Jazz, Charlie Parker en direct

Volume 9 des aventures de l’Oiseau (Bird)

Charlie Parker vol 9Le volume 8 de cette fausse-vraie « Intégrale Charlie Parker » – fausse parce qu’il est impossible, comme le note l’auteur du livret et de la compilation Alain Tercinet, de reprendre tous les enregistrements de l’Oiseau, vraie parce qu’elle donne à entendre le son d’un génie dans sa chronologie – s’arrêtait en septembre 1950 pour les enregistrements de Parker avec les « Strings » et ce volume 9 s’arrête en mars 1951 pour des « en direct » – « live » – avec ces mêmes « Strings » pour la radio. Entre temps, Parker a voyagé. Pour le suivre, Alain Tercinet a sélectionné quelques traces réalisées en public. Chicago d’abord, en octobre 1950, avec des musiciens qui deviendront des légendes comme les frères Freeman puis en Suède et Paris. Il dira beaucoup de bien de la Suède, composant ce « My Little Blue Suede Shoes » – qu’il ne faut pas confondre avec la composition du chanteur de rock Carl Perkins – en souvenir. Souvenir aussi raconte Tercinet d’un disque de Jean sablon entendu chez Annie Ross et Kenny Clarke… Continuer la lecture

In Memorian BB King

Une annonce prévue pourtant brutale, à 90 ans – un bel âge – B.B. King nous a quittés. Lucille est veuve et une veuve qui doit falloir son pesant de dollars. Cette guitare qu’il avait été recherchée dans l’incendie d’un club du « Chittlin’ circuit » où il (et elle) se produisait, comme « sauvée des eaux », avait été sa fidèle compagne.
Il avait révolutionné le blues après le seconde guerre mondiale dans la foulée de ce blues électrique de Chicago de ces années là. Il s’était inspiré d’abord de T. Bone Walker – référence très perceptible dans ses premiers enregistrements – mais aussi de Charlie Christian, l’inventeur de la guitare électrique qu’il faisait jouer comme un instrument à vent, un météore du jazz et de… Django Reinhardt. une belle trilogie à n’en pas douter.
Reconnaissons que, vers la fin, les « gimmicks » – les trucs – et les tics l’emportaient largement sur sa capacité à renouveler sa musique.
Il me souvient d’un concert à Nîmes dans les années 1970 où il s’était produit avec son orchestre et son « crieur » – mais aussi trompettiste et chef d’orchestre -, un 14 juillet, concert qui avait bien commencé malgré les nuages qui s’amoncelaient. La première partie était dépouillée et répondait aux clichés d’une population peu au fait des évolutions du blues tandis que BB King était venu, comme il se doit avec son orchestre, comme Ray Charles – qui sera applaudi dans ce même lieu un peu plus tard dans le temps. Outrage : il faut hué et parti, ulcéré. Je l’ai revu ensuite bien sur. Mais ce concert m’est resté planté au cœur devant tant d’incompréhensions…
Nicolas BENIES

Ci après l’article que lui consacre Down Beat et l’annonce du festival de Detroit en même temps.

Extraits de Down Beat de juin 2015, annonce du festival de jazz de Detroit et la mort de BB King.

PS Les filles de B.B. prétendent qu’il a été assassiné… Affaire à suivre… (le 29 mai 2015)

Live in Paris, 1960

Un Roi à Paris, Olympia 1960

Entre deux « cassages » de l’Olympia – le premier en 1955 avec Sydney Bechet, les autres dans ces curieuses années 1960 où le « yé-yé » dominait – des concerts de jazz eurent lieu dans cette salle qui en garde encore des souvenirs aériens même si elle a été refaite. Bruno Coquatrix, directeur, la prêtait aux présentateurs de l’émission sur Europe 1, « Pour ceux qui aiment le jazz » à 18 heures et à minuit. Daniel Filipacchi et Franck Ténot se faisaient, pour l’occasion, organisateurs de concerts.
D’autres grands concerts de jazz eurent lieu dans cette salle. King Cole à Paris, avec le Quincy Jones B.B.Celui là se fit sous l’égide de Norman Granz qui, pour 3000 dollars – si les souvenirs de Michel Brillé, concepteur de cette collection « Live in Paris » avec Gilles Pétard, sont justes -, avait engagé Nat « King » Cole pour cette tournée européenne dans ces premiers mois de 1960. Souvenez-vous. Quincy Jones, après l’échec de « Free and Easy », une comédie musicale, était en rade, avec son orchestre à Paris – voir, dans cette même collection « Live in Paris », le double album consacré à Quincy et son orchestre – et en demandait qu’à trouver des engagements. Filipacchi en fournissait et… Norman Granz pour accompagner le « crooner » King Cole. Bien sur, l’orchestre eut droit à une première partie mais la vedette, le roi de cette fête c’était Cole. Continuer la lecture

Saul Bellow (suite)

L’américanité existe, Bellow l’a construite.

