A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Le coin du polar (1)

Quand on a que l’amour…

L’amour peut-être une perversion lorsqu’il se conjugue avec la mort de l’être aimé. L’amoureux fou devient crocodile. C’est la thèse de Maurizio de Giovanni, dans « La méthode du crocodile ». Il l’explique remarquablement. Le crocodile n’est pas un animal vif, il ne peut se déployer rapidement pour saisir sa proie. Il faut qu’il attende que la proie vienne à lui. Il attend. Sa patience est sans limite.
Le meurtrier met en pratique cette méthode en s’attaquant à des adolescents ou à des enfants. Il a un projet. De vengeance, d’une vengeance planifiée, programmée de celle qui se mange froide.
Son « détective privé » est un inspecteur sicilien exilé à Naples, victime d’une calomnie d’un repenti, Giuseppe Lojacono. Il a perdu femme et fille et se morfond dans un commissariat obligé à ne rien faire. Père, il comprend le projet. Il sera aidé par une substitut, elle aussi venu de l’île, Laura Piras. Un couple que nous retrouverons. C’est leur première aventure.
Un roman noir, avec un arrière fond urbain, celui d’une ville, Naples, dans laquelle plus personne ne prête attention à l’autre et vaque à ses propres affaires sans se sentir concerné par d’autres questions qu’individuelles. L’auteur n’oublie pas la chape de plomb de la religion qui visse les comportements et oblige, par respect de la respectabilité, à commettre des actes irréparables.
Pour les enquêtes à venir, il faudrait une écriture plus resserrée, moins de complaisance envers les personnages centraux.
« La méthode du crocodile », Maurizio de Giovanni, traduit par Jean-Luc Defromont, 10/18.

John Coltrane, pour toujours

John Coltrane, génie de la musique.

john coltraneColtrane, un nom d’origine écossaise, résultat de ce brassage obligé entre maîtres et esclaves dans ces Etats-Unis pas encore unifiés, fut le dernier génie d’une musique sans nom, le jazz, qui en compta beaucoup. Le jazz, musique du 20e siècle, a accéléré brutalement toutes les mutations, toutes les transformations à force de révolutions avec comme objectif inavouable de distendre le temps, de le rendre élastique par la grâce du swing. Quelle forme artistique a connu autant de basculements ? Aucune vraisemblablement. L’accélération de l’Histoire n’est pas un vain mot. Ce « court 20e siècle » – pour reprendre notre historien préféré Eric Hobsbawm – a connu, parfois simultanément, des poussées d’espoirs de changement radical et la barbarie. Le jazz a synthétisé ses contradictions dans un changement permanent, au moins jusqu’aux années 1980s, enveloppé dans un rythme étourdissant.
Coltrane, à sa mort le 17 juillet 1967 – le 7 ne l’aimait pas pourrait-on croire -, était devenu, pour son malheur posthume et le nôtre, une icône. La religion, les dogmes, les images pieuses ne sont pas bonnes conseillères en matière de créations et d’imagination.
Il fallait bien lui redonner vie, le rendre à son itinéraire qui fut loin d’être simple et sûrement pas un long fleuve tranquille.
Il était né dans le ghetto de Philadelphie, 40 ans plus tôt, là où rien ne semble possible, où l’avenir est dans le flou, perdu dans des nuages industriels. La crise de 1929 n’allait rien arranger. Continuer la lecture →

Europa djazz et jazz sous les pommiers, deux grands festivals de jazz

Le printemps est là, celui des jazz et de la liberté.

