A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Autour de quelques nouveautés en JAZZ (1)

Plaisir de jouer.

sophie alour ShakerSophie Alour a commencé par étudier la clarinette pour se retrouver dans ce dernier opus – « Shaker » et ce titre correspond bien au contenu de l’album – au saxophone soprano et avoir appris le saxophone en autodidacte. Elle a voulu mélanger en agitant quelques-une de ses compositions passées comme s’il lui fallait faire le point. A son âge cette sorte d’autobiographie ne peut s’effectuer que sur le ton – le son – de la plaisanterie comme l’indique son premier titre « Joke ». Tous les ingrédients d’un bon cocktail sont présents. L’orgue Hammond que Frédéric Nardin ne craint pas de faire sonner comme une Eglise tordue par le rire de l’excès et par l’absence de résistance à la grandiloquence. Curieux instrument que celui-là qui, depuis Jimmy Smith, ne cesse de hanter un jazz près de ses origines gospelliennes. Certaines des compositions de Sophie reprises ici ont été enregistrées par Rhoda Scott, une manière de rendre hommage à cette musicienne un peu trop oubliée. Continuer la lecture →

Un travail de mémoire.

« Swing », guitare électrique, « Soul »

Le travail de mémoire est toujours renouvelé. Chaque nouvelle pierre vient restructurer l’édifice. Travail nécessaire qui permet de lutter contre les clichés, les idées toutes faites. Les souvenirs sont menteurs. Ils recèlent une part d’émotions qui les rend suspects. Pour chacun(e) d’entre-nous ils revêtent une importance liée à nos sensations. Ils représentent la part d’impalpable de nos expériences. Ils nous construisent mais nous empêcher de les confronter à la réalité historique pour les mettre en perspective, leur donner du sens.
Ce travail de mémoire va de pair avec une appropriation du patrimoine. Le jazz apprend à se servir de cette mémoire pour construire un futur. Connaître le passé, les traditions pour les bousculer tel le sens d’une entrée dans la modernité. Les tenants du post modernisme prétendent rompre avec le passé sans analyse de ce passé, sans en tirer le bilan, sans en appréhender la force, la présence. C’est une erreur mortelle. Les êtres humains font leur propre histoire dans des conditions qu’ils n’ont pas librement déterminées. Continuer la lecture →

Jazz, Billy Hart Quartet

Croisements…

billyhartquartet_oneistheother[1]Billy Hart, batteur, a participé à une multitude d’aventures à commencer par celle de « Quest », ce quartet qui a marqué les années 1970 avec comme chefs de file Dave Liebman, saxophone soprano, et Richie Beirach au piano.
Né le 29 novembre 1940, il a décidé de s’entourer de musiciens de plusieurs générations. Mark Turner, saxophone ténor, né le 10 novembre 1964, porteur de l’héritage de l’école de Lennie Tristano, Ethan Iverson – le pianiste du groupe qui a défrayé la chronique au début de ce siècle, « Bad Plus » – né le 11 février 1973 et le contrebassiste Ben Street né aussi dans ces années 1970 et qui a déjà une discographie importante, notamment avec le guitariste Kurt Rosenwinkel. Ce croisement de plusieurs générations, de plusieurs styles, de plusieurs personnalités construit un quartet qui arrive à exister comme une entité. Pour une musique comme apaisée, apparemment, pour cacher des remous puissants à l’œuvre dans des compositions ouvertes qui laissent à chaque participant exprimer sa propre création. Continuer la lecture →

Du côté des polars.

