A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Traces musicales de l’histoire sociale et politique des États-Unis

Le blues, mémoire et histoire
Pour une histoire culturelle

Hard Time Blues 1927 - 1960Les blues, suivant une tradition bien établie chez les ethnomusicologues, seraient uniquement liés à la situation sociale des Africains-Américains. Analyse à la fois juste et restrictive. Pour appréhender la force de cette musique, de cette création, le terrain esthétique ne peut- être déserté. Si le blues s’est universalisé, c’est bien qu’il véhicule autre chose qu’un simple discours de contestation sociale. Les générations d’adolescents qui se sont retrouvés dans cette musique n’étaient pas sensibles à ce langage singulier qui pratique le « double entendre », le double voir le triple sens capable de pervertir l’anglais pour en faire une nouvelle langue vernaculaire. Les ados français parce qu’ils ne comprenaient pas l’anglais, les Britanniques parce qu’ils ne percevaient pas les différences fondamentales entre leur langue et l’américain. Les « Rolling Stones », par exemple, démontrent ce fossé. En empruntant le langage des blues, ils en font un langage vulgaire alors, que dans la langue de Walt Whitman – qui n’est pas celle de Shakespeare – les termes sont grossiers mais pas vulgaires transcendés qu’ils sont par la poésie. Cette dernière est une des composantes essentielles. La citation de Leroy Jones mise en exergue du livret par les auteurs, Jacques Demêtre et Jean Buzelin, l’affirme avec force et toute la démonstration de « Blues People » – disponible en Folio – s’organise autour de cette dimension. Continuer la lecture →

Deux rendez-vous pour le jazz

Bonjour,

Le 22 avril, de 18h à 20h, au Café Mancel, je présenterai les grands axes du festival de jazz, Jazz Sous Les Pommiers, à Coutances.
Si vous êtes disponibles…

Le 29 avril, ce sera la toute dernière séance de l’Université Populaire jazz de cette année. Exceptionnellement j’ai rajouté un 11e séminaire pour faire un peu le point sur cette année, écoutez les sonorités différentes des villes visitées et les convergences dues à une même génération. Toujours au Café Mancel, toujours de 18h à 19h30.

A bientôt de vous voir…

Nicolas.

PS Quelques illustrations suivront…

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Signes de reprise ou de récession ?

Le monde n’en finit pas de danser sur un volcan.

Hollande et Valls continuent de se gargariser avec « l’esprit du 11 janvier » sans s’apercevoir que la crise systémique du capitalisme ouverte en août 2007 continue de se développer avec son cortège de chômage de masse, de pauvreté et de misère. Les inégalités s’approfondissent. Elles mettent en cause directement la possibilité même de la démocratie. Au Luxembourg ; début mars 2015, le président de la République en a même remis une couche en considérant que la reprise était là. Mais il n’a dit où…

La déflation s’élargit.
Les pays capitalistes développés – auxquels il faut associer la Chine même si elle n’est encore qu’une économie émergente – sont proches d’un point de rupture. L’indicateur, très largement sous estimé, est la baisse des prix soit la déflation. Elle est présente dans la zone euro globalement. Il est peu de pays qui y échappe. L’économie française, d’après l’INSEE, a enregistré une baisse de l’indice du niveau général des prix de –0,4%. Les États-Unis, à leur tour, ont enregistré une chute des prix de 0,1% en un an en 2014 – -0,7% en janvier 2015 par rapport à décembre 2014 – et le Japon est proche, lui, de renouer avec la déflation qui l’a frappée depuis 1993. La Chine, à son tour est en train de réunir les conditions d’un éclatement de la bulle financière du crédit et de connaître la baisse des prix.
Cette baisse n’est en rien le résultat de la lutte contre l’inflation. La plupart des économistes officiels parlent d’une « inflation négative »1 pour masquer, volontairement ou involontairement, la profondeur du phénomène. La déflation résulte de la surproduction qui se traduira par une récession plus ou moins profonde. Continuer la lecture →

Université populaire jazz le mercredi 25 mars 2015, Pittsburgh (suite)

Bonjour,

L’année avance – curieuse expression n’est-il pas ? Comme si ce concept s’intégrait dans une réalité étrange, comme si la reprise allait se manifester juste parce que le temps s’écoule non pas d’une fontaine mais d’une montre, cette invention qui permet de compter le « temps qui passe » et « l’année qui avance »… – et nous arrivons à la 10e qui, cette année 2015, ne sera pas la dernière. Nous vivrons une 11e le dernier mercredi d’avril, soit le 29 si je ne me suis pas trompé dans des calculs de temps… Entretemps, je vous donnerai rendez-vous pour une présentation – toujours au Café Mancel – en musique du prochain festival de jazz de Coutances, Jazz Sous Les Pommiers. Nous en reparlerons… Continuer la lecture →

Université populaire Jazz le mercredi 11 mars

Bonjour,

Mercredi 11 mars, au Café Mancel, 17h30 – 19h30 comme d’habitude, nous restons à Pittsburgh, d’abord avec Erroll Garner que nous retrouvons et une pléiade de pianistes qui ont fait la renommée de la ville. Dodo Marmarosa, le frère d’Erroll, lui aussi pianiste, Ahmad Jamal – Fritz Jones pour son nom de naissance à Pittsburgh – et quelques autres.