Affiche 2014 festival europa djazzLes festivals, pas seulement ceux de jazz, se conjuguent avec la citoyenneté et l’éducation populaire. L’Europajazz – ex festival du Mans – a soufflé sa 35e bougie en élargissant son champ géographique à toute la région – en débordant sur la Basse-Normandie – et ses activités culturelles vers les collèges et lycées, les Maisons d’arrêt, les maisons de retraite, les hôpitaux et même les entreprises et les conservatoires. Jazz sous les Pommiers suit le même mouvement et fait rayonner le jazz dans les mêmes lieux, comme la plupart des autres festivals. Pour lutter contre une image qui colle à la peau du jazz, « intello », « élitiste ». Le jazz est, à l’inverse, liberté pour créer d’autres sons, d’autres univers. Les jeunes musicien(ne)s l’ont bien compris. Ils et elles sont de plus en plus nombreux sans que le public ne se rajeunisse. Un oxymore pour une musique qui n’en manque pas.
Cette 35e édition de l’Europa avait commencé le 15 mars et se terminera le 16 mai pour laisser la place à Jazz Sous les Pommiers qui lui fêtera son 33e anniversaire.
Uri Caine et Dave DouglasLa fin de la fin de l’Europa a lieu au Mans, la ville de naissance, avec la « Grande fête anniversaire du festival » le dimanche 11 mai dans le parc de l’Abbaye de l’Epeau – un lieu idyllique -, de 11h à 17h, une sorte de ballade dans les fanfares, à l’instar de Jazz Sous les Pommiers qui, traditionnellement, le propose le dimanche – cette année le 25 mai. La conclusion, le vendredi 16 mai, sera laissée à Youn Sun Nah, vocaliste de renom qui a su imposer son style dans les mondes du jazz, en n’oubliant pas sa culture d’origine, celle de la Corée, un pays coupé en deux, à l’histoire tourmentée. Concert qui aura lieu au sein de l’Abbaye, haut lieu de concert de ce festival.
Le jazz envahira, comme chaque année du côté de l’Ascension, la petite commune de la Manche, Coutances pour fêter la liberté comme la Libération et le Débarquement. Pour faire œuvre de mémoire – un travail toujours recommencé – et appréhender le jazz non pas comme une musique du passé mais l’étendard de la révolte de la jeunesse à toutes les périodes troublées de notre histoire. Le jazz et la France, une histoire d’amour, de liberté et d’ouverture vers d’autres possibles, des rêves d’un autre monde.
Soixante dixième anniversaire du débarquement oblige, Jazz Sous les Pommiers se vit aussi au rythme d’un passé jamais dépassé. Le jazz est vivant et le reste. La Libération est une fête folle et le jour le plus long, le jour le plus fou surtout pour les populations de la manche. Le débarquement à Omaha Beach fut une violente boucherie. La mer était rouge de ce sang de jeunes gens.
Le jazz et la danse débarquaient tout autant. La danse surtout, interdite par les autorités d’occupation comme par le Régime de Vichy qui partageaient les mêmes conceptions réactionnaires parlant de musique « dégénérée » à propos du jazz même si certains « collaborateurs » faisaient du jazz une musique blanche et française parce que née à la Nouvelle-Orléans. Les concerts de jazz, contrairement à une idée encore répandue malgré des ouvrages savants, étaient légaux et très fréquentés. Pendant la période de l’Occupation un « jazz français » commençait à se développer. Le « bebop » viendra tout éclabousser jusqu’à l’explosion. La nouvelle révolution esthétique écrasera tout sur son passage. Y compris la mémoire qu’il existait un jazz en France avec deux génies, le premier est connu, Django Reinhardt, le second beaucoup moins, Michel Warlop, violoniste et compositeur.
Ce sera le thème de mes conférences, « Le souffle de la liberté, 1944 le jazz débarque », titre aussi de mon livre aux éditions C&F – voir mon blog www.soufflebleu.fr – que je donnerai, en lien avec Jazz Sous les Pommiers à Argentan le 17 mai, à Granville le 23 mai et à Coutances le 30 mai. Continuer la lecture →

Annonce de mon prochain livre, « Le souffle de la liberté »

souffle_lib_1400x2117Bonjour,

Je publie le 16 mai « Le souffle de la liberté » sous titré « 1944, le jazz débarque » (C&F éditions) pour faire à la fois œuvre de mémoire et éviter les commémorations et participer à l’histoire du jazz après « Le souffle bleu ».
Il est en souscription sur le site

http://cfeditions.com/souffle1944

Je le présenterai le 11 juin de 18h à 19h30 au Café Mancel.

