Des nouvelles du polar…

Le polar a tendance à se diversifier jusqu’à absorber une grande partie de la littérature lui faisant perdre sa spécificité.

Dans les parutions récentes, le polar historique brille de tous ses feux et se présente souvent sous la forme de la série pour faire visiter une époque, une ville… C’est le cas de Claude Izner pour le Paris de cette fin de 19e. Elles – elles sont deux derrière ce pseudonyme – ne pouvaient ignorer l’affaire Dreyfus et le « J’accuse » de Zola, contexte dans lequel Victor Legris et son beau-frère Joseph Pignot vont enquêter sur des meurtres de bouquinistes. « Les souliers bruns du quai Voltaire » permettent de se balader sur les quais de la Seine rive gauche. Comme d’habitude, le style est trop lisse, les situations pas suffisamment scabreuses mais on prend plaisir à suivre l’enquête d’autant qu’elles sont très documentées sur les parutions et l’ambiance du Paris de ces années là, un Paris en train de se transformer. Les personnages commencent à faire partie de nos connaissances.

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POLARS

 

Un amour fou…sans passion !

Le début fait penser à un autre polar qui mêle le fantastique. Un homme se retrouve empoisonné et il a quelques heures pour trouver l’antidote… Ici, Will Christophe Baer dans « Embrasse-moi, Judas », part d’un homme retrouvé dans une baignoire baignant dans son sens et à qui on a enlevé un rein… Le trafic d’organes est à la mode. Mais ce n’est pas cette voie que suivra l’auteur. Phineas Poe – avec un nom pareil, le voyage était inscrit en 80 jours comme la référence au créateur du roman policier, Edgar Allan Poe – est un ancien flic. Là encore, des pistes s’ouvraient. De quoi les mêler pour dérouter le lecteur en construisant une sorte de labyrinthe autour de tous les thèmes du polar. Au lieu de cet enchevêtrement, une construction lisse autour d’un amour fou de quelqu’un qui ne l’est pas moins… L’autre protagoniste lui rendant quelques points. On s’ennuie dans un roman qui ne tient pas les promesses d’un début superbe.

Nicolas BENIES.

« Embrasse-moi, Judas », Will Christopher Baer, Folio/Policier.

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Le coin du polar

Polars de tous les pays…

Juan Pablo Villalobos publie son premier roman, « Dans le terrier du lapin blanc ». Ce n’est pas un polar au sens strict, plutôt une fable à connotation « noire » pour faire connaissance avec son pays, le Mexique. Il fait parler le fils d’un narcotrafiquant avec l’incompréhension supposée des enfants. Le procédé avait déjà utilisé dans ce chef d’œuvre, « Fantasia chez les ploucs ». Ici, c’est un peu laborieux. L’environnement, une sorte de palais fou, avec animaux sauvages qui sent le renfermement, un père qui cède tout à son fils – celui qui dit « je » – sans parvenir à lui donner de l’amour et…une mère. On l’entend pleurer. Tout, du coup est suggéré. La corruption des élites, la nécessité de fuir soit la guerre des gangs, soit la police fait la trame d’une vie en dehors du monde. On peut même y trouver une explication de l’affaire Florence Cassez… Bref, en quelques pages une vision du monde. Continuer la lecture

Le polar et l’esprit des temps.

Des histoires qui se ressemblent…

 

La pédophilie, les actes barbares contre les enfants pouvant entraîner la mort sont des inventions récentes. La famille était un endroit clos. Le père avait tous les droits. Notre temps aura le mérite de punir ces violences conjugales et familiales. Avec tous les dérapages allant de pair avec cette reconnaissance comme l’a montré l’affaire d’Outreau.

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Les polars

De quelques nouveautés

Michael Connelly : La lune était noire, Seuil/Policiers.
Disons le sans ambages, Michael Connelly est non seulement un grand auteur de romans noirs, mais un romancier tout court. Son dernier opus ne vient pas apporte une nouvelle pierre à cet édifice. Il est conçu comme un système d’équations, dont la solution apparaît logiquement dans la première fin. Qui rebondit pour se terminer sur une nouvelle interrogation, une nouvelle inconnue, celle qui prend l’aspect d’une petite fille de 5 ou 6 ans (les enfants ne savent pas très bien). Comme une nouvelle innocence impossible à retrouver. Apparemment, c’est l’histoire d’une femme en liberté conditionnelle, voulant s’enfuir ailleurs, vers d’autres cieux. Le passé se déroule sous les pas du présent répétant le passé pour des raisons mal définies. L’une d’entre elles – Freud n’est pas loin – tient à la famille, mère de toutes les névroses et de toutes les psychoses. Une nouvelle version de « famille, je vous hais »… Le père du psychopathe – une figure obligée, un compagnon des mauvais jours – n’est pas vraiment le père, et le vrai père ignore sa progéniture qui veut sa mort après avoir tué sa mère… Et tout s’enchaîne… Comme si les enfants ne pouvaient répéter que leurs parents… Un constat décrivant l’absurdité de ce monde et de ses lois de fonctionnement. J’oubliais de vous dire, l’action se passe à Las Vegas, l’enfer du jeu !
Nicolas BENIES.

