L’Art Faber

L’art du monde et les mondes de l’art
Art Faber, un terme copié sur l’homo faber, est une idée lancée par Umberto Eco qui s’est réalisée sous la forme d’un laboratoire, Lab. Arts & Entreprises de EDMP/Université Paris-Panthéon-Assas, réunissant des univers différents, académiques et économiques. L’idée centrale est autour de l’échange : les œuvres d’art façonnent les mondes économiques et sont influencées par eux.
Démonstration Alexis Brodsky, Jérôme Duval-Hamel et le collectif de l’Art Faber dans ce livre au titre énigmatique « La muse méconnue de Maurice Ravel ». Les premières pages révèle que cette muse, suivant Ravel lui-même, à propos de la composition « Le boléro », « c’est à une usine que je dois l’avoir conçu ».. Il insistera sur cette influence : « J’ai trouvé la plupart de mon inspiration dans les machines. J’adore aller dans les usines et voir de vastes mécanismes à l’œuvre. C’est grandiose et fascinant ».
Il ne s’agit pas pour autant de « musique industrielle » qui eut son heure de gloire en ce début de 20e siècle copiant le son du travail à la chaîne purement et simplement. Les influences sur son œuvre sont multiples à commencer par le jazz, Ravel combinant les éléments pour les fusionner pour créer une musique nouvelle, une porte d’entrée dans le modernité.
Les auteurs se livrent à un véritable travail de dissociation pour mettre en lumière la place des bruits du monde économique dans l’élaboration des compositions raveliennes. Une manière d’interroger la modernité reposant sur à la fois la tradition, des cultures d’ailleurs et l’environnement urbain, industriel et autres.
Nicolas Béniès
« La muse méconnue de Maurice Ravel », A. Brodsky, Jérôme Duval-Hamel et le collectif de l’Art faber, coédition Actes Sud/Art faber

Duke, le jazz dans la Harlem Renaissance

Connaissez-vous le Cotton club ?
Harlem, situé sur les hauteurs de Manhattan, à New York, doit son nom à une ruée des riches hollandais venus construire leurs résidences tout en haut de la colline au début du 20e siècle. La crise immobilière les vit s’enfuir laissant, notamment sur la 8e avenues au-delà de la 125e rue, de très belles constructions et d’autres pas tout à fait terminées. Par un processus étrange de retournement, cet arrondissement devint le ghetto africain-américain. Au début des années 1920 la mutation est accomplie. Continuer la lecture →

Mistral/Fayet un couple inédit

(Re)découvrir Frédéric Mistral.

Mirèio -Mireille – est un poème épique, une ode à la Provence et à sa langue qu’il revisite et, comme tout poète qui se respecte, permet de lui donner un statut et une grammaire. Walt Whitman, avec « Feuille d’herbe’, avait été prescripteur, dans ce même moment du milieu du 20e siècle, de l’Anglais américanisé qui se séparait du britannique.
Mistral est habité, comme Marx et Engels qui écrivent « Le manifeste du Parti Communiste », par l’utopie révolutionnaire de 1848, vague qui touche toute l’Europe, un soulèvement qui transforme le regard et le monde. Lamartine écrira, à propos de la première édition du poème, « la grande nouvelle :un poète épique est né ».
Pourtant, Mireille restera longtemps inconnu du lecteur français. Joseph Delteil s’en plaindra : « Soyons francs, écrira-t-il, qui lit Mistral ? En France, à Paris, qui lit Mistral ? Or la place de Mistral n’est pas à Maillane, mais à Paris, à Moscou, à New York. Aujourd’hui, en 1928, un jeune Français bien né peut lire en français Goethe et Dante mais pas Mistral. Je signale ça comme un scandale. »
Les éditions Actes Sud proposent la réédition du poème original assortie d’une traduction originale de Claude Guerre qui explique à la fois ses choix et son amour de Mistral comme de la Provence dans une avant propos empli du soleil et de vents. L’écriture du traducteur est rempli de références à cette langue et culture un peu oubliées qui se redécouvrent nécessairement pour apporter à toutes les autres cultures la manière de Mistral de concevoir le monde en charriant sa révolte contre toutes les injustices ? Ce poème qui fait de la mésalliance le cœur de son propos définit un projet républicain pour lier toutes les origines tout en les respectant.
Il faut découvrir la langue de Mistral, après avoir lu la traduction, pour se laisser emporter dans ces contrées merveilleuses que le poète transforme. Vincent Van Gogh comme Renoir – et tous ceux classés « Impressionnistes » ou « fauvistes », des classements sans foi ni loi – influencent l’écriture du poème. Continuer la lecture →

Du jazz en livres…

Comment devient-on un génie ?