Nicolas.

Annonce de concert du collectif jazz de Basse-Normandie

Le Collectif Jazz de Basse-Normandie présente
sa première soirée de rencontres musicales improbables et improvisées : Impromptus #1 Solo, duo, trio, petites formes dispersées ça et là pour un parcours musical insolite.

De New York à Paris en passant par Rouen et Poitiers, tous se retrouveront finalement pour partager un instant de musique inédit dans votre “Trois pièces” de La Fermeture éclair.

Rendez-vous le vendredi 2 mai à 20h à La Fermeture éclair à Caen !

Trio (Normandie)
Jean-Baptiste Perez : sax soprano, voix / Nicolas Talbot : contrebasse / Nicolas Lelièvre : percussions

A l’occasion de ces premiers Impromptus, Jean-Baptiste Perez et Nicolas Talbot, deux musiciens-improvisateurs incontournables de la scène caennaise (Tante Yvonne, Omedoc,
Hohhot,…), invitent le percussionniste rouennais Nicolas Lelièvre pour une performance inédite en toute liberté !

Nate Wooley : trompette
Trompettiste new-yorkais, Nate Wooley a joué avec John Zorn, Anthony Braxton, Fred Frith, Evan Parker ou encore Peter Evans.
Aux confins de l’inouï, entre vocalisation, amplification,
bourdon et morphisme, il explore, détourne et se joue de son instrument. Un solo en forme de voyage à l’intérieur même du son.

Duo (France)
Christiane Bopp : trombone et Hélène Breschand : harpe
Quand une tromboniste aux multiples facettes, que l’on retrouve tant dans la musique baroque (La Fenice) que le jazz et les musiques improvisées (Dédales), rencontre une harpiste protéiforme qui s’aventure aussi bien sur le terrain de la musique contemporaine (Aperghis, Takemitsu,…) que celui de l’improvisation (Joëlle Léandre, Michel Godard,…), on
s’attend à un dialogue de haute volée qui ne manquera pas de digressions inattendues !

Tarifs : 6/9 € – possibilité de restauration sur place

Le coin du polar (2)

Le polar sud coréen, une découverte

D’après les renseignements fournis, le roman policier est un genre peu répandu en Corée du Sud. A lire « Le dernier témoin » de Kim Sôngjong, on se dit que cette littérature, populaire et savante – les références aux grands auteurs sont multiples – est promise à un grand avenir.
Kim Sôngjong serait le créateur du genre dans son pays. On veut bien le croire.
Ce roman, paru en 1979 – et seulement traduit en 2014, par Patrick Maurus grand spécialiste de la Corée du Sud – en fait la preuve.
Une intrigue qui fait la part belle à l’Histoire, cette guerre civile qui court du 25 juin 1950 à 1953, guerre chaude dans les débuts de la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS, guerre idéologique et politique. Deux visions du monde s’affrontaient, celle du capitalisme d’un côté et de l’autre celle du socialisme, deux visions passées au tamis des intérêts des États-Unis et de ceux de l’URSS, un tamis qui rendait opaque les volontés de transformations sociales.
La séparation des deux Corées avait été décidée aux accords de Yalta. La guerre provenait de la volonté de changer la donne et d’accroître la zone d’influence américaine. La Chine populaire qui naît en 1949 sous la conduite de Mao, ne pouvait accepter une Corée sous domination américaine à ses frontières. L’URSS de Staline non plus. Continuer la lecture →

IDÉES, limites et frontières

Comment appréhender la frontière ?

