ANNIVERSAIRE(S)

Deux incorrigibles charmeurs : Camus et Cocteau

L’un aurait eu 100 ans le 7 novembre cette année sans cet accident mortel de voiture le 4 janvier 1960, l’autre a 50 ans. La mort, pour Cocteau, ce 11 octobre 1963 – juste après avoir rendu un hommage vibrant à Édith Piaf tout en faisant son autoportrait -, a été l’empêchement suprême. Il n’a pas pu (re)naître une nouvelle fois. Continuer la lecture

Le coin du polar, novembre 2013

Passé et présent chez Boris Akounine

Les mondes de Boris Akounine semblent aux antipodes du polar moderne. Il se plait dans le passé, apparemment du moins. Il a pourtant lu Chandler, Hammett et les grands auteurs du polar américain. Il a su construire une nouvelle figure du détective privé qui traverse le temps et pas seulement le sien.

Son héros, Eraste Fandorine, est le révélateur – au sesn photographique du terme, mais c’était avant le numérique – de la Russie de la fin du 19e siècle pour des enquêtes étranges dans les méandres d’un pouvoir chancelant. Toute ressemblance avec la Russie d’aujourd’hui est conseillée.

Il sait aussi s’approprier toute la littérature mondiale – la russe évidemment mais pas seulement – pour construire une sorte de puzzle dessinant une nouvelle figure. Une sorte de dialectique de la citation. Les parties réunies constituent un tout différent de ses parties.

L’attrapeur de libellules – beau titre, énigmatique à souhait – distend le temps.  Le voyage se fait dans deux espaces-temps. 1905 et la révolution qui vient dans cette Russie en train de construire des partis révolutionnaire dont les SR bien décrits et le Japon de 1878.Il est question d’attentats et de Ninja ainsi que d’une grande histoire d’amour qui se terminera encore plus mal que supposée.

Le lien entre ces deux histoires apparaît seulement à la fin.

A ce jour, l’œuvre la plus aboutie de cet auteur étrange. Page 343, le lecteur apprendra que « akounine », en japonais, signifie un voleur étrange, voleur de concepts, de textes… Une sorte d’autoportrait. A ne manquer sous aucun prétexte pour fêter le 30e anniversaire de la collection « Grands détectives » même si l’auteur l’a désertée.

N.B.

« L’attrapeur de libellules », Boris Akounine, 10/18.

Premier roman et noir !

Deux romans noirs dans l’air d’un temps pourri.

Quand une auteure suédoise rencontre une auteure américaine – pour leur premier roman – de quoi parlent-elles ? De notre monde troublé et trouble, de ce monde qui tourne le dos à toute utopie, aux rêves d’une société plus solidaire, plus fraternelle sans parler de liberté. 30 ans d’idéologie libérale ont façonné les esprits et provoquent des catastrophes dans la vie personnelle comme dans les relations entre les individus. Continuer la lecture

Trop ce n’est pas encore assez

C’est la rentrée…littéraire !

Rentrée scolaire et rentrée littéraire ont en commun des chiffres astronomiques. Le nombre d’élèves d’un côté, le nombre de livres de l’autre. 555 romans, auxquels il faut ajouter les essais, bizarrement comptabilisés à part, la BD, les livres jeunesse et même les poches. Dans ce dernier domaine, il faut faire une place particulière à 10/18 qui fête ses 30 ans pour faire découvrir de nouveaux auteurs de polars et de romans noirs. Il est quasiment impossible de tout lire et moins encore de pouvoir en rendre compte. Continuer la lecture

Un mariage pour tous

Quand le jazz se fait littérature

Les éditions Alter Ego, sises à Céret (Pyrénées orientales), s’est lancé dans une grande entreprise de salubrité publique, publier des livres sur le jazz. Le jazz, c’est la porte grande ouverte à l’imagination, à la mémoire. Ses chocs esthétiques sont durables et organisent toute une vie. Continuer la lecture

Docu fiction

Travail de mémoire.

