Découvrir Dorothy West

Décrire le racisme

Tony Morrison, prix Nobel de littérature 1993, s’est beaucoup battue pour faire reconnaître les écrivaines Africaines-Américaines, jouant de sa notoriété pour détendre ces artistes. Les femmes sont enfouies dans des références masculines toujours mises d’abord en avant. Notre patrimoine est commun et ne peut être amputé de moitié et quelque fois plus de cette moitié.
Dorothy West a fait longtemps partie de cette cohorte. Elle commence pourtant à publier, comme le rappelle la traductrice Arlette Stroumza, à 14 ans ses histoires dans des revues, au début du 20e siècle et participera, dans les années 20, au mouvement « Harlem Renaissance » aux côtés de Langston Hughes et de Zora Neale Hurston, redécouverte un temps par son autobiographie « Des pas dans la poussière », retournée dans l’ombre depuis.
En 1948, Dorothy West publiera « The Living is Easy » – non traduit en français – qui lui permettra d’avoir un début de visibilité. Continuer la lecture

Mémoire du passé et du présent

Les États-Unis dans le miroir de leur histoire

Timothy Egan, « un des grands auteurs de non-fiction » – c’est la présentation qu’en donne l’éditeur -, raconte, vraisemblablement avec un zeste de dramatisation et un effet de loupe sur un seul personnage, la renaissance du Ku Klux Klan dans les années de l’immédiat après Première Guerre mondiale. Le Klan était né après la guerre de Sécession (1861-1865) dans les États du Sud pour refuser la domination du Nord, conserver l’esclavage, en refusant les droits civiques pour les Africains-Américains, lutter contre les papistes et les Juifs. Le Président Ulysse Grant les avait poursuivi en justice et les avait éradiqués. Du moins le croyait-on. Continuer la lecture

Un polar humaniste

Un polar étrange venu d’ici

Benoît Séverac prend Versailles comme terrain d’expérimentation par l’opposition entre le château, luxueux représentant une bourgeoisie aristocratique sure d’elle-même et de son bon droit face aux quartiers dits sensibles. Son personnage, le commandant Cérisol, est loin de James Bond – mais proche de Carella pour les lecteurs d’Ed McBain – marié à une jeune femme aveugle, adepte du handisport, en proie à une multitude de questions sur son travail de flic, sur ses relations avec sa jeune collègue au nom polonais imprononçable, sur son couple pour nous le rendre proche et vivant. Les enquêtes elles-mêmes sont liées à des questions d’actualité en particulier sur la signification du développement personnel comme un facteur d’égoïsme total.
Tous les personnages existent, leurs motivations acceptables et leurs intrigues à la fois passionnantes et ridicules. Continuer la lecture

(Re)découverte d’un écrivain majeur

Faut-il encore et toujours parler de la Shoah ? in

La littérature, la poésie peuvent elles mieux faire ressentir la perte d’humanité imposée par les nazis à toutes les populations juives d’Europe ? Jiří Weil (1900-1959) a vécu à Prague cette période de déportation, de peurs, d’angoisses, de profonde solitude, d’un temps aussi de solidarité. « Vivre avec une étoile est une description quasi clinique d’un homme pourchassé , nié en tant qu’homme qui ne peut que faire preuve d’obéissance servile pour éviter le départ dans un convoi qui ne mène qu’à la mort. Son sort dépend en partie des instances de la Communauté (juive mais l’adjectif n’est pas employé) qui lui trouve un travail, dans un cimetière, tout en dressant des listes de ceux celles qui doivent partir, avec leurs trésors, sans épargner les femmes et les enfants.. Enfermé dans sa terreur, il se blottit dans sa mansarde, quasi à ciel ouvert, souffrant de la faim, attendant l’inéluctable. D’être humain, il en est devenu un fantôme. Il devra à une erreur de cette administration tatillonne de ne pas partir avec les autres porteurs du même nom que lui, liste dressée par les responsables de la Communauté. Continuer la lecture

La guerre de 100 ans en direct, via Conan Doyle

Paris, 1427

La guerre de 100ans aux prismes des aventures de Holmes
Jean d’Aillon trouve dans la guerre dite de 100 ans qui opposa le royaume de France en formation au royaume d’Angleterre via les Armagnacs et les Bourguignons, le contexte historique pour projeter Conan Doyle dans un passé inconnu de lui. Au moment où nous surprend l’auteur, nous nous trouvons projeté à Paris sous la régence du duc de Bedfort sous domination anglaise donc. Paris est enveloppé par un terrible hiver puis un printemps de pluies diluviennes qui laissa les Parisiens non seulement transi de froid mais aussi souffrant de disette et de hausse des prix.
La guerre reculait un peu devant la violence des éléments « naturels ». Les descriptions du Paris de cette année valent la peine d’être lues, une autre manière de faire de l’Histoire au plus prés des populations. L’enquête que mène Holmes – Edward ici » en compagnie bien sur de Watson – Gower – est multiple : un éventreur, une prophétesse qui se cache, ‘ »La prophétesse voilée » est le titre de cet opus, recherchée par deux individus commandités par des maîtres différents et pour des raisons sans commune raison, des complots à n’en plus finir, la prison insalubre du Châtelet… pour des tiroirs qui s’ouvrent les uns sur les autres, pour arriver à une fin qui arrange tout le monde.
Le plaisir est quasiment toujours au rendez-vous de l’Histoire – la Pucelle d’Orléans, Jeanne, n’est pas loin – et des histoires. Les références à l’œuvre de Conan Doyle sont présentes mais noyées dans le flot de cette guerre interminable.
Nicolas Béniès
« La prophétesse voilée. Les chroniques d’Edward Holmes et Gower Watson », Jean d’Aillon, 10/18

