A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Université populaire, séminaire économie

Mardi 14 mai, au Panta Théâtre, 17h30 – 19h30, reprise des cours d’économie, avec, au programme, les raisons du changement de climat en Europe, mais celui qu’il fait – résultat d’une crise climatique de grande ampleur – mais celui qui participe de la manière de ressentir l’évolution du monde et de réagir. La dernière fois, j’avais souligné le décalage, a priori paradoxal, entre les prévisions macro économiques de récession touchant toute la zone euro et la progression des Bourse s’expliquant par le regard porté sur l’économie. La récession provient directement de la désagrégation industrielle, des effets de la crise systémique – globale – vécue par le capitalisme tandis que les opérateurs boursiers considèrent le court terme et les résultats micro économiques qui peuvent laisser croire que les profits sont en hausse. la spéculation fait le reste. Jusqu’à un certain point. A trop franchir les limites, le choc sera brutal. Et il aura lieu.

Nicolas Béniès.

Pour Max Roach

A Max Roach (10 janvier 1924 – 16 août 2007), architecte hasardeux.

La collection Quintessence, dirigée par Alain Gerber, consacre un coffret de deux CD à Max Roach, batteur inestimable, prince du bebop, oreilles grandes ouvertes à la tradition et à l’innovation, à la construction comme à l’improvisation. Max fut une des incarnations du jazz, avec tous ses oxymores. Continuer la lecture →

Intégrale Louis Armstrong, volume 12

Une histoire qui est aussi la notre…

Suivre Louis Armstrong par le biais de cette intégrale – elle en est à son volume 12 et couvre les années 1946-1947 – due aux bons soins de Daniel Nevers (auteur du livret qui en fait une partie du charme), c’est remonter le cours du temps en suivant l’histoire de ce curieux pays dont les habitant(e)s n’ont pas de nom, les États-Unis. Un pays dont l’apport à la culture mondiale s’appelle Jazz. Continuer la lecture →

Intervention de la FSU à l’Assemblé plénière du CESER le vendredi 26 avril 2013.

Sur la situation économique, la crise systémique et la montée du chômage.

La récession en France est une réalité. La prévision du gouvernement, même revue à la baisse, de + 0,1% ne se réalisera pas. L’économie française, comme toutes les économies de la zone euro, connaîtra une « croissance négative » suivant l’expression consacrée, après plusieurs trimestres successifs de croissance zéro qui a permis de pousser des cris de triomphe : « La France n’est pas en récession »… Le chômage ne peut que poursuivre sa progression comme il le fait depuis 24 mois. Le gouvernement actuel n’en porte pas toute la responsabilité mais il n’a pas pris la mesure de la dimension de la crise que traverse les économies capitalistes développés depuis août 2007. Il n’a pas changé la politique économique. Continuer la lecture →

L’exil, un entre deux

Rencontres

Un professeur d’université, Eduardo, et sa compagne, Lia, Guatémaltèques rencontrent un pianiste serbe, Milan, partagé entre les deux mondes de ses parents. Tsigane par son père, Serbe par sa mère il est rejeté par les deux communautés dans cette ex-Yougoslavie déchirée. Le choc esthétique est profond et déclenche un voyage onirique dans cette Mittle Europa qui n’existe plus, à l’intérieur de cette musique tsigane et surtout du jazz, à commencer par Thelonious Monk ici dénommé « Melodious Thunk ». Un roman sans début ni fin qui parle de l’errance, du parcours, de la marche pour se construire, se comprendre. Eduardo, issu d’une famille de rescapés de la Shoah, se projette dans Milan et veut le retrouver pour se trouver lui-même. « La pirouette » – titre de ce roman – représente une figure de notre espace-temps de ce monde en train de sombrer.

N.B.

« La pirouette », Eduardo Halfon, traduit par Albert Bensoussan, Quai Voltaire, 172 p.

Éloge du nomadisme.

La Ville est une inconnue. L’architecture, l’urbanisme proviennent du monde nomade. La Ville se construit par des limites – comme les Menhirs – pour orienter des parcours. La marche permet de découvrir les trésors cachés. C’est la thèse que défend Francesco Careri dans ce « Walkscapes », intraduisible anglais pour dire que la marche façonne des paysages, que la route est plus importante que les constructions. Une manière de revisiter à la fois les surréalistes, les Dadaïstes et les Situationnistes. Au moment où la BnF expose Guy Debord, cet essai permet d’apercevoir les filiations et la place de ces théorisations dans l’appréhension du monde. La préface, « La ville nomade » de Gilles A. Thiberghien – autre théoricien de cette architecture mouvante – permet de compléter et de comprendre la démarche de l’auteur. Stimulant.

N.B.

« Walkscapes. La marche comme pratique esthétique », Francesco Careri, traduit par Jérôme Orsoni, Éditions Jacqueline Chambon/Rayon Art, 221 p.

Articles publiés dans l’US Mag d’avril 2013

Au hasard des éditions

Une lutteuse.

