Polar historique

La guerre, la grande virtuelle, celle de « 100 ans »

Les livres d’Histoire de l’enfance de Jean d’Aillon – né en 1948 – parlaient de cette guerre sans fin opposant les Français aux Anglais. En fait de guerre de 100 ans, cette guerre a été marquée par les questions de succession entre des dirigeants de la même engeance, des mêmes familles. Ces manuels d’un temps qui apparaît désormais ancien pratiquaient une confusion entre les Angles, habitants de l’Angleterre, et les Britanniques tels qu’ils sont aujourd’hui. Le Royaume-Uni est une construction étatique réunissant différentes formations sociales. Dans le contexte actuel, cette alliance est en train d’éclater. Les tendances centrifuges rendent visibles les réalités du passé. Continuer la lecture

Le coin du polar.

Le polar est un genre en train de tellement se diversifier que, bientôt, il faudra abandonner cete classification. De plus il s’introduit dans toutes les sphères de la littérature à croire qu’il est le seul à être encore un peu soit peut vivant.
Pour cette sélection, trois types de polar donc. Historique et sociologique – un peu artistique – pour faire revivre ce Paris étrange, celui de l’Occupation, littéraire avec Benjamin Black qui recrée la figure de Philip Marlowe en s’inspirant de Chandler pour continuer son œuvre prenant une dimension abstraite faute de définir la chronologie mais ce flou procure de nouvelles sensations et, enfin, pénétrer dans notre monde moderne de plus en plus barbare avec un nouveau personnage, un enquêteur de 27 ans, « Zack » – titre aussi de ce roman écrit à 4 mains dans la Série Noire – capable d’incarner les vices qui rongent nos sociétés comme la suédoise.
Une confrontation étrange. Les méthodes d’investigation sont très différentes. Malgré le contexte de l’Occupation, l’enquête est classique, la barbarie est extérieure pour « Occupe-toi d’Arletty », cependant que Black investit la barbarie intérieure – une nouvelle contrée – et Kallentoft/Lutteman la déstructuration de la société suédoise, une société comme la plupart des autres totalement corrompue.
Peut-être dans ce partage de la barbarie trouve-t-on la cause principale de la victoire du polar. Ce genre s’est fait connaître par l’utilisation de la violence, la description de la société « réelle » pour créer des personnages un pied – quelque fois plus – hors de ce monde. Il faut de la distance pour être un détective privé à la sauce Hammett ou Chandler, avec un code de vie qui ne permet pas de céder aux corrupteurs, une distance nécessaire pour décrire toutes les barbaries. Continuer la lecture

Le coin du polar.

En direct des États-Unis.

Violences du Sud…

James Lee Burke, on ne le dira jamais assez, est l’écrivain le plus important du Sud des États-Unis. Malgré son âge avancé – son expérience de la guerre en est restée au Viêt-Nam, depuis les États-Unis se sont engagés dans des multitudes de guerre -, il sait toujours raconter des histoires tristes et curieuses comme celles des Blues qui marquent profondément cet environnement. Comme le « Old man River », le Mississippi qui structure tous ces territoires
Pour cette nouvelle aventure Dave Robicheaux, son double qu’il n’arrive pas à faire mourir, policier de cette Louisiane remplie de fantômes et de racismes comme d’assassins en série qui ont pourtant pignon sur le Mississippi. Continuer la lecture

Le temps de lire, la sélection livres de Nicolas BENIES

Un polar israélien.

une proie trop facileLa littérature israélienne forcément contestataire des pouvoirs, surtout ceux de « Bibi », le premier ministre de droite qui est obnubilé par la guerre pour faire passer sa politique antisociale. Lui aussi a déclaré la guerre et d’abord aux Palestiniens pour leur refuser leurs droits… Le « terrorisme » – un terme à la mode qui permet de couvrir toutes les atteintes aux droits démocratiques – sert de paravent.
Yishaï Sarid s’est fait connaître en France grâce à ce merveilleux roman « Le poète de Gaza » (Actes Noirs) paru en français en 2011. Actes Sud récidive, toujours dans sa collection Actes Noirs, en publiant son premier roman, « Une proie trop facile » qui joue sur les apparences pour décrire un Israël de l’an 2000. Les références datent un peu mais l’écriture recouvre le tout. Une écriture simple, descriptive qui cache l’essentiel, les non-dits sur les quels repose cette société israélienne enfermée dans la guerre qui arrive mal à cacher ses divisions.
« Moi, je milite pour une cuisine simple » fait-il dire à un des personnages. Une cuisine simple est difficile. Il faut choisir avec soin les ingrédients sinon elle est banale et c’est raté. Une bonne définition de cette écriture. Simple et peu banale.
« Une proie trop facile », Yishaï Sarid, Actes Noirs/Actes Sud, 341 p., 22,50 euros Continuer la lecture

