Connaissez-vous le Cotton club ?
Harlem, situé sur les hauteurs de Manhattan, à New York, doit son nom à une ruée des riches hollandais venus construire leurs résidences tout en haut de la colline au début du 20e siècle. La crise immobilière les vit s’enfuir laissant, notamment sur la 8e avenues au-delà de la 125e rue, de très belles constructions et d’autres pas tout à fait terminées. Par un processus étrange de retournement, cet arrondissement devint le ghetto africain-américain. Au début des années 1920 la mutation est accomplie. Continuer la lecture
Daniel Humair
Un batteur suisse habitant de la scène du jazz française et internationale
Julien Le Gros avec son « Daniel Humair » définit un genre spécifique l’évocation en creusant la mémoire du batteur essentiel de notre temps, Suisse exilé en France et qui a marqué l’art de la batterie, instrument du jazz, créé par le jazz et emblématique du jazz. Son jeu, son geste a influencé ou suscité l’admiration de ses confrères comme se ses compagnons de route. Il suffit de citer les trios : Martial Solal, avec Guy Pedersen à la contrebasse, HUM, pour Humair, Urtreger, Michelot ; HLP, pour Humair, Louiss, Ponty, HJT pour Humair, Jeanneau, Texier, Joachim Kühn, Jean-François Jenny-Clark – le contrebassiste le plus aventureux que j’ai jamais rencontré, à l’affût de qu’il n’avait pas joué demain -, Daniel Humair bien sur, qui, tous, ont défrayé la chronique, affolant les uns, suscitant l’admiration des autres rencontrant le public plus ou moins nombreux suivant les lieus. A chaque trio, un Humair semblable et différent, toujours plus libre, plus affûté, plus musicien, toujours créateur. Et malgré ses déclarations toujours leader. Kenny Clarke – l’inventeur de la batterie be-bop, installé en banlieue parisienne fondateur d’une école de batterie avec Dante Agostini -disait qu’un mauvais batteur peut tuer un groupe, pour indiquer le rôle central de l’instrument. Continuer la lecture
Festival de jazz à voir et à entendre
Voir Junas…
Junas, localité du Gard, est connue pour ses carrières. La pierre de Nîmes vient de là. Les carrières ont été abandonnées et livrées aux fourmis. Le village périclitait lorsque des jeunes gens et filles originaires du village décidèrent de lui redonner la vie en servant de la beauté sauvage de la pierre. La scène au début se trouvait encastrée dans les pierres. Le jazz s’y est trouvé naturellement à sa place. Il fallait bien donner à ce festival une once d’originalité en invitant les musicien.ne.s d’un pays. L’Espagne fut évidemment un des premiers choix et, 33 ans plus tard les festivités se poursuivent avec la Pologne.
Le jazz s’étend sur le territoire, avec fin juin des concerts au Pic St Lou et, toute l’année de stages avec les élèves ou des séminaires, une manière de diffuser la culture. Dans le temps même du festival des stages sont organisés, cette année sous la direction de Remy Gauche. Le travail des stagiaires sera présenté Place de l’avenir, tout un programme…
En 33 ans le lieu s’est transformé bien sur en essayant de rien perdre de son mystère. Un invité supplémentaire, vieil habitué de Junas, Daniel Humair à qui le Temple – lieu de concerts souvent gratuits – doit ses vitraux sera présent aux côtés de son biographe, Julien Le Gros, auteur de « Daniel Humair » (Frémeaux et associés). Frédérick.e Grasser Humair, autrice de la deuxième partie du livre, sera aussi de la partie.
Un festival complet qui n’a pas rompu avec l’enthousiasme de la jeunesse et du jazz.
