de notre présent. Avec ses acolytes habituels, il fait danser le monde. Qui en a bien besoin !
Ahmad Jamal, « It’s magic », Dreyfus-Jazz. Continuer la lecture

Videz vos poches (1)


Histoire

Une expérience politique
Alya Aglan propose dans « La France à l’envers », une lecture du Régime de Vichy comme une expérience originale coupée des racines de la révolution de 1789. Il parle de « duel de légitimité » vécue par les populations dans les territoires. Stimulant
« La France à l’envers. La guerre de Vichy (1940-1945) Folio Histoire

Les pays arabes et le pétrole
Philippe Pétriat écrit les relations étranges des États arabes et le pétrole en se servant de sources arabes pour analyser la place de l’or noir. « Aux pays de l’or noir » permet aussi de comprendre les enjeux de l’après pétrole pour ces pays. Sa thèse s’élargit à une sorte d’histoire de l’énergie.
« Aux pays de l’or noir. Une histoire arabe du pétrole », Folio/Histoire

Les gilets jaunes, révolte populaire ?
Gérard Vindt ne répond pas directement à cette question dans son « Histoire des révoltes populaires » mais il donne des clés de compréhension des différentes formes de soulèvement face aux Autorités constituées, à la formation de l’État. La révolte est aussi un des moyens de régler des conflits. Un instrument d’analyse.
« Histoire des révoltes populaires, Repères/La Découverte.

Histoire de la propagande
David Colon part des pionniers, pour l’époque moderne, qu’il situe en 1906 aux formes actuelles liées aux réseaux sociaux et à Internet. En général, ce sont les entreprises qui expérimentent de nouvelles formules pour gangrener la politique, la vie publique pour conformer les relations sociales. Pour décrypter notre vie de tous les jours sans succomber au « Story telling » ou aux théoriciens du « nudge ».
« Propagande. La manipulation de masse dans le monde contemporain », Champs/Flammarion

Videz vos poches (3)

A ne pas manquer
Plongée dans un autre univers
Il est devenu le sujet à la mode. Les journaux lui consacrent une place importante. Il faisait peur. Il fait désormais envie : le poulpe. Peter Godfrey-Smith sait décrire « Le prince des profondeurs » en mettant en évidence son « intelligence exceptionnelle ». La préface de Jean-Claude Ameisen présente aussi l’état des recherches. Superbe.
« Le prince des profondeurs », Champs/Flammarion, traduit de l’anglais par Sophie Lem

Comprendre l’univers.
La théorie la plus communément admise par la cosmologie pour appréhender la naissance de l’univers est celle du « big bang » – pour respecter la graphie de Jean-Philippe Uzan. « Comprendre l’univers ici et maintenant » propose-t-il pour séparer mythe et savoir. Nécessaire.
« big bang », Champs/Flammarion

Videz vos poches

Littérature
Japonaise : Yukio Mishima
« Confessions d’un masque », écrit en 1949, est un roman d’initiation, de lien entre le désir et l’art, sur l’impossibilité d’être homosexuel dans le carcan des us et coutumes du Japon. La nécessité de porter des masques s’impose pour vivre dans cette société. Le drame quelquefois comique se noue. Il emportera l’auteur qui se donnera la mort, en novembre 1970, en un spectacle sublime.
« Confessions d’un masque », Folio, Nouvelle traduction par Dominique Palmé

Russe : Victor Remizov
« Devouchki », le roman de deux jeunes filles habitant la Sibérie partant à l’aventure pour découvrir Moscou. Un récit quasi documentaire du faste de la Capitale qui dissimule une pauvreté souterraine et de l’écart avec les autres villes ou villages qui vivent dans un autre monde. Une ode à la jeunesse, aux filles, pour qu’elles trouvent un chemin qui permette leur émancipation. A découvrir
« Devouchki », 10/18, traduit par Jean-Baptiste Godon

Bulgare : Victor Paskov
Une amitié filiale entre un vieux luthier Tchèque et Victor, le fils d’un trompettiste habitant dans le quartier juif de Sofia. « Ballade pour Georg Henig » – un titre qui fait le lien entre la musique et la littérature – exerce une influence durable sur le lecteur qui voudrait rester encore et encore avec Victor. Paskov est l’un des grands écrivains bulgares qu’il faut découvrir de toute urgence.
« La ballade de Georg Henig, Mikros/Editions de l’Aube, traduit par Marie Vrinat qui présente aussi l’auteur.

