A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Ahmed Tiab dans « Vingt stations » (Éditions de l’Aube), mémoire de l’Algérie.

Algérie, la décennie noire

Oran peut-être de nos jours. Un homme monte dans un tramway. Il fera le tour de la ville en « Vingt stations », le titre de ce voyage à la fois dans la ville qui a beaucoup changée livrée aux promoteurs et dans sa mémoire tout en regardant les populations différentes de chaque station dévoilant des inégalités profondes découpant la ville. La mer devient fantomatique dans ce parcours d’un homme mort-vivant dans les affrontements de la « décennie noire ». Les assassinats se sont multipliés – s’en souvient-on encore ? – laissant toutes les populations algériennes en quête de lumière et de justice. Le gouvernement a préféré « faire comme si » il ne s’était rien passé s’abritant derrière une soi-disant « réconciliation nationale » pour rétablir l’ordre d’un pouvoir qui a perdu sa légitimité. Continuer la lecture →

Polar et histoire des États-Unis

Atlanta 1956
Thomas Mullen poursuit la saga des flics noirs d’Atlanta avec « Minuit à Atlanta », troisième volet de l’histoire de la ville, bastion du racisme et de tous les préjugés du Sud des États-Unis.
La cohorte de 8 flics noirs censée surveiller uniquement leur quartier – « Darktown » une dénomination habituelle de tous les ghettos noirs à cette époque et titre du tome premier – est l’objet de la haine des flics blancs qui ne les acceptent pas et c’est un euphémisme. Cette fiction, inscrite dans la réalité historique – les recherches de l’auteur en font foi -, s’organise autour de deux figures : Boggs, fils de Pasteur et habitant des beaux quartiers noirs, bien éduqué et Smith provenant des quartiers pauvres qui a vu son père, ex-soldat de la première guerre, lynché à cause de son uniforme. La description de la vie à Atlanta après la deuxième guerre a de quoi révolter devant l’étalage de la bêtise meurtrière raciste. Continuer la lecture →

Jazz. Ceci n’est pas Armstrong

Échos de Louis Armstrong.
Louis Armstrong, Satchmo pour ses intimes dont le monde entier fait partie, incarne le génie tutélaire du jazz. Il reste le pourvoyeur des « plans » – des structures dont les musicien.ne.s se servent pour leurs improvisations – et de mélodies. Beaucoup de ces thèmes, de ses trouvailles restent encore à creuser. Continuer la lecture →

Polar écologiste en Australie

Découvrir l’absurdité du monde.
Pascal Vatinel dans « Le chant des galahs » fait pénétrer à la fois dans la région quasi désertique de Goldfields-Espérance, en Australie, dans les us et coutumes des Aborigènes et dans la prise de conscience d’un policier honnête qui découvre son pays et ses corruptions comme ses préjugés meurtriers. Continuer la lecture →

L’histoire secrète des États-Unis

Polar et jazz : de la Nouvelle-Orléans à New York
Ray Celestin, britannique, s’est lancé dans une saga absolument réjouissante : raconter à la fois les migrations du jazz, de la Nouvelle-Orléans (« Carnaval ») à Chicago (« Mascarade ») et arriver avec « Mafioso » à New York en cette année 1947, date officielle d’entrée dans la guerre froide et la mise en place de la commission des activités anti-américaine, présidée par le sénateur McCarthy, qui pourchassera les communistes. La « chasse aux sorcières » débute pour le plus grand profit de la Mafia alliée au FBI d’Edgar J. Hoover qui aura l’audace de déclarer que « le crime organisé » n’existe pas alors que Costello, le « grand chef », est l’homme le plus puissant de New York et, par-là même, des États-Unis.
Le fil conducteur est double. D’abord un couple de détectives privés, Ida Davis, devenue veuve Young par son mariage, et Michael Talbot, son « professeur », dont le fils est accusé de meurtres, ensuite Louis Armstrong victime de la mort des Big Bands, cherchant une autre formule qu’il trouvera au concert de Town Hall – les enregistrements ont été retrouvés bien après cette année 1947. Le tout baigne dans l’histoire de la mafia, de ses ramifications, de ses conflits qui structure aussi l’histoire des États-Unis et de l’industrie du spectacle. Continuer la lecture →

Festival, festival te tiendra-tu ?


« Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera »

Le monologue d’ouverture « Des plaideurs » convient bien aux festivals, grands et petits. Le rire, la joie s’écrasent contre les décisions gouvernementales ubuesques souvent – même si Laurent Bayle, le directeur de la Philharmonie, les défend – enfonçant les lieux culturels dans la crise et les obligeant à se tourner vers les mécènes privés pour essayer de continuer à vivre. Les hors normes, les marginaux risquent la disparition et les intermittent.e.s voient leur avenir s’embrouiller. Pour l’heure le gouvernement a prorogé les mesures prises pour les intermittents mais la contre réforme de l’assurance-chômage provoquera des dégâts sociaux sur l’ensemble des usagers de Pôle emploi. Quels types d’emploi existeront à la fin de la pandémie ?
Comment préparer un festival dans l’incertitude de plus en plus incertaine ? « Le SOS des grands festivals en détresse » titrait Les Échos du 26 mars 2021 faisant état du surcoût que représente les mesures sanitaires et des réactions du public qui, depuis un an, a pris de nouvelles habitudes et s’angoisse de la crise sanitaire interminable. Le public sera-t-il au rendez vous ? Les bars, les restaurants rouvriront-ils leurs portes ? Un festival, c’est un tout. Continuer la lecture →

Jazz. La batterie suivant Edward Perraud

Traversées hors temps
Edward Perraud, batteur et compositeurs hors norme. Deux enregistrements, comme deux facettes de sa personnalité, viennent conforter l’appréciation.
D’une rencontre à Chicago, au club Hideout en 2008, reste « The Way Through », une traversée, pour le label « The Bridge » – le pont ! – spécialisé dans ces rencontres entre la France et Chicago, une des villes mères du jazz. Didier Petit, violoncelle, Josh Berman, cornet et Jason Stein, clarinette basse compétaient un quartet décidé à dépayser toutes les populations. Pour traverser, il faut accepter d’abandonner nos œillères musicales. Continuer la lecture →

Polar irlandais

Ulster, 1983
Adrian McKinty réussit avec « Ne me cherche pas demain » ce qu’il faut bien appeler un tour de force : nous intéresser à une sempiternelle intrigue de meurtre en salle fermée. Le contexte de la guerre civile en Ulster, en cette année 1983, l’aide beaucoup. Il décrit les peurs, les angoisses mais aussi la réalité des attentats comme la place étrange de l’inspecteur Sean Duffy, catholique dans une police protestante. Il est considéré comme un traître des deux côtés. Continuer la lecture →

Littérature bulgare, un récit de Victor Paskov.

Dans « Ballade pour Georg Henig », Victor Paskov met en scène la rencontre d’un vieux luthier tchèque – le Georg du titre – et un garçon de 11 ans, Victor, dans la Bulgarie des années 1950, dans un quartier pauvre de Sofia. La ballade est construite comme un morceau de musique organisé autour du violon dans toutes ses dimensions. Le vieux luthier construit un huitième de violon pour le petit Victor et termine sa vie en créant un violon hors norme, à la sonorité d’un orchestre, pour Dieu.
Le père de Victor est trompettiste et il court de répétitions en engagements dans un « opéra de quartier » tandis que la mère coud à perdre haleine des pièces de tissu avec une Singer – qui réveille des souvenirs dans toutes les familles européennes.
Paskov décrit, avec les yeux du garçon l’environnement de la pauvreté. Un point de vue qui évite tout mélo : faute de comparaison, Victor ne sait pas qu’il est pauvre et ne comprends pas l’injonction du vieil homme « roi Victor, sois fier d’être pauvre ». Passe aussi quelques notations de cette Bulgarie sous la domination du Parti Communiste forcément stalinien concernant la répression et, en contrepoint, le système de santé gratuit. Continuer la lecture →