Faudrait-il créer, grâce à Roger Martin, une nouvelle catégorie, le « roman pédagogique » ? « Dernier convoi pour Buchenwald » se veut le parcours d’un individu, Robert Danglars, militant trotskiste, instituteur dans le malstrom des années d’après Front Populaire qui voit la formation du PSOP de Marceau Pivert. L’espérance a du mal à se frayer un passage. Déporté en 1944 dans ce camp de la mort, il vivra les expériences du convoi, des camps français et des formes d’organisation de tous ces camps. Les « politiques » avaient pris tous les postes de responsabilité. Narrateur de ce récit, il pratique le retour en arrière permis par un changement de typographie. Pour lutter contre la seule description, l’auteur a habillé l’Histoire d’une intrigue policière. Un travail de mémoire nécessaire et qui résiste à la « prise de tête » comme diraient nos élèves. A conseiller sans modération.

N.B.

« Dernier convoi pour Buchenwald », Roger Martin, Le Cherche Midi, 428 p.

Article publié dans l’US Mag de septembre 2013

Polar versus policier

Un polar nécessaire.

Houston (Texas) et son univers impitoyable est la toile de fonds de ce polar plus sociologique et politique que ne le donne à lire ce titre, « Marée noire », un peu trop en référence à nos plages polluées par les déversements des immondices des pétroliers ou par les naufrages de tankers.

Houston, tout comme Dallas, est une ville organisée autour du pétrole et des magnats de cette industrie qui font la pluie et le beau temps. Une ville qui, comme la Nouvelle-Orléans, a des bayous navigables et, comme toutes les autres villes de ces États-Unis, un ghetto noir. Continuer la lecture

Culture, vous avez dit crédit ?

La culture en danger

Les grandes vacances sont une période de latence. La liberté de l’esprit permise par la rupture avec le travail contraint ouvre de nouveaux horizons. C’est le moment de se ressourcer, de se retrouver en lisant, en écoutant de la musique, en allant au théâtre… Les festivals sont durablement associés à cette période, même si, et ce depuis quelques années, ils débordent largement la période pour s’installer dans le paysage culturel de toute l’année. Les bénévoles qui s’en occupent – beaucoup de retraité(e)s – sont des passionné(e)s qui font vivre la culture. Sur le strict terrain économique, ces associations permettent de faire baisser le coût de revient de ces animations. Ils et elles jouent un rôle essentiel non reconnu. Le jour où ces associations disparaissent, le festival meurt le plus souvent. Continuer la lecture

Le coin du polar…historique.

La Toscane corrompue… en 1895.

Un grand détective auteur d’un livre de recettes de cuisine… italienne – pardon des régions de l’Italie -, à grandes moustaches blanches qui enquête en Toscane chez le Baron Roccapendente où il est invité, ce n’est pas commun. Pelligrino Artusi n’est pas seulement une figure de roman. Il est né le 4 août 1820 en Emilie-Romagne. A l’ouverture de cette première aventure, pour les lecteurs français, il est âgé de 75 ans. En cette année 1895 donc, l’Italie existe sur le papier depuis 20 ans et l’unification est loin d’être réalisée. Les vieilles familles – « Le Guépard » raconte sous une autre forme cette même histoire – sont ruinées. Les enfants ne s’en rendent pas compte. Ils ont conservé » la morgue de leur caste sociale alors qu’ils n’en ont plus les moyens. Sous une forme plaisante, sans se prendre au sérieux, Marco Malvadi, chimiste, chanteur lyrique, spécialiste du Baroque et finalement écrivain, met en scène ces personnages en train de quitter la grande scène du monde. Tout commence par l’assassinat du majordome en passe de quitter ses fonctions. On saura le pourquoi comme il se doit à la fin. Continuer la lecture

Romanciers saisis par la réalité

Fiction de la réalité ou réalité de la fiction ?

La mode est d’affirmer, pour un film surtout quelque fois pour un roman d’accoler la formule « tiré d’un fait réel » comme si cette mention délivrait un certificat d’honnêteté. La plupart du temps, ces réalisations ne restent pas, je dirai presque par définition, dans l’actualité. L’art se refuse à un tel compromis qui remet en cause directement la part de l’imagination, du rêve.

Il arrive pourtant que des personnages « réels » – les guillemets s’expliquent par l’interrogation qui est la nôtre face à leur comportement, Chirac était-il plus « réel » que sa marionnette ? – accèdent au statut enviable de personnages de fiction. C’est le cas pour deux récits qui viennent d’être simultanément réédités dans la collection de poche d’Actes Sud, Babel, « Anatomie d’un instant » de Javier Cercas sur le coup d’État avorté en Espagne le 23 février 1981 et « Chroniques de la révolution égyptienne » de Alaa El Aswany, auteur de l’immortel « Immeuble Yacoubian ». Continuer la lecture