Américaine : Andrew Ridker
« Les altruistes », une nouvelle version d’affaires de famille dans l’Amérique d’aujourd’hui marquée par l’individualisme et le souci de réussir, dans le sens de devenir riche, sans esprit de solidarité. Un repas de famille qui laissera des traces. Un gros succès de librairie aux États-Unis.
« Les altruistes », 10/18, traduit par Olivier Deparis

Espagnole et Basque : Dolorès Redondo
« La trilogie du Baztàn », se situe dans la vallée de la Navarre et mêle allégrement mythes du pays basque et enquête policière de l’enquêtrice Amaia Salazar, partagée entre époux et enfant. Ces trois recherches sont entourées d’une brume puissante qui ne laisse pas distinguer la fausse de la vraie sorcellerie. Un peu touffus parfois, « Le gardien invisible », « De chair et d’os » et « Une offrande à la tempête » permettent de faire connaissance avec les légendes du pays basque et la réalité de notre monde moderne, violent et âpre qui fait des individus des foyers de bombes, incapables qu’ils sont de dominer à la fois leurs pulsions et les contradictions d’une société qui se refuse au collectif et à la mémoire. Elle décrit aussi les double sinon triple journée de travail de l’enquêtrice.
« Le gardien invisible », traduit par Marianne Million, « De chair et d’os », traduit par Anne Plantagenet, « Une offrande à la tempête », traduit par Judith Vernant, Folio/Policier

Vider vos poches. Poésie

Poètes, unissez-vous
Italienne : Cesare Pavese a publié ce recueil, « Travailler use » en 1936, qu’il a revu en 1943. Édition bilingue, elle permet d’entrer dans l’univers de ce poète marginal, original influencé par Walt Whitman qu’il a traduit. Il cherche l’utopie dans la réalité et la réalité dans l’utopie, dans l’imagination. Le lyrisme naît de la description clinique d’une ville, Turin, et d’une campagne stylisées.
« Travailler use », Choix et préface de Carlo Ossola, traduit, annoté et présenté par Léo Texier, Rivages/poche

Féministe : Lydie Dattas. « Le livre des anges suivi de La Nuit spirituelle et de Carnet d’une allumeuse », le dernier tableau se voulant la réponse féminine d’« une saison en enfer » de Rimbaud. Elle revendique de parler des femmes tout en rejetant le féminisme moderne, nouvel avatar de la domination des hommes. Sa langue musicale se sert des modalités du refrain pour changer de ton.
« Le livre des anges », préface de Christian Bobin, Poésie/Gallimard

Émancipateur : Armand Gatti. Il a fait le choix de la démesuré et a voulu inventer un langage émancipateur en suscitant la révolte. Il est connu pour son théâtre mais se définissait comme poète. Un choix de ses poèmes pour le découvrir comme il voulait l’être. Un baril de poudre contre l’ordre établi.
« Comme battements d’ailes, Poésie 1961-1999 », Choix et préface de Michel Séonnet, Poésie/Gallimard

Inédit : Erri De Luca en édition bilingue. Pour cette édition française, l’auteur a adjoint à « Aller simple » et à « L’hôte impénitent » dans leur intégralité, des poèmes inédits qui fait de cette publication un « collector ». Évocation des migrants arrivés sur la terre italienne victimes de l’indifférence mortelle après tous les dangers subis. Écriture précise qui laisse de la place au mystère, aux conclusions opposées mais aussi aux petits bonheurs.
« Aller simple », traduit par Danièle Valin, Poésie/Gallimard

Vider vos poches. Essais

Philosopher

Arts : Comment résister à l’accélération du temps, comment trouver le temps de le prendre ? Christine Macel interroge doublement « Le temps pris » sous la forme : « Le temps de l’œuvre, le temps à l’œuvre » dans notre univers qui refuse « les temps morts », qui se gave d’informations, qui souffre, de ce fait, de migraine. L’imagination des artistes est bousculée, l’appréhension de leurs œuvres aussi. Une réflexion tragique et nécessaire.
« Le temps pris », Champs/arts

Grammaire philosophique, curieux titre pour un voyage proposé par Ludwig Wittgenstein, un ouvrage étrange, réflexion sur le langage, les maths, autant de conventions qui conditionnent la réalité, l’objectif à atteindre. La grammaire, instrument de l’activité philosophique via la place centrale de l’imagination. Il ne faut pas craindre de se plonger dans cet océan pour s’y perdre en essayant de trouver un peu de sens. Ni un livre, ni un recueil ni rien de connu…
« Grammaire philosophique », traduit de l’allemand et présenté par Marie-Anne Lescourret, tel/Gallimard

Un classique de la philosophie : « Leçons sur l’histoire de la philosophie » de Hegel. En fait, ce sont les auditeurs de son cours qui ont repris leurs notes pour livrer cette édition. Ce passage en revue est une défense et illustration de la philosophie et plus encore des philosophes à la recherche de la vérité. Le thème principal est celui de la rationalité via la méthode dialectique dans ce qui est une « Introduction : système et histoire de la philosophie ».
« Leçons sur l’histoire de la philosophie », traduit par Jean Gibelin

A part : « L’invention de l’Orateur » à travers les textes de « Cicéron, Quintilien, Saint Augustin ». Patrice Soler traduit du latin et présente à la fois les auteurs et sa thèse résumée dans le titre. Humour et ironie donnent un fumet particulier à une introduction dans les mondes de ces auteurs, un peu oubliés dans notre monde agité de spasmes qui ne sait pas laisser de la place aux racines culturelles. A découvrir.
« L’invention de l’Orateur », tel/Gallimard.