Vue d’Israël…
liad-shoham-tel-aviv-suspects[1]Tel Aviv, capitale administrative d’Israël, représentative de cette société israélienne avec ses quartiers riches, aisés et pauvres, ses divisions et ses crimes. La ville structure le récit. Une ville omniprésente. Un sentiment qui pénètre le visiteur dés qu’il pose le pied sur le sol de l’aéroport, happé par les questionnaires, les fouilles et le reste.
L’histoire de ce « polar », « Tel Aviv suspects » est sans héros, sans détective privé mais avec des erreurs de jugement et, surtout, la description d’un système policier et judiciaire qui veut des coupables et des coupables présentables. Une volonté partagée par tous les pays. Continuer la lecture →

Une époque et un label, « Swing »

Une mémoire du jazz

"Swing", première période. 1937 est une année exceptionnelle en France et à Paris. L’Exposition Universelle s’est installée. Le clou est constitué par le face-à-face brutal, frontal entre les Pavillons de l’Allemagne nazie et celui de l’URSS. Ils rivalisent de mauvais goût, de pesanteurs et de boursouflures à la place de la grandeur.
Cette Exposition attire, du côté du Pavillon des Etats-Unis – Franklin Delano Roosevelt mène une politique de relance économique dans la crise dite de 1929 -, c’est le jazz qui domine. Les musiciens de jazz débarquent. Ce n’est pas la première fois, ça ne sera pas la dernière.
Un tromboniste majeur, Dicky Wells, est présent avec son orchestre. Les musiciens ont pris leurs quartiers au « Boudon », brasserie du côté de Pigalle.
Charles Delaunay, secrétaire général du Hot Club de France, association créée au début des années 1930 pour promouvoir le jazz, décide, avec l’aide de Hughes Panassié, Président de ce même Hot Club, de créer un label uniquement consacré au jazz. C’est une grande première. Comme l’a été, une grande première, la naissance de la revue « Jazz Hot », première revue française sur le jazz. On y retrouve les mêmes. Continuer la lecture →

Le coin du polar

Un vrai-faux polar et roman d’une génération.

Delteil, les années rouge et noirGérard Delteil est un auteur connu qui a voulu élargir sa palette. Il passe allégrement du polar à des enquêtes en passant par des livres pour la jeunesse et le documentaire.
« Les années rouge et noir », allusion à Stendhal comme aux communistes et anarchistes qui peuplent les « 30 glorieuses », cette période de l’Histoire marquée par une croissance continue et une inflation permanente comme par la Seconde Guerre Mondiale, la Collaboration et la Résistance. Une gloire éphémère marquée par un immense mouvement social, celui de mai 68 qui changera la donne en signant l’entrée dans une révolution esthétique et culturelle. Continuer la lecture →

DVD La leçon de jazz

Un original décortiqué

Antoine Hervé nous propose, en un format inédit – un CD d’un
concert + le DVD de sa leçon – sa 8e leçon consacrée au Griot du
Be-Bop, Thelonious Monk. Cette édition limitée est nécessaire. Monk fait partie des compositeurs essentiels, de jazz, du XXe siècle. Il a influencé la plupart des compositeurs contemporains. Ce coffret permet, avec l’aide du livret de Franck Bergerot, de lui donner toute sa place.
Antoine Hervé, dans le même mouvement, nous fait voyager dans un espace-temps spécifique.
Pas seulement celui de Monk, le sien aussi fait d’approximations sur la vie de Monk, de détails qui n’en sont pas, d’inventions. Il se situe dans le droit fil de la critique de jazz instituée par Hughes Panassié et Boris Vian. Il en oublie la Ville, New York. Mais ces inexactitudes lui donnent l’occasion de développer un point de technique. Personne ne lui demande d’être un historien du jazz. C’est une leçon de piano pas d’Histoire. On peut le regretter. Regretter aussi qu’il n’y ait pas un partage des rôles. Un historien et Antoine Hervé. mais les égos souffriraient… ■ N. B.
• La leçon de jazz, DVD + CD, Thelonious
Monk, RV Productions

L’économie repart ? Vers où ?

Reprise es-tu là ?

