Polar historique

Berlin, détruite et occupée

« Derniers jours à Berlin » repose sur des documents, des récits qui racontent la vie quotidienne à Berlin des 12 jours qui précèdent la capitulation des enfants soldats engagés dans les troupes nazies et les jours qui suivent sous la domination des troupes soviétiques. Les exactions ne cessent pas avant et après. Harald Gilbers fait agir ses personnages dont l’ex commissaire juif Oppenheimer et sa femme Lisa dans ce monde étrange de la ville détruite en butte à tous les trafics et livrée à tous les espions, le NKVD comme les services secrets américains, l’O.S.S. ancêtre de la CIA. L’intrigue est vraisemblable : les débuts de la course aux armements. Staline comme Truman veulent s’approprier les installations allemandes comme les savants atomistes pour construire la bombe atomique. Les déserteurs russes violent et tuent, l’espion américain est prêt à payer pour récupérer une valise qui transporte des déchets radioactifs sans considérations morales, seul le colonel soviétique croit encore à la sainte Russie stalinienne qui en fait un personnage à part et humain, avec ses faiblesses.
L’ex commissaire mènera l’enquête en compagnie de truands signe de ces temps étranges que l’auteur nous fait visiter. Un vrai polar avec ce qu’il faut de vengeance personnelle et un documentaire sur Berlin avant le partage entre les puissances pas vraiment alliées. Un tour de force.
Nicolas Béniès.
« Derniers jours à Berlin », Harald Gilbers, 10/18

Le coin du polar (2)

Paris, 1923

La saga des sœurs Izner dans ce Paris des années 20, étrange, secoué par le jazz, les comédies musicales, Cocteau, les surréalistes, la révolution russe… se poursuit dans ce troisième opus, « La poule aux œufs d’or ». Le narrateur, pianiste de jazz, américain, Jeremy Nelson – il a rencontré, dans l’ouvrage précédent « La femme au serpent », la famille de Victor Legris pour relier des histoires du 20e et du 19e siècle – se transforme en enquêteur tout en nous faisant visiter certains lieux du Paris «qui « jazze ». Dans cette troisième enquête, il est engagé par le… cinéma. C’est une des grandes bizarreries du cinéma muet : la musique est nécessaire pour mettre les acteurs dans l’ambiance. La musique et le cinéma opérait déjà leur histoire d’amour/haine.
« La poule aux œufs d’or » – un titre qui ne s’explique pas totalement – raconte surtout les trajectoires de « russes blancs » qui ont refusé la révolution en choisissant l’exil pour se retrouver loufiat, chauffeur de taxi ou autre métier à la qualification empirique. Le choix était limité pour la plupart d’entre eux et plus encore pour elles. Certain-ne-s n’étaient pas partis sans rien. C’est le cas ici. La chasse au trésor s’ouvre. Ici, l’auteure prend pour personnage une professeure de diction. Les actrices de cinéma pensent au théâtre, à Sara Bernhardt et à ses funérailles nationales, pour devenir des « vrais » comédiennes. Les débuts du cinéma parlant, comme le raconte le film de Stanley Donen et Gene Kelly, « Singin’ in the rain », leur donneront du travail. Continuer la lecture

Le coin du polar (1)

Hypothétique Jack l’Éventreur

« Jack, The Ripper » a défrayé la chronique londonienne dans les années 1898. Un tueur en série de prostituées qui éventrait ses victimes dans les bas fonds de la capitale britannique, le district de Whitechapel pour être exact. Toutes les hypothèses ont trouvé leurs défenseurs. Robert Bloch en avait dressé, en 1943, un portrait resté dans les annales. Beaucoup d’autres se sont risqué dans la recherche de son identité, des explications de la la mise en scène macabre en relation avec les secrets des sectes, le personnage résistant à ce flot d’encre. Les thèses les plus intéressantes, du point de vue de l’histoire, sont celles qui mettent en relation ses vices la société réactionnaire victorienne qui craignait plus le sexe que la peste.
Fallait-il en rajouter ? C’est la question qui se pose devant ce nouvel opus, « La légende de Jack » que Hervé Gagnon a voulu faire resurgir. L’idée de départ : projeter le personnage à Montréal, au Québec avec le même mode opératoire. Est-ce le même ? Un imitateur ? Il fait surgir deux agents de Scotland Yard, un inspecteur et une inspectrice, à la poursuite de leurs rêves/cauchemars pour liquider un passé insupportable. Savoir pour étrangler la haine, le regret, le remord et faire renaître l’amour. Continuer la lecture