John Coltrane, saxophoniste ténor et soprano, a révolutionné les mondes du jazz et au-delà. C’est le dernier génie en date du jazz. Il représente la quintessence de ces années 60, années de révolte, de colère, de barbarie et d’espoirs. Il fait entendre dans son jeu incandescent, dans le « son » qu’il réussit à trouver à force de travail, cet ensemble. Qu’il sait aussi dépasser pour rester notre contemporain. Toutes ses interrogations restent les nôtres.
Jusqu’à présent, aucun livre n’avait su lui rendre toutes ses dimensions. A la fois musicales, spirituelles, humaines et biographiques tout en insistant sur l’essentiel qui se dérobe, le génie. Lewis Porter l’a fait et Vincent Cotro l’a traduit tout en apportant sa propre touche à ce portrait d’un homme dans son temps projeté hors du temps, construisant un espace temps singulier en voulant se perdre dans la musique sans jamais vraiment y réussir. Il dira, je sais toujours où je vais. L’auditeur arrive à en douter quelque fois, tellement il est pris dans ce tourbillon. Il doute de ce qu’il entend. L’intérêt de ce livre est là aussi. Mettre sur le papier la musique de Coltrane. Tout le monde ne lit pas la musique, je le sais bien mais la reproduction de ces partitions permet de comprendre la méthode mise en œuvre. Car méthode il y a. Continuer la lecture →

polar. Afrique du Sud et Australie

Les racines de l’Afrique du Sud

Deon Meyer officiellement auteur de polar est, en fait, le chroniqueur politique, social et culturel de ce pays étrange qui a vu un ancien détenu devenir président, Nelson Mandela. « La proie », avant dernier opus, racontait sans vraiment de filtres, la présidence de Jacob Zuma, un brûlot politique qu’il faut lire pour comprendre la situation actuelle. Bien avant Trump, Zuma savait réécrire la réalité à sa convenance. Continuer la lecture →

Les luttes féministes nécessaires pour construire une société plus juste

La Corée du Sud comme il faut la voir grâce à ce faux vrai roman « Kim Jiyoung, née en 1982 » de Cho Nam-joo, une autrice à découvrir .
Dans un article qui date – le début des années 1980 -, le PDG de Sony, avouait que son arme économique secrète – secret economic weapon – était la surexploitation des femmes. Le Japon, disait-il, ne bénéficie pas de migrants, comme les anciens colonisateurs ou les États-Unis que l’on peut presser comme des citrons mais des femmes. Le Japon se trouvait au dernier rang de l’égalité salariale, la différence moyenne entre le salaire d’un homme et d’une femme était de 50%. En France, elle est autour de 27%… Aucun pays ne réalise l’égalité salariale.
La Corée du Sud se trouve dans la même fourchette avec des conditions de travail iniques. La journée de travail, comme en Chine, s’allonge démesurément, jusqu’à minuit pour rentrer chez soi par le dernier métro, lorsqu’on habite Séoul. Travail le dimanche, aucun jour de repos. Les femmes, serrées dans les traditions ancestrales – dont se sert le capitalisme -, travaillent autant que les hommes sans reconnaissances ni salariales ni de compétences sans parler de qualification et se chargent des tâches domestiques diverses tant à la maison que dans l’entreprise. Sans oublier le harcèlement, les mains baladeuses dans les transports surpeuplés et tellement d’autres choses indiquant l’asservissement des hommes incapables de vivre leur sexualité. Continuer la lecture →

A une femme libre : la baronne Nica de Koenigswarter

Pour le jazz

Le jazz a son aristocratie construite sur le sol mouvant des reconnaissances collectives. Un Comte (Basie), un Duc (Ellington), une Impératrice (Bessie Smith), une Reine (Dinah Washington), un Président (Lester Young), une Lady (Billie Holiday et même un génie tutélaire, Louis Armstrong pour former une sorte de firmament étoilé, une succession de constellations, une tempête de sang bleu. Mais pas de Baronne – même s’il y a un Baron autoproclamé, Charles Mingus – du jazz. Non, la Baronne est une vraie, du monde « réel », loin des légendes apparemment, venue d’Europe, née Rothschild qui plus est, devenue par le mariage avec un Jules – c’est son prénom – de Koenigswarter. Rien ne la prédestinait à rencontrer sauf le jazz, sauf son amour de l’aventure, de la liberté et la lutte contre l’antisémitisme et le racisme.
Pour le monde du jazz, elle sera Nica ou Pannonica et pour l’éternité. Un film de Charlotte Zwerin, « Straight No Chaser », permettait de la voir aux côtés de Thelonious Monk. Sa petite fille, Nadine, avait contribué à la sortie d’un recueil étrange, « Les trois vœux des musiciens de jazz » (Buchet-Chastel) composé de photographies prises au Polaroid par Nica, assorties d’interviews de musiciens, les fameux trois vœux, qui permettaient d’éclairer des personnalités et de découvrir des musiciens oubliés. Continuer la lecture →

