Jazz, Charlie Parker en direct

Volume 9 des aventures de l’Oiseau (Bird)

Charlie Parker vol 9Le volume 8 de cette fausse-vraie « Intégrale Charlie Parker » – fausse parce qu’il est impossible, comme le note l’auteur du livret et de la compilation Alain Tercinet, de reprendre tous les enregistrements de l’Oiseau, vraie parce qu’elle donne à entendre le son d’un génie dans sa chronologie – s’arrêtait en septembre 1950 pour les enregistrements de Parker avec les « Strings » et ce volume 9 s’arrête en mars 1951 pour des « en direct » – « live » – avec ces mêmes « Strings » pour la radio. Entre temps, Parker a voyagé. Pour le suivre, Alain Tercinet a sélectionné quelques traces réalisées en public. Chicago d’abord, en octobre 1950, avec des musiciens qui deviendront des légendes comme les frères Freeman puis en Suède et Paris. Il dira beaucoup de bien de la Suède, composant ce « My Little Blue Suede Shoes » – qu’il ne faut pas confondre avec la composition du chanteur de rock Carl Perkins – en souvenir. Souvenir aussi raconte Tercinet d’un disque de Jean sablon entendu chez Annie Ross et Kenny Clarke… Continuer la lecture →

A propos de Michel Warlop, concerts de Jean Toupance à Granville.

Christian Ducasse, à la fois photographe et organisateur de concert, nous a fait parvenir le texte suivant de présentation d’un violoniste, Jean Toupance qu’à, notre grande honte, nous avouons ne pas connaître. Nous lui faisons donc confiance pour ses affirmations. Jean Toupance sera donc à Granville pou une résidence de trois jours au Bâton Rouge les 12, 13 & 14 juin 2015.

Pour Michel Warlop
Ce sera un hommage à un autre violoniste, oublié trop souvent, génie de cet instrument, Michel Warlop. Compositeur étrange, ce violoniste brillant, premier prix de Conservatoire (Douai et Paris) considéré par ses enseignants comme un des 5 concertistes importants dans les années 20, était tombé dans le jazz en arrivant à Paris. Une de se grandes œuvres, restée forcément à l’état d’ébauche, « Swing Concerto », fut enregistrée pendant la période l’Occupation, raison pour laquelle, sans doute, elle ne fait pas partie des références. Mort en 1947, le nom même de Michel Warlop a déserté les discographies. Récemment, il a commencé à être redécouvert. Une biographie, « Michel Warlop, génie du violon swing », Pierre Guingamp, L’Harmattan, 2011, un double CD de la collection Quintessence (Frémeaux et associés) présenté par Daniel Nevers et, last but not least, « Le souffle de la liberté », Nicolas Béniès, C&F éditions, 2014. Sans que, pour autant, son nom soit encore diffusé dans le public. Continuer la lecture →

Live in Paris, 1960

Un Roi à Paris, Olympia 1960

Entre deux « cassages » de l’Olympia – le premier en 1955 avec Sydney Bechet, les autres dans ces curieuses années 1960 où le « yé-yé » dominait – des concerts de jazz eurent lieu dans cette salle qui en garde encore des souvenirs aériens même si elle a été refaite. Bruno Coquatrix, directeur, la prêtait aux présentateurs de l’émission sur Europe 1, « Pour ceux qui aiment le jazz » à 18 heures et à minuit. Daniel Filipacchi et Franck Ténot se faisaient, pour l’occasion, organisateurs de concerts.
D’autres grands concerts de jazz eurent lieu dans cette salle. King Cole à Paris, avec le Quincy Jones B.B.Celui là se fit sous l’égide de Norman Granz qui, pour 3000 dollars – si les souvenirs de Michel Brillé, concepteur de cette collection « Live in Paris » avec Gilles Pétard, sont justes -, avait engagé Nat « King » Cole pour cette tournée européenne dans ces premiers mois de 1960. Souvenez-vous. Quincy Jones, après l’échec de « Free and Easy », une comédie musicale, était en rade, avec son orchestre à Paris – voir, dans cette même collection « Live in Paris », le double album consacré à Quincy et son orchestre – et en demandait qu’à trouver des engagements. Filipacchi en fournissait et… Norman Granz pour accompagner le « crooner » King Cole. Bien sur, l’orchestre eut droit à une première partie mais la vedette, le roi de cette fête c’était Cole. Continuer la lecture →

Retour de Jazz Sous les Pommiers (Coutances, mai 2015)

Un pharaon (avec un petit p et au petit pied) sénile et décadent ?