Dans Paris libéré

Enquêter au cœur du tumulte et de la barbarie

Hervé le Corre nous fait pénétrer « Dans l’ombre du brasier », le brasier du Paris de mai (les 18 et19 pour être exact) 1871. La Commune vit ses derniers instants. Les combattant.e.s veulent encore y croire pour construire une société fraternelle, libre. En face, les Versaillais. Thiers est aux commandes d’une armée vaincue par les Prussiens mais qui se retourne contre les siens. Sainte-Alliance des possédants contre les rêves, les utopies d’une population qui se bat pour toute l’humanité. Pas de suspense. Les massacres seront à la hauteur des peurs de ces bourgeois étriqués. La barbarie régnera en maîtresse exigeante.
Dans ce contexte de guerre, l’auteur place une intrigue policière : une jeune fille a été enlevée quasiment en pleine rue. Caroline est son nom. Infirmière bénévole, elle nous a fait entrer dans l’hôpital de fortune dans lequel meurent tous ces soldats de circonstances, assassinés par des tirs de canons qui sonnent le glas de toutes les espérances.
Ces journées de mai sont les dernières de la « racaille » comme disaient ces bourgeois petits et grands, assoiffés d’ordre. Hervé Le Corre nous enferme dans l’ombre pour décrire la macro barbarie et la violence individuelle du mal.
L’enquête à la fois atténue les descriptions horribles des assassinats commis par les Versaillais, des tueries de masse sans limite et construit un fil conducteur pour suivre l’enchaînement des événements avec un peu de distance pour éviter d’être transis par le bain de sang. Le scénario est plausible. Pendant les massacres la vie se poursuit. Les conflits récents en apportent la preuve tous les jours, comme la Commune donnait un avant goût des éclatements à venir.
Toutes les figures de la dépravation se sont données rendez-vous : l’argent, le sexe – le viol de fillettes – le goût du sang mais aussi les révolutions techniques – la photographie notamment – et… la volonté de se battre pour une société qui, enfin, sorte du capitalisme pour que les êtres humain.e.s vivent et non pas survivent. Un message qu’il ne faudrait pas oublier !
Hervé Le Corre, Dans l’ombre du brasier, Rivages/Noir, 22,5€
Nicolas Béniès

Du côté des polars…

Voyages

Le passé gris de l’Allemagne

La RDA La République Dé­mo­cratique Allemande a été longtemps considérée comme une des réussites des pays de l’Est, comme on disait à l’époque, pour s’apercevoir, à la chute du Mur de Berlin, que les retards étaient considérables. Les traces de ce passé demeurent actuelles. L’unification de l’Allemagne ne peut réduire les différences profondes entre les deux « pays ». Dave Young s’est lancé dans la recréation de l’ambiance de cette Allemagne de l’Est via les enquêtes du lieutenant Karin Müller. Stasi Block se déroule à l’été 1975 dans la ville nouvelle « Halle-Neustadt » dans laquelle les rues sont des numéros. La corruption rôde, partout les bouches se ferment… et la Stasi – la police secrète – fait peser tout son poids pour conserver les secrets. L’enquêtrice se perd dans tous ces dédales pour trouver quand même les coupables. Une évocation réussie.

Notre monde moderne
Hugues Pagan a un drôle de parcours. Prof de philo à policier. Ce voyage demanderait. Les traces sont dans le recueil de nouvelles, Mauvaises nouvelles du front, un mélange de fantastique quotidien, de réflexions et de références jazzistiques – « Qui écoute encore Satchmo ? », demande-t-il et on hésite à répondre. A la lecture de ces portraits, le lecteur s’interroge sur la réalité. Où est la frontière avec le rêve ? Le réel est-il aussi tangible que prétendu ? Des nouvelles qui proviennent de demandes diverses, nous dit l’auteur et de dates différentes. Pourtant elles forment un tout mais un tout sous forme d’un puzzle, images de notre monde éclaté qui ne sait plus se situer et bascule en tout sens.

Moscou aujourd’hui
Sergey Kutznetsov, pour son premier roman, a choisi le Noir. Pouvait-il en être autrement lorsqu’il est question de Moscou ? La peau du papillon tient d’une intrigue minimum : une jeune journaliste, Xénia, adepte de pratiques sexuelles étranges, sado-maso, rencontre, via le Net, un tueur en série. Les deux fantasmes se heurtent pour offrir un récit psychanalytique. Visiblement, et c’est l’intérêt du livre, l’auteur a pris plaisir à décrire lieux et personnages qui s’agitent, pleurent, rient, dans cette Russie en proie à un fantasme collectif qui n’a pas encore trouvé son Dr Freud.

