A propos de jazz. Comme je le souligne dans « Le souffle bleu », le jazz a fait partie de toutes les révolutions esthétiques. Comme le disait Michel Leiris – devenu ethnologue par sa passion pour le jazz – le jazz a été l’étendard de la révolte de la jeunesse après la première guerre mondiale mais on pourrait étendre cette relation jusqu’aux années 1960. Au moment de la première guerre mondiale, le jazz débarque en deux fois, le 31 décembre 1917 à Saint Nazaire et le 1er janvier 1918 à Brest, sous la forme d’un orchestre formé par Jim Europe Reese, lieutenant dans l’armée américaine. Cet orchestre va connaître la célébrité. Jim Europe – c’est réellement son nom et on ne pêut pas soupçonner lm’armée américaine de l’avoir fait exprès, il est patron d’un club à Harlem, il dirige déjà des orchestres et il est connu pour sa particiaption aux luttes pour les droits cviviques des noirs américains – a constitué cet orchestre pour donner de l’enthousiasme aux troupes américaines qui viennent au secours des alliés contre l’impérialisme allemand. Autrement dit, le président américain, Wilson, aide les anciens colonisateurs contre les nouveaux. Loin de cette réalité, les musiciens qui constituent l’orchestre, Jim lui-même sans doute, croient dans les valeurs universelles diffusées par la propagande française, inscrites au fronton des mairies, LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE ! Ils se battront aux côtés des troupes françaises et ces musiciens seront plusieurs fois « cités » par les responsables français mais jamais la hiérarchie de l’armée américaine ne le reconnaîtra. Le racisme n’est jamais loin, surtout à cette époque. Quelques-uns de ces musiciens resteront en France, animeront les nuits de Paris. En 1926, la revue nègre – avec Joséphine Baker et un certain Sidney Bechet qui avait déjà fait sensation à Londres en 1919 suivant le témoignage du chef d’orcherstre suissse Ansermet, un article publié dans la revue de la suisse romande – au Casino de Paris provoque afflux du public et polémique. Joséphine Baker deviendra une grande vedette française. Pour Sidney, il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale. Le jazz accède au rang de musique du 20e siècle. Il rythmera espoirs et barbarie. Il sera de toutes les révolutions esthétiques de ce siècle. Dès la fin de la Première Guerre Mondiale. Il ouvre le champ des possibles en créant des chefs d’oeuvre via d’abord Louis Armstrong, génie tutélalire du jazz comme le redira Miles Davis. Les surréalistes, les dadaïstes – un très beau texte sur Louis Armstrong de Tzara -, Cocteau toujours à l’affut d’une avant-garde, Pierre Reverdy… tous ces courants, tous ces révolutionnaires – surtout sur le terrain esthétique et un peu sur celui de la politique – trouveront dans le jazz l’aliment de leur révolte, l’essence de leur existence. Le jazz sera le chef de file, le révélateur de tous les autres chef d’oeuvre. Comme le cinéma, l’autre anti art (à ce moment là) de ce 20e siècle. Deux anti arts obligés de par leur naissance de flirter avec la marchandise, avec ce siècle de la reproduction qui fait perdre aux oeuvres leur aura, qui les conduit sur la pente de la redite. Walter Benjamin écrira beaucoup sur le sujet. Il dira que le jazz est le seul anti art parce qu’il a su conserver son aura malgré – contre – sa reproduction par l’enregistrement, le disque. Musique du moment, il sait surprendre, conserver un mystère, celui de la création comme celui de l’écoute. Oeuvre d’art lorsqu’il l’est, il résiste à l’usure de l’écoute.
Extrait
Un souvenir, l’orchestre national de Barbès et son « groove », son enthousiasme aussi et cette musique qui faisait bouger les corps. Son chanteur et joueur de mandole, Aziz Sahmaoui, faisait preuve de cette capacité à inventer une nouvelle fusion entre toutes les cultures. Il avait aussi participé aux derniers groupes de Joe Zawinul intéressé par la capacité des musiques arabes d’être des musiques populaires et par-là même de danse.
