Le coin du polar.

 

Une (re)lecture réjouissante.

Tous et toutes les amateur(e)s de polar connaissent Dashiell Hammett (1894 – 1961), les autres ont sûrement vus « Le faucon maltais », de John Huston, dans lequel Humphrey Bogart donne un visage – en forme de « v », c’est de cette façon que le décrit allusivement Hammett – à Sam Spade, un nom étrange pour un détective privé qui ne l’est pas moins. Dashiell – ce nom lui vient de sa mère et de ses ancêtres français, son premier prénom fut… Sam – a une place de premier plan dans la littérature américaine et mondiale. Il a créé un genre, dans les années 1920-30, le polar « hard-boiled », « dur à cuire » pour des intrigues qui refusent toute solution provenant de la seule logique. Refus d’un roman policier type Agatha Christie et de son détective belge, Hercule Poirot qui pense pouvoir résoudre tous les meurtres « en chambre » armé de « ses petites cellules grises ». La littérature descend dans la rue, elle se heurte à toutes les réalités des forces sociales en présence, des intérêts politiques, économiques et au pouvoir. Continuer la lecture

Imagination et prévision

Quand un roman noir d’anticipation percute l’actualité de la guerre.

Le titre, « Un escalier de sable », m’avait laissé rêveur. C’est sans doute pour cette (mauvaise) raison que je l’avais laissé de côté. Par hasard, je l’ai retrouvé. Il était enfoui sous une masse d’autres livres plus récents et se trouvait abandonné. Marché sur une pile de livres ressemble à un escalier de sable impossible à franchir. Un escalier en forme de mirage… Continuer la lecture

Les polars de janvier 2013

Le coin du polar

La législation anti terroriste est contradictoire avec toute la déclaration des droits de l’Homme. Chacun(e) de nous peut-être fiché(e) sans le savoir. L’accusé(e) d’un attentat qualifié de « terrorisme » – où commence et où s’arrête cette définition ? – ou même la complicité présumée peut donner lieu à une arrestation arbitraire et un enfermement dans avocat ni possibilité de se défendre. Alex Berg, journaliste, raconte cette histoire via l’avocate – jeune et brillante comme il se doit – Valérie Weymann. L’Allemagne, comme tous les pays, à voter, après le 11 septembre 2001, cette législation liberticide. Cette « Zone de non-droit » a des zélateurs qui ne se posent aucune question. Des fonctionnaires fossoyeurs de la démocratie. C’est rien de dire que le lecteur y croit. Continuer la lecture

Le coin du polar. Voyages dans l’espace et dans le temps.

Dans la capitale du Japon au XI e siècle…

I.J. Parker, une spécialiste de l’Histoire du Japon, a conçu sa série autour d’un noble de petite extraction Sugawara Akitada. Il est devenu, après bien des péripéties et enquêtes, secrétaire du ministre de la Justice à Kyoto, la capitale de ce Japon. Tout au long de ce récit, l’épidémie de variole fait son chemin. Au fur et à mesure les nantis désertent la Capitale pour se réfugier dans leur maison de campagne. Continuer la lecture

Polars de décembre 2012

Le coin du polar

David S. Khara avait commencé par « Le projet Bleiberg » pour présenter ses personnages, Eytan Morg en particulier, rescapé des camps de la mort et issu des recherches des docteurs nazis voulant composer une race « pure ». Lui, le Juif, est devenu blond. Une honte. Il résiste à tout. Il transporte surtout une grande partie de l’Histoire dont il est le dépositaire. « Le projet Shiro » prend la suite, en changeant de pays, direction le Japon et les recherches folles autour des armes de destruction massive via les armes chimiques. L’écriture s’est affirmée, le héros n’est plus totalement intouchable. Un peu d’humanité s’est glissée entre les ennemis du premier opus, soit hier. Un mélange subtil entre les mondes d’hier et celui d’aujourd’hui. Quand le passé sert à éclairer notre barbare présent. On attend le troisième avec impatience et un peu d’inquiétude. Continuer la lecture

Le coin du polar.


 Une bonne moisson.

James Lee Burke est l’un des grands écrivains vivants. Qu’il se serve du polar révèle la force de cette branche de la littérature mondiale. Son univers est noir, comme le monde qui nous entoure. Son succès conduit à traduire ses romans « de jeunesse ». « La moitié du Paradis » – c’est pire que l’enfer dit l’exergue et on ne peut que partager cette réalité – est son premier roman et date de 1965. Le contexte a totalement changé comme l’architecture du monde, le style n’est pas aussi affirmé qu’il l’est devenu mais on trouve déjà ce pessimisme total qui tourne autour de l’adage « le pire est toujours sur ». Intéressant de comparer le jeune romancier à celui qu’il est devenu. Déjà, il raconte la Louisiane et la Nouvelle-Orléans en particulier.

Jim Thompson (1906 – 1977) est un autre adepte du « noir c’est noir, l’espoir est mort », le rêve américain n’est qu’une illusion grossière, « Nous tous, écrit-il dans cette prière de fin de « L‘assassin qui est en moi », qui avons commencé la partie de cartes avec une mauvaise donne, qui espérions tant et avons obtenu si peu, qui voulions si bien faire et avons tant déçu. Nous tous. » Un auteur clé longtemps sous estimé.

Des Etats-Unis au Brésil, le même rêve, s’en sortir mais dans quel état ? La corruption n’est-elle l’apanage des grandes villes ? Bien sur que non. Patricia Melo dans « Le voleur de cadavre » nous transporte au Pantanal. Il rencontre la chance diabolique, un avion s’écrase avec de la cocaïne qu’il s’approprie et après il sombre dans les petits arrangements. Une fable sur le Brésil, ses hommes et femmes politiques, les accommodements avec l’éthique.

