Cauchemar saisissant

Un cri, synthèse de toutes les tortures

Est-il possible de créer le cri effrayant de tous les enfants torturés jusqu’à en mourir ? C’est le pari fou d’un prête protégé par sa communauté qui a commencé son office de terreur dans les pensionnats religieux du Canada regroupant des enfants des peuples premiers, autochtones, pour soi-disant les faire accéder à la civilisation occidentale en les séparant de leur famille. Marie Capron via son double fictif la commissaire réunionnaise Priya Dharmesh, mène l’enquête qui va la conduire d’un concert du DJ Munch jusqu’aux contrées quasi désertiques du Canada. Continuer la lecture →

Sympathique inconnu

Sur la route de la fraternité et de l’amour

Une histoire, des histoires de rencontre bizarres, étranges, forcément de troisième type  entre humain.e.s et des extra-terrestres est un thème récurrent des films de Spielberg, un monde fraternel, amical qui se retrouve dans ce roman de Connie Willis, « La route de Roswell ». La première partie, l’irruption d’une boule de laine, de tissu dans la voiture de Francie qui, bien sur ne croit pas aux êtres venus d’ailleurs, est désopilante, une comédie sur les apprentissages – apprendre la langue par l’intermédiaire des westerns – et sur la manie généralisée de texto, scroller dans le texte, mais aussi sur la transformation des habitudes pour tenir compte des désirs et des besoins de l’autre. Elle réunit un couple formé par l’arrivée de l’extra terrestre, une faussaire capable de faire tomber de l’argent des machines des casinos, un producteur en mal de vacances, un réac qui croît que le gouvernement cache des secrets, un aréopage qui ne dépare pas avec le petit frère d’ET et même le dépasse en terme de marginalité.
La peur de départ devant l’inconnu cède la place à des reconnaissances réciproques et pas seulement avec la boule de tissu. Les réactions diverses provoque le rire. La deuxième partie est plus convenue. Se retrouve l’univers de la science fiction habituelle lorsqu’elle est accueillante, lorsqu’elle met en avant la nécessité des solidarités entre les peuples. L’autrice ajoute une poignée du monde des « Men In Black » pour faire bonne mesure et le tour est joué.
Difficile de résister à l’empathie qui se dégage de ce road movie d’un nouveau type, du troisième évidemment

Nicolas Béniès

« La route de Roswell », Connie Willis, traduit par Pierre Simon, Exofictions/Actes Sud,

L’Art Faber

L’art du monde et les mondes de l’art
Art Faber, un terme copié sur l’homo faber, est une idée lancée par Umberto Eco qui s’est réalisée sous la forme d’un laboratoire, Lab. Arts & Entreprises de EDMP/Université Paris-Panthéon-Assas, réunissant des univers différents, académiques et économiques. L’idée centrale est autour de l’échange : les œuvres d’art façonnent les mondes économiques et sont influencées par eux.
Démonstration Alexis Brodsky, Jérôme Duval-Hamel et le collectif de l’Art Faber dans ce livre au titre énigmatique « La muse méconnue de Maurice Ravel ». Les premières pages révèle que cette muse, suivant Ravel lui-même, à propos de la composition « Le boléro », « c’est à une usine que je dois l’avoir conçu ».. Il insistera sur cette influence : « J’ai trouvé la plupart de mon inspiration dans les machines. J’adore aller dans les usines et voir de vastes mécanismes à l’œuvre. C’est grandiose et fascinant ».
Il ne s’agit pas pour autant de « musique industrielle » qui eut son heure de gloire en ce début de 20e siècle copiant le son du travail à la chaîne purement et simplement. Les influences sur son œuvre sont multiples à commencer par le jazz, Ravel combinant les éléments pour les fusionner pour créer une musique nouvelle, une porte d’entrée dans le modernité.
Les auteurs se livrent à un véritable travail de dissociation pour mettre en lumière la place des bruits du monde économique dans l’élaboration des compositions raveliennes. Une manière d’interroger la modernité reposant sur à la fois la tradition, des cultures d’ailleurs et l’environnement urbain, industriel et autres.
Nicolas Béniès
« La muse méconnue de Maurice Ravel », A. Brodsky, Jérôme Duval-Hamel et le collectif de l’Art faber, coédition Actes Sud/Art faber

Le cauchemar peut-il ouvrir la porte de la vie ?

Construire l’espoir ?

Est-ce l’histoire d’un jeune homme de 25 ans, Noir et homosexuel à New York – la grande ville dévoreuse de toutes les jeunesses – loin d’Atlanta sa ville natale ? Ou d’une enquête sur la mort d’une jeune femme du même âge, colocataire du précédent, Smith – et pourquoi pas John Doe ? -, à qui elle semblait tout dire, celui-ci n’étant que le faire valoir de celle là ? Ou la découverte d’un vide comblé par l’alcool, la drogue à l’image d’autres jeunes femmes , amies de Smith ou d’Ella, prénom de la disparue, en référence à Fitzgerald, vocaliste de référence comme la mère d’icelle, grande chanteuse de la soul music. Difficile de trancher. Rob Franklin, pour son premier roman, « Le grand rêve noir » – dans les deux sens du terme en français – se situe dans l’indécision de cet âge curieux dans lequel l’avenir n’est pas complètement défini et apparaît comme autant de portes entourées d’ombre qui les rend difficile à ouvrir. Continuer la lecture →