Nicolas Béniès
du 22 au 25 juillet, rens 04 66 8030 27 ou www.jazzajunas.fr
Nécessaires rencontres
Un blues belge et universel
C’est l’histoire d’une petite fille qui cherche un peu d’attention, d’amour mais surtout la reconnaissance pour se trouver, éclore. Elle s’appelle Lalie, tête en l’air, intelligente sans but, capable de s’échapper par tous les neurones de son cerveau faute d’exister dans une famille où le père et la mère travaillent, rentrent tard, le frère fraye avec la délinquance et la sœur s’occupe d’elle-même. Continuer la lecture
Jazz : Alain Gerber à l’écrit et à l’oral
Découvrir Sonny Criss
Alain Gerber a l’habitude des autobiographies imaginaires. Le « je » qu’il emploie doit être compris comme « double je », le personnage central, ici le saxophoniste alto Sonny Criss, un créateur sous estimé, sans concession vis-à-vis de la marchandise, de la soupe et celui de l’auteur qui donne à entendre la vie, l’environnement du musicien. Le propos, dans « Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes » – une composition de Louis Jordan, une sorte de haïku – , toujours documenté, est triplement intéressant. D’abord pour Criss lui-même perdu dans les profondeurs de l’oubli, pour l’évocation de Parker, son influence profonde sur les musiciens de la côte Ouest des États-Unis et sur l’appréciation de ce style West Coast bien caractérisé comme une réunion d’individualité dont sont souvent exclus les musiciens nés à Watts – où certains habitent toujours – le ghetto noir de Los Angeles. Continuer la lecture
Le déshonneur ne payait pas
Le Morvan, hiver 1438
Le thème d’un trésor caché a toujours fait flamber les convoitises. De ce point de vue le Père Noël a de beaux jours devant lui. Pour s’approprier ce Graal, le comte Henri de Jarcourt en ses terres du Morvan en cette année 1438 devra passer un Pacte avec le Diable, sous la forme d’un soudard en quête de rapines. Une vieille idée, celle de Faust, que Max Clanet utilise de manière originale même si le fin est connue, par l’intermédiaire du lieu où devrait nicher le trésor, une abbaye composée de nonnes. Continuer la lecture
Qui espionne qui ?
Espionnage et idéologie
« L’espion et le cardinal », de Jacques Baudoin, est à la fois une leçon de géopolitique via le Vatican du pape François, une fable philosophique sur les effets négatifs de l’autoritarisme, l’aveuglement de la réalité par les biais idéologique et une curieuse histoire qui tient en haleine. Au milieu du développement de l’intrigue, le lecteur s’interroge sur la bonne santé mentale soit de l’auteur soit de ses protagonistes. Il poursuit aussi pour le savoir et pour des personnages proches de leur modèle. Conclusion presque inattendue. Responsables du renseignement, chef de l’État jupitérien au mépris facile, croqués, représentés de manière tellement réelle qu’il est possible d’y croire.
NB
« L’espion et le cardinal », de Jacques Baudoin,nouveau monde, sang froid
Comment devenir riche sans se fatiguer ?
« L’honorable correspondant », autrement dit un espion qui ne sait pas toujours qu’il travaille pour les services secrets mais qui a été piégé un jour pour qu‘il fasse le travail prévu pour lui. A l’insu de son plein gré ! Le couple s’installe à Tel-Aviv, les capitaux affluent et ils vivent bien. Ivan Sand, officier de l’armée de l’air, met en scène, décortique l’engrenage qui conduira le couple à servir le Mossad via une entreprise israélienne de construction d’un système de surveillance. Benjamin Curiel – un nom qui résonne –, dessiné en officier spécialiste de la Russie au départ, voudra se libérer de l’emprise du Mossad et…se trouvera dans l’obligation de de servir deux maîtres. Documentaire et angoissant.
NB
« L’honorable correspondant », Ivan Sand, nouveau monde, sang-froid
Etats-Unis : prédateurs d’hier et d’aujourd’hui
Un combat toujours actuel
Le 2 mars 1955, une collégienne, Claudette Covin refuse, de laisser sa place à une Blanche dans le bus à Montgomery, un geste politique improvisée due à la fatigue. Elle le paiera cher. Elle le racontera et créera vers la fin de sa vie une fondation. Elle a participé, seule, sans soutien, à la lutte contre la ségrégation.
Quelques jours plus tard, Rosa Parks (1913-2005) sera au centre de l’attention. Présentée souvent comme une vieille femme fatiguée par sa journée de labeur, elle est une militante pour les droits civiques depuis longtemps. Caroline Rolland-Diamond retrace sa vie. Nécessaire !
NB
« Rosa Parks », Caroline Rolland-Diamond, Folio/Biographies
Roman d’espionnage ? Reportage ?
« Le dossier du président », paru en 2020, se présente comme une recherche d’un dossier secret des services secrets russes – le FSB bien connu – sur le président des États-Unis nouvellement élu, un magnat de l’immobilier propriétaire de Tours un peu partout dans le monde,à New York comme à Panama. Toute ressemblance avec le président actuel est justifié. Le dénouement est conforme à la main mise du pouvoir sur la CIA et le FBI. L’affaire Epstein – il est impossible de ne pas y penser – est une illustration en plusieurs dimensions de l’intrigue ici développée.
