Hommes et problèmes du jazz

Un classique.

La France et le jazz, une histoire d’amour. Dans aucun autre pays, mis à part les Etats-Unis bien sur, le jazz n’a eu autant d’influence et de présence. Les surréalistes, à commencer par Michel Leiris, ont fait de cette musique-art-de-vivre l’étendard de leur révolte dans l’entre-deux-guerres. Charles Delaunay a créé le label « Swing », le seul label uniquement consacré au jazz en même temps que la revue Jazz Hot. Il faut aussi le premier discographe.
André Hodeir hommes et problèmes du jazzAndré Hodeir (1921 – 2011), après le seconde guerre mondiale, en 1954, a publié un essai qui reste un grand texte sur le jazz comme sur la modernité « Hommes et problèmes du jazz » – première édition chez Flammarion – que les Parenthèses vient de rééditer. Il n’était plus disponible en français alors qu’il connaît des rééditions successives de l’autre côté de l’Atlantique. C’est la première analyse musicologique à partir des enregistrements, seule façon d’aborder l’histoire du jazz. André Hodeir fut d’abord violoniste sous le nom de Claude Laurence pendant la période de l’Occupation puis compositeur et, enfin, écrivain.
NB
« Hommes et problèmes du jazz », André Hodeir, éditions Parenthèses.

A l’automne, les festivals de jazz se ramassent à la pelle… (2)

Ne dîtes jamais « jamais » !

Nevers, dans la Nièvre, se trouve aussi en Bourgogne. Mais ce n’est pas de vin dont il s’agit même si l’ivresse sera là, mais de jazz. Pour la 28e année s’organise dans cette ville un festival de jazz, « D’Jazz Nevers Festival » au programme pléthorique. Roger Fontanel, organisateur, ne recule devant rien. Des séances de cinéma gratuites, des concerts, des conférences – sur la première guerre mondiale -, des rencontres avec le (les ?) public(s), des initiatives vers le jeune public, des expositions… Le jazz envahit Nevers qui ne pourra jamais dire jamais au jazz…
En une semaine, j’ai compté 38 possibilités d’entendre ou de voir du jazz et des musicen(ne)s, une sorte de record. Ce n’est pas là l’essentiel. Continuer la lecture →

A l’automne, les festivals de jazz se ramassent à la pelle… (1)

Le fil à couper le jazz

Cet automne est nonchalant sinon fainéant. Il rechigne à se montrer préférant se faire brûler la politesse par un soleil qui vient de l’été pour des journées que la chaleur rend maladives. Le calendrier se trouve confronté à des embûches nouvelles et ne sait trop comment s’affirmer. Ce temps – qu’il fait – est révélateur de l’ambiance. Personne ne sait où il se trouve ni comment il s’appelle !
Pour les festivals de jazz, il en va de même. Ils ne sont plus réservés à la période estivale. La concurrence était trop rude. Il fallait contourner l’obstacle. Boris Vian disait justement pour aller dans le mur prenons plutôt un hélicoptère.
Ils ont donc investi l’automne. Un moyen aussi de faire jouer des musiciens intermittents du spectacle qui ont besoin de se produire pour bénéficier de ce système en train d’être remis en cause, celui des allocations chômage. Ils et elles ont d’ailleurs bien conscience que le patronat et le gouvernement se servent d’eux pour restructurer l’ensemble de pôle emploi.
fil_oise_14_120x150« Jazz au fil de l’Oise » fête sa 19e édition. Il irradie sur tout le département du Val d’Oise, de Auvers-sur-Oise à Vauréal, avec comme partenaire principal la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise et des théâtres pour accueillir des « vedettes » du jazz. Gregory Porter, vocaliste qui fait un malheur et qu’il faut aller entendre, réellement une grande voix, fait partie de cette petite cohorte de jazzmen qui arrivent à vendre des disques. Il ne faudrait pas rater la rencontre du saxophoniste ténor Joe Lovano, un condensé du jazz actuel avec le trompettiste superbe d’élégance et de mémoire, Dave Douglas ni celle de Michel Portal et Bojan Z., deux vieux amis au demeurant ou Terrasson/Belmondo. Continuer la lecture →

Saga birdienne

Rendez-vous avec Charlie Parker.