Un conte ensablé entre futur et passé
Hugh Howey possède ce talent rare, celui du conteur, pour nous entraîner dans des contrées étranges, en un futur non défini où les luttes entre riches et pauvres sont définies par des lieux différents. Outresable – une trouvaille subtile du traducteur – décrit un monde envahi par le sable. Il a tout recouvert. Pour circuler, il faut se vêtir de combinaisons qui permettent aussi de plonger à la re­cherche de mondes disparus pour survivre. Les puissants vivent dans un No Man’s Land interdit aux pauvres. La bombe atomique fait partie de ce combat. Qui sera détruit et pour combien de temps ? Ouvrez la première page et vous serez happé jusqu’à la dernière par l’histoire de cette famille.
N. B.
Stasi Block, David Young, traduit par Françoise Smith, 10/18 ; Mauvaises ­nouvelles du front, Hugues Pagan, Rivages/Noir ; Outresable, Hugh Howey, traduit par Thierry Arson, Actes Sud ; La peau du papillon, Sergey Kutznetsov, traduit par Raphaëlle Pache, Série Noire/Gallimard.

Le coin du polar.

Histoires napolitaines

Naples, sale et attirante, pleine de nostalgie, d’histoires étranges inscrites dans un passé jamais dépassé, ville qui ne se rassasie pas de son passé fasciste. Les traces architecturales – le bâtiment de La Poste notamment – présentes et niées tout à la fois ne se voient pas comme lieux de mémoire. Le nom même de Mussolini n’est jamais prononcé mais il reste comme une ombre, celle de ses réalisations et des références inscrites dans le sol.
« Le Noël du commissaire Ricciardi » est celui de l’année 1931. Neuf ans que le fascisme exerce sa loi tout en respectant les traditions surtout religieuses. La Crèche de Noël en fait partie. A quoi correspond-elle ? Quelles sont les légendes autour de chacun des personnages ? Le rôle de Joseph, figure paternelle sans avoir lui-même procréé ? Maurizio de Giovanni raconte ces mythes pour comprendre le meurtre d’un douanier fasciste qui fait son beurre sur la population de pêcheurs et de sa femme, tous les deux égorgés chez eux, dans leur bel appartement. Une plongée dans la psychologie collective et une leçon d’histoire religieuse pour comprendre les ressorts des assassinats. Sans oublier Naples, Noël, « une émotion » écrira l’auteur qui ne dédaigne pas les apartés poétiques ni le contexte politique.
Nicolas Béniès.
« Le Noël du commissaire Ricciardi », Maurizio de Giovanni traduit par Odile Rousseau, Rivages/Noir

Londres 1381
Paul Doherty poursuit les aventures et les enquêtes de Frère Athelstan dans « Pèlerinage mortel » qui se situe à l’été 1381 après la Grande Révolte qui a ensanglanté Londres. La révolte des Hommes Justes a été balayée et la paix armée du Roi est impitoyable pour les pauvres.
Frère Athelstan qui a protégé ses ouailles assiste à une multiplication de meurtres par étranglement sans que les victimes ne donnent de signes de résistance. Il faudra toute la sagacité du Frère pour faire la lumière sur ces mystères qui ont quelque chose à voir avec la politique, la guerre et la diplomatie. L’auteur s’appuie ici sur une réalité historique. Dans ces années une nouvelle donnée surgit : des tueurs professionnels affublés d’un statut de diplomates… A découvrir.
Nicolas Béniès.
« Pèlerinage mortel », Paul Doherty, traduit par Christiane Poussier et Nelly Markovic, 10/18

Portrait de femme
« La face cachée de Ruth Malone » est une quasi enquête sociologique des Etats-Unis du milieu des années 1960. Ruth, 26 ans, mère célibataire de deux enfants, voudrait être reconnue. Comme arme, elle possède son physique et l’art de se maquiller, pas seulement son corps mais aussi son esprit. Mal dans sa peau artificielle, elle est ivre tous les soirs en changeant de partenaire. Elle a quitté son mari qui reste souvent à l’épier. Elle habite un petit appartement dans le Queens, un quartier de New York.
Un mauvais jour ses enfants disparaissent. Ils ont été assassinés. Elle est soupçonnée et emprisonnée. Seul un journaliste amoureux d’elle croît encore à son innocence.
Emma Flint a saisi tous les clichés, tous les préjugés d’une époque qui ne voit les femmes que pute ou mère et refuse une mère célibataire incapable, de ce fait, d’élever ses enfants. La face cachée de Ruth c’est d’être une mère aimante malgré et contre le monde. Une plongée dans un univers pas si éloignée du nôtre. Une grande réussite.
Nicolas Béniès
« La face cachée de Ruth Malone », Emma Flint, traduit par Hélène Amalric, 10/18