James A. Scott nous entraîne dans ces mondes où les trafiquants de toute sorte se rencontre notamment les oligarques poutiniens qui s’enrichissent sur les dos des Russes sans créer de valeur. Des pilleurs et des prédateurs qui font école avec Trump aux États-Unis.
L’auteur décrit, c’est la partie documentaire, les mécanismes de blanchiment de capitaux via les projets immobiliers du Président. Il explique les circuits, les formes et les raisons qui font de l’immobilier le vecteur de l’exportation illégale de capitaux Un dossier explosif qui mêle perversions sexuelles et emprise politique et financière. Un polar qui nous fait aussi visiter la Fédération de Russie et ses oppositions pour comprendre la dimension interne de la guerre en Ukraine. Le tout enveloppé dans une action sans répit. A lire de toute urgence.
NB
« Le dossier du président », James A. Scott, traduit par Christophe Goffette, éditions nouveau monde, collection sang froid
Mémoire de l’esclavage
« Sous le règne du fouet, une histoire orale de l’esclavage aux États-Unis » réuni 27 parcours, surtout des femmes, collectés dans les années 30 par le Federa lWriter’ Project. Témoignages qu’il faut corriger par celui ou celle qui le recueille pour trnir compte des biais possibles. Bouleversants souvent, codés toujours, ils ouvrent des portes à l’analyse de la société américaine d’aujourd’hui. La préface de Françoise Vergès va bine au-delà de la présentation en abordant des questions du colonialisme et du néo-colonialisme à la fois système d’oppression mais aussi d’aliénation culturelle . Un débat à poursuivre.
NB
« Sous le règne du fouet », textes réunis et traduits par Elsa Quéré, Éditions Ici-bas
Jeux sur les temporalités. Fantômes du futur unissez vous
Illusion d’une Venise
Jean-Luc Bizien est un pro du mélange, des genres, des références et des époques. Pour cette « Enquête ,à Venise », tome deux des la série « Le cabinet des illusions », il place son magicien pas vraiment chinois malgré les apparences et son nom « Chung Ling Soo face au futur fantôme de l’Opéra, roman policier de Gaston Leroux dans une Venise qui doit beaucoup à Hugo Pratt dont le père ou le grand-père à un rôle dans cette histoire comme la franc maçonnerie.
Pas de miracles ni de magie dans une investigation classique secouée par les numéros de prestidigitation qui suppose tout un appareillage et une préparation méticuleuse de toute une équipe qui doit savoir faire semblant naturellement. La ballade dans cette Venise forcément noyée de brume, sujette à la montée des eaux – déjà en 1907, année où se passe cette histoire – qui fait que la ville lacustre ne se reconnaît pas elle-même cachée par ces masques qui répondent à ceux portés par les Vénitiens plus souvent que les Vénitiennes. Les fêtes données dans les beaux quartiers pourraient servir de bruit de fond.
Le coupable de la mystification apparaît logiquement. C’est le seul possible. Par contre ses mobiles ne sont pas très convaincants. Pourquoi un fantôme alors qu’un magicien se produit dans le théâtre Rossini et, surtout pourquoi les meurtres ? Hugo Pratt sans doute ferait appel à Corto Maltese pour dire que l’absurde est la seule explication possible.
Nicolas Béniès
« Le cabinet des illusions, enquête à Venise, 1907 », Jean-Luc Bizien, édition Maison Pop
poésie noire
Portrait d’une femme dévorée par les diables déguisés en curé
« Notre-Dame des-Démolies », un titre remarquable pour un portrait de femme, servante, gouvernante perclus de préjugés, de peurs, d’angoisses mais aussi de sévices divers sans doute sexuels qui la conduisent inexorablement vers la folie. Personne ne s’en préoccupe préférant se servir d’elle. Lorsque sa folie qui voit le diable s’en prendre aux enfants qu’elle veut protéger est trop visible, on l’a licencie. Jusqu’à ce jour de 1968 où elle tue sa patronne de 9 coups de couteau croyant vaincre les horribles serpents et autres représentations de Satan grouillant dans le corps de la vieille dame. Avant de se livrer Marthe – c’est le nom qu’on lui donne – habillera sa patronne pour qu’elle soit présentable. Continuer la lecture