Son deuxième album sous son nom, « Mazal », reste fidèle à cette fusion des cultures du Maghreb, du rock et des musiques du temps pour inciter à la rencontre, à la création de références communes s’alimentant à ces terreaux plus partagés qu’il ne le semble à première vue. Que serait notre philosophie sans Averroès qui a permis la redécouverte d’Aristote en proposant une nouvelle lecture ? Pendant longtemps, le monde occidental a lu Aristote avec les lunettes de Averroès, le nom latin de ce philosophe arabe du 9e siècle.
Aziz Sahmaoui est porteur de cette tradition. Il associe dans un même mouvement la dite « University of Gnawa » – Alloune Wad, basse, Hervé Samb, guitare, Abdil Mirghani, percussions et Cheik Diallo, rhodes, kora -, le flamenco (Joselle), Émile Parisien, Michael Nick au violon pour rendre caduque toute idée de discrimination. Une musique de la fraternité qui fait danser et qui met la transe au premier plan pour indiquer les voies d’une musique populaire.
Une musique aussi qui combat toute morosité…
Nicolas Béniès.
« Mazal », Aziz Sahmaoui, World Village/Harmonia Mundi.
Stéphane Guillaume a longtemps été un saxophoniste prometteur – même s’il joue aussi de la flûte et d’autres instruments. Musicien accompli, ses compositions recelaient un parfum de modernité qu’il n’arrivait pas à transmettre dans son jeu et, surtout, dans ses enregistrements. Un peu trop de modestie peut-être, pas assez d’agressivité sûrement.
Le même sentiment pouvait s’appliquer à ses compagnons, Frédéric Favarel, guitariste et Antoine Banville, batteur. Un manque de confiance en soi sans doute. Un trac difficile à maîtriser.
Dans cet album La Baleine/Gemini Records, du « Stéphane Guillaume quartet » – et le quatrième est un des grands bassistes de jazz en France Marc Buronfosse -, intitulé « Pewter Session », ils arrivent à surmonter leurs angoisses et à construire une musique résolument moderne, une musique qui, à la fois, s’inscrit dans notre temps et le dépasse. Les influences sont visibles. Coltrane, Wayne Shorter, Steve Lacy, une grande partie du jazz modal mais aussi les rythmes afro-cubains servent de balises, d’affluents, d’aliments à ces quatre là pour construire une sorte de synthèse d’une entrée dans la modernité. Ces références s’entendent sans peser sur les musiciens qui s’en servent pour suivre leur propre chemin. Une révolte rentrée, une quiétude inquiète marquent cette musique.
Les ambiances sont diverses pour indiquer la nécessité de creuser tous les styles pour en extraire une partie de la moelle et l’intégrer à un « work in progress », une construction, un mouvement, un processus. Rien n’est acquis, tout doit être questionné.
Un début de quelque chose ? Ce quartet fait, dans tous les cas de figure, la démonstration que le jazz a encore quelque chose à dire, qu’il n’est pas ringard. Que tous les jazz du passé peuvent être sollicités pour dessiner une musique actuelle.
Une réussite. Une musique qu’il faut écouter et entendre.
Nicolas Béniès.
« Pewter Session », Stéphane Guillaume quartet, La Baleine/Gemini Records.
Tony Allen est batteur et non pas percussionniste. La nuance semble subtile mais elle est d’importance. La batterie est un instrument créé par et pour le jazz. Elle n’existe dans aucune autre musique. Elle la résultante de la fusion de cultures sur le sol américain. Un instrument emblématique du jazz.