Pour la conclusion – mais ce ne sera pas la dernière, cette année j’ai prévu 11 séances, l’ultime sera pour le 29 avril pour faire la synthèse de cette année et annoncer l’an prochain – sur Pittsburgh, je prendrai une famille, les Turrentine mais je vous en dirai plus la prochaine fois.

A mercredi.

Nicolas.

PS Infos et extraits musicaux suivront… Continuer la lecture →

Miles, notre contemporain… pour l’éternité !

Miles Davis, tome 2

La collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber propose un Miles 2edeuxième volume pour retracer le parcours de Miles Davis. Né à Saint-Louis dans le Missouri, Miles commence par jouer aux côtés de Charlie Parker et, dans une foulée étrange, de créer un nouveau son, une nouvelle manière de faire vivre la révolution du bebop, parkérienne. Il crée un nonet, en 1948, avec Gil Evans, Gerry Mulligan, John Carisi, John Lewis comme arrangeurs. Plus tard, bien plus tard, Capitol publiera ces faces en LP sous le titre « Birth of The Cool » mais sur le moment cette révolution dans la révolution passera complètement inaperçue.
En 1949, Miles sera salué comme la nouvelle star de la trompette en France lors du troisième festival international du jazz à Paris co-organisé par Charles Delaunay et Boris Vian. L’amitié entre Miles (23 ans) et Boris (28 ans) sera immédiate.
De retour aux États-Unis, c’est la désillusion qui l’attend. OU plutôt personne ne l’attend. Il erre dans cet espace qui ne le reconnaît pas. Comme beaucoup, il sombrera dans la drogue allant de « gig » en « gig », sans orchestre régulier pour payer sa dose. Quelques éclairs malgré tout… Continuer la lecture →

Université populaire Économie mardi 3 mars 2015

Bonjour,

Les séminaires d’économie se suivent à la vitesse grand V. Pas le temps de digérer le cours précédent qu’un nouveau cours se profile.
Mardi prochain donc, une semaine après, nous nous retrouverons.

ÉDITO
La Grèce reste présente dans l’actualité comme les réactions des gouvernements européens, de l’Union Européenne, de la BCE et du FMI. Ce dernier se fait un peu oublié tellement les autres acteurs de cette tragi-comédie se font présents.
La pression sur le gouvernement grec est forte. Les gouvernements de droite espagnol et portugais voudraient tuer dans l’œuf cette politique hétérodoxe qui détruit leur possibilité de réélection. Pour le gouvernement allemand, particulièrement le ministre des finances, Schauble, c’est toute sa fausse compétence qui se trouve visée.
Les politiques d’austérité, libérales ont fait la preuve de leur nocivité mais se trouve justifiées par cette affirmation repris comme une antienne « c’est la seule politique possible » qui donnera, comme dit Valls, des résultats dans l’avenir… Cette pure croyance des fanatiques du libéralisme pourrait être combattue par la réussite d’une politique hétérodoxe en Grèce permettant de faire la démonstration concrète que, non seulement d’autres politiques sont possibles mais qu’elles ont des effets positifs. Continuer la lecture →

JAZZ, Un Modern Jazz Quartet du 21e siècle ?

Mais où est la sortie ?

