Endetté, et alors ?

On (l’État) n’a plus d’argent !

Les commentateurs-trices n’en finissent pas de seriner ce message venu directement du gouvernement. Une démonstration de leur manque d’esprit critique. Les journalistes devraient se méfier des idéologies et des sources gouvernementales. Macron/Lecornu répètent à l’envi l’allégorie de Fillon, « un État en faillite ». Depuis le temps, force est de constater que cet État en faillite se porte bien…
Commençons par une évidence : l’endettement n’est pas synonyme de faillite. Au contraire. On connaît l’adage : « On ne prête qu’aux riches ». Si l’État peut emprunter sur les marchés c’est que les opérateurs – en l’occurrence souvent des fonds d’investissement – font confiance : l’État paiera les intérêts de sa dette. Confiance qui repose sur la capacité de l’État de lever les impôts, les taxes qui entrent ponctuellement. L’État s’est toujours endetté même si cette dette peut devenir invisible comme ce fut le cas après la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1980 par l’intermédiaire de la Caisse des Dépôts et des « avances » de la Banque de France. Continuer la lecture →

Fin d’un monde

Le « choc pétrolier » ? Des crises multiples sans réponse et… sa,s analyse

Le monde est en ébullition et sur un sol de plaques tectoniques. Les déstructurations massives sont autant géopolitiques, que climatiques, économiques, sociales, politiques directement au niveau de chaque État en terme de crise de légitimité. Les restructurations sont fragiles et toujours remises en cause pas seulement à cause des foucades de Trump – qui ont tendance à mettre un peu plus de désire dans le désordre ambiant – mais surtout parce que les sociétés n’ont plus de boussole. Le dit néolibéralisme des années 1980 n’a pas été remplacée par une autre théorisation. Mis à part l’invention d’une nouvelle catégorie, les libertariens, dont la doctrine se résume dans le « laisser faire » jusqu’au boutisme et vise la destruction de l’État réduit à une simple bande armée – ont-ils lu « L’État et la révolution » de Lénine ? – en prônant la déréglementation totale. Millei et Trump en sont les représentants les plus en vue. Dans cet ordre d’idée, seul compte le rapport de forces et oblige à désigner un chef, un autocrate, un monarque de droit divin qui met la démocratie sous toutes ses formes au magasin des accessoires, aux oubliettes de l’histoire. Continuer la lecture →

Cauchemar saisissant

Un cri, synthèse de toutes les tortures

Est-il possible de créer le cri effrayant de tous les enfants torturés jusqu’à en mourir ? C’est le pari fou d’un prête protégé par sa communauté qui a commencé son office de terreur dans les pensionnats religieux du Canada regroupant des enfants des peuples premiers, autochtones, pour soi-disant les faire accéder à la civilisation occidentale en les séparant de leur famille. Marie Capron via son double fictif la commissaire réunionnaise Priya Dharmesh, mène l’enquête qui va la conduire d’un concert du DJ Munch jusqu’aux contrées quasi désertiques du Canada. Continuer la lecture →

Sympathique inconnu

Sur la route de la fraternité et de l’amour

Une histoire, des histoires de rencontre bizarres, étranges, forcément de troisième type  entre humain.e.s et des extra-terrestres est un thème récurrent des films de Spielberg, un monde fraternel, amical qui se retrouve dans ce roman de Connie Willis, « La route de Roswell ». La première partie, l’irruption d’une boule de laine, de tissu dans la voiture de Francie qui, bien sur ne croit pas aux êtres venus d’ailleurs, est désopilante, une comédie sur les apprentissages – apprendre la langue par l’intermédiaire des westerns – et sur la manie généralisée de texto, scroller dans le texte, mais aussi sur la transformation des habitudes pour tenir compte des désirs et des besoins de l’autre. Elle réunit un couple formé par l’arrivée de l’extra terrestre, une faussaire capable de faire tomber de l’argent des machines des casinos, un producteur en mal de vacances, un réac qui croît que le gouvernement cache des secrets, un aréopage qui ne dépare pas avec le petit frère d’ET et même le dépasse en terme de marginalité.
La peur de départ devant l’inconnu cède la place à des reconnaissances réciproques et pas seulement avec la boule de tissu. Les réactions diverses provoque le rire. La deuxième partie est plus convenue. Se retrouve l’univers de la science fiction habituelle lorsqu’elle est accueillante, lorsqu’elle met en avant la nécessité des solidarités entre les peuples. L’autrice ajoute une poignée du monde des « Men In Black » pour faire bonne mesure et le tour est joué.
Difficile de résister à l’empathie qui se dégage de ce road movie d’un nouveau type, du troisième évidemment

Nicolas Béniès

« La route de Roswell », Connie Willis, traduit par Pierre Simon, Exofictions/Actes Sud,