Lecture(s) de vacances (suite)

Le retour d’Ulysse

Si Dante s’est inspiré de la Bible pour « La Comédie » – la « Divine Comédie » dans la traduction usuelle -, James Joyce s’est lui tourné vers « L’Odyssée » de Homère pour « Ulysse », le titre est explicite. En 2004, une nouvelle traduction, sous la direction de Jacques Aubert, permettait de (re)lire ce texte fondateur avec un nouveau regard.
Pour cette édition en poche, cette traduction a été revue comme l’appareil critique pour permettre une lecture plus aisée d’un texte considéré comme illisible. La préface du même Jacques Aubert offre quelques clés de lecture supplémentaires pour lutter contre cette idée toute faite qui empêche le lecteur(e) potentiel(le) d’ouvrir le livre même s’il figure dans les bibliothèques. Continuer la lecture

Vacance(s) propice à la lecture des classiques

Pour Dante, la fin c’est la Paradis et pas seulement l’enfer…

« La Comédie », « chant villageois à en croire les définitions courantes au 13e siècle », nous dit le présentateur et traducteur, Jean-Charles Vegliante, de cette édition bilingue de cette épopée, de ce chant d’amour et aussi un poème fondateur de l’Italien moderne. Dante Alighieri, en ce début du14e siècle, se refuse à utiliser le latin pour se servir de la langue vernaculaire de Florence. La traduction du florentin de ce temps est un exercice difficile, fait d’interrogations et de recherches pour rendre le sens voulu par l’auteur. La trahison est nécessaire à partir du moment où le lecteur d’aujourd’hui peut s’approprier le texte, le comprendre tout en le remettant dans son contexte.
Il faut rendre le sens des mots tout en sauvegardant la musique des vers de Dante. La poésie ne s’embarrasse pas forcément d’Histoire même si elle est nécessaire pour exprimer des émotions. Continuer la lecture

De quelques lectures estivales en poche.

Du côté des États-Unis et des années 1920.

F. Scott Fitzgerald (24 septembre 1896 – 21 décembre 1940) s’est voulu l’écrivain de ces « roaring twenties », avec son lot de « Party » et d’alcool frelaté. Mais aussi de jazz. Le jazz qui rythme ces débuts du 20e siècle, de ce jazz qui envahit les grandes villes. Les danses sont toutes issues de cette musique syncopée que ce soit le one-step, le two-step ou le fox-trot qui servira de concept générique pour toute danse « jazzée ». Les comédies musicales tiennent le haut du pavé. Tous les grands compositeurs sont influencés par le jazz.
Les grandes fortunes rapides des gangsters venus des ghettos juifs ou italiens des grandes villes américaines ont changé la physionomie de cette société. L’intégration pour Américains à trait d’union passait soit par le sport, la musique – le jazz – ou le gangstérisme. Une soif de respectabilité habitait ces nouveaux riches. Ils voulaient copier la « bonne » société américaine, ces WASP, pour White, Anglo Saxon, Protestant qui occupaient le devant de la scène.
Cette aspiration fait la trame de Gatsby le magnifique », « The Great Gatsby », et le rêve ou le cauchemar de Scott Fitzgerald lui-même. Continuer la lecture

Fin d’un monde, fin de règne

Le japon en première ligne…

La centrale en chaleurLes écrivains japonais sont bien placés pour lancer des avertissements sur la mauvaise santé de notre planète. Fukushima est passé par-là. Avant il y eût Hiroshima et Nagasaki.
Genichiro Takahashi a choisi l’insolence, la dérision, le rire pour dénoncer cette société capitaliste qu’il avait combattue comme étudiant à la fin des années 60, ce qui lui valut 9 mois de prison en 1969-70.1 De ce combat il n’a rien renié même si aujourd’hui il est bien installé et reconnu. Continuer la lecture

Un maître de l’écriture

Raymond Chandler habillé de neuf

ChandlerLe polar, une littérature de gare ? Les couvertures des pulp fictions, au mauvais papier l’ont longtemps laissées croire. Le classement était facile. En France, la Série noire créée et dirigée par Marcel Duhamel, a renforcé ce cliché. Fait aggravant, Duhamel a voulu mettre au goût du jour quelques grands auteurs du genre en demandant aux traducteur(e)s de réduire le texte pour le faire tenir dans les 124 pages et de le saupoudrer d’argot de l’après seconde guerre mondiale.
Il s’avère que la différenciation qu’il faut faire c’est, comme d’habitude, entre bonne et mauvaise littérature. Les grands auteurs créatifs du polar à commencer par Dashiell Hammett1 sont des romanciers au style classique et épuré. Il faut plutôt regarder du côté de Shakespeare ou de Walt Whitman pour trouver des références à leur manière d’écrire. Continuer la lecture

Littérature, quand les souvenirs rejoignent la mémoire.