Saul Bellow quarto (2)Saul – diminutif de Salomon – Bellow (1915-2005), fils d’immigrés juifs russes de Saint-Pétersbourg parlant Yiddish installés d’abord au Québec puis à Chicago, deviendra, par la force de sa volonté, un écrivain américain cultivant son « américanité », sa spécificité. Comme James Joyce, il forgera un vocabulaire spécifique et une manière d’écrire.
Il lui faudra attendre son troisième roman, « Les aventures d’Augie March » pour faire cette entrée fracassante en littérature. Une accumulation de détails, de mots, une luxuriance d’images dont le socle repose sur une critique sociale, celle du capitalisme triomphant qui rogne les ailes de la créativité et oblige à franchir toutes les limites surtout celles que la société considère comme le « bon goût ». Continuer la lecture

Retour de Jazz Sous les Pommiers (Coutances, mai 2015)

Un pharaon (avec un petit p et au petit pied) sénile et décadent ?

Ce devait être la fête. Coutances, petite ville de la Manche mais dotée d’une immense Cathédrale – où il fait froid, les spectateur(e)s en témoignent – et d’un festival non moins immense, médaille de bronze des festivals de jazz en France, accueillaient l’une des dernières grandes légendes du jazz, avec Sonny Rollins, Ornette Coleman, Pharoah Sanders. Compagnon de John Coltrane, ce natif de Little Rock, âgé aujourd’hui de 75 ans, avait commencé sa carrière dans les orchestres de Rhythm & Blues pour s’engager dans l’Arkhestra de Sun Ra. C’est là, à Chicago, qu’il avait reçu du chef de cette secte son surnom, « Pharoah ». Il terminera dans les bras de Coltrane, groupe dans lequel il jouera le rôle de trublion, d’empêcheur de swinguer en rond pour forcer le leader à aller, encore et toujours, plus loin. Continuer la lecture

Jazz, Stan Getz, musicien élégant

Stan Getz, de retour du royaume des ombres.
Faiseur de miracles

Stan Getz vol 2, quintessence/frémeauxStan Getz (1927 – 1991) est tombé amoureux du saxophone ténor à l’âge de 13 ans semble-t-il après s’être essayé à d’autres instruments avec qui il a eu des relations éphémères. En même temps, ces fréquentations lui ont permis d’habiller la sonorité du saxophone, un instrument qui se prête à toutes les lèvres, à tous les souffles pour construire une relation interactive avec l’utilisateur.
Stan Getz quintessence du saxophone ténor ? L’une d’elles sans nul doute. Un son qui lui fait mériter son surnom, « The Sound », surnom mérité au-delà de toute considération.
Le volume 1, de cette collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber, retraçait le trajet de Stanley ou Stanislas – deuxième prénom qu’il s’était octroyé vers la fin de sa vie dans une interview à Jazz Magazine, peut-être à juste titre mais tout le monde l’avait appelé Stan… – Getz de ses premiers enregistrements en 1945 avec le futur gratin de la West Coast à commencer par Shorty Rogers et Shelly Manne, musiciens nés du côté de New York à cet enregistrement « live » au Storyville de Boston le 28 octobre 1951. Ce club avait été fondé par George Wein futur organisateur du festival de Newport à l’image des festivals dont le point de départ se trouve en France. « Storyville allait accueillir la plupart des grands musiciens du temps dont Charlie Parker. Wein a eu l’idée de permettre de les enregistrer. Ce fut le rôle des labels indépendants dont « Roost » pour les faces gravées par Stan. Elles restent inouïes encore aujourd’hui. Peut-être, c’est l’hypothèse d’Alain Tercinet, parce que le génie de Getz reste balbutiant, et cette hésitation rend l’invention du saxophoniste, en compagnie du guitariste superbe et l’un des premiers beboppers sur cet instrument, Jimmy Raney et du batteur « Tiny » Kahn qui nous quittera à 28 ans. Al Haig au piano et Teddy Kotick à la basse viennent apporter leur science pour faire de ce moment, un moment d’éternité. Aujourd’hui encore, y risquer une oreille c’est tomber sous le charme. Continuer la lecture

Université populaire Jazz, mercredi 29 avril 2015, 18h – 19h 30 Café Mancel

Bonjour,

Cette année est une année exceptionnelle. L’année du changement. Celui là est minuscule. Il faut savoir s’en contenter.
J’ai donc prévu une 11e séance pour 2015. Une séance de synthèse de l’année – ou des années, je ne sais pas encore, ce sera la surprise – écoulée, sur les villes du jazz.
Cette année, nous sommes passés de Kansas City (Missouri) à Philadelphie et pour terminer sur l’ancienne ville de l’aciérie, Pittsburgh – avec un « h » pour faire original, les Américains ne pratiquent pas le « h » à la fin, une tradition anglaise par contre – et rencontrer Zeus lui-même personnifié en Art Blakey…
Toutes ces villes se rencontre à New York pour fusionner dans ce creuset superbe.
Revisiter les saxophonistes, les vocalistes, les batteurs, les bassistes, les pianistes… pour entendre un son d’époque et un son de ville…

Pour faire la soudure – curieux terme – avec l’an prochain – je voudrais m’arrêter à Saint Louis, aussi dans le Missouri, pour aborder un de ces grands de la trompette un peu ignoré et qui vient de nous quitter à un âge canonique, Clark Terry. Il faut brièvement un des profs de Miles Davis. Ils sont nés tous les deux dans cette ville…
Clark Terry, ci-après pour un thème de Thelonious Monk, « Well You needn’t » – un beau titre et une histoire (tous les thèmes de Monk ont une histoire ou, mieux, une philosophie). Extrait d’un album, « One foot in the gutter », un pied dans le caniveau – si vous voyez ce qu’il veut dire -, sous la direction du batteur Dave Bailey, enregistré en 1960.