aux limitesQu’est-ce qu’une frontière ? Le passage physique est-il garant d’exotisme ? Le dépaysement provient-il du dépassement de nos « frontières intérieures » ? Les œuvres littéraires ou cinématographiques peuvent-elles nous renseigner sur la réalité de notre monde pour combattre nos clichés, nous tourner vers l’Autre, comprendre que traverser c’est rencontrer et s’enrichir ?
Guy Lochard, enseignant et documentariste, à travers les fictions a voulu donner vie à des concepts et illustrer un credo formulé par Métraux : « Nous sommes tous des migrants » qui conduit à « approuver l’autre comme part entière de la communauté humaine ».
Dans un même mouvement, il permet aussi de renouveler notre vision de nos sociétés secouées par des transformations profondes à la lumière de l’imagination fertile d’auteurs qui parlent de nos émotions, pour situer les questions dites « sociétales » dans le langage d’aujourd’hui. Des notions, celle de migrants, d’étrangers par exemple, découlent de celle de frontière. Des frontières qu’il faudrait penser comme évolutives pour donner au concept d’identité un sens mouvant, aléatoire subissant les rencontres, les échanges.
Pour défendre sa thèse, il nous entraîne dans la littérature, le cinéma surtout pour aborder les rivages de notre monde étrange qui se contente de définir l’identité contre les autres et non pas avec. La fiction permet d’entrevoir d’autres relations, d’imaginer d’autres mondes. Elle peut devenir plus « réelle » que la réalité elle-même. Raisonner a toujours supposé de laisser grande ouverte la porte de l’imaginaire, du rêve sinon notre humanité se réduit à la défense d’intérêts matériels et individuels pour s’approcher dangereusement de l’abîme de la barbarie.
La dimension de la fiction lui permet de participer au renouvellement de l’approche de la notion de limites – où se trouve-t-elle ? Comment les dépasser ? -, de frontières pour interroger la survivance de l’Etat-Nation. Une autre manière d’envisager la géopolitique du monde mouvant qui est le nôtre, un monde entrain de basculer.

Nicolas Béniès
« AUX LIMITES… Les frontières au prisme de la fiction. », Guy Lochard. Préface de Daniel Cohn-Bendit. Alter ego éditions. Céret. 2013, 332 p.

JAZZ, suite des aventures du Bird

Les aventures d’un génie (suite)
L’Oiseau vole toujours plus haut.

Bird volume 7Charlie Parker, « Bird », l’Oiseau, fait l’objet d’une intégrale dont nous avons rendu compte au fur et à mesure de sa parution. Sous la direction de Alain Tercinet, auteur d’une biographie de Charlie Parker « Parker’s Mood », éditions Parenthèses collection Eupalinos, cette fausse-vraie intégrale en est à son 7e opus et couvre la fin de l’année 1949, début 1950.
Parker revient de son unique périple européen (fin du volume 6) et participe, avec Lester Young et la troupe du JATP – Jazz At The Philharmonic de Norman Granz – à un concert le 18 septembre 1949, au Carnegie Hall. Il vient de se faire remarquer par des déclarations à l’emporte pièce telles que « le bebop n’a rien à voir avec le jazz » et « je n’ai jamais été influencé par Lester Young ». La jam session qui ouvre cet opus fait la démonstration contraire. Tercinet a retenu le montage du LP d’origine qui faisait succéder Lester et Parker pour permettre aux oreilles des auditeurs de se rendre compte de la filiation. Tous les enregistrements réunis ici font la preuve de la connaissance de la mémoire du jazz et du blues. Il peut citer les standards mais aussi le « West End Blues » de Louis Armstrong. Continuer la lecture →

Présentation du festival de jazz de Coutances mai 2014

Je vous propose un rendez-vous exceptionnel le mercredi 7 mai de 18h à 19h30 ou 20h suivant les disponibilités pour vous présenter les faits saillants du festival de jazz de Coutances, Jazz sous les Pommiers.
Nous évoquerons le débarquement. Je fais une série de conférences dans les médiathèques, à Argentan, samedi 17 mai et à Granville le vendredi 23 mai. Enfin à Coutances le vendredi 30 mai.
Pour le reste, de la musique…

AU 7 mai.

Nicolas.