Horn, quel drôle de nom

Un livre monde

Horn venait la nuit est d’abord une histoire de fantôme, celui de l’amour évaporé, rêve qui reste à la surface du réel, l’envahit, le percute et le fait résonner comme un tronc creux. Fantôme aussi le passé des sociétés d’Europe de l’est disparues sans laisser d’autre trace que la police secrète, qui se perpétue en servant d’autres maîtres, ou les mêmes qui ont changé de masque. Fantôme que le monde qui se voudrait être le nôtre, incapable de sortir de lui-même pour proposer un avenir crédible. Ce monde dans sa volonté de se perpétuer en se répétant, refusant de changer de structure, recèle un torrent de dépression et d’éclatement non contrôlés. Continuer la lecture

Jimmy Gourley, un oublié qui résiste

Le jazz sans frontière

Le jazz de l’après Seconde Guerre mondiale s’est façonné aussi à Paris. La fin de l’Occupation a suscité le besoin d’oublier, nécessaire pour aller de l’avant. Les jeunes ne voulaient rien à voir avec la génération d’avant tenue pour responsable. Le be-bop – une révolution dans le jazz initiée par Charlie Parker et codifiée par « Dizzy » Gillespie – débarque à Paris en 1946 via les enregistrements que Charles Delaunay, directeur de la revue Jazz Hot, s’était procurés aux États-Unis, à New York. Le local de la revue, rue Chaptal, réunissait tous les jeunes musiciens avides d’intégrer ce nouveau langage. Continuer la lecture

Mémoire du passé et du présent

Les États-Unis dans le miroir de leur histoire

Timothy Egan, « un des grands auteurs de non-fiction » – c’est la présentation qu’en donne l’éditeur -, raconte, vraisemblablement avec un zeste de dramatisation et un effet de loupe sur un seul personnage, la renaissance du Ku Klux Klan dans les années de l’immédiat après Première Guerre mondiale. Le Klan était né après la guerre de Sécession (1861-1865) dans les États du Sud pour refuser la domination du Nord, conserver l’esclavage, en refusant les droits civiques pour les Africains-Américains, lutter contre les papistes et les Juifs. Le Président Ulysse Grant les avait poursuivi en justice et les avait éradiqués. Du moins le croyait-on. Continuer la lecture

La déconfiture

Retrouver la mémoire
Les fêtes, les anniversaires collectifs – le Débarquement, la Libération – font partie d’une panoplie mémorielle qui tend à forger des souvenirs en ignorant trop souvent le travail, vital, de mémoire. Le Débarquement, exemple emblématique, est souvent réduit à sa version normande en laissant de côté celui d’Italie. Tombés aussi dans l’oubli les engagés sénégalais ainsi que la légion étrangère, ces régiments de sans papiers devenus les défenseurs de la France, surtout de sa devise liberté, égalité, fraternité. Continuer la lecture

La drôle de guerre en BD, la force des dessins

>Retrouver la mémoire

la date d’anniversaire de la Libération est fêtée et agite souvent le passé pour le décomposer et le recomposer à la mode du présent. La forme des commémorations indique cette réécriture continuelle de l’Histoire qui permet l’oubli d’une partie de la réalité d’alors.
Notre mémoire collective est à trous. Il est souvent nécessaire de combler les failles. Les historien.ne.s sont essentiel.le.s mais pas seulement. La BD particulièrement est un outil qui permet de diffuser les émotions du moment et faire partager le quotidien de ceux et celles impliquées dans l’Histoire. Les dessins font œuvre de mémoire et nous avons souvent besoin de la retrouver. Elle facilite ce travail. Continuer la lecture

Histoire des expressions françaises

Trésors et méandres de la langue française

« C’est du pipeau ! » titre Stéphane Gendron pour nous inviter à un voyage dans les expressions françaises à partir du « jargon de la musique et des musiciens » comme l’indique le sous titre de ce faux-vrai dictionnaire. Le pipeau est « une flûte champêtre à 6 trous en bois ou en roseau qui, au Moyen-Âge, se nommaient pipes ou pipets » nous dit-il pour ensuite nous balader dans l’histoire des différentes expressions. Ainsi « c’est du pipeau », apparue dans les dernières décennies du 20e siècle provient de « ne pas se laisser prendre aux pipeaux de quelqu’un » issue d’un piège à oiseaux nommé pipeau, une sorte de faux nid. Continuer la lecture

Désagrégation de l’URSS

Un pays éclaté, corrompu.

