A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Jazz, une musique qui n’oublie rien.

Mémoires d’avenir

« Lucky Dog » – pourquoi les chiens ne seraient pas heureux ? – est un groupe à géométrie variable fondé par le saxophoniste, ténor et soprano, Frédéric Borey. Il suit la voie ouverte par le groupe de Don Cherry, « Old and New Dream », une devise qui lui sied à merveille. Lui et ses compagnons, qu’il entraîne dans son infortune, nous baladent entre vieux et nouveaux rêves, dans un espace qu’ils arrivent à rendre particulier et qui demande à être visité. Chacun, dans le groupe à la fois suit son inspiration et la partage avec les trois autres pour créer un son d’ensemble. Manière de lier l’individuel et le collectif en processus créatif. Continuer la lecture →

Réflexions sur l’état du monde et l’avenir de la démocratie

Édito Radio Racailles du 8 juin 2018

Une Kolossale plaisanterie a secoué le monde la semaine dernière. L’auteur : Donald Trump comme il se doit. Devant la possibilité de se retrouver directement mis en cause par procureur spécial chargé d’enquêter sur ses liens avec la Russie pendant la campagne électorale, Trump, en un tweed forcément, a brandi l’idée qu’il pourrait s’auto-gracier. Une sorte d’aveu de culpabilité penseraient les mauvais esprits.
Le rire est vite devenu jaune. Il est capable d’utiliser le droit de grâce présidentielle pour lui-même. Que se passerait-il dans ce cas ? Personne ne peut répondre à cette question. L’auto-grâce d’un président en exercice représente la pointe avancée d’un iceberg menaçant : la tendance générale à des formes de dictature. Les gouvernants semblent se situer au-dessus des lois en piétinant allègrement les libertés démocratiques. Trump n’est pas seul, il est plutôt bien entouré. Regardons autour de nous. Les gouvernements des pays d’Europe de l’Est en font la démonstration tous les jours. Mais c’est surtout l’Italie qui raconte notre avenir. On parle de « populisme » pour unir dans une même enveloppe le mouvement 5 étoiles et la Ligue ex du Nord comme bien d’autres mouvements politiques. Ce qualificatif non défini cache une réalité plus prosaïque et plus tragique : les développements d’une forme de fascisme. Pas celle des années 1930 bien sur. Ce fascisme là s’habille des guenilles de la démocratie, démocratie qui subit une crise politique profonde qui se traduit par la montée inexorable de l’abstention. Continuer la lecture →

Compléments au souffle de la révolte, quelques références…

Pour faire attendre cette parution, un article que j’avais publié le 9 novembre 1998, ça ne rajeunit pas…

Pour une mémoire vivante…

Frémeaux et associés est un label indépendant qui fait volontiers dans la conservation du patrimoine. Il vient de publier un curieux coffret de 4 CD, Anthologie sonore du socialisme, 1789-1939, avec des documents inédits. Il débute par l’Internationale chantée par Marc Ogeret enregistrée en 1968. Une une version intégrale, au moins tous les couplets connus, écho de mai 68 qui se souvenait des révolutions précédentes. Le coffret se termine par la Marche socialiste de 1932, joué par l’orchestre Parlophone. Les voix de Léon Blum, de Paul Faure, d’Oscar Louis Frossard, de Vincent Auriol, les chants de la Commune en différentes périodes, des chansons du mouvement ouvrier, de la Révolution française, les chansons de Montéhus… Tout un pan de notre histoire, de notre mémoire, celle que nous voulons conserver. Du passé il faut savoir ne pas faire table rase. Un livret de 200 pages, illustré de photos, commençant par une chronologie de l’histoire de ce mouvement ouvrier français remontant à la Révolution française, dû à Jean-Yves Patte qui a utilisé abondamment le fonds de L’Ours, Office Universitaire de Recherche sur le Socialisme. Fallait-il publier ces voix ? Les retrouver c’est comme renouer avec nos fantômes, retrouver des proches, des amis-ennemis, des échecs, des joies mais aussi toutes les peines, celle de nos pères, de nos mères toutes nationalités confondues. La France voudrait oublier qu’elle a été terre d’asile, terre d’accueil, qu’elle s’est faite par l’agglomération de tous ces immigrés pour construire une nation, une formation sociale en même temps qu’un mouvement ouvrier. Les entendre, c’est leur laisser, une nouvelle fois, la chance de nous atteindre, la chance de nous retrouver. Continuer la lecture →

Compléments au « souffle de la révolte », une saga de Ray Celestin

Deux livres pour commencer une saga.