Tony Allen s’est fait connaître aux côtés de Fela pour forger l’afrobeat qui s’inspire à la fois des grands orchestres de jazz des années 30-40 – cette période unique où le jazz fut populaire parce que dansant – et de ces rythmes africains qui font, eux aussi, danser. Peut-on en déduire qu’une musique populaire, même si elle est savante, ne peut l’être que si elle fait bouger les corps pour des rapprochements nécessaires que la morale dominante réprouve ? Continuer la lecture →
Les surpat’ ont un peu disparu au profit des raves. Chaque génération forge ses souvenirs à l’aune de son temps. Il doit arriver qu’on danse encore le rock. Il est sur qu’il s’apprend. Certains en font même une profession… Une danse un peu ringarde mais le slow – un rock très lent – reste quand même le meilleur moyen de rapprocher les garçons et les filles.
Bruno Blum, dans ce triple album « Rock instrumentals story », joue avec nos émotions. C’est le terrain de la musique sans paroles, de cette musique qui sûrement nous a fait danser en mettant quelques pièces dans le juke box ou en venant chez des copains avec le dernier 45 tours. Continuer la lecture →
Cet album tient un titre, « Art of Conversation », et il le tient bien. Kenny Barron, pianiste, né à Philadelphie le 9 juin 1943, sait tout du jazz. Dave Holland, britannique de départ devenu totalement jazz, a baladé sa contrebasse dans tous les groupes pour finir par diriger le sien où il a permis la découverte de nouveaux talents. Les réunir ne venait pas tout de suite à l’esprit.
Une bonne idée pourtant à les entendre dialoguer. Un échange, une interaction sans jamais hausser le ton. Les aspérités de la conversation n’apparaissent qu’au bout d’une écoute attentive. Chacun se raconte tout en se gardant d’imposer son histoire. Bud Powell accompagné de Monk, « In Walked Bud », est invoqué par Kenny – Bud fut son voisin -, Kenny Wheeler, trompettiste et compositeur qui nous a récemment quittés, « Waltz for K.W. » par Dave Holland – ils avaient joué ensemble aux côtés de Anthony Braxton pour des albums qui restent, de référence – ou encore Billy Strayhorn, Charlie Parker… musiciens qui font aussi partie de notre mémoire, de notre histoire. Si cette conversation est aussi affûtée, c’est qu’elle est le résultat d’une tournée effectuée pendant l’année 2012. Contrairement à une tradition récente, cet enregistrement en studio ne précède pas la tournée mais la conclut. Le CD, souvent, sert de carte de visite pour obtenir des engagements alors qu’il devrait être la synthèse des apparitions en public.
Kenny Barron et Dave Holland continue de se produire. En septembre on a pu les entendre à La Villette en septembre et, plus récemment, au New Morning… Ne les rater pas…
C’est aussi, cette première rencontre entre les deux hommes, la renaissance d’un label mythique, « Impulse ! ».
Deux réussites. Retrouver un label disparu qui fut celui de Coltrane – Bob Thiele en fut le producteur – et une conversation qui vous suivra tard dans la nuit autour de ce cognac que ces deux là ont dû se partager…
Nicolas Béniès.
« The Art of Conversation », Kenny Barron/Dave Holland, Impulse distribué par Universal.
Nous quittons Kansas City (Missouri) à regret. Il me restait des musiciens à vous faire entendre.
je vous propose un échantillon – de références – de ce que nous avons entendu
Andy Kirk and his Twelve clouds of joy, avec Mary-Lou Williams, pianiste, compositeur et arrangeure. Des sorties récentes font la part belle à Mary-Lou. Voir les chroniques sur ce blog/site.
Je vous mets ci-après quelques extraits en MP3 de ce que je vous ai fait entendre.
