A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

L’Algérie et la France. Histoires.

L'Amgérie ColonialeUne somme fondamentale

L’Algérie et la France ont une histoire commune, souvent occultée. Il fallait réaliser une « Histoire de l’Algérie à la période coloniale », soit de 1830 à 1962 pour mettre en perspective les questions d’actualité, faire référence au temps long et pas seulement à la conjoncture, pour éviter que l’émotion ne prenne la place de l’analyse. Ce gros livre – qui vient de reparaître en Poche – réunit surtout des historiens français et algériens (et de quelques autres nationalités) pour dessiner les contours d’une histoire mouvementée qui se découpe en plusieurs période, qui met l’accent sur des acteurs clés, sur l’ordre colonial, sur, évidemment, la guerre d’indépendance elle-même et ses conséquences dans les deux pays. Un livre qui fait date et ouvre des perspectives pour des études futures. Une histoire jamais finie…
N.B.
« Histoire de l’Algérie à la période coloniale », sous la direction de Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour, Sylvie Thénault, La Découverte/Poche, 717 p.

Des questions fondamentales

La science dans le tsunami libéral.

la science pour qui ?Faudrait-il changer la devise bien connue « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » – credo du groupe réuni sous l’égide d’« Espaces Marx » – en science sans profit n’est que ruine du capitalisme… et de la santé des populations ? « Science », un terme qui souffre de plusieurs définitions se doit d’être interrogée pour permettre à la fois le renouveau de la recherche fondamentale mise à mal par ce capitalisme libéral pressé par la nécessité d’augmenter le profit à court terme et des formes de contrôle démocratique. Il faut laisser les scientifiques libres de chercher, nous disent les auteurs tout en donnant les moyens – en temps – aux citoyennes et aux citoyens de comprendre et de disposer. « La science pour qui ? », un petit livre qui ouvre des perspectives et rend intelligent.
N.B.
« La science pour qui ? », coordination Janine Guespin-Michel et Annick Jacq, Éditions du Croquant/Enjeux et débats espaces Marx, 125 p.

Un Atlas historique, géographique et politique.

Un Etat palestinien est-il possible ?

Atlas des PalestiniensUn Atlas qui dessine le territoire de la Palestine est un outil essentiel pour appréhender à la fois les difficultés des pourparlers de paix entre Palestiniens et Israéliens et celles de la formation d’un Etat palestinien. On le sait, la question des frontières est essentielle pour délimiter le territoire de cet Etat. Les auteurs offrent aussi une image de l’Histoire de ce Moyen Orient en butte à toutes les occupations, des organisations politiques à travers notamment l’itinéraire de Yasser Arafat. On fera juste le reproche d’avoir dessiné un peu sommairement un lobby juif qui n’a pas la puissance qu’on lui prête et cache la politique mise en œuvre par les gouvernements des États-Unis.
N.B.
« Atlas des Palestiniens. Un peuple en quête d’un Etat », Pierre Blanc, Jean-Paul Chagnollaud, Sid-Ahmed Souiah, Éditions Autrement.

Des vrais et faux polars

Illustrations de la diversité du polar.

Trois types de polar sont illustrés par des parutions récentes. Le polar journalistique tout d’abord avec « Le dossier Odessa » de Frederick Forsyth. Odessa est le nom d’une organisation de réinsertion des anciens nazis dans les rouages de l’économie, de la finance ou de la politique allemande après la fin de la guerre. Peter Miller est un jeune journaliste allemand qui mène l’enquête comme l’auteur l’a fait avant lui. Le prisme de l’intrigue permet à la fois la fiction lorsque les preuves manquent, une fiction rationnelle, convaincante et d’organiser la démonstration. Ce livre, publié en 1972 et retraduit, n’a pas vieilli dans la mise en évidence des collaborations et de cette volonté, pour le capitalisme, de se servir de tous les leviers. Une image de l’Allemagne mais aussi du cynisme de toute une société désertée par l’éthique. Continuer la lecture →

Refondation nécessaire.

L’avenir du syndicalisme dans le basculement d’un monde.

Comment appréhender ce monde capitaliste en mutation ? Comment construire le syndicalisme du 21e siècle ? Deux ouvrages récents permettent de construire des réponses à ces questions fondamentales, « Trente ans de vie économique et sociale », ouvrage collectif de l’INSEE et « Nouveau siècle, Nouveau Syndicalisme », sous la direction de Dominique Mezzi, Syllepse.

Le syndicalisme en France et plus généralement dans tous les pays capitalistes développés est confronté à une nouveauté, l’asyndicalisation après la désyndicalisation qui commence fortement dans les années 1990. C’est le résultat de transformations profondes qui affectent le capitalisme depuis les années 1980. La victoire de l’idéologie libérale à permis la construction d’une nouvelle forme de capitalisme, d’un régime d’accumulation à dominante financière comme réponse à l’entrée dans une nouvelle période en 1974-75. Dans le même mouvement, le recul du collectif et la montée de l’individualisme s’est imposé. Continuer la lecture →

La Norvège chez ECM

Du côté de chez ECM, un pianiste et un bassiste enregistré à Oslo.