Enfermement sur le « moi », sans « nous »

Peut-on devenir « soi » ?

Les réseaux sociaux bruissent de ces méthodes qui promettent de devenir soi même, sans entrave, en se laissant aller appelées « développement personnel » pour exister face aux autres et pour produire la productivité la plus importante pour être reconnu.e. Thierry Jobard dans ce petit essai nécessaire, titré justement « crise de soi », dévoile la face sombre de cette connaissance de soi. Le constat de départ : les institutions traditionnelles, la famille, l’école et même l’Etat ne fournissent plus le cadre commun qui permet de partager des règles sociales et collectives. La crise politique globale dans laquelle nous nous enlisons sans projet global de société, provoque cet appel d’air vers l’individualisme qui passe par l’intériorisation de toutes les contraintes sociales. Continuer la lecture

Elémentaire mon cher Watson : Agatha Christie ressuscitée

Policier classique

Katy Watson, pour son premier roman policier – à qui il manque tous les attributs du polar -, a choisi de rendre un hommage appuyé à Agatha Christie. C’est vrai que tout y est : une vieille demeure anglaise aux charmes désuets, une vieille famille secouée, comme il se doit, de secrets, des amants vieillis sous le harnais de l’adultère. Le brin de modernité vient d’une équipe de cinéma venue pour la promotion de son prochain film qui se passera dans le château dit « Aldermere House », héritage de l’autrice Lettice Davenport, dont un des romans est à l’origine du scénario du film. « Meurtres à Aldermere House » semble être le début d’une série. Continuer la lecture

Scoop : C’est la rentrée ! Cavaler seule et des jardins secrets semés d’orties

Les statistiques sont claires et presque sans appel : la parution des romans est revue à la baisse, tendance déjà constatée depuis la pandémie. Un peu plus de 450 au lieu des plus de 500 (550 en 2019). Un nombre qui reste au-delà des capacités d’un lecteur même hors-norme. Une majorité restera en jachère. Certains seront repêchés, et trouveront leur public.
Comment interpréter cette baisse relative programmée voulue par les éditeurs ? Certains critiques incriminent la baisse de la lecture mais force est de constater que l’attrait du livre comme objet ne se dément pas malgré tous les progrès du numérique. La conséquence plutôt de la baisse du pouvoir d’achat qui se traduit par une transformation profonde, affectant le genre de vie, des habitudes de consommation.

Commençons par un livre de poche (pas sur qu’il soit compris dans la statistique…)

Quelle est le féminin d' »entraîneur » ? Continuer la lecture

Polar : la sage-femme enquête


Metz, 1812

Victoire Montfort, sage-femme, continue son travail pour révéler les difficultés des femmes en butte à la fois aux archaïsmes et aux pouvoirs des vieilles qui se veulent savantes sous prétexte de leur âge tout en se lançant dans des enquêtes en compagnie ou contre son mari le le commissaire . Une enquête aux résonances actuelles. Comment répandre des « fake news avant les réseaux sociaux » ? En diffusant un mensonge porté par plusieurs personnes obligeant le commissaire à considérer comme suspect un innocent du crime commis sur un auxiliaire du juge pour faire éclater un trafic de contrebande dans le contexte du blocus du commerce avec la Grande-Bretagne décidé par Napoléon. Continuer la lecture

Regards sur les États-Unis, autobiographie de Maya Angelou et le reste

Vivre ! Libre !

Maya Angelou, née Marguerite Johnson dans une bourgade du Sud des États-Unis, vit, dans ce troisième tome de son autobiographie romancée – les souvenirs sont un roman -, dans la grande ville de la Côte Ouest San Francisco. Le titre, traduction littérale de l’original, fait défiler le programme de cette jeune femme, mère célibataire, dans le début des années cinquante – elle a moins de trente ans à la fin du périple – « Chanter, swinguer, faire la bringue comme à Noël ». Un un laps de temps raccourci, elle se marie, se sépare d’un conjoint qui veut la confiner au statut de ménagère, devient disquaire, chanteuse, danseuse et, pour finir, est engagée dans l’opéra « Porgy and Bess » pour une tournée mondiale qui l’éloigne de son fils malade de l’absence de sa mère. Elle culpabilise forcément… . Toutes ces aventures, ces rencontres baignent dans Ia tonalité de la jeunesse, bien rendu par la traductrice Sika Fakambi. Continuer la lecture