Pour un travail de mémoire.

Contre tout espoirDans la folie de la communication – qu’il ne faut confondre ni avec l’information ni avec la conversation – les mots volent leur place aux concepts. Lorsqu’il est question de l’ex-URSS, les termes comme « communisme » associé à « régime totalitaire » abreuvent le bréviaire des tueurs d’espoir. Une manière tout aussi dangereuse de tourner le dos à un bilan nécessaire de ce 20e siècle, de cette expérience révolutionnaire transformée sous le stalinisme en son contraire, un régime bureaucratique, sanguinaire et antidémocratique. Il faudrait expliquer les causes de ce développement en forme d’oxymore.
220px-Mandelstam,_Cukovsky,_Livshiz_&_Annenkov_1914_Karl_BullaPour ce travail de mémoire, les « Souvenirs » de Nadejda Mandelstam (1899-1980) sont un premier envoi. Le titre même est une invite à la réflexion, « Contre tout espoir ». Le tome 1 conte, par un découpage de thèmes, la vie de son poète de mari, Ossip qui terminera sa vie dans un camp de transit, le 27 décembre 1938. Il avait 47 ans. Continuer la lecture

Romans.

Portrait de femme.

Mankell, un paradis trompeurHenning Mankell fait partie des créateurs contemporains de romans noirs. Sa figure d’enquêteur, Wallander, est connu de tous les aficionados du genre. Wallander a vieilli, comme nous. Il est à la retraite. A priori, il n’enquêtera plus. Mais…
Mankell est aussi directeur d’une compagnie théâtrale qui tourne sur le continent africain. C’est l’autre face de cet auteur, romancier de cette Afrique qu’il aime. Wallander décode la société suédoise en insistant là où ça fait mal, mettant à mal l’imagerie de ce modèle suédois qui connaît aussi un accroissement des inégalités, la corruption, Mankell dénonce le poids du néo colonialisme – que l’on connaît bien en France – pour valoriser les cultures de ces pays. Particulièrement le Mozambique. Continuer la lecture

Un roman étrange venu de là-bas

A égale distance de la Palestine.

L’amour, « union de l’impossible et du désespoir » suivant un poète anglais, Andrews, fait l’objet d’une attention adania shibliparticulière en Palestine, pardon en Israël – comme le note une fausse postière dans le deuxième portrait que dresse Adania Shibli. Comment aimer plus que qui aimer ? S’amouracher de l’auteur de lettres ? L’écriture est-elle un des moyens de combler le fossé ? Comment aborder une femme toute vêtue de noir qui a habité un rêve ? N’est-elle qu’un rêve ? Continuer la lecture

En passant par Chicago… Université populaire sur le jazz 2012 – 2013

Le projet de départ… qui s’étendra sur plusieurs années…

pour démarrer et vous mettre dans l’ambiance, Robert Johnson (voir plus loin pour des explications complémentaires) « Sweet Home Chicago » (1936)

Le même thème repris par les Blue Brothers dans le film éponyme de John Landis

Au départ, ce projet se proposait d’offrir une autre image du jazz en lien avec l’urbanisation spécifique des États-Unis et la place des ghettos. De plusieurs types ces ghettos. New York possédait le ghetto noir, juif, italien et quelques autres, tous des Américains à trait d’union. Chaque nationalité se regroupait pour résister, sans parler des gangs créés dans « street corner ». Chaque quartier avait sa musique. Ce qui est valable pour New York l’était pour les autres villes dans une moindre mesure.
Ces musiques circulaient d’un quartier à l’autre. George Gershwin se souvenait, et voyait là l’origine de sa musique hautement représentative de ces États-Unis des années d’entre deux guerres, que chaque quartier diffusait sa musique via les chansons entendues dans la rue – une des origines du jazz, la rue. A l’époque, peu de postes de radio, peu de moyen de lire les disques, la technique des « rouleaux » inventés par Edison coûtaient chers. La consommation de masse en était à ses balbutiements.
Gershwin parlait des débuts de ce 20e siècle et des quartiers de New York qui avait chacun leurs spécificités culturelles. Le « melting pot » ressemblait à un mauvais collage. Le terme, issu du théâtre yiddish était, au départ, péjorativement ironique. Il est désormais chargé de positivité exprimant l’idéologie de l’intégration chère aux Étasuniens. Idéologie, l’intégration des Africains-Américains, malgré un président noir, n’est toujours pas réalisée. Celle des Juifs et des Italiens est passée par les gangs et le jazz…

Plus largement, je voulais explorer les villes du jazz. Je n’avais pas vu l’ampleur de la tâche, ni les nécessités de faire entendre musique et musicien(ne)s, parler de ces romanciers qui ont su illustrer leur ville et parler du jazz.