La Norvège fait partie de ces pays qui font peu parler d’eux. C’est une erreur le jazz – ou une musique propre qui a ses racines dans le jazz – y connaît un développement spécifique. Depuis Garbarek, il – ou elle – s’alimente des chansons Tord Gustavsentraditionnelles, comme pour cet album signé par le pianiste Tord Gustavsen, « Extended Circle », « Eg Veit I Himmerik EI Borg », je sais que dans le ciel il y a un château. Une réussite qui sait mêler toutes les références, du gospel à John Coltrane. Le saxophoniste de ce quartet, Tore Brunborg, est à suivre. Il nous réservera de grandes surprises. Un quartet soudé – Mats Eilertsen à la contrebasse et Jarle Vesperad à la batterie, partenaire de longue date du pianiste complètent la formation – pour des compositions signées ou arrangées par le pianiste. Une musique qui semble issu des brumes de ce pays mais qui sait parler de nos angoisses et de nos émotions.
aril AndersenPourquoi cette empathie est-elle en partie absente du trio réuni par le contrebassiste Arild Andersen pour « Mira » ? Difficile à dire. Il manque le presque rien. Leur album précédent, enregistré en public, « Live at Belleville » (ECM), était une petite réussite. Le studio, peut-être, ne leur réussit pas. Non pas que Tommy Smith, saxophoniste et flûte Shakuhachi ou Paolo Vinaccia, batteur ou même le contrebassiste ne fasse pas preuve à la fois de virtuosité et de conviction, d’émotion et de froideur mais ils nous avaient introduit, dans l’album précédent, dans un monde tellement habité, original que celui là à un air de contrées souvent visitées. Il reste un trio qui sait s’écouter et faire tourner les idées.
Nicolas Béniès.
« Extended Circle », Tord Gustavsen Quartet ; « Mira », Arild Andersen, Paolo Vinaccia, Tommy Smith, ECM/Concord.

L’art du trio jazz

Un trio.

ETEL’art du trio est sans conteste difficile. Comment résoudre la quadrature d’un cercle lorsqu’il s’agit d’un triangle, même si le cercle est le résultat de plusieurs triangles. On tient, peut-être, là le début de la solution. Disons qu’il s’agit de faire tourner la musique, de s’écouter pour reprendre le vol une idée, un thème et créer un univers qui, pour être commun, n’en sera pas moins marqué par chaque individualité. Pour réaliser ce tour de force, il faut une empathie entre chaque musicien et une connaissance – sinon une reconnaissance – de l’Autre, ici des deux autres.
Dix ans de connivence, dix ans de travail en commun font de ce trio ETE, pour Andy Emler, piano, Claude Tchamitchian, contrebasse et Eric Echampard, batterie, un des grandes réussites actuelles. « Sad and Beautiful », leur troisième album, fait référence à Thelonious Monk et à sa composition « Ugly Beauty », une beauté laide ou une laide beauté, un oxymore qui pourrait s’appliquer au jazz tout entier. L’opposition laideur/beauté n’a rien d’évident. Une fausse note peut susciter plus d’émotion que la note juste et la note bleue est une sorte de fusion entre mineur et majeur, entre sale et belle.
Et ces trois là rajoute un grain de ce sel amer et de la terre pour une création qui ne se refuse rien, aucune référence du jazz ou hors du jazz, dans la musique minimaliste, dans le rock ou même dans la musique contemporaine. Une sorte de déambulation dans notre temps, un temps étrange qui mêle, entremêle tous les héritages. Sale et belle ? Une manière de se moquer des frontières. Il reste l’essentiel : la musique.
Nicolas Béniès.
« Sad and Beautiful », Emler, Tchamitchian, Echampard, Label La Buissonne, distribué par Harmonia Mundi.

Un hommage au présent

Une musique joyeuse et sincère.