Big Joe Turner, son grand succès « Corrine Corrina » (je vous ai fait entendre Rebecca…)
Le pianiste Pete Johnson, compère attitré de Turner, and his boogie woogie boys, « Cherry Red »
Mary-Lou Williams en trio, « Little Joe from Chicago »
Pete Johnson et Joe Turner dans ce premier grand succès « Roll ’em Pete »
Lester Young premier enregistrement en 1936, « Lady be Good », en compagnie de Count Basie (p), Jo Jones (dr) notamment. Sous le nom de « Jones-Smith inc. », le trompettiste Carl Smith a peu enregistré et on ne connaît pas de solos de lui, mais il fut un premier trompette important de l’orchestre de Basie. Les 13 musiciens étaient au Reno Club à KC et la musique ne s’arrêtait jamais sauf pour le changement d’orchestre…
Harlan Leonard and his rockets que je n’ai pas eu le temps de vous faire entendre, l’arrangeur Tadd Dameron, pianiste du groupe, deviendra un des grands compositeurs du bebop. « My gal Sal » de 1940
Lester Young en 1941 accompagnant Una Mae Carlisle dans « Blitzkrieg Baby »
Lester Young en 1944, « Blue Lester »
1942, premier enregistrement de Charlie Parker avec le Big band de Jay McShann, « Swingmatism »
Charlie Parker et « Dizzy » Gillespie avec Slam Stewart, bassiste fredonnant et le guitariste Slim Gaillard, MC, pour cette jam gravée en 1945 pour Savoy.
Julia Lee en 1947, pianiste et vocaliste, son grand succès « Snatch and grab it »
Quand Ravel et son infante servent de matériau pour un très bel arrangement pour deux musiciens dont l’élégance est le point commun, le trompettiste Buck Clayton et le tromboniste Vic Dickenson, en compagnie de Hal Singer (ts) pour ce « The Lamp is low » titre américain.
Décembre 1945, Lester Young à la sortie de l’armée, « These foolish things »
Un beau final…
Nous quittons donc le Missouri pour partie de nouveau vers le nord industriel, Philadelphie est notre arrêt pour 4 rendez-vous. La ville de Benjamin Franklin a été, un temps, une concurrente de New York. Ville des arts et des sciences. Sa gare en forme de temps, inspiré par La Grèce et Rome – mais aussi la « Ville Blanche » de Chicago, au moment de l’exposition universelle.
Sans parler des Amish toujours présent, héritage du fondateur de la ville, Penn et des Quakers. Le film de Peter Weir, « Witness », « Témoin sous surveillance » pour le titre français », fait de la communauté Amish le personnage principal de ce film, avec Harrisson Ford (1985). Communauté présente au marché couvert de Reading Terminal. Repas et commerces tenus par la communauté…
Aujourd’hui, Philly fait bien silencieuse face à Big Apple qui ne dort jamais… Un jazz spécifique est pourtant né là… Beaucoup des musicien(ne)s de cette Ville marqueront le jazz – et le jazz de New York – de leurs empreintes…
Les photos ci-dessous, de Francine Béniès, en guise d’entrée dans la ville de Philly. Elles datent du 17 septembre 2014
Ci-dessus quelques tableaux sur les murs de Philadelphie et ci-dessous l’entrée du Musée d’art moderne.
En cette fin des années 1950, début des années 60, le jazz est omniprésent dans la capitale française. Tous les jazz. Du traditionnel, Claude Luter faisait danser la génération qui répondait aussi à l’appel du rock, le bop restait présent, Lester Young enregistrait son « dernier message » avant d’aller mourir aux Etats-Unis, Sidney Bechet était une grande vedette de variété, le Free Jazz s’annonçait timidement avant de prendre toute la place et les concerts se multipliaient à l’Olympia en particulier. Franck Ténot et Daniel Filipacchi, grâce à la popularité de leur émission « Pour ceux qui aiment le jazz » sur la toute jeune radio Europe n°1, organisaient les concerts de 18 heures et minuit. Comme le rappelle Michel Brillié dans ses notes de pochette de cette collection « Live in Paris », Bruno Coquatrix, directeur de l’Olympia, avait besoin d’argent. Ces concerts de jazz venaient à point. Reconnaissons que le jazz lui devait bien ça. Le public avait cassé l’Olympia en 1955, pour la première fois – malheureusement ce ne sera pas la dernière – lors d’un concert de…Sidney Bechet.