il s’agissait donc de visiter les villes du jazz, aux États-Unis pour laisser la place, plus tard, aux autres villes. Paris, en particulier… En cours de route, le projet a évolué…

Si j’ai voulu commencer par Chicago, c’est parce que j’en Chicagorevenais au début de cette année. Un motif certes légitime mais pas suffisant. Au fur et à mesure des séminaires, je me suis aperçu que Chicago, plus que New York, était la Ville du jazz et du blues « typiquement » américain. Je risque l’hypothèse que c’est une des villes-creuset de la formation de la culture américaine, étatsunienne, une ville clé. Ses créations architecturales en font une des villes références en cette matière. Les gratte ciels – skyscrapers – comme autant de pénis survoltés ont projeté leur semence dans tout le pays et au-delà.

Il n’est pas étonnant que le blues électrique de la fin de la seconde guerre mondiale ait trouvé là, dans ses ghettos, son aliment principal comme le bruit de ses usines ou de son train – difficile de parler d’un métro surtout lorsque l’image que nous avons est celle du métro parisien… Ci-après Buddy Guy, un des grands bluesman de Chicago qui narre la première fois qu’il a rencontré le blues…

Il faut voir le film de John Landis, « Blue Brothers », pour avoir une idée de la ville. La chambre qu’ils habitent est située juste à côté du métro, le Chicago Transit Authority – CTA – qui sera approprié par le groupe de rock, comme un hommage à la Ville mais aussi à ses bruits industriels. In avait oublié que tout un pan de la musique des débuts du 20e siècle reproduisait les sons de l’usine, avec que qu’ils ont de stridence. Le blues, sans référence à cette musique, s’est servi lui aussi de ses sons pour construire un blues plus électrique, dés le début des années 1940 et… à Chicago.

Cette année, en conséquence, je nous ai fait rester à Chicago, sans épuiser toutes ses réalisations et possibilités .Elle dévoile la perte de puissance des États-Unis. Son industrie est chancelante, les services publics sont déliquescents, ses infrastructures à revoir, chômage et pauvreté sont visibles et, last but not least, l’Église de scientologie possède un bel immeuble avec pignon sur rue, juste à côté de la rivière. Sur le terrain de l’architecture, Chicago fut une ville pionnière avec Franck Lloyd Wright notamment. Elle a influencé tous les architectes du monde entier. Ses gratte ciels, ceux de Louis Sullivan en particulier ont été copiés. Aujourd’hui, beaucoup – trop ! – d’hommages sont rendus à ces pionniers sans présenter une relève. Le champ des possibles semble se conjuguer au passé. Ce n’est pas spécifique à Chicago, mais…

Difficile tout de même de sortir de cette ville spécifiquement américaine et qui joue un grand rôle dans le développement du blues et du jazz. Chaque fois que je me suis posé la question de l’abandonner pour redescendre vers le Sud (vers la Louisiane et la Nouvelle-Orléans et ce n’était pas l’envie qui m’en manquait pour parler de ces écrivains du Sud qui structurent la mémoire de ces États-Unis à commencer par Faulkner) ou remonter vers le Nord (New York, cette ville qui n’est américaine mais véritablement cosmopolite, une Ville qui n’appartient qu’à elle-même, une Ville où forcément chacun(e) se sent chez soi, sensation bizarre qui vous envahit dés la première visite, ville où le jazz allait grandir, partant du ghetto noir de Harlem) ou l’ouest (pour figurer les États-Unis via les deux Kansas City séparé par la rivière Kansas, l’un au Kansas, l’autre au Missouri devenue, cette dernière, la ville de tous les trafics dans les années 30 lui permettant d’échapper à la dépression, attirant de ce fait tous les musiciens en quête d’engagements, une ville creuset qui verra naître, en 1920, Charlie Parker), un(e) musicien-ne m’empêchait de partir comme la nécessité de parler d’un romancier, d’un auteur de polar ou d’autre chose, de sociologie par exemple.

En 1937, Benny Goodman, un enfant de la ville, lui rendait hommage, « Chicago », la raconte. Les paroles (« lyrics ») racontent la naissance de la ville, ses prédicateurs dont un ancien joueur de base-ball, ses constructions.

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Deux premiers polars.

Le polar, chronique de notre temps.

Deux premiers romans qui font date. Attica1 Locke, dans « Marée noire », raconte le racisme ordinaire de Houston (Texas) et les désillusions de toute une génération qui s’était battue pour le « Black Power », terme qui faisait peur à Martin Luther King – lire la biographie que lui consacre Alain Foix, Folio biographies, même s’il rajoute un peu trop de pathos pour une biographie – comme pour les droits civiques. Noirs et Blancs ensemble pour une même cause. La révolution pouvait venir de là. Un nouveau monde pouvait naître. Continuer la lecture