Duke, le jazz dans la Harlem Renaissance

Connaissez-vous le Cotton club ?
Harlem, situé sur les hauteurs de Manhattan, à New York, doit son nom à une ruée des riches hollandais venus construire leurs résidences tout en haut de la colline au début du 20e siècle. La crise immobilière les vit s’enfuir laissant, notamment sur la 8e avenues au-delà de la 125e rue, de très belles constructions et d’autres pas tout à fait terminées. Par un processus étrange de retournement, cet arrondissement devint le ghetto africain-américain. Au début des années 1920 la mutation est accomplie. Continuer la lecture →

Daniel Humair

Un batteur suisse habitant de la scène du jazz française et internationale

Julien Le Gros avec son « Daniel Humair » définit un genre spécifique l’évocation en creusant la mémoire du batteur essentiel de notre temps, Suisse exilé en France et qui a marqué l’art de la batterie, instrument du jazz, créé par le jazz et emblématique du jazz. Son jeu, son geste a influencé ou suscité l’admiration de ses confrères comme se ses compagnons de route. Il suffit de citer les trios : Martial Solal, avec Guy Pedersen à la contrebasse, HUM, pour Humair, Urtreger, Michelot ; HLP, pour Humair, Louiss, Ponty, HJT pour Humair, Jeanneau, Texier, Joachim Kühn, Jean-François Jenny-Clark – le contrebassiste le plus aventureux que j’ai jamais rencontré, à l’affût de qu’il n’avait pas joué demain -, Daniel Humair bien sur, qui, tous, ont défrayé la chronique, affolant les uns, suscitant l’admiration des autres rencontrant le public plus ou moins nombreux suivant les lieus. A chaque trio, un Humair semblable et différent, toujours plus libre, plus affûté, plus musicien, toujours créateur. Et malgré ses déclarations toujours leader. Kenny Clarke – l’inventeur de la batterie be-bop, installé en banlieue parisienne fondateur d’une école de batterie avec Dante Agostini -disait qu’un mauvais batteur peut tuer un groupe, pour indiquer le rôle central de l’instrument. Continuer la lecture →

Festival de jazz à voir et à entendre

Voir Junas…

Junas, localité du Gard, est connue pour ses carrières. La pierre de Nîmes vient de là. Les carrières ont été abandonnées et livrées aux fourmis. Le village périclitait lorsque des jeunes gens et filles originaires du village décidèrent de lui redonner la vie en servant de la beauté sauvage de la pierre. La scène au début se trouvait encastrée dans les pierres. Le jazz s’y est trouvé naturellement à sa place. Il fallait bien donner à ce festival une once d’originalité en invitant les musicien.ne.s d’un pays. L’Espagne fut évidemment un des premiers choix et, 33 ans plus tard les festivités se poursuivent avec la Pologne.
Le jazz s’étend sur le territoire, avec fin juin des concerts au Pic St Lou et, toute l’année de stages avec les élèves ou des séminaires, une manière de diffuser la culture. Dans le temps même du festival des stages sont organisés, cette année sous la direction de Remy Gauche. Le travail des stagiaires sera présenté Place de l’avenir, tout un programme…
En 33 ans le lieu s’est transformé bien sur en essayant de rien perdre de son mystère. Un invité supplémentaire, vieil habitué de Junas, Daniel Humair à qui le Temple – lieu de concerts souvent gratuits – doit ses vitraux sera présent aux côtés de son biographe, Julien Le Gros, auteur de « Daniel Humair » (Frémeaux et associés). Frédérick.e Grasser Humair, autrice de la deuxième partie du livre, sera aussi de la partie.
Un festival complet qui n’a pas rompu avec l’enthousiasme de la jeunesse et du jazz.
Nicolas Béniès
du 22 au 25 juillet, rens 04 66 8030 27 ou www.jazzajunas.fr

Nécessaires rencontres

Un blues belge et universel

C’est l’histoire d’une petite fille qui cherche un peu d’attention, d’amour mais surtout la reconnaissance pour se trouver, éclore. Elle s’appelle Lalie, tête en l’air, intelligente sans but, capable de s’échapper par tous les neurones de son cerveau faute d’exister dans une famille où le père et la mère travaillent, rentrent tard, le frère fraye avec la délinquance et la sœur s’occupe d’elle-même. Continuer la lecture →

Jazz : Alain Gerber à l’écrit et à l’oral

Découvrir Sonny Criss

Alain Gerber a l’habitude des autobiographies imaginaires. Le « je » qu’il emploie doit être compris comme « double je », le personnage central, ici le saxophoniste alto Sonny Criss, un créateur sous estimé, sans concession vis-à-vis de la marchandise, de la soupe et celui de l’auteur qui donne à entendre la vie, l’environnement du musicien. Le propos, dans « Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes » – une composition de Louis Jordan, une sorte de haïku – , toujours documenté, est triplement intéressant. D’abord pour Criss lui-même perdu dans les profondeurs de l’oubli, pour l’évocation de Parker, son influence profonde sur les musiciens de la côte Ouest des États-Unis et sur l’appréciation de ce style West Coast bien caractérisé comme une réunion d’individualité dont sont souvent exclus les musiciens nés à Watts – où certains habitent toujours – le ghetto noir de Los Angeles. Continuer la lecture →

Le déshonneur ne payait pas

Le Morvan, hiver 1438
Le thème d’un trésor caché a toujours fait flamber les convoitises. De ce point de vue le Père Noël a de beaux jours devant lui. Pour s’approprier ce Graal, le comte Henri de Jarcourt en ses terres du Morvan en cette année 1438 devra passer un Pacte avec le Diable, sous la forme d’un soudard en quête de rapines. Une vieille idée, celle de Faust, que Max Clanet utilise de manière originale même si le fin est connue, par l’intermédiaire du lieu où devrait nicher le trésor, une abbaye composée de nonnes. Continuer la lecture →