Michel Brillié et Gilles Pétard avaient, pour Body and Soul, construit cette collection « des grands concerts parisiens ». Certains d’entre eux avaient déjà été publiés, d’autres sont inédits. Frémeaux et associés les repropose et il ne faut pas fuir son plaisir. Le dernier en date retrace les venues successives de Ella Fitzgerald de 1957 à 1962. Le personnel est remarquablement stable, sauf pour les extraits du concert de 1957. Norman Granz forcément co-organisateur avec Ténot et Filipacchi, inscrivait ces prestations dans une tournée de ses JATP.
Paul Smith partage le piano avec Lou Levy, Gus Johnson est le batteur de toutes ces performances, Jim Hall ou Herb Ellis sont les guitaristes. On se souvient de l’enregistrement réalisé en public à Berlin en 1960, « Ella in Berlin, Mack the Knife », dans lequel elle improvise sur ce thème de Kurt Weil en oubliant les paroles et chantant qu’elle a oublié les paroles… Pour cette réalisation, un Grammy Awards ! Elle avait répété cet oubli à Paris un peu avant et récidivera après.
Que dire de plus. Sinon la joie de retrouver Ella à un de ses sommets. Une joie sans mélange. Qu’il faut partager.
Nicolas Béniès.
« Ella Fitzgerald 1957 – 1962 », Live in Paris, la collection des grands concerts parisiens, coffret de trois CD, Frémeaux et associés.
Le vibraphone de Dany Doriz à des sauces différentes.
Deux albums de Dany Doriz, vibraphoniste en ligne directe hamptonienne (Lionel bien sur) et directeur du Caveau de la Huchette, un club sis 5, rue de la Huchette, qui fête ses 60 ans, viennent redonner une actualité à ce jazz qui se veut swinguant, populaire et dansant. Il a toute sa place dans nos cœurs et dans nos corps. La rencontre avec le saxophoniste ténor Scott Hamilton promettait. Elle ne tien pas ses promesses, faute peut-être de répétitions. Ces deux musiciens possèdent beaucoup de choses en commun. Ils jouent dans le même style. Scott Hamilton avait surpris au début de sa carrière. Il se présentait comme un Ben Webster moderne. Il illustrait le « mainstream », une sorte de courant principal et ce en pleine vogue du free jazz. Jacques Réda, il m’en souvient, avait apprécié cet air frais.
Dans ce « Scott Hamilton plays with The Dany Doriz caveau de la Huchette orchestra » la magie n’opère pas. Pourtant, les musicien(ne)s réunis ici ne déméritent pas. Que ce soit Dany Doriz, Philippe Duchemin au piano, Patricia Lebeugle à la contrebasse ou Didier Dorise à la batterie sans que personne ne trouve vraiment sa place. Le batteur semble en décalage et Scott Hamilton donne l’impression de compter les points. Il reste une version de « Que reste-t-il de nos amours » qui fait irrésistiblement penser à celle de Guy Lafitte dans un album consacré à Trenet. Même l’apport de Ronald Baker à la trompette ou Marc Ducret à la guitare pour quelques titres n’arrivent pas à sauver l’ensemble.
Qu’on ne se méprenne pas, la musique est agréable mais il manque l’étincelle attendue d’une telle rencontre. La réussite est au rendez-vous du « Dany Doriz Big Band ». Par on ne sait quel sortilège tous les musicien(ne)s – et ils sont tous là à l’exception de Philippe Duchemin et Marc Ducret « remplacés » respectivement par Patrice Galas qui double piano et orgue et par Manu Dibango, au saxophone, très à son aise – retrouvent leur place. Le batteur est en face et fait effectivement penser à Sam Woodyard pour mener à la baguette ce grand orchestre. Les thèmes viennent soit du grand orchestre, mais aussi du sextet, de Benny Goodman, soit du Bechet français, soit, évidemment, de Lionel Hampton ou encore Duke Ellington ou Count Basie et sont appropriés par l’ensemble. En prime, « Dany Blues Big Band » qui provient d’un enregistrement de 1966.