Illinois Jacquet ? You know ? Un saxophoniste ténor né dans une famille qui ne parlait que français dans cet Illinois qui a Chicago pour capitale et qu’il faut prononcer à la française. Un musicien qui a oscillé entre « swing » et « bebop » et a participé à la première de ces JATP, Jazz at The Philharmonic que Norman Granz organise dés le milieu de l’année 1944, une manière sans doute de fêter le débarquement sur les côtes normandes.
Deux raisons – sans compter les mondes d’Illinois Jacquet – qui ont pu pousser le guitariste – et banjoïste/chanteur avec d’autres groupes dont « La planche à laver » – Armel Amiot à rendre hommage, avec ce « Flying Home », à Illinois Jacquet. Flying Home est la première heure de gloire du jeune saxophoniste qui, en 1942, se trouve dans les rangs du grand orchestre de Lionel Hampton. Son improvisation est tellement impressionnante qu’elle deviendra partie prenante de toutes les interprétations qui suivront. Même lui sera obligé de se copier… De fait, il était devenu le co-compositeur du thème…
Pour l’album Big Blue – le label de Jean-Michel Proust – le guitariste s’est entouré de Jean-Michel Proust lui-même au saxophone ténor qui se situe dans la tradition initiée par Illinois, de Oscar Marchioni à l’orgue, François Laudet à la batterie et, pour certains thèmes, de Sydney Haddad aux percussions pour à la fois faire référence à l’univers du saxophoniste ténor mais aussi pour construire une musique d’aujourd’hui. Le quartet a d’ailleurs pris le nom de « Flying Home »…
Toutes les musiques, à partir du moment elles ont cette dose de naïveté et de générosité, interviennent dans notre monde.
Armel Amiot qui a commencé comme guitariste de rock et de blues, s’est tourné vers le jazz sans oublier ses premières influences. Son style de guitare fait penser à Charlie Christian, Tiny Grimes, le premier Grant Green et évoque aussi ces guitaristes anglais adeptes de la rencontre guitare/orgue… Un album qui devrait connaître une gloire logique… N’hésitez pas.
Nicolas Béniès.
« Flying Home. A tribute to Illinois Jacquet », Big Blue Records, www.flyinghome.fr

Le jazz Outre Rhin

Une rencontre Allemagne/Suède, deux partout.

Un quartet se décompose de plusieurs manières. Un trio + 1, 2+2 ? Le tout soit être égal à 1, si l’entité se construit. Il faut pouvoir donner la parole à l’ensemble et seules les compositions comme l’écoute réciproque peuvent le permettre.
Ici, pour ces contes venant du Sud, « Tales from the south », Alex Schlosser, trompettiste et bugliste réalise son premier album. Il se fait accompagner par le trio Olaf Polziehn, piano qui se souvient de tous les pianistes et fait preuve d’une énergie vitale qui renverse toutes les barrières, Martin Sjöstedt, contrebasse et Daniel Fredriksson, batterie qui font preuve d’une très belle complémentarité et offre le soubassement dont trompettiste et pianiste ont besoin. Pour certaines de ses compostions – la totalité des 11 plages à l’exception d’un traditionnel et d’une composition d’Ellington, « portrait de Louis Armstrong », sont de sa plume – c’est un trio mettant en valeur la sonorité du trompettiste, pour d’autres un subtil mélange de mise en évidence de chacune des individualités et pour d’autres encore la naissance d’un quartet.
Le leader a voulu multiplié les expériences. Ce mélange de deux musiciens allemands, lui né en 1976 et le pianiste Olaf Polziehn, et de deux musiciens suédois pour un mélange encore plus étrange entre toutes les musiques du jazz, jazz dit traditionnel y compris (un rag fait la démonstration d’une adaptation moderne de cette forme musicale qui remonté à la fin du 19e siècle) comme la musique contemporaine, du free jazz inclus. Un son de trompette qui fait penser à la fois à Louis Armstrong et Don Cherry – sonorités pas si éloignées qu’il le semble à première vue.
Il faut entendre ces musiciens même si, pour ce premier opus, il a voulu trop en dire. Chaque plage quasiment est une atmosphère particulière. Comme si le choix n’était pas possible. Il ne veut rien renier, à juste raison. Il a commencé par le Jazz traditionnel et il en garde quelque chose. Il évoque même « Cootie » Williams, un des grands trompettistes de l’orchestre de Duke Ellington. Une sorte d’histoire en raccourci de la trompette. Le pianiste sait évoquer les grands pianistes comme Wynton Kelly… De drôles de contes qui savent nous parler…
Ils font aussi la preuve de la vitalité du jazz outre Rhin, en poussant jusqu’à la Suède. Une manière de faire l’Europe en s’interrogeant sur le lieu de ce Sud dont parle le titre de cet album ? Et s’il s’agissait justement de réunir les pays du Nord et du Sud de l’Europe ? Comme de réunir tous les jazz ?
Nicolas Béniès.
« « Tales from the South », Axel Schlosser, Double Moon Records, distribué par DistrArt.

Du jazz et du swing…


Du swing en veux-tu ?

swing machineUn groupe bizarre pour une musique qui veut mêler toutes les musiques. Le swing, le rap – un peu, les musiques arabo-andalouses, la guitare manouche, la tradition initiée par Django Reinhardt pour un collage qui ne tient que par l’énergie des musiciens. Benjamin Naud à la basse – électrique comme il se doit -, Jonathan Lassartre à la guitare, Romanic Bories aux saxes et Julien Lefèbve à la guitare manouche se servent de toute la panoplie des références pour leur groupe qui ne pouvait s’appeler que « Swing Machine ». Ils se permettent même d’évoquer la période des grands orchestres lorsque le jazz était aussi musique populaire. Une sorte de réussite. Le tout fait une musique dansante, brûlante et totalement inscrite dans notre temps, un temps de transition qui suppose d’entendre, d’écouter, de jouer de tout l’héritage d’un passé qu’il faut décomposer pour recomposer une autre esthétique.
Nicolas Béniès.
« Swing Machine », www.swingmachine.com