Dans les débuts des années 1950 naissait un curieux mélange appelé MJQ, pour Modern Jazz Quartet, sous la direction du pianiste et compositeur John Lewis. Milton Jackson – « Bag’s pour les intimes à cause de ses poches (valises) sous ses yeux -, inventeur du vibraphone bebop, en était l’âme « soul » tandis que Percy Heath, contrebassiste et Kenny Clarke bientôt remplacé par Connie Kay, batteurs, venaient apporter leur mémoire à l’ensemble. Une rencontre de villes aussi. New York pour le pianiste, Detroit pour le vibraphoniste, Pittsburgh pour le batteur Kenny Clarke et Philadelphie pour le bassiste.
Mirabassi no way outCe type de quartet au fil du temps a trouvé d’autres protagonistes. Le dernier en date réunit Giovanni Mirabassi, pianiste et compositeur, Stefon Harris, vibraphoniste, Gianluca Renzi et Lukmil Perez Herrera à la batterie pour cet album Cam Jazz « No Way Out », pas de voie de sortie. Une alliance étonnante entre piano et batterie qui fait penser à celle unissant John Lewis et Milt Jackson. Comme dans l’original, ce MJQ nouveau laisse beaucoup de place au vibraphone qui ne rechigne pas à la prendre et peu à la batterie.
Le tout fonctionne. Sans doute parce que tous les musiciens réunis ici sont de la même génération et ont connu les mêmes choses, qu’ils ont une mémoire commune et une connaissance commune de l’histoire du jazz, malgré leur éloignement géographique. Il faut s’étonner de cette fusion qui ne se refuse rien ni Milt Jackson ni Bobby Hutcherson.
Des compositions intelligentes de Mirabassi qui permettent au vibraphone de prendre son envol et de démontrer qu’il peut créer une atmosphère propice à un voyage immobile. Il faut écouter ce thème, « Palm’air », sorte de duo piano/vibraphone – avec le soutien discret de la basse – pour se rendre compte de la manière dont Stefon Harris habite les compositions de Mirabassi.
Un de ces albums qui, sans révolutionner notre manière d’entendre, sait se rendre indispensable.
Nicolas Béniès.
« « No Way Out », Giovanni Mirabassi, Cam Jazz, distribué par Harmonia Mundi.

JAZZ, La popularité du jazz en Allemagne

Le silence est d’or, le jazz aussi ?

1989, l’année de la chute du Mur de Berlin et des débuts de l’unification de l’Allemagne, est aussi l’année de la publication du premier CD de ce groupe « The Silent Jazz Ensemble » construit par deux saxophonistes, Gebhard Ullmann et Helmut Engel-Musehold. Il se vendit relativement bien. Comme le note la feuille de présentation « As a result, the ensemble became one of the most successul German music groups in the marginal genre of jazz. »
the-silent-jazz-ensemble-nightwalkerAprès bien des vicissitudes – le succès n’est pas un gage de durer – le groupe renaît de ses cendres. L’oxymore de départ – le silence et le bruit – est toujours présent même si le groupe se réduit désormais à un trio. Le saxophoniste, flûtiste est entouré d’un bassiste italien qui a fait ses classes à Berkeley, Roberto Badoglio et d’un batteur américain éduqué avec le nouveau son de la ville de Detroit, Ray Kaczynski pour une musique qui se réfère souvent à la musique arabo-andalouse mâtinée de Coltrane – difficile qu’il en soit autrement – tout en réussissant, par le biais d’une batterie décidée à ne respecter aucun code, à étonner. Ce « Nightwalker » – marcheur de la nuit – nous embarque dans sa drôle de course. Une manière aussi de s’interroger sur le monde qui se veut le notre.
Nicolas Béniès.
« Nightwalker », The Silent Jazz Ensemble, Double Moon Records, distribué par Socadisc.

Chapeau et chaussures

gebhardullmann_hatandshoes_mc-jpgL’autre créateur du « Silent Jazz Ensemble », Gebhard Ullmann a constitué un orchestre qu’il a appelé « Basement Research » – recherche fondamentale ? – qui fête ses 20 ans. En 1994, le groupe était formé du saxophoniste Ellery Eskelin, du bassiste Drew Gress et du batteur Phil Haynes soit trois États-uniens pour une musique qui lorgnait du côté du free jazz et de la musique contemporaine.
Pour ce nouvel album, « Hat and shoes », Gebhard s’est entouré de deux États-uniens et non des moindres, Gerald Cleaver, batteur de Detroit, un des plus importants d’aujourd’hui et Steve Swell, tromboniste tout terrain – il a joué avec Lionel Hampton et Anthony Braxton, beau palmarès on l’avouera -, d’un bassiste allemand, Pascal Niggenkemper, renommé Outre-Rhin, d’un britannique Julian Argüelles, saxophone baryton connu des deux côtés de la Manche pour faire vivre ses compostions. Une musique dont la structure lorgne du côté des expériences du free jazz pour construire une musique du temps, une musique qui affirme la nécessité de la fraternité dans un monde qui la refuse avec obstination. Il faut entendre ces recherches, dépasser la première écoute qui déstabilise – c’est le but – pour aller vers elle sans a priori. En se souvenant de Adorno qui disait que l’œuvre qui perdure est celle qui est hermétique au premier abord. Il faut faire cette expérience d’essayer de rentrer dans un univers qui ne veut pas oublier les utopies de 1968…
Nicolas Béniès.
« Hat ans shoes », Gebhard Ullmann, Between The Lines, distribué par Socadisc.