Toute la presse s’extasie devant les chiffres faramineux de la croissance en France, + 0,3% au lieu des 0,1% prévu alors que la zone euro est globalement en récession – les ministres d’une manière générale préfèrent le terme bizarre de « croissance négative » – à –0,4%. Les économies espagnoles, portugaises et autres connaissent une moindre récession ou un début de reprise alors que l’Allemagne enregistre seulement +0,4% de croissance. Continuer la lecture →

Fin d’un monde

Le temps des guerres et des révolutions

Photographe de guerre 14-18La guerre de 1914-18 est restée dans toutes les mémoires. Elle fait l’objet cette année d’une commémoration qui cherche, comme souvent derrière ces cérémonies du souvenir, à occulter la recherche des causes de cet événement majeur pour en rester à l’émotion. Les discours oscillent entre la valorisation de l’unité nationale et la dénonciation de la guerre sans s’interroger sur les raisons et les conséquences de ce tremblement de terre qui a vu, via la révolution russe d’octobre 1917, la naissance de ce « court 20e siècle ». Dans le même mouvement, les révolutions esthétiques se sont succédé. Le surréalisme, le jazz, le dadaïsme et… la photographie. « 1914-1918, la violence de la guerre » est une compilation de photographies réalisées principalement par deux sous-officiers au début de la guerre, devenus officiers. Ils ne racontent pas la guerre mais mettent en scène les tranchées et ces soldats qui souffrent au-delà de tout respect humain. Leur travail a, peut-être, inspiré Tardi. Cette succession de clichés fait témoignage de la place désormais importante de la photographie. Ils ouvrent la voie à tous les artistes qui suivront. Il faut lire et regarder cet ouvrage avec ces deux entrées, la représentation de la violence de cette Grande Boucherie et l’accession de la photographie à un nouveau statut.
Cette guerre a permis aussi une transformation fondamentalecombat de femmes, 14-18 dans les rapports entre les hommes et les femmes. Dans la guerre, les femmes deviennent les productrices de richesses. Elles font tourner la machine économique. Il faut enlever des têtes les clichés traditionnels : elles ne sont pas seulement infirmières. Dans un premier temps, elles se situeront du côté de l’Union Sacrée contre l’ennemi pour, un peu plus tard, faire partie, des pacifistes. Le syndicalisme au féminin sera aussi de la partie pour imposer un salaire minimum aux femmes. A la fin de cette guerre, elles seront sommées de retourner dans leur foyer. Elles n’obtiendront pas le droit de vote contrairement aux femmes américaines ni des droits nouveaux. Pourtant, surgira, dans ces années 1920, la figure de la « garçonne » qui marquera un nouveau pas dans la lutte pour la reconnaissance des droits. « Combats de femmes 1914-1918 » fait partie de ces ouvrages essentiels qui permettent un travail de mémoire en luttant contre les oublis du souvenir.
Nicolas Béniès.
« 1914-1918. La violence de la guerre », Stéphane Audoin-Rouzeau, Gallimard/Ministère de la Défense-DMPA
« Combats de femmes, 1914-1918. Les Françaises, pilier de l’effort de guerre », dirigé par Évelyne Morin-Rotureau.

Une histoire nécessaire.

Quand l’Histoire vient à la rencontre de l’actualité.

Les manifestations récentes de droites traditionalistes et souvent extrêmes toujours réactionnaires ont surpris. Danièle Tartakowsky avec « Les droites et la rue », revient sur cette présence. Le recul du regard historique permet de commence à comprendre le phénomène et les stratégies mises en œuvre. De 1935 – on n’a pas fêté comme il se devait le 80e anniversaire du 6 février 1934 – à 1968, les droites ont disparu de la rue qu’elles avaient occupée depuis 1880. La période récente, « postmoderne », a valorisé les traditions, les conservatismes et a ouvert la porte à cette poussée vers le passé recomposé…
N.B.
« Les droites et la rue. Histoire d’une ambivalence de 1880 à nos jours », Danièle Tartakowsky, La Découverte, 221 p.