Ray Celestin est linguiste et scénariste – je ne sais s’il y a un lien entre ces deux professions ou si c’est simplement un collage – et vit à Londres dit la notice, réduite, de présentation dans la réédition de poche, chez 10/18, de ses premiers romans « Carnaval » et « Mascarade ». Respectivement, le premier est consacré à la Nouvelle-Orléans après la Première Guerre Mondiale, exactement en 1919 et le deuxième, dans la suite logique pour qui a lu au moins une histoire du jazz, Chicago, en 1928.
Les titres originaux sont plus parlants pour un amateur de jazz : « Axeman’s Jazz » et « Dead Man’s Blues ». Il faut reconnaître que la traduction française littérale ne veut rien dire. Le traducteur, Jean Szlamowicz, a eu raison de chercher des titres en relation avec le sujet.
Pour en rester aux titres originaux et leur signification, il faut savoir que le fil conducteur de la saga qu’il a commencé à écrire est le jazz incarné par son génie tutélaire Louis Armstrong. Continuer la lecture →

Compléments au « souffle de la révolte », une photo

Bonjour,

« Le souffle de la révolte » est en train d’être « finalisé » – mot étrange qui vient sous la plume faute d’un terme plus approprié. Les photos, la musique est en train d’être négocié. Pas toujours simple. La parution est fixé, nouvelle « dead line » – il faut bien parler anglais pour suivre notre Président – fin juillet au plus tard.

En attendant une photo étrange prise à Harlem à l’été 1958 à l’instigation du magazine Esquire. La photo ci-dessus est extraite d’un CD réalisé à l’occasion de la sortie d’un documentaire réalisé par Jean Bach qui a été récompensée par un Oscar. « A Great Day In Harlem » est à la fois le titre de la photo, du documentaire et de l’album Columbia paru en 1995 qui reprend des thèmes des musiciennes et musiciens présent-e-s dans le film de Jean Bach. Une musique qui a tendance à partir dans tous les sens, qui fait l’intérêt de l’album. En mélangeant les Jazz Messengers qui débute à Gene Krupa et son orchestre pour finir presque évidemment par Thelonious Monk en passant par Duke Ellington, Mingus – présent sur la photo -, Lester Young… En passant, signalons que Charles Mingus composera « Good Bye Pork Pie Hat » en 1959 à la mort de Lester, nom du chapeau que portait le saxophoniste ténor. Continuer la lecture →

Jazz teinté de pop

Un duo démultiplié.

La pochette annonce sans trop de détails : Cécile N’Debi/Laurent Cohen pour un jeu d’enfants, « Children’s Game », qui n’est pas facile parce qu’il suppose un état d’esprit neuf, vide de références qui se construisent en un processus continu. Ce jeu est construit de compositions dues à la plume de Laurent Cohen, guitariste et un peu chanteur, habitées par la voix de la chanteuse qui sait même franchir ses propres limites pour exprimer les émotions communes. Deux exceptions au monopole de Laurent Cohen dont la reprise d’un poème de Jack Kerouac, « In Vain », mélancolique à souhait, qui sert de fin. Continuer la lecture →

Jazz, Dave Liebman, rencontre au sommet

Sous la cendre, la création encore.

Aucun album signé par Dave Liebman, saxophone soprano, ténor et flûtes, ne laisse tranquille. La sonorité des instruments qu’il se refuse à cajoler est au service de compositions interrogatives sur notre monde absurde tout en dégageant créativité et émotions. Il sait alterner les voix et les métriques pour envoyer l’auditeur vers d’autres horizons. Un de ceux qui marquent le passage entre les deux siècles.
Est-ce l’âge, la décomposition des Etats-Unis – bien mise en évidence par l’élection de Trump, postérieure à la date d’enregistrement de cet album -, la volonté de retrouver des compagnons un peu perdus de vue pour un voyage dans le temps et dans l’espace ou tout simplement pour proposer un bilan de ces années de feu que furent ces années de l’après 1968. On dira que c’est un peu la mode. Ce sera vrai. Tout dépend de la manière de le faire. Nulle nostalgie, juste cette mélancolie nécessaire pour faire le deuil d’un pan de notre histoire collective et personnelle qui donne l’impression de se clore. Continuer la lecture →

Jazz, quand le pianiste s’appelle Kenny Barron…

… il parle de sa passion.

Kenny Barron fête ses 75 ans – il est né à Philadelphie en 1943. Il se souvient du livreur de glaces. C’était le temps des glacières. Un livreur joueur de blues. Il s’installait au piano et faisait surgir, pour le jeune Kenny, tout un aréopage de sensations curieuses qui lui donnait envie de recréer cette atmosphère particulière. Les notes « bleues » comme les autres s’évadaient de tous les espaces connus pour changer les particules de sang en véhiculant des émotions nécessaires.
De ce contact et des leçons de son frère aîné William, Bill pour les intimes, auprès de qui il commença à se produire professionnellement, il en tira un style alimenté par l’écoute de Thelonious Monk – il me souvient d’une master-class où il expliquait comme jouer Monk – et de toutes les libertés que le jazz s’accorde qui en fait une musique évolutive et de son temps.
Les cercles concentriques – « Concentric Cycles » est le titre de cet album – qu’il propose reposent sur des métriques souvent latino, 6/8 ou brucbériennes 5/8,, même si la composition éponyme, « Concentric Cycles », est une valse pour dérouter l’auditeur en position « admiration » face à ces musiques décidées à couper le souffle.
Kenny réussit un mélange entre la pulsation du jazz, celle du Brésil et d’autres pour faire entrer dans son univers à nul autre semblable. En même temps – restons à la mode – il fait pénétrer dans ce chaudron, des quarantenaires – Dayna Stephens, au saxophone ténor et Mike Rodriguez à la trompette et au bugle – pour des rencontres intergénérationnelles essentielles à la survie du jazz. Pianiste et souffleurs, soutenus par les compagnons habituels de Kenny, Kyoshi Kitagawa à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie, font balader les mémoires qui se heurtent, s’approvisionnent l’une l’autre pour réaliser un album d’une force universelle.
Un album qui restera, un album de chevet.
Nicolas Béniès
« Concentric Cycles », Kenny Barron quintet, Blue Note/Universal.