Un rendez-vous attendu. Réaliser une « Intégrale Charlie Parker » tient à la fois de la gageure – dés le volume 1, Alain Tercinet, responsable de cette édition nous mettait en garde sur cette impossibilité – et de l’évidence. Pour éviter la critique de surfer sur le succès assuré parce que personne ne doute du génie parkérien, il fallait… Alain Tercinet et cette connaissance intime du Bird.
parker8Pour ce volume 8, « Laura », on retrouve Parker entre mars et septembre 1950. Comment fait-il pour créer continuellement ? C’est une tornade, un tsunami, un souffle bleu, libre et révolté qui pousse compagnons de sa route, musicien(ne)s et auditeur(e)s vers le soleil, vers les cieux pour atteindre une autre dimension, un autre univers. Cet homme est un boulimique de musique, de nourriture, de drogues et, tout simplement de vie, de naissances à répétition. Il arrive, à chaque fois, à éviter la répétition. Continuer la lecture →

Quinzième festival villes des musiques du monde.

Musiques et mémoires.

ville sdes musiques du monde, 15eCe festival a une volonté : faire découvrir tout à la fois, des lieux – ici « Congo square », une place de la Nouvelle Orléans -, des musiques pour faire œuvre de mémoire. Ce travail de mémoire est fondamental. Il faut savoir retrouver le passé pour construire un avenir. Si les musiques veulent se régénérer, elles se doivent de déterminer leur parcours. Continuer la lecture →

La perfection… presque

Diva du jazz, Sarah Vaughan.

vaughan2Sarah Vaughan, très tôt, soit dés son entrée dans l’orchestre d’Earl Hines, elle a à peine 20 ans, fut surnommée « Sassy ». Alain Gerber, dans sa présentation, traduit ce surnom par « l’Effrontée ». Mon dictionnaire de « Slang » rajoute « aguichante » et « Osée ». Elle répondit à ces définitions sa vie durant, allant même mettre en scène un érotisme assez poussé. Elle le pouvait. Outre sa tessiture vocale, semblable à celle des divas d’Opéra, elle savait jouer de tous ses charmes.
« The Divine », son deuxième surnom, était tout autant mérité. Elle fut divine de par ses talents, son génie qui transformait les chansons, les « standards » pour en faire du Sarah Vaughan. Elle est de la même stature que tous les autres génies du jazz. Certains thèmes à la mode lui ont résisté comme ces chansons des Beattles décidément trop loin du jazz. Continuer la lecture →

Faut rigoler….

Henri Salvador, pataphysicien borisien et vianesque.

salvadorDéjà le volume 4, pour cette « Intégrale Henri Salvador », déjà les années 1956-1958 qui voient la collaboration avec Boris Vian prendre réellement son envol. Tous les rythmes vont y passer, rythmes à la mode en ces années de fin de la IVe république, Calypso, jazz, chansons sentimentales et rock pour se terminer par le charleston qui fait un retour de mode. Pour corser ce tout, Henri chante aussi en anglais. Je ne sais si ces 45 tours se sont bien vendus outre atlantique mais le résultat vaut le détour d’oreille. Continuer la lecture →

Mai juin 1962 à Paris…

Paris, Ville Lumière du jazz.

La fin des années 1950 et le début des années 60 sont des années fastes pour le jazz, la soul music comme le rock. Paris, capitale des capitales, prend toute sa place dans ce déferlement de création. Le public parisien fera du « Genius », Ray Charles, la grande vedette, la star de la soul music qu’il sera jusqu’au bout de sa vie.
raycharlesCette collection, « Live in Paris », fait la preuve de sa nécessité majeure à la fois pour faire un travail de mémoire fondamental et pour redonner vie à ces concerts qui ont marqué de son empreinte indélébile toute une génération.
Ray et son orchestre de jazzmen se produisent au Palais des Sports – c’est complet – les 20-21 octobre 1961. Une date sanglante pour la France. Le FLN a décidé de manifester et la répression fut sanglante. La Seine allait charrier des corps d’Algériens morts et Charonne allait laisser sur le carreau des manifestant(e)s venu(e)s protester contre cette résurgence d’une période que les contemporains croyaient appartenir au passé. Michel Brillié, responsable de ces publications, cite une extrait de l’autobiographie de Ray Charles qui prétend – faut-i le croire ? – avoir reçu des assurances du FLN que ses concerts ne seraient pas perturbés. Il arrive que la réalité fasse preuve de plus d’imagination que l’imagination la plus fertile. Curieuse relation entre jazz et politique dans la France de ce temps où les jeunes manifestants étaient aussi des jazzfans conséquents. Continuer la lecture →

Jazz ou pas jazz ?

Deux voix (es ?)