Écrire une biographie (résumée) de Rosa Parks semble étrange. Lucien Chich a su ramasser l’essentiel de la vie de cette femme qui a décidé, un jour de décembre 1955 de ne pas respecter les lois ségrégationnistes de cet Etat d’Alabama – qui sera célèbres pour des meurtres de défenseur des droits civiques – en refusant de monter à l’arrière du bus qui l’a ramenait chez elle. La mobilisation commençait… Aujourd’hui plusieurs lycées et collèges de la région Rhône-Alpes portent ce nom…

Nicolas Béniès

« Je suis…Rosa Parks », Lucien Chich, Jacques André éditeur.

 

Sur Haïti.

Cette île, qui s’est appelée Saint-Domingue, a une histoire et une histoire de lutte et de libération. La révolution française avait décidé l’abolition de l’esclavage que Bonaparte, Premier Consul, avait rétabli contre toute attente. Jean-Pierre Barlier, dans un livre précédent, « La Société des Amis des Noirs 1788-1791 », avait raconté les origines de la première abolition de l’esclavage le 4 février 1794. Dans cette suite, « L’échec de l’expédition de Saint-Domingue (1802 – 1803) et la naissance d’Haïti », il s’attache à décrire la barbarie coloniale et l’emprisonnement de Toussaint-Louverture qui avait cru aux promesses de cette révolution, à la liberté, l’égalité et la fraternité. En même temps, il décrypte le projet colonial du futur Napoléon. Il accumule les témoignages, suit les pas de l’armée française pour montrer que toute volonté d’asservir une population est un acte profond de barbarie et explique, en partie, le sous-développement actuel. Toussaint Louverture restera, pour l’éternité, l’image de la révolte. Son nom sera porté par beaucoup de jazzmen et de partisan des droits civiques aux États-Unis. Une page de notre histoire par trop ignorée.

N.B.

« L’échec de l’expédition de Saint-Domingue et la naissance d’Haïti », Jean-Pierre Barlier, Éditions de l’Amandine, 195 p.

 

 

Marseille, capitale de la culture.

En complément du dossier de ce numéro, « Ici, Ailleurs » est le titre d’une exposition qui veut réunir les artistes de la Méditerranée, « fabrique de civilisation » disait Paul Valéry. Jean-François Chougnet a réuni des artistes dont le seul lien est l’appartenance à cet espace. Beaucoup de noms nous ont inconnus, raison de plus pour aller les découvrir. Ce catalogue permet de les présenter.

N.B.

« Ici, Ailleurs. Une exposition d’art contemporain », Skira/Flammarion.

 

Parcourir

Et si le but ultime d’un voyage n’était pas le lieu d’arrivée mais le parcours lui-même ? Ces récits de voyage vers le Tibet en font la démonstration. Ils nous entraînent vers ce pays mystérieux, à la fois matériel et immatériel. La difficulté d’y parvenir, les rêves qui se construisent dans la préparation, le temps du parcours vers ce lieu chargé de spiritualité et d’histoires font de ce voyage un voyage initiatique. Que cherchent ces explorateurs ? Pourquoi d’aussi grandes souffrances ? Les réponses diffèrent. Le premier de ces récits date de 1783, le dernier de 1944, manières de se rendre compte à la fois des permanences – trouver la paix intérieure – et des transformations. Un recueil d’Histoire, d’histoire littéraire – les styles évoluent, les regards changent – et de plaisir tout court de la lecture.

N.B.

« Tibet. Vers la terre interdite », présenté par Chantal Edel, préface de Sylvain Tesson, Omnibus/Presses de la Cité.

Articles publiés dans l’US Mag d’avril 2013

 

Dexia, un cas d’école

 

Les dérives d’une banque au service des collectivités.

Le 10 octobre 2011, après survécu à coups d’injections d’argent public belgo-français, Dexia – qui avait absorbé le Crédit Local de France – a été démantelé. Ses aventures n’étaient pas terminées pour autant. Les deux gouvernements Belge et Français se devaient de garantir ses opérations faute de quoi les effets en chaîne auraient pu conduire à la quasi-faillite de certaines collectivités territoriales. Dexia leur a vendu des « produits structurés » qui sont devenus des produits financiers toxiques qu’il faudrait annuler. Nicolas Cori et Catherine Le Gall ont mené l’enquête pour faire découvrir la face cachée de cette banque et expliquer les raisons d’une faillite, la première – mais pas la dernière – d’une grande banque européenne. Il y est question du « shadow banking » – le fameux « hors bilan » des banques qui recouvre la « titrisation », les prêts aux « hedge funds » – qui représenterait, suivant une étude citée par l’Expansion d’avril, 640 000 milliards de dollars. Le « niveau de défaillance » des banques reste élevé. La crise bancaire est devant nous. La nécessité de la réglementation s’en trouve renforcée.

N.B.

« Dexia, une banque toxique », N. Cori et C. Le Gall, La Découverte, 269 p.

Article publié dans l’US Mag d’avril 2013