Une musique allègre, gai qui fera danser. Que demander de plus.
Nicolas Béniès.
« Scott Hamilton plays with the Dany Doriz caveau de la Huchette orchestra », « Dany Doriz Big Band featuring Manu Dibango and Ronald Baker », Dany Doriz, Frémeaux et associés.
Un groupe qui s’appelle « Les oracles du phono » ne peut que jouer un jazz que l’on dira d’hier si ces musiciens n’arrivaient pas – par un miracle qui ne doit rien au pape – à le rendre au présent. C’est leur musique. Ils s’y sentent à l’aise et ça s’entend. Ils ont décidé de reprendre quelques thèmes du jazz de ces années 1920-30 peu joués, peu sollicités. Il apparaît que c’était dommage. Le titre générique de cet album l’indique, « Cryin’ for the carolines » signé notamment par Harry Warren soit un des grands compositeurs de Broadway.
Leur redonner vie permet à Nicolas Fourgeux, saxophone alto, ténor et clarinette et ses compagnons – Jacques Sallent au cornet, Vincent libera au trombone, Jean-Pierre « Max » Carré au banjo, Mathieu Branconi au sousaphone et, en invité, Stan Laferrière à la batterie – de faire œuvre de mémoire en même temps qu’ils font la preuve de leur amour pour ces compositions. L’autre invité, indispensable pour faire surgir le plaisir en même temps que le rire pour imposer la distance et l’ironie nécessaire, Daniel Huck est toujours le scatteur fou et saxophoniste alto pour donner à ces airs d’hier un parfum d’aujourd’hui.
Une musique du plaisir par des musiciens qui en prennent autant qu’ils en donnent.
Nicolas Béniès.
« Cryin’ for the carolines », Les oracles du phono, Frémeaux et associés.
Un groupe français, « Les Mains Sales », fusionne les présents.
« Les mains Sales » ? Un nom curieux pour un groupe qui se veut franchement moderne. Référence, bien sur, à la pièce de Sartre qui parle de la responsabilité et de la liberté assumée, consciente. Sartre qui, de nos jours, n’est pas vraiment en odeur de sainteté, si le Pape François peut me permettre cette image.
Cet emprunt est parlant. Il signe la volonté de ce groupe, un quartet qui s’étend, revenir aux sources, ne pas oublier le passé pour construire un présent multiple. Alix Logiaco, piano, Antoine Brochot, basse, Sébastien Grenat, batterie et Léo Sevyor, vocaliste, veulent rompre avec les facilités d’aujourd’hui, la musique électronique qui passe en boucle et évite d’évoquer les grands musiciens du jazz qui ont échafaudé les soubassements du hip hop.
Ils ont choisi d’une part de publier des EP – en CD, un équivalent du 45 tours d’antan – de 4 titres, une bonne idée pour éviter d’émousser l’attention de l’auditeur tout en présentant leur travail.
Le dernier EP, « Expansion », se veut ce lien entre passé et présent par l’intermédiaire d’une reprise du rap mais surtout par le brouillard de jazz qui fait l’originalité de ce groupe. Dans le même temps, ils s’élargissent par l’adjonction d’une chanteuse, Kelly Carpaye pour un premier titre qui devrait faire un succès, « Perfect land », un titre dans la lignée, ironiquement, du thème de la pièce de Sartre.
Les paroles sont explicites. Elles font le plus souvent référence au jazz, à Miles Davis en particulier, pour regretter les orientations actuelles du hip hop. A juste raison, le jazz est mémoire et elle est nécessaire pour jeter un orteil dans le futur.
Une nouvelle voie ? Pour ce qui est des supports ils sont bien dans l’air du temps, CD et Vinyle.
Nicolas Béniès.
« Expansion », Les Mains Sales, coproduction avec le label Back To Paradise, www.lesmainssales.fr