Le coin du polar

Vagabondages

Martyn Waites a été, comme beaucoup de ses contemporains, durement marqué par la défaite des mineurs en 1984. Thatcher, Premier ministre en 1979, a conduit la lutte des classes avec tous les moyens à sa disposition, policiers et idéologiques. Elle a mis en œuvre une véritable stratégie de combat que le syndicat des mineurs conduit par Scargill a mis du temps à comprendre. Il faut dire que le dirigeant du syndicat avait demandé en vain la décision d’une grève générale. Comme souvent, elle est tardive mais elle durera tout de même un an. L’âpreté du combat de classe est rendue à travers le parcours de personnages façonné par le conflit lui-même dont un journaliste qui enquête aussi sur son passé. « Né sous les coups » fait l’aller retour entre « avant » et « maintenant » pour dessiner le paysage issu de cette défaite. Un grand roman social.
Difficile, semblait-il, de faire mieux ou différemment. Waites réussit ce tour de force avec « La chambre blanche », l’antichambre de la mort. Même lieu, Newcastle et cette Angleterre – au sens strict – un peu mystérieuse, brumeuse secouée d’éclats de violence et de rire, d’explosions de fraternité et de corruption. Remontons le temps. 1946 pour suivre un leader travailliste qui donne l’impression de vouloir changer la vie en détruisant les taudis et en construisant de grandes cités. L’exclusion, la surexploitation des salariés, le gangstérisme, la corruption. Une fresque sociale de cette ville, des personnages qui incarnent ces concepts pour une intrigue qui même ingrédients du polar, du social pour une grande littérature. La révolte, la colère suinte quasiment à chaque page. Continuer la lecture

Polar, nouveautés

École du crime au Texas

Lansdale Diable rouge, Folio policierJoe R. Lansdale est l’écrivain de polar le plus connu… au Texas mais aussi en France via les traductions – ici Bernard Blanc – publiées chez Denoël et avant dans la Série noire, reprises par Folio/Policier. Les enquêtes de Hap Collins, le Blanc hétéro qui se pose des questions et Leonard Pine – surtout à prononcer avec l’accent du Texas en train de se perdre -, un Noir homosexuel attaché à la violence pure dénuée de sentiments, sont à la fois une caricature des polars et une manière de faire réfléchir sur notre monde. Ces deux personnages ont fait le tour du monde.
Dans ce « Diable rouge », le rouge fait référence au sang et le diable à l’apparence de la vieillesse, les deux compères se heurtent à une organisation de tueurs et de tueuses. Une femme, Vanilla déjà apparue dans le précédent « Vanilla Ride », leur vole la vedette pour régler une affaire obscure. Les ressorts psychologiques ne sont pas très fouillés mais les situations sont toutes à la fois loufoques et logiques à partir du moment où le lecteur ne discute pas les postulats de départ. Il n’empêche Hap et Leonard vieillissent et la tentation fut grande, sans doute, pour l’auteur de faire mourir l’un des deux. Les personnages savent, quand il le faut, résister à leur auteur.
Un auteur qui donne l’impression qu’il fallait une suite au précédent sans qu’il ait construit une trame cohérente. Il fait passer ce manque en créant des mots. Le traducteur, pour en redonner le suc, s’est inspiré de la « bravitude » de Ségolène. Dans les premières pages, vous allez pouvoir enrichir votre vocabulaire…
Parions que dans le prochain, Vanilla prendra de plus en plus de place. Le duo pourrait devenir trio ou, pourquoi pas, quatuor.
Nicolas Béniès
« Diable rouge », Joe R. Lansdale, traduit par Bernard Blanc, Folio/Policier.


L’enfant sauvage façon étasunienne.