Une histoire de l’art

Bonne année 2018 : encore des cadeaux à (se) faire

L’art a-t-il une histoire ? On sait que le progrès en art est une invention calamiteuse de certains théoriciens en mal d’idéologie, mais la succession des Écoles a-t-elle encore un sens ? Et l’art lui-même quel « sens » prend-il dans notre époque de remise en cause profonde de toutes les idéologies ? Florence de Mèredieu, qui ne craint pas de porter un prénom plutôt féminin et un nom qui fleure son origine chrétienne, répond à toutes ces questions par la négative. Dans cette somme dont la première édition remonte à 1994, « Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain » – une édition revue, corrigée, augmentée pour cette parution de 2017-, il passe en revue 150 ans de créations artistiques. Moderne ? L’époque commence en 1874 par les Impressionnistes, premières réflexions sur la matière – nom générique, le matériau n’étant qu’une de ses manifestations -, la lumière, la photographie et se continue par le « contemporain » soit, pour lui, tout ce qui se fait aujourd’hui sans échelle de valeurs a priori, sans idéologie dit-il. Tout au long de ses descriptions, de ses analyses, on se demandera si cette absence est possible. Continuer la lecture →

Quelques réflexions sur la question culturelle

« Le souffle de la révolte » veut appréhender le jazz et le contexte de 1917 et la suite…

En finissant mon prochain livre sur le jazz, « Le souffle de la révolte », à paraître chez C&F éditions (comme les deux précédents), me sont venues quelques réflexions qui ne pouvaient tenir dans le livre que je vous livre ci-après.
En même temps, il peut s’agir d’une introduction pour deux cours d’économie l’an prochain qui porteront sur l’économie de la culture – un oxymore…
Deux cours en lien avec le Panta théâtre pour le 30e anniversaire de la décentralisation culturelle, qui n’a rien à voir avec la décentralisation qui se met en place dans le milieu des années 1980 et qui va voir la création de nouvelles entités administratives.
La décentralisation culturelle avait le but de fournir à toute le pays, la possibilité d’avoir des spectacles.
Une bonne idée.
Dans les lignes qui suivent, il s’agit d’abord de comprendre le lien entre tradition et rupture, entre le passé et le futur pour construire un présent. Réflexions liées aux thèses de Walter Benjamin – un auteur de moins en moins oublié, le travail de Daniel Bensaïd a été bénéfique – et à celle de Adorno.
Deux parties, « Révolution » ? et une réflexion sur « la modernité ».
Ce sont des essais qu’il faut contester pour continuer l’élaboration.
Nicolas Béniès. Continuer la lecture →

Le futurisme mode d’emploi

Art Total et d’Avant-Garde : le futurisme

Qu'est ce que le futurisme ?Les débuts du 20e siècle pour le calendrier représentent plus justement les derniers feux d’un 19e siècle qui finira en 1914 avec l’ouverture de la Première Guerre mondiale. Ce sont des années de transition d’un monde qui cherche de nouveaux repères, de nouvelles balises. L’art, dans toutes ses dimensions exprimera un des possibles mondes à venir.
Le « Futurisme » naîtra en Italie, à Milan, dans cette Italie du Nord plus prospère, plus industrielle, plus « moderne » que celle du Sud, par l’intermédiaire de l’écrivain Marinetti qui en publiera le premier manifeste sous forme de tract. Les orientations sont claires. Inscrire le développement humain dans la confrontation avec la machine pour faire surgir une nouvelle définition de l’Art en prise avec la modernité. La respiration de l’Histoire semble s’accélérer pendant cette période. La vitesse donne une nouvelle dimension au temps. La barbarie est inscrite dans cette ère du machinisme. Les ouvrages de science-fiction en témoignent.
Les futuristes proposent de transformer tous les aspects de la vie et pas seulement de la culture. Nouvelle cuisine, nouvelle architecture tout autant que la musique, le cinéma et le reste. Rien de ce qui est humain de leur est étranger. Continuer la lecture →