Le coin du polar

Historique.
Jean D’Aillon est un créateur de série, de polars historiques, avec des personnages qui illustrent des pages d’histoire plus ou moins connues. La série des aventures de Louis Fronsac, notaire au départ, se situe au « siècle de Louis XIV » pour dresser un portrait de ce roi soupçonné d’être un bâtard et un grand malade aimant le secret et la grandeur, sans doute du fait de sa petite taille. Les hypothèses les plus diverses circulent sur ses maîtresses et enfants plus ou moins légitimes ou illégitimes. L’intérêt des enquêtes de Louis Fronsac – et de ses compagnons découverts dans le précédent, « Le dernier secret de Richelieu » – est de nous faire partager les possibles plausibles concernant la vie du Roi pour éclairer un siècle mal connu rempli d’images d’Épinal. Continuer la lecture

Chic, c’est la rentrée. (2)

Comme chaque année, et malgré tous les prophètes – qui ne savent prévoir que le passé disait Canetti – de la fin du papier, les sorties sont au-delà des forces d’un être humain raisonnable. Pour choisir, il faudrait lire toute la production, soit plus de 500 romans sans compter les essais et autres récits… Moins de publications, pourtant, que l’an dernier suivant les comptables. Les présentations ci-après n’ont pas d’autre but que faire la preuve de la diversité des imaginations. Continuer la lecture

Le coin du polar

Chic, c’est la rentrée !
et On commence par les parutions de l’été...

« Le siècle de Louis XIV » à ses débuts.
Jean D’Aillon, dans « Le dernier secret de Richelieu », se propose de faire la lumière sur l’énigme du masque de fer, personnage enfermé à la prison de Pignerol où le surintendant des finances Fouquet purge sa peine de prisonnier à vie. Une enquête menée par l’ex notaire Louis Fronsac en compagnie de son fils amoureux d’une mystérieuse jeune femme nommée La Forêt. Le paysage social de cette année 1669, avec ses conflits internes à la noblesse en passe de venir uniquement courtisane, les affrontements liés à l’émergence de la bourgeoisie et la misère du peuple trop souvent condamné aux galères, tient lieu de trame essentielle comme la description de Marseille avec ses marins révoltés, refusant la loi monarchique.
L’intrigue permet de fil conducteur à un livre d’Histoire qui, en même temps, propose une synthèse des enquêtes précédentes de Louis Fronsac.
Le masque de fer reprend une figure humaine via une lettre que Richelieu adressât à sa nièce, Claire-Clémence, épouse du prince de Condé pour la protéger de son mari. D’Artagnan, véritable source de renseignements du régime, parle par sous-entendus que le lecteur décrypte à la fin. Un clin d’œil astucieux.
Nicolas Béniès
« Le dernier secret de Richelieu », Jean D’Aillon, 0/18, Grands détectives.

Quelque chose de pourri au royaume de Suède
Rebecka Aldén, pour son premier roman « Le dernier péché », dresse le portrait d’une femme qui a réussi en donnant des conseils de vie après un terrible accident qui a failli lui coûter la vie. Nora – c’est le nom de cette femme – confie à son mari, Franck, sa carrière, son agenda et beaucoup du reste. L’irruption d’une femme connue de son mari pervertit son équilibre trouvé à force de renoncements et d’aveuglements. Les rebondissements sont liés à cette femme vaincue dépendante de son mari. Pour conserver sa place – les réseaux sociaux jouent un grand rôle pour l’image de celle qui se veut une « battante » -, elle est prête à tout. La fin dit clairement qu’elle peut dépasser toutes les bornes de l’humanité.
Le destin de Nora interroge sur notre temps : jusqu’où l’être humain est-il prêt à aller pour conserver son aisance ?
Nicolas Béniès
« Le dernier pêché », Rebecka Aldén, traduit par Lucas Messmer, 10/18