Jean Zimmerman s’est décidée à raconter l’Histoire des États-Unis via des histoires. « La petite sauvage » est son deuxième opus paru en français après « Maître des orphelins ». Une enfant trouvée en Virginie qui se donne en spectacle et un rejeton d’une des grandes fortunes faite dans les mines de fer feront partie de la même famille par l’adoption de cette sauvage par les parents du jeunes homme. S’ensuivra une réussite de la fille et un naufrage de la famille dont le père a mal évalué ses chances de construire un monopole mais qui rebondira. Le tout est ponctué d’une série de meurtres a priori commis soit la petite sauvage, soit par Hugo Delegate. Nous sommes à Manhattan en 1876. Continuer la lecture

Polar. La saga François-Claudius Simon

Regards sur la Russie de 1920.

Jérôme Prévost la berceuse de StalinePrintemps 1920 entre Paris, Saint-Pétersbourg et Moscou, François-Claudius – un double prénom qui ne fut pas choisi au hasard – Simon enquête sur un meurtre commis à Paris sur des résidents russes. Un assassinat commis sur un ancien membre de la police secrète du tsar, l’Okhrana. Une police experte dans les faux. C’est à elle que l’on doit le soi-disant « Protocole des Sages de Sion » qui fait d’un État-major de 12 Juifs la tête d’un complot mondial. Dans « La berceuse de Staline », Guillaume Prévost a choisi une autre entrée. Celle d’un document retrouvé sur le tard qui ferait de Staline – à l’époque « Koba », le loup – un agent de cette police secrète.
Les assassinats parsèment cette chasse au document, les tortures aussi. En même temps, Prévost raconte les tribulations de la colonie française à Moscou qui vit dans des conditions difficiles. Le froid de cet hiver 1920 n’arrange rien. Tout manque. Le blocus des puissances occidentales fait sentir ses effets. La guerre civile n’est pas encore tout à fait terminée.
L’amour n’est pas oublié. On se souvient que Elsa, la compagne du policier, est partie dans cette Russie de rêve pour vivre les moments clés de cette révolution. Ni l’enquête sur le père de François-Claudius qui est le fil conducteur de toutes ces aventures.
Nous sommes dans le Moscou de cette année-là. Lénine, figure centrale d’un Etat en train de se constituer est invisible mais bien présent, Trotsky, chef incontesté de l’Armée rouge bénéficie d’un très beau portrait, Victor Serge – il racontera cette expérience dans ce livre essentiel « Il est minuit dans le siècle » -, à cette époque un des responsables de la ville de Saint-Pétersbourg et Staline, l’homme de l’ombre, véritable pieuvre étendant son pouvoir. Lénine s’en apercevra trop tard. Son « testament » ne sera retrouvé que bien plus tard… Continuer la lecture

Le coin du polar. (4)

Petit voyage dans le temps et dans l’espace.

Si l’on en croit « Les Échos » du 24 août 2015, une « Lutte au couteau sur le marché des polars » aurait lieu à cause, disent-ils, de la « bonne santé » de cette partie de la littérature. On en publie toujours plus… La tâche d’en rendre compte ne sera pas facilité…

Paris sous Louis XVI
Jean-François Parot, par l’intermédiaire de son alter ego dans ce temps là, Nicolas Le Floch, continue son histoire de Paris. Il en arrive à 1784. Hiver rude, dégel plus rude encore. Les colères s’attisent. Le peuple a faim. Les puissants – comme en tout temps – vivent comme des colons, « tomorrow is another day », vivons et exploitons sans souci demain est un autre jour. « La pyramide de glace », une sorte de tombeau sur la place publique d’une femme ressemblant à la Reine Marie Antoinette, jeune femme un peu étourdie qui voudrait vivre sa vie. Nous sommes juste avant l’affaire dite du « collier de la Reine ». Tous les personnages sont là à commencer par la fameuse madame de la Motte, mais aussi l’entourage du roi Louis XVI complotant continuellement pour défendre des intérêts privés alors que le volcan présente tous les prémices d’ une éruption violente. Une Reine que l’auteur présente comme naïve et un Roi qui voudrait secourir les pauvres mais est incapable d’imposer ses décisions.Le flou règne plus que le Roi comme dans toutes les périodes d’énormes bouleversements. Jean-François Parot en indique les signes avant-coureurs en même temps qu’il nous fait visiter le Paris – et un peu le Versailles – de ce temps. Continuer la lecture

Le coin du polar (1)

Histoire et histoires des Everglades.