Ce devait être la fête. Coutances, petite ville de la Manche mais dotée d’une immense Cathédrale – où il fait froid, les spectateur(e)s en témoignent – et d’un festival non moins immense, médaille de bronze des festivals de jazz en France, accueillaient l’une des dernières grandes légendes du jazz, avec Sonny Rollins, Ornette Coleman, Pharoah Sanders. Compagnon de John Coltrane, ce natif de Little Rock, âgé aujourd’hui de 75 ans, avait commencé sa carrière dans les orchestres de Rhythm & Blues pour s’engager dans l’Arkhestra de Sun Ra. C’est là, à Chicago, qu’il avait reçu du chef de cette secte son surnom, « Pharoah ». Il terminera dans les bras de Coltrane, groupe dans lequel il jouera le rôle de trublion, d’empêcheur de swinguer en rond pour forcer le leader à aller, encore et toujours, plus loin. Continuer la lecture →

JAZZ Trombone (allemand)

Trombone, il t’aime.

Einem.ArtMax Von Einem, 28 ans, tromboniste résidant actuellement à Cologne (Allemagne) a participé à tos les big bands que compte son pays. Pour y faire ses classes et déclarer son amour pour cet instrument étrange qui, en Allemagne, a connu des développements inédits via notamment Albert Mangelsdorff. Einem ne renie pas cette filiation.
Pour cet album, « Lamara », il a constitué un quartet pour mettre en valeur le trombone. Un pari difficile. Il faut faire preuve d’idées, de virtuosité pour éviter de lasser l’attention. Il multiplie pour ce faire les ambiances, les références aux musiques. Il affirme que le « jazz n’est pas old fashioned », dépassé et il faut le répéter. Le jazz reste une des musiques fondamentales de notre temps même si, actuellement, il a du mal à s’outrepasser. Il l’avait toujours fait dans le passé. Depuis les années 1980, il subit une sorte de coup d’arrêt à son expansion. Une sorte de stagnation bien en phase avec la croissance zéro… Continuer la lecture →

JAZZ, Diego Imbert

Couleurs du temps.

Diego Imbert fait partie de ces compositeurs tentés par d’autres cieux, d’autres métriques. Contrebassiste, il multiplie les pièges pour le batteur, en l’occurrence Franck Agulhon qui sait les entourer pour qu’ils ne se referment pas sur lui. Les références au blues des premiers titres sont à relier avec l’héritage de Ornette Coleman et sa manière de dire au revoir au blues pour mieux y faire référence et lui donner une nouvelle vie. Il ne craint pas, sur « Purple drive » une métrique à 7 temps. Pour en saisir la difficulté, il faut aller voir le film « Whiplash ». Par un filmage superbe, Damien Chazelle montre ce jeune batteur aux prises avec la mise en place des métriques singulières. Rien d’évident.
Pour son quartet, sans piano décidément à la mode ces temps-ci, il a associé les sonorités du saxophone ténor de David El-Malek et du bugle de Alex Tassel pour construire des couleurs musicales qui passent pour l’arc-en-ciel des métriques. Du 7 au 2 en passant par le 4 qui tient en trois tout en sauvegardant le rythme de la valse sous forme d’ombre chinoise.
Un album réussi qui tient son titre « Colors », des musiques qui savent construire des univers. J’ai juste un regret. L’absence de mordant, de colère, de révolte pour obliger notre monde à avouer son impuissance à susciter de la fraternité. Malgré tout, il faut reconnaître qu’on s’y trouve bien dans ces compositions mais l’appel aux maîtres du free jazz devrait aussi se traduire par un peu de « sale », de dirty.
Nicolas Béniès.
« Colors », Diego Imbert quartet, Such distribué par Harmonia Mundi.
Le quartet sera en concert au New Morning pour le lacement de l’album le 21 mai à 20h30

Jazz, Charles Lloyd

Sauvage la danse ?

Charles Lloyd Wild Man DanceCharles Lloyd, saxophoniste ténor (et un peu flûtiste mais pas ici) fête ses 50 ans de carrière. Né le 15 mars 1938 à Memphis, il a hérité de toutes les musiques charriées par le Mississippi, le gospel, les blues, le jazz mélangées à la culture cherokee. Une mémoire puissante ravivée par l’influence visible et revendiquée de John Coltrane. Sa sonorité fait de plus en plus à celle du dernier Coltrane. Il rejoint ainsi la sonorité de l’héritier en ligne directe, Pharoah Sanders.
« Wild Man Danse » est le titre de cet album Blue Note composé d’une suite en 6 parties enregistrée en public à Wroclaw (Pologne) le 24 novembre 2013. Continuer la lecture →

JAZZ, le troisième type ?


Rencontre amicale et jouissive.