Encore sur la Commune.

0our une introduction
Autant d’ouvrages se partageaient-ils les étals des libraires lors du centième anniversaire de cette « révolution impromptue » pour reprendre le titre du livre que lui a consacré Roger Martelli ? Une cascade de livres de tout acabit qu’il ne sera pas possible de lire… Seul le Président de la République ne s’y est pas aventuré préférant la commémoration de Napoléon, modèle moins révolutionnaire.
La synthèse proposée par Martelli, « Commune 1871. La révolution impromptue » permet de retracer les évènements dans le contexte de la guerre perdue par Napoléon III. La troisième partie, « Histoire et mémoire » est un essai pour appréhender la place du passé et éviter les « guerres de mémoire ».
L’anthologie établie par Alice de Charentenay et Jordi Brahamcha-Marin, « La Commune des écrivains » illustre la présentation de Martelli. En trois temps, « La Commune au jour le jour », « Raconter la Commune, regards rétrospectifs » et « Les leçons de la Commune ». Des textes peu connus : Rimbaud traumatisé par l’espoir et la répression, Verlaine, Aragon en hommage à Rimbaud sans parler de Brecht. Le mouvement ouvrier international trouve là une de ses fondations.
« Commune 1871. La révolution impromptue », Roger Martelli, Les éditions Arcane 17 ; « La Commune des écrivains. Paris 1871 : vivre et écrire l’insurrection », anthologie établie par Alice de Chantenay et Jordi Brahamcha-Marin, Folio classique.

Jazz en Norvège

Les éclats blancs bleus de la Norvège

Le jazz en Europe du Nord est une vieille histoire, surtout au Danemark pays dans lequel beaucoup de musiciens de jazz sont venus s’établir ou se produire. Le début des années 1960 se croisent Cecil Taylor, Albert Ayler sans compter Kenny Drew, Oscar Petitford ou Dexter Gordon. La Norvège, proche voisine, entendra les sons ardents des jazz qui influenceront les jeunes générations. Les politiques publiques favoriseront toutes les formes de culture. Les écoles s’ouvriront à ces différents courants, musicaux notamment.
Le double CD, réunissant 30 groupes au travers d’extraits d’albums, « Jazz Out Of Norway » permet de se rendre compte de la scène du jazz. Comme partout, les références sont multiples. L’arc-en-ciel des musiques issues du jazz tout d’abord à commencer par Jan Garbarek, les folklores – il faudrait parler des mémoires spécifiques solubles dans le jazz, ou l’inverse -, les compositeurs dits classiques, les musiques contemporaines… A l’écoute, s’aperçoit la recherche nécessaire pour définir de nouveaux horizons en agissant sur le présent. Le « free jazz », si décrié à mauvaise raison aujourd’hui, a appelé toutes les ouvertures, toutes les aventures en bousculant toutes les traditions, tous les codes pour conserver l’essentiel, les mémoires des luttes contre le racisme, pour la dignité.
Il faut écouter, entendre ces musicien-ne-s qui s’inscrivent dans le mouvement actuel de surgissement créatif pour définir le monde tel qu’il devrait être contre le monde tel qu’il est. Comme partout, les compositions ont été marquées par la pandémie, le confinement, grande première dans notre histoire récente. Les transformations de notre mode de vie ne peuvent que jouer un rôle dans l’appréhension de la culture et de la création musicale. Le monde bascule, les cultures aussi. Le jazz en Norvège y participe, il faut le goûter.
Avis aux programmateurs puisque les festivals semblent reprendre vie : le « booking » est indiqué. Pourquoi pas un festival, l’an prochain, dédié au jazz venu de ce froid norvégien pour nous inonder de sa chaleur ? Nicolas Béniès
« Jazz Out Of Norway », norsk jazz forum, Music Norway, Ambassade de Norvège (Paris) ; livret en anglais. Compilation disponible en streaming avec le QR Code

Lien direct pour une nouvelle émission sur radio toucaen

« Anniversaire », pour fêter les fantômes vivants, centenaires, 40e de la mort… Une manière d’entretenir la mémoire qu’il faut savoir garder. Partager un moment avec ielles pour ne pas laisser ces moments éphémères et éternels.
Ainsi pour la première Thelonious Monk, qui a quitté la forme corporelle, physique en 1982 mais qui reste présent et Charles Mingus né par hasard à Nogales en 1922, habitant de Watts, le ghetto de Los Angeles pour finir par envahir New York. Le Village Vanguard en porta longtemps la marque, le « Mingus’ Hole », le trou de Mingus fait par le poing du contrebassiste dans le plafond
Pour la deuxième, beaucoup de centenaires se donnent la main pour une ronde à la gloire de cette musique revendicative, pour dessiner une sorte de révolte mondiale contre toute forme de racisme, d’exclusion.
Le lien direct : https://radio-toucaen.fr/programme/anniversaires-jazzistiques/
qu’il faut copier.
Nicolas