Miami trimbale une réputation – méritée si l’on en croit James Carlos Blake dans « Red Grass River », soit les marécages rouges – de ville des trafics en tout genre dominée par la pègre. Blake voudrait raconter la constitution de la ville juste avant et juste après la Première guerre mondiale. Il part de 1912 pour dresser le portrait d’une famille, les Ashley, dominée comme il se doit par le patriarche. Ils se sont spécialisés dans le trafic de l’alcool frelaté. Le coup de fouet à leur commerce sera donné par la loi sur la Prohibition de la consommation d’alcool. Ce sera aussi le début de leurs ennuis.
L’auteur décrit bien le passage de l’artisanat à la grande – disons moyenne – industrie. Il faut investir, employer pour développer l’offre face à un marché dont la demande semble sans fin. Pour ce faire, il faut aussi soudoyer les représentants de la loi et, ainsi, faire circuler l’argent. Miami, pendant ce temps se transforme. Les marécages accueillent des constructions. La spéculation immobilière connaît des pics pour ensuite subir une crise profonde. Cette croissance en dents de scie, caractéristique de l’économie capitaliste est décrite presque sans y toucher.
La saga de la famille Ashley est moins intéressante même si la concurrence des truands venus de Chicago indique la fin probable de leur commerce. Ils ont plus de moyens et sont mieux organisés sous l’égide de Al Capone. Le patriarche ne comprend la nécessité du passage du capitalisme individuel à la société anonyme. Il est donc condamné malgré sa résistance.
Pour faire passer son conte – comment savoir si la réalité était conforme à l’histoire ? – il fait appel au « Club des menteurs », de ces journalistes et réalisateurs de cinéma inventant le mythe du « Western » tout en posant quelques questions qui se veulent dérangeantes.
« Red Grass River » permet d’illustrer une fois encore la fin du film de John Ford, « Qui a tué Liberty Valance ? » : lorsque la légende est plus belle que la réalité, il faut imprimer la légende ». Pour dire que « Le club des menteurs n’écrit pas l’Histoire mais nous balade avec des histoires plus ou moins divertissantes mais qui ont fait la réalité de l’Histoire des États-Unis. L’imaginaire de ces « Américains » provient à la fois du cinéma, des ces romans journalistiques et…de la musique.
« Red Grass River », James Carlos Blake, traduit par Emmanuel Pailler, Rivages/Noir.

Coin du polar (3)

Israël comme il faut le voir.

Terminus Tel-AvivDécouvrir un nouvel auteur est un plaisir sans partage. Surtout lorsqu’il est israélien et fait découvrir Tel-Aviv telle que les brochures touristiques ne la vantent pas. Tel-Aviv est la ville israélienne par excellence, la véritable capitale du pays. Elle est le microcosme de tout Israël.
Liad Shoham, c’est le nom de cet auteur, y vit et pratique le métier d’avocat. Il au centre de la machine juridique. « Terminus Tel-Aviv » est son deuxième opus publié en France. « Tel-Aviv suspects » l’avait précédé.
Tel-Aviv suspectsIci, il nous précipite dans l’actualité la plus brûlante. Les réfugiés, les migrants qui viennent d’Afrique – l’Érythrée et le Soudan en l’occurrence – et leur accueil en Israël. Il met en scène un député de la Knesset, l’Assemblé nationale, Réguev qui a bâti sa carrière politique sur la chasse aux Africains. On n’a pas besoin de se forcer pour imaginer son discours. Il entraîne avec lui des procureurs. Se dresse contre cette profonde exclusion, moralement et économiquement déplorable, des associations qui se battent pour la défense des droits de ces immigrés. C’est le cas d’une jeune femme Michal Poleg que l’on retrouve assassinée. Une jeune femme, lieutenant de police, Anat Nahmias, est chargée de cette enquête. Elle passe dans les quartiers où vivent ces populations, dans des squats insalubres. La description ce Tel-Aviv n’est pas le seul intérêt de ce roman. Un vrai polar avec ce qu’il faut de révolte, de dévoilement d’une réalité cachée, de volonté de faire prendre conscience de la nécessité de lutter, de combattre les préjugés.
Ne rater pas Liad Shoham !
Nicolas Béniès
« Terminus Tel-Aviv », Liad Shoham, traduit par Jean-Luc Allouche, 10/18. « Tel-Aviv suspects » est disponible dans la même collection.