Joe Lovano & Dave DouglasApparemment ils sont deux. Un trompettiste, Dave Douglas et un saxophoniste ténor, Joe Lovano. Ils représentent une grande partie du jazz moderne de celui qui ne refuse pas le legs du free jazz, non seulement de Coltrane mais aussi d’Albert Ayler, de Ornette Coleman et de beaucoup d’autres. De ces révolté(e)s qui voyait les transformations démocratiques et sociales à leur porte, midi à 14h. Des utopistes fous capables de transporter des foules de jeunes gens et de jeunes filles vers d’autres planètes plus sûrement que les deux astronautes mettant un pied sur la lune.
Ces deux là en fait sont trois. Pour commencer. Dans l’ombre se détache un grand compositeur de notre temps, Wayne Shorter. Celui notamment du quintet de Miles Davis de 1965 à 1968 composé de Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse et Tony Williams à la batterie, capable de toutes les audaces et de toutes les transgressions. Un quintet sans suite, sans descendants. Sauf Wayne. Qui sait aussi, comme les deux autres, faire fructifier l’héritage libertaire de ces années 1960. Continuer la lecture →

Jazz, Stan Getz, musicien élégant

Stan Getz, de retour du royaume des ombres.
Faiseur de miracles

Stan Getz vol 2, quintessence/frémeauxStan Getz (1927 – 1991) est tombé amoureux du saxophone ténor à l’âge de 13 ans semble-t-il après s’être essayé à d’autres instruments avec qui il a eu des relations éphémères. En même temps, ces fréquentations lui ont permis d’habiller la sonorité du saxophone, un instrument qui se prête à toutes les lèvres, à tous les souffles pour construire une relation interactive avec l’utilisateur.
Stan Getz quintessence du saxophone ténor ? L’une d’elles sans nul doute. Un son qui lui fait mériter son surnom, « The Sound », surnom mérité au-delà de toute considération.
Le volume 1, de cette collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber, retraçait le trajet de Stanley ou Stanislas – deuxième prénom qu’il s’était octroyé vers la fin de sa vie dans une interview à Jazz Magazine, peut-être à juste titre mais tout le monde l’avait appelé Stan… – Getz de ses premiers enregistrements en 1945 avec le futur gratin de la West Coast à commencer par Shorty Rogers et Shelly Manne, musiciens nés du côté de New York à cet enregistrement « live » au Storyville de Boston le 28 octobre 1951. Ce club avait été fondé par George Wein futur organisateur du festival de Newport à l’image des festivals dont le point de départ se trouve en France. « Storyville allait accueillir la plupart des grands musiciens du temps dont Charlie Parker. Wein a eu l’idée de permettre de les enregistrer. Ce fut le rôle des labels indépendants dont « Roost » pour les faces gravées par Stan. Elles restent inouïes encore aujourd’hui. Peut-être, c’est l’hypothèse d’Alain Tercinet, parce que le génie de Getz reste balbutiant, et cette hésitation rend l’invention du saxophoniste, en compagnie du guitariste superbe et l’un des premiers beboppers sur cet instrument, Jimmy Raney et du batteur « Tiny » Kahn qui nous quittera à 28 ans. Al Haig au piano et Teddy Kotick à la basse viennent apporter leur science pour faire de ce moment, un moment d’éternité. Aujourd’hui encore, y risquer une oreille c’est tomber sous le charme. Continuer la lecture →

Université populaire Jazz, mercredi 29 avril 2015, 18h – 19h 30 Café Mancel

Bonjour,

Cette année est une année exceptionnelle. L’année du changement. Celui là est minuscule. Il faut savoir s’en contenter.
J’ai donc prévu une 11e séance pour 2015. Une séance de synthèse de l’année – ou des années, je ne sais pas encore, ce sera la surprise – écoulée, sur les villes du jazz.
Cette année, nous sommes passés de Kansas City (Missouri) à Philadelphie et pour terminer sur l’ancienne ville de l’aciérie, Pittsburgh – avec un « h » pour faire original, les Américains ne pratiquent pas le « h » à la fin, une tradition anglaise par contre – et rencontrer Zeus lui-même personnifié en Art Blakey…
Toutes ces villes se rencontre à New York pour fusionner dans ce creuset superbe.
Revisiter les saxophonistes, les vocalistes, les batteurs, les bassistes, les pianistes… pour entendre un son d’époque et un son de ville…

Pour faire la soudure – curieux terme – avec l’an prochain – je voudrais m’arrêter à Saint Louis, aussi dans le Missouri, pour aborder un de ces grands de la trompette un peu ignoré et qui vient de nous quitter à un âge canonique, Clark Terry. Il faut brièvement un des profs de Miles Davis. Ils sont nés tous les deux dans cette ville…
Clark Terry, ci-après pour un thème de Thelonious Monk, « Well You needn’t » – un beau titre et une histoire (tous les thèmes de Monk ont une histoire ou, mieux, une philosophie). Extrait d’un album, « One foot in the gutter », un pied dans le caniveau – si vous voyez ce qu’il veut dire -, sous la direction du batteur Dave Bailey, enregistré en 1960.

Le personnel et La pochette
Dave Bailey – drums
Clark Terry – trumpet, flugelhorn 220px-One_Foot_in_the_Gutter
Curtis Fuller – trombone
Junior Cook – tenor saxophone
Horace Parlan – piano
Peck Morrison – bass

Une partie d’entre eux nous les avons rencontré au fur et à mesure de nos pérégrinations, Curtis Fuller à Detroit, Horace Parlan…

Je vous donne rendez-vous au Café Mancel, comme d’habitude, de 18h à 19h30