La face cachée de Los Angeles
La cité des anges, on le sait, abrite les studios de Hollywood – situé au bout de Hollywood Boulevard -, usine à rêves, comme Beverly Hills où logent toutes les stars de ce business. Los Angeles en se réduit à ces images d’Epinal. Cette ville tentaculaire possède non seulement des quartiers pauvres mais le quartier qui remporte l’oscar du nombre de SDF – « Homeless » dans ce pays -, Skid Row. C’est là qu’officie le docteur Knox. L’auteur, Peter Spiegelman, n’a pas résisté à l’envie de donner au docteur des pauvres le nom de l’endroit où est entreposé la réserve d’or des Etats-Unis pour accentuer le décalage. Le dispensaire du bon docteur est criblé de dettes comme il se doit.
Lorsqu’il se décide, sous le poids de sa bonne conscience, à s’attaquer à un magnat de la finance et à un caïd de la pègre qui fait office de souteneur, on se dit qu’il ne fera pas de vieux os. Mais il a des anges gardiens. Il faut y croire pour aller jusqu’au bout de cette histoire qui tient autant de la description d’un empire financier tentaculaire que de la libération des femmes refusant de se laisser violer, violenter sans réagir. A tous les niveaux de la société. Un curieux dénouement difficile à croire mais pas impossible en ces temps étranges de « touche pas à mon porc ».
Nicolas Béniès
« DR. Knox », Peter Spiegelman, traduit par Fabienne Duvigneau, Éditions Rivages.

La police tribale navajo est de retour.
Anne Hillerman est la fille de Tony – qui a créé les personnages de la police tribale navajo dont le lieutenant Leaphorn – et a repris la saga via les personnages de Bernadette Manuelito et Jim Chee, mariés pour l’occasion. « Le rocher avec des ailes » – dans ces territoires toutes les images sont possibles – a comme point de départ une arnaque inconnue et un cadavre découvert dans une colline entourée d’un cercle magique. Une enquête à deux têtes qui, comme Gorgone, appartiendront à un même corps. Description des milieux du cinéma – un film est tourné dans ces paysages découpés et désertiques – et d’arnaques diverses qui se rejoignent pour mettre en cause le producteur.
Anne n’a pas le souffle de son père qui savait se servir des mythes, des magies reprises par les sorciers des groupes composants la nation des Navajos. Peut-être aussi que les temps ont changé. Que la magie d’aujourd’hui est celle du cinéma, une magie dégénérée, qui a fait fuir les génies qui hantent ces contrées. L’enquête se laisse lire et n’aurait pas besoin de faire appel à ces personnages du passé.
Nicolas Béniès
« Le rocher avec des ailes », Anne Hillerman, traduit par Pierre Bondil

Le silence est-il vraiment d’or ?
S’appeler « Miss Silence » est déjà tout un programme surtout lorsqu’il est question d’un procès pour homicide d’une vieille dame, une lointaine cousine de sa grand-mère assassinée dans son lit. Carey Silence a tout perdu dans les bombardements de Londres et n’aura comme seul refuge la maison de Honoria Maquisten, le nom de la cousine. « Le Procès de Miss Silence » est une description de ces familles qui s’abritent chez une dame tyrannique et riche pour éviter le froid mortel d’un emploi. Souvent ces personnages ne savent rien faire sinon le métier des armes pour certains d’entre eux. Les femmes sont des proies faciles pour les intrigants. Le retournement final est plutôt inattendu et un peu cousu de fil blanc. On comprend que la jeune fille ne peut-être que condamnée. Toutes les apparences sont contre elle.
Patricia Wentworth réussit, comme souvent, à raconter une Angleterre ignorée, minée par des histoires de famille et par la volonté de certains de se pousser du col dans cette société qui donne l’impression d’être sclérosée.
Nicolas Béniès
« Le procès de Miss Silence », Patricia Wentworth, traduit par Pascale Haas, 10/18.

Le coin du polar (3)


De Londres à Paris, une même histoire s’écrit.

Dans l’actualité éditoriale de 10/18, du côté des polars historiques et bien ancrés dans l’Histoire, un auteur britannique brosse le tableau de la Grande Révolte à Londres en 1381, première grande révolte de la Ville, une première par rapport aux jacqueries qui continuent de faire mugir les campagnes. Artisans divers, corporations se révoltent face au roi et aux nobles qui les pressure. Paul Doherty poursuit la description du climat qui précède l’éclatement de cette Grande Révolte dans les enquêtes précédentes de Frère Athelstan.
De sont côté le Français Jean d’Aillon décrit la situation de Paris et de ses environs, en 1424, dans cette guerre dite de 100 ans qui a fait une multitude de morts.
L’histoire de ces deux royaumes s’entremêle dans le combat pour l’élargissement du pouvoir de chaque souverain qui doit aussi compter avec sa noblesse.
Une manière agréable de se plonger dans le passé tout en puisant dans la littérature policière – Conan Doyle évidemment pour Jean d’Aillon », les intrigues policières classiques pour Doherty – des références, des enquêtes pour agrémenter l’Histoire d’histoires. Continuer la lecture