Elisa Arciniegas Pinilla est à la fois altiste (violon alto) et vocaliste. Son album, « Improvisible » est fait de rencontres, de duos ponctuées de soli qui deviennent une sorte de discussion entre sa voix et son alto. Pas toujours d’accord, pas toujours sur le même registre.
Elle a voulu laisser entrer le présent, le sien et celui de ses invités. Une autre altiste, Mina Fred, Suédoise, un batteur, Sam Dühsler, Suisse, Olga Marulanda hautbois, Colombienne, Jean-René Mourot, pianiste et producteur, Français, Fred Frith, guitariste incomparable, Anglais et elle-même Colombienne pour créer une musique de l’instant qui se structure tout en jouant.
Si j’ai cité les nationalités ce n’est pas pour montrer l’éclectisme de la musicienne, c’est pour insister sur sa volonté d’ouverture vers toutes les cultures. Cette conversation entre instruments et environnements différents ouvre la porte à des échappées non prévues, à des combinaisons étranges.
L’instant est fait de toutes ces histoires, de toutes ces expériences pour en permettre d’autres qui viendront enrichir les suivantes pour éviter la répétition. Une musique en train de se faire, exigeante pour l’auditeur qui doit s’obliger à suivre ce « work in progress » pour le faire vivre.

Totalement à l’opposé, Loïs Le Van a choisi une musique très écrite qui pousse le modal dans ses retranchements en suivant la piste ouverte par Kenny Wheeler en particulier. Une voix bien posée, des compagnons subtils qui savent changer de place pour des compositions ou des arrangements originaux. Le vocaliste a choisi de produire cet album, « The Other Side », l’Autre Côté, pour proposer sa propre conception.
Un groupe composé d’une trompette, Thomas Mayade, d’un mellophone doublé d’un cor, Manu Domergue, d’un piano, Sandrine Marchetti, d’une basse, Leila Renault et d’une batterie, Roland Merlinc sait combiner les sonorités et mettre la voix, les paroles, anglaises, en valeur.
Le tout manque cruellement de relief. La faute à l’enregistrement ? Peut-être. La faute aussi à ce « modal » – que Miles avait inauguré avec « Kind Of Blue » – poussé à son paroxysme obligé de flirter avec le chant grégorien et, quelquefois, l’ennui. Le soliste est obligé de se surpasser à chaque moment pour donner vie à une musique qui, sinon, devient platitude.

Ces deux vocalistes, qui prennent des risques, indiquent deux impasses – mais certaines peuvent être sublimes. La première serait celle d’une improvisation qui donne aux acteurs (actrices ici) un sentiment de puissance créatrice mais peut laisser l’auditeur(e) sur le carreau, loin derrière ou simplement sur le côté et la seconde d’une musique trop élaborée, trop repliée sur elle-même sans possibilité de la transgresser générant le désintérêt.
Le jazz d’aujourd’hui ne se connaît plus. Il n’arrive plus à s’outrepasser. Il tourne autour de son passé glorieux. Il est bon de chercher d’autres voies. D’aller chercher ailleurs s’il y est. Sans oublier la mémoire de cette musique liée à tous les combats pour la liberté, la fraternité et l’égalité. Une musique de révolte !
Nicolas Béniès.
« Improvisible – free improvisations », Elsa Arciniegas Pinilla, Momentanea, www.momentanea.net
« The Other Side », Loïs Le Van, Hevhetia.

JAZZ, nouveautés en retard

Que vivent les rencontres !

« In Between », entre deux, est la reconnaissance de cd13l’altérité, de la nécessité de l’Autre mais aussi d’autres cultures, d’autres traditions. Stéphane Spira est devenu saxophoniste sur le tard. C’est un choix de vie. Le jazz lui sert de boussole. Une boussole qui peut s’affoler et ne plus savoir où est le Nord. Le perdre n’est pas grave. Ni à Paris, ni à New York, deux Villes-Monde que Spira fréquente assidûment. Ancien compagnon musical de Michel Graillier, un grand pianiste qu’il ne faut pas craindre de réécouter (ses enregistrements, lui nous a quittés brutalement), il mène une carrière des deux côtés de l’Atlantique pour abreuver sa musique d’affluents différents, du blues à la bossa nova en passant par la chanson française. Les rencontres sont vitales pour faire vivre le jazz et bousculer des traditions pour éviter qu’elles ne deviennent des contraintes.
Pour cet album, il s’est entouré de deux jeunes musiciens américains qui en promettent, Steve Woods à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie. Des noms à retenir. Et d’un tromboniste américain vivant à Paris, Glenn Ferris, porteur d’une grande partie de la tradition du jazz, de sa mémoire. Chez Glenn, une mémoire vivante qui n’a rien d’un mausolée mais sait surprendre. Continuer la lecture →