Jazz peut-être pour une musicienne aux influences multiples

Musicienne de notre temps.

Marjolaine Reymond fait partie d’une génération de vocalistes qui sont aussi compositeure et arrangeure qui ne connaissent pas les frontières – pour le moins étrange – qui ont marqué les mondes de la musique. Elle se sert aussi bien de sa technique vocale acquise dans le cadre de la musique contemporaine que dans celui du jazz, découvert plus tard. Elle s’inspire autant des bréviaires du Moyen-Âge, « Le Bestiaire » qui forme le livre I de cet album, que des « Métamorphoses » – livre II -, « l’Odyssée » de Homère – livre III – ou de « l’Exode » de l’Ancien Testament pour forger des images de notre monde, un monde bestial, en train de subir des métamorphoses, qui refuse toutes les odyssées – y compris celle d’« Ulysse » de James Joyce – même s’il vit au rythme des exodes successifs. Continuer la lecture →

Le coin du polar.

Un grand amour rétrospectif
Conan Doyle avait décidé de se séparer de Holmes en le faisant mourir dans les bras de son ennemi intime le professeur Moriarty dans « Le dernier problème ». Il a été obligé, sous la pression populaire, de le faire revenir du royaume des morts. Le docteur Watson est très elliptique dans la recension de l’aventure. Annelle Wendeberg a décidé de combler les trous pour raconter cette histoire via sa détective privée, médecin, Anna Kronberg. La première rencontre Sherlock/Anna avait eu lieu dans « Le diable sur la Tamise ». « La dernière expérience » fait la part belle à la guerre bactériologique dans laquelle se lance Anna, séquestrée par Moriarty. Les relations avec son geôlier occupe une grande partie de cette aventure. Un peu fastidieux mais les zones d’ombre de l’enquête de Holmes disparaissent. Intéressante expérience.

Dépasser ses peurs et ses préjugés.
« Entre deux mondes » est un résumé de la vie de ces migrants obligés de quitter leur pays pour protéger leur vie, leur famille, la possibilité même d’un avenir. Après un périple aux embûches multiples, souvent par la Libye aux mains des cliques et des gangs, ils arrivent par l’Italie morts ou presque pas vivants pour se retrouver dans la rue, à Calais par exemple. Dans le pays de la « liberté, égalité, fraternité », il est possible de tuer sans être recherché par les forces de l’ordre, dans endroits de non-droit(s). Olivier Norek raconte cette inhumanité via la rencontre entre Adam et Bastien, deux flics, qui recherchent la femme et la fille d’Adam, amitié qui vient comme une antidote à la perte de soi et à la peur de l’Autre. Une enquête informée et nécessaire.

Les pays d’Europe du Nord à la fête.
« Made In Sweden » est le premier volet d’un diptyque relatant les exploits d’une famille auteur de braquages en Suède dans les années 1990 qui ont défrayé la chronique. Basée sur des faits réels, cette saga est surtout une plongée dans les profondeurs de cette société « où l’on vit le mieux » suivant des sondages récents. Anders Roslund est journaliste d’investigation et Stefan Thunberg, scénariste et membre de cette famille révoltée, cassée et cherchant une voie de survie. Des personnages souvent antipathiques avec le soupçon nécessaire d’humanité dans une société qui rejette les « derniers de cordée ». comment faire la différence entre passé et présent ?

« Les chiens de chasse » – Jorn Lier Horst, l’auteur a eu le prix du meilleur polar scandinave – est une visite de la Norvège version mise en cause d’un policier pour une enquête qui remonte dix-sept ans auparavant. William Wisting est devenu un flic respecté d’un seul coup suspecté par la police des polices d’avoir trafiqué les preuves. Scandale médiatique qui implique la fille du policier devenue journaliste. La recherche du scoop mêlée à la volonté de notoriété de l’avocat dans un environnement dont la corruption affleure transforment ces quatre jours en une sorte d’introspection du policier sur son métier et une interrogation sur le fonctionnement de cette société.
Nicolas Béniès.
« « La dernière expérience », Annelle Wendeberg, traduit par Mélanie Blanc-Jouveaux 10/18 Grands détectives ; « Entre deux mondes », Olivier Norek, Michel LAFON ; « Made in Sweden », Roslund & Thunberg, traduit par Frédéric Fourreau, actes noirs/Actes Sud ; « Les chiens de chasse », Jorn Lier Horst, traduit par Hélène Hervieu, Série Noire/Gallimard.