Don Wislow a déjà une longue carrière derrière lui. Son succès est récent. Dans « Cool », il prend pour base, Laguna Beach en 2005, 1967, 1976, retour à 2005 pour finir à Baja au Mexique la même année. Des « héros » déjà rencontrés dans « Savages », Ben, Chon et Ophelia qui, ici, trempent dans le trafic de drogues. Une sorte d’atavisme. Leurs parents y avaient aussi participé… Une écriture un peu plate, des dialogues qui se veulent fulgurants, une intrigue un peu faible. Mais « Cool » est totalement dans l’air de notre temps.

Passons du côté du froid. La Norvège comme il faut la voir. Un pays triste et mélancolique. « Noël sanglant » est surtout une présentation de l’inspecteur Lykke – la cinquantaine, une jeune épouse, une petite fille – et de son équipe. Du coup, l’intrigue passe au deuxième plan. Une intrigue déjà connue, déjà exploitée. Kjetil Try nous fait « poireauter » pendant une grande partie pour se décider à conclure rapidement. C’est dommage parce que la description de la vie quotidienne vaut la lecture.

Avez-vous déjà visité la Cathédrale de Reims ? Non, ce roman, « Et l’ange de Reims grimaça », est pour vous. Pas un vrai polar ni policier plutôt une mis en situation du monument pour le rendre vivant. De ce point de vue c’est une réussite. Pour le reste, les personnages font trop « série télé », sans consistance. L’intrigue est réduite à sa plus simple expression.

N. B.

« La moitié du Paradis », James Lee Burke, traduit par Olivier Deparis, Rivages/Thriller ; « L’assassin qui est moi », Jim Thompson, première traduction intégrale par Jean-Paul Gratias, Rivages/Noir ; « Le voleur de cadavres », Patricia Melo, actes noirs/Actes Sud ; « Cool », Don Wislow, traduit par Freddy Michalski, Seuil ; « Noël sanglant », Kjetil Try, traduit par Alex Fouillet, Folio/Policier ; « Et l’ange de Reims grimaça », Jean-Pierre Alaux, 10/18 Grands détectives.

Nouveautés polar septembre 2012

Le coin du polar.

La Corse, île de Beauté mais aussi nid de vipères où les natios et les gangs s’affrontent ou se soutiennent. Les RG surveillent tout ce petit monde avec beaucoup de difficultés. Les Continentaux se reconnaissent vite. Alix Deniger a voulu raconter les dérives de ce monde isolé qui ne sait plus mettre de frontières entre sa sauvegarde personnelle et celle d’un idéal qui semble hors de portée. Une histoire de morts pour rien, de barbouzes et de lutte pour le contrôle de l’île. A la fin, personne ne gagne, mais ceux qui ont perdu ce sont ces jeunes gens – les filles sont très absentes – qui ont vu la possibilité d’une vie facile et se retrouve au cimetière. Un beau gâchis. « I Cursini » se veut la chronique de cette Corse là. Dommage que ce soit écrit un peu trop au fil de la plume. Continuer la lecture

Lectures d’été.

Polar


Les mois d’été sont propices à des découvertes, de celles qui obligent à revenir sur des parutions passées – et le passé se fait de plus en plus pressant, de plus en présent, six mois de garde chez les libraires, après le livre disparaît – mais qu’il faut découvrir ou redécouvrir en profitant d’une réédition en poche par exemple. Il faut éviter ce règne de l’idéologie de la modernité, de la nouveauté pour la nouveauté. Prendre le temps est vital. Les vacances servent aussi à étirer ce temps qui n’en finit pas d’être immobile nous forçant à bouger. Se mettre en vacances, en jachère pour profiter de ses lectures, pour rêver tout simplement. En restant éveillé, à l’affût.

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Le coin du polar.


Une nouvelle héroïne, moderne résolument moderne !

Son nom Ava Lee, canadienne mais originaire de Hong Kong. Dans ce pays, désormais rattaché à la Chine populaire, elle a conservé des liens avec son « oncle », proche sans doute d’une mafia. On ne saura pas laquelle. Elle est comptable. Une profession certes honorable mais qui se marie mal, a priori, avec le polar. Une comptable spéciale chargée de récupérer des capitaux empruntés et non remboursés. Ici, une arnaque portant sur 5 millions de dollars au détriment d’un des neveux d’une famille proche de l’Oncle. Elle visitera le Guyana, petit, pays totalement corrompu où la loi n’existe pas. La description de l’arbitraire d’une dictature fait le prix de cette histoire contée par un ancien journaliste et diplomate, Ian Hamilton. Continuer la lecture

Notre soleil noir… le polar

Le coin du polar

 

Il ne faut jamais bouder le plaisir d’un nouveau James Sallis, même s’il s’agit d’une réédition en poche. « L’œil du criquet » – un titre énigmatique comme souvent chez lui – est une des dernières « enquêtes » de Lew Griffin, son double détective Noir, qui le conduit via les cloaques construits par cette société blanche et capitaliste vers la rédemption. Une quête de la réconciliation avec soi-même, ses enfants, ses amis sans oublier la révolte qui reste présente. En arrière-fond cette Nouvelle-Orléans omniprésente malgré les destructions. La Ville elle aussi résiste. Un des grands écrivains tout court et qui sait tout ou presque du blues et du jazz.

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