Le personnel et La pochette
Dave Bailey – drums
Clark Terry – trumpet, flugelhorn 220px-One_Foot_in_the_Gutter
Curtis Fuller – trombone
Junior Cook – tenor saxophone
Horace Parlan – piano
Peck Morrison – bass

Une partie d’entre eux nous les avons rencontré au fur et à mesure de nos pérégrinations, Curtis Fuller à Detroit, Horace Parlan…

Je vous donne rendez-vous au Café Mancel, comme d’habitude, de 18h à 19h30

Une anthologie nécessaire. Pour Barney.

A Barney Wilen, souvenirs et mémoire.

Barney WilenUn coffret de trois CD pour raviver une flamme à mon sens par trop éteinte, ce n’est pas trop. C’est même, si j’en crois l’intitulé « Premier chapitre 1954 – 1961 », le début d’une série. Un travail de mémoire mené par Alain Tercinet, nécessaire, vital. Pour plusieurs raisons.
D’abord pour le personnage central de cette saga, Barney Wilen. Né à Nice d’un père américain et d’une mère française, il naviguera dans ce premier temps, entre les deux continents. Il deviendra ainsi un ambassadeur bon teint entre le « Jazz sur Seine » – titre du troisième album sous son nom, en 1958 avec Milt Jackson au piano, pour Phillips – et le jazz sur Hudson pour construire un son original qui tient beaucoup, comme tout le monde à cette époque, au phrasé de Lester Young dont il est, peut-être, le continuateur le plus évident. Le mimétisme que l’on sent poindre de ses débuts se transforme en une digestion qui permet à Barney de devenir lui-même. Il sera ensuite influencé par le découpage du temps et le phrasé rugueux de Sonny Rollins pour se pâmer ensuite dans ceux de Coltrane. Comme tout le monde mais lui ne se perdra jamais de vue. Ce n’était pourtant pas facile. Art Pepper qui avouait s’être perdu dans Coltrane, incapable jouer comme il devait jouer, avec sa sonorité. Il avait même demandé à un critique s’il le reconnaissait, s’il avait conservé quelque chose de sa sonorité d’hier. L’arrivé d’un nouveau génie est toujours difficile à surmonter.D’autres, comme le saxophoniste ténor « Tina » – ainsi surnommé à cause de sa petite taille – Brooks disparaîtront du train des souvenirs. Continuer la lecture

Traces musicales de l’histoire sociale et politique des États-Unis

Le blues, mémoire et histoire
Pour une histoire culturelle

Hard Time Blues 1927 - 1960Les blues, suivant une tradition bien établie chez les ethnomusicologues, seraient uniquement liés à la situation sociale des Africains-Américains. Analyse à la fois juste et restrictive. Pour appréhender la force de cette musique, de cette création, le terrain esthétique ne peut- être déserté. Si le blues s’est universalisé, c’est bien qu’il véhicule autre chose qu’un simple discours de contestation sociale. Les générations d’adolescents qui se sont retrouvés dans cette musique n’étaient pas sensibles à ce langage singulier qui pratique le « double entendre », le double voir le triple sens capable de pervertir l’anglais pour en faire une nouvelle langue vernaculaire. Les ados français parce qu’ils ne comprenaient pas l’anglais, les Britanniques parce qu’ils ne percevaient pas les différences fondamentales entre leur langue et l’américain. Les « Rolling Stones », par exemple, démontrent ce fossé. En empruntant le langage des blues, ils en font un langage vulgaire alors, que dans la langue de Walt Whitman – qui n’est pas celle de Shakespeare – les termes sont grossiers mais pas vulgaires transcendés qu’ils sont par la poésie. Cette dernière est une des composantes essentielles. La citation de Leroy Jones mise en exergue du livret par les auteurs, Jacques Demêtre et Jean Buzelin, l’affirme avec force et toute la démonstration de « Blues People » – disponible en Folio – s’organise autour de cette dimension. Continuer la lecture

Deux rendez-vous pour le jazz

Bonjour,

Le 22 avril, de 18h à 20h, au Café Mancel, je présenterai les grands axes du festival de jazz, Jazz Sous Les Pommiers, à Coutances.
Si vous êtes disponibles…

Le 29 avril, ce sera la toute dernière séance de l’Université Populaire jazz de cette année. Exceptionnellement j’ai rajouté un 11e séminaire pour faire un peu le point sur cette année, écoutez les sonorités différentes des villes visitées et les convergences dues à une même génération. Toujours au Café Mancel, toujours de 18h à 19h30.

A bientôt de vous voir…

Nicolas.

PS Quelques illustrations suivront…

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