A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

A propos d’une histoire culturelle des Etats-Unis

« Tracer » la route.

Et si l’histoire des États-Unis s’écrivait plus à travers les chansons, les blues, le jazz ? La route, la voiture a toujours été synonymes de liberté dans ce pays marqué par le mythe de « la frontière », aller plus loin pour éviter l’asservissement, devenir son propre maître. Un mythe sur lequel s’est construite à la fois l’utopie et la culture. Les « westerns », la conquête de l’Ouest en sont des avatars. La réalité est pourtant loin de ce rêve. Dans cette formation sociale, le capitalisme ne s’est pas heurté aux modes de production antérieurs. Cette colonie de peuplement a importé le capitalisme des pays d’Europe. En même temps que le mouvement ouvrier. On ne se souvient pas suffisamment que, dans les années 20-30, le socialisme est une idée forte et influence la plupart des intellectuels. Il faudra la « chasse aux sorcières » de l’après seconde guerre mondiale dans le cadre de la guerre froide pour éradiquer cette alternative, avec l’aide indirecte du stalinisme. Continuer la lecture →

Un batteur d’entre les batteurs : Roy Haynes

A Roy Haynes avec toute mon admiration.

Roy Owen Haynes est batteur. Une définition de la batterie à lui seul. Du jazz dans ce qu’il possède d’outrances, de capacité à rester le même tout en se transformant. Roy Haynes s’est toujours senti dedans – avec ses groupes, ses employeurs à commencer par Lester Young, Charlie Parker, Sarah Vaughan une sorte de gotha du jazz de l’après seconde guerre mondiale sans oublier Thelonious Monk, Eric Dolphy et John Coltrane – et en dehors, une manière de se voir jouer pour servir la musique. Il aurait pu prendre comme slogan ce que Cortazar fait dire à Johnny Carter, une incarnation de Charlie Parker, « Je l’ai déjà joué demain », ce cauchemar du Bird qui faisait de chaque jour, de chaque rencontre une aventure. De ce point de vue la ressemblance est patente. Ce n’est pas que le Bird comme Roy Haynes n’aient pas de tics – qui n’en a pas ? – mais, à chaque fois, il faut inventer, se faire reconnaître sans se répéter. A chaque fois il s’agit de faire découvrir « l’inquiétante familiarité » – pour citer Freud qui en faisait une des caractéristiques de l’œuvre d’art – du thème. Sonny Rollins, à son tour adoptera cette attitude reprenant quelques vieilles chansons ou des nouvelles pour les faire siennes et interpeller l’auditeur(e) mal à l’aise qui ne sait plus ce qu’il connaît. Continuer la lecture →

La saga Bird, saga du 20e siècle.

L’Oiseau de feu continue sa trajectoire

Alain Tercinet – auteur, rappelons-le, d’un portrait de Charlie Parker dans la collection Eupalinos, aux éditions Parenthèses – poursuit Bird de ses assiduités pour permettre de faire connaissance avec ce génie du 20e siècle. Comme à l’habitude, le livret livre son lot de connaissances et de reconnaissances. Il serait loisible d’écrire cette partie de l’histoire des États-Unis en suivant Charlie Parker de sa naissance à Kansas City en 1920 à sa mort en mars 1955. Le génie parkérien laisse partout sa trace. Y compris lors de sa visite en France et en Europe en mai 1949. Continuer la lecture →

Polar, Avant-première

Cavale, le vieux monde te rattrapera…

L’intrigue n’est pas nouvelle. Elle est même éculée. Un homme de main est envoyé par son patron chez un syndicaliste pour lui faire peur. Sans arme a-t-il dit. Méfiant, Roy Cady – c’est son nom – prend ses précautions. Bien lui en prend. Il trouve là une jeune prostituée à l’histoire compliquée et qui ment pour se sauver. La cavale commence qui va de la Nouvelle-Orléans au Texas. « Galveston », une bourgade de cet Etat, sert de titre à Nic Pizzolatto pour situer son propos : des histoires de famille dans ces petites villes où divorces et remariages créent des groupes étranges dans lesquels sexe, violence et haines vont bon train. Continuer la lecture →

Autour de quelques polars

Le coin des polars de l’année scolaire passée.

Les vacances sont nécessaires. Aussi pour se pencher sur son passé…proche et s’apercevoir que des livres avaient fait l’objet d’un ostracisme inconsidéré pour beaucoup, d’une mise à l’écart justifiée pour d’autres.

Un polar politique.

« L’honorable société » a eu besoin de deux auteurs et non des moindres lorsqu’on considère le polar politique et social, Dominique Manotti et DOA, pour construire cette intrigue plus vraie que nature. Dans le cadre d’une fin de campagne électorale présidentielle – le premier tour a donné largement vainqueur le candidat de droite – un groupe d’activistes, jeunes, veulent réaliser un grand coup médiatique. Ils et elle s’introduisent dans l’ordinateur d’un responsable de l’industrie nucléaire – du CEA – et filme en direct son assassinat. S’ensuit une cavale qui met à jour tous les ressorts d’un appareil d’Etat au service des puissants, de ceux qui gagnent. Chacun(e) ne pense qu’à sa carrière, qu’à ses intérêts. Les liens entre pouvoir politique et haute industrie – il manque la finance – sont bien mis en évidence. Les services de renseignements – les ex RG aujourd’hui DRCI – travaillent pour le candidat de droite, assurant les basses œuvres qui vont jusqu’au meurtre de jeunes gens sans défense. Le candidat de gauche est pusillanime n’osant rien. La description du débat télévisé semble être une sorte de stéréotype. C’est à pleurer. Le rôle des médias est aussi dénoncé.