La réédition en poche de cette saga de soldats perdus appelés « Afghans » pour leur participation à la guerre menée par l’URSS en Afghanistan, soldats perdus d’une défaite dont personne ne veut se souvenir comme à chaque fois et quelque soit le pays, est totalement dans notre actualité la plus brutale. « Le dernier afghan », d’Alexeï Ivanov, est un roman un peu onirique, vécue dans les brumes des drogues illicites et de la vodka d’une cohorte de jeunes gens rejetés de la société qui essaient de trouver les voies et les moyens de survivre et d’exister sous la conduite d’un chef charismatique et leurs déchirements. C’est aussi l’histoire d’une société en train de perdre tous ses repères, toutes ses références pour entrer dans un nouveau monde en même temps qu’une corruption qui gangrène tous les rapports sociaux et amicaux. Continuer la lecture

Un polar humaniste

Un polar étrange venu d’ici

Benoît Séverac prend Versailles comme terrain d’expérimentation par l’opposition entre le château, luxueux représentant une bourgeoisie aristocratique sure d’elle-même et de son bon droit face aux quartiers dits sensibles. Son personnage, le commandant Cérisol, est loin de James Bond – mais proche de Carella pour les lecteurs d’Ed McBain – marié à une jeune femme aveugle, adepte du handisport, en proie à une multitude de questions sur son travail de flic, sur ses relations avec sa jeune collègue au nom polonais imprononçable, sur son couple pour nous le rendre proche et vivant. Les enquêtes elles-mêmes sont liées à des questions d’actualité en particulier sur la signification du développement personnel comme un facteur d’égoïsme total.
Tous les personnages existent, leurs motivations acceptables et leurs intrigues à la fois passionnantes et ridicules. Continuer la lecture

Construisons nos souvenirs

L’automne est aussi la saison du jazz

Les festivals de jazz, comme tous les autres, connaissent des problèmes existentiels. Les subventions publiques baissent- les pouvoirs publics à tous les niveaux considèrent que la culture ne sert à rien – même si le public est souvent au rendez-vous. Leur survie est menacée. Le choc de la pandémie – plusieurs siècles se sont déroulées depuis – avait suscité des interrogations de fondamentales sur l’avenir de toutes les manifestations culturelles. « Réinventer » pouvait-on lire dans les gazettes, « Imaginons » d’autres formes, d’autres modalités pour favoriser la création. Tourner le dos à la culture de la réussite pour éviter la répétition et la routine. L’échec est une composante inhérente à toute innovation. La marchandisation, et la pandémie fut une vraie leçon de choses, est un facteur d’encrassement de la culture. Le fameux « retour sur investissement », financier comme de notoriété, enlise les responsables culturels dans les sables du « moindre coût ». L’imagination n’a pas pris le pouvoir. Le « comme avant » sécurisant, a remporté la palme. Les changements se sont fait à la marge. Continuer la lecture

En poésie, musique et graphie, une expo hors norme

Les souvenirs futurs se ramassent à la pelle

L’automne est aussi le temps des expositions étranges mélangeant les genres artistiques, brassant musique, poésie, chansons tout autant que revendications pour poser les bases d’un autre monde.
C’est le cas de Mademoiselle Martine qui veut faire vivre son album « Le temps du féminin » en proposant des expériences mêlant tous les sens sous la forme d’une exposition en lien avec Viviane Roch, graphiste pour ouvrir les yeux sur la musique et entendre les paroles autrement. Un brassage nécessaire, original pour éviter de tomber dans la routine. Chaque moment doit être une aventure.
En tournée dans toute la France, particulièrement aux « Nuits de Champagne » , festival sis à Troyes du n15 au 26 octobre pour découvrir des chœurs gigantesques et… Mademoiselle Martien à la médiathèque.
Tous les autres rendez vous sont sur Site Mademoiselle Martine
Nicolas Beniès