Il ne manque presque rien pour faire de ce roman une sorte de bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy marqué par une pléiade d’affaires. Les auteurs sont bien en dessous de la réalité. Continuer la lecture →

Conférences à Crest (Drôme) sur les femmes du jazz, du 5 au 10 août 2013

Rendez-vous à Crest Jazz Vocal

 

Cette année, je serai encore à Crest, au festival de jazz « Crest Jazz Vocal » où je donnerai une série de conférences portant sur « Les femmes du jazz, un continent oublié ». En avant-première, le lundi 5 août, pour introduire l’art particulier de Céline Bonacina, saxophoniste baryton, je brosserai – à grands traits – une « petite histoire du baryton ».

Le mardi 6, ce sera la projection du film de Martin Scorcese, « New York New York » qui invite à réfléchir sur plusieurs thèmes dont celui de la place des femmes dans les arts mais aussi des rapports entre œuvre d’art/culture et marchandise, de la drogue, de l’asociabilité des musicien(ne)s de jazz et de beaucoup d’autres choses encore. C’est un film philosophique en même temps qu’historique puisqu’il se situe, dans cette histoire du jazz et des États-Unis, juste après la seconde guerre mondiale au moment où les big bands disparaissent – et Georgie Auld/Robert de Niro en crée un à ce moment là qui ne pouvait que faire faillite – et le bebop impose sa loi via la révolution parkérienne.

 

Mercredi 7 Les « canaris », ces chanteuses de grands orchestres, deviendraient-elles des aigles ? A travers l’histoire de Anita O’Day, musicienne accomplie, chanteuse de l’orchestre de Gene Krupa (batteur engagé par Benny Goodman qu’il quitte dans les années 1940 pour créer son propre orchestre), à 21 ans pour ensuite passer chez Stan Kenton. Elle influencera toutes les chanteuses qui suivront à commencer par June Christy et Chris Connor.

On parlera aussi des « Sweet Petunia »….

 

Jeudi 8, autour des cheffes d’orchestre, avec un spécial Lil Hardin Armstrong (voir son portrait dans « En passant par Chicago », synthèse style work in progress de l’année de l’UP Jazz.

Vendredi 9 Autour de quelques chanteuses oubliées; autour de Betty Roché qui fut la chanteuse de Duke Ellington à deux reprises – je l’avais entendre aux côtés du Duke pour cette version à succès de « Take the « A » train » avec Paul Gonsalves en 1952 – et enregistra quatre albums…

Samedi 10, pour le final, une petite histoire du combat féministe des cheffes d’orchestre à commencer par Billie Holiday, Mary Lou Williams, Lil Hardin Armstrong… jusqu’à nos jours….

 

A vous voir…

 

Nicolas Béniès.

 

 

Culture, vous avez dit crédit ?

La culture en danger

Les grandes vacances sont une période de latence. La liberté de l’esprit permise par la rupture avec le travail contraint ouvre de nouveaux horizons. C’est le moment de se ressourcer, de se retrouver en lisant, en écoutant de la musique, en allant au théâtre… Les festivals sont durablement associés à cette période, même si, et ce depuis quelques années, ils débordent largement la période pour s’installer dans le paysage culturel de toute l’année. Les bénévoles qui s’en occupent – beaucoup de retraité(e)s – sont des passionné(e)s qui font vivre la culture. Sur le strict terrain économique, ces associations permettent de faire baisser le coût de revient de ces animations. Ils et elles jouent un rôle essentiel non reconnu. Le jour où ces associations disparaissent, le festival meurt le plus souvent. Continuer la lecture →

Un festival… des festivals… de jazz

Petit tour de France via les festivals de jazz.

Le jazz est une musique de la transe – de ce corps qui bouge, qui explose – et de l’esprit. Une combinaison inédite dans l’histoire de l’esthétique. La performance est partie prenante de cette musique qui ne se goûte véritablement que dans la liberté de créer par la rencontre avec le public. Elle se vit « live », en direct et en vie. Continuer la lecture →

Jazz, un trio

Un trio.

Sophia Domancich , pianiste aux influences monkiennes perceptibles comme celles de Mal Waldron – un de ces pianistes qu’il ne faudrait pas oublier -, Jean-Jacques Avenel, contrebassiste, longtemps compagnon de Steve Lacy dont les mondes sont proches et de Monk et de Cecil Taylor et Simon Goubert très profondément marqué par Elvin Jones forment un trio soudé qui fait circuler la musique, les improvisations. Continuer la lecture →

Le coin du polar…historique.

La Toscane corrompue… en 1895.

Un grand détective auteur d’un livre de recettes de cuisine… italienne – pardon des régions de l’Italie -, à grandes moustaches blanches qui enquête en Toscane chez le Baron Roccapendente où il est invité, ce n’est pas commun. Pelligrino Artusi n’est pas seulement une figure de roman. Il est né le 4 août 1820 en Emilie-Romagne. A l’ouverture de cette première aventure, pour les lecteurs français, il est âgé de 75 ans. En cette année 1895 donc, l’Italie existe sur le papier depuis 20 ans et l’unification est loin d’être réalisée. Les vieilles familles – « Le Guépard » raconte sous une autre forme cette même histoire – sont ruinées. Les enfants ne s’en rendent pas compte. Ils ont conservé » la morgue de leur caste sociale alors qu’ils n’en ont plus les moyens. Sous une forme plaisante, sans se prendre au sérieux, Marco Malvadi, chimiste, chanteur lyrique, spécialiste du Baroque et finalement écrivain, met en scène ces personnages en train de quitter la grande scène du monde. Tout commence par l’assassinat du majordome en passe de quitter ses fonctions. On saura le pourquoi comme il se doit à la fin. Continuer la lecture →