Abdel-Hafed Benotman : Les forcenés, Rivages/Noir.
L’auteur nous écrit de prison. Et ses lettres sous forme de nouvelles font mal. Les rapports récents et les commissions d’enquête parlementaires disent tout hauts ce que tout le monde murmurait. La vie carcérale n’est pas une vie. C’est la dignité des être humains qui est en cause, c’est elle qui est visée. Les personnalités entôlées ont eu, de ce point de vue, un rôle positif. Sans un mot de trop, c’est le message que Benotman fait passer à travers les barreaux. Un message de vie, de haine, de bouffées de meurtres, de vouloir être ailleurs et y rester, de dénonciations du discours sur la réinsertion alors que cette société la refuse… Bref des histoires qui nous concernent. Ce sont les nôtres. La nouvelle se prête à cet exercice. Sans nous y tromper. C’est un roman virtuel. Un roman du désespoir devant la réalité sociale qui ne connaît ni la liberté, ni la fraternité et encore moins l’égalité. Des lettres où l’auteur n’hésite pas à se mettre à nu. Personne n’en sort indemne.
NB.

La revue Polar (Rivages).
Ce numéro 23 est un numéro d’anthologie. A conserver précieusement. Il est entièrement dédié (sauf un au revoir à Jean-Claude Izzo auquel nous nous associons) à André Héléna, forçat de la plume. Il a publié sous différents pseudonymes, auteur de séries, pastiche – San Antonio a aussi commencé comme ça – des américains, mais aussi écrivain, romancier capable de transfigurer n’importe quel « saucisson ». Dans ce dossier figurent aussi ses poèmes, et une nouvelle. De quoi découvrir un univers. Et s’apercevoir qu’il a influencé une grande partie des romanciers de la Série Noire.
NB.

Roseback/Ricardo Montserrat : Ne crie pas, Série Noire (Gallimard).

Un roman noir sur Roubaix. L’espoir s’est fait la malle. Le rêve aussi. Pour toutes et tous. Les habitants mais aussi celles qui viennent d’ailleurs – de l’Algérie, de la Bosnie – connaissent les mêmes morts. La vie n’est pas toujours la plus forte… Les 18 écrivains qui constituent cette association – Roseback – ont à la fois réalisé une enquête sociologique sur la ville sonnant le glas de toutes les politiques de la Ville, une descente dans les psychologies des «privés d’emploi », un cri d’alerte fait de colère et d’abandon et, last but not least, un vrai roman avec une unité de style. Ce n’était pas évident au départ de transformer un atelier d’écriture en un laboratoire de roman. Une réussite.
NB

Article paru dans la revue de l’EE, 10 janvier 2000

Une noire collection.

Aux éditions de l’Olivier, la collection Soul Fiction sous la direction de Samuel Blumenfeld, met à la disposition du public français des livres oubliés ou laissés pour compte. La littérature des hommes invisibles. C’est une forme de littérature proche du jazz et du blues. Malheureusement le français a du mal à rendre compte de ce style proche de la syncope musicale, avec des références sous-jacentes et le « double entendre » comme disent les Américains.Cette collection enrichit notre perception des univers anglo-saxons, et pas seulement américains. Continuer la lecture

Tout autour des polars

De quelques auteurs et de leurs phobies

Le roman policier et le roman noir – ce n’est pas tout à fait la même chose – sont reconnus comme faisant partie de la littérature. Ils se sont même imposés comme une des références incontournables, comme un des moyens d’intéresser le lecteur. En même temps, ils sont porteurs d’une contestation de l’ordre social, d’une révolte soit ouverte soit silencieuse, soit consciente soit inconsciente. Si la révolte s’éloigne, le roman noir – plus que le policier – devient glauque et vulgaire. Par contre, il est forcément grossier, parce que nous le sommes…
Prenons le cas d’un auteur qui «truste » tous les prix, Michael Connelly, américain comme il se doit, habitant Los Angeles, ville étrange que tous les auteurs n’ont jamais fini de décrire1 et donnant lieu à des interprétations diverses. Il fût chroniqueur judiciaire et eût le prix Pulitzer pour avoir décrit les émeutes de L.A. – c’est une ville qui s’épelle par ses initiales – en 1992, émeutes de la pauvreté et de l’apartheid comme de l’affaire Rodney Jones qui a révélé le racisme de cette police de Los Angeles, le LAPD. Il illustre les mystères et les énigmes de cette société américaine durablement ébranlée par la guerre du Vietnam.
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Travail de mémoire

Pour une mémoire vivante...

Le travail de mémoire est difficile.i Il suppose la recherche historique, l’écoute des témoins, une éthique qui vise à rappeler le contexte pour faire partager l’expérience, à éviter les prises de position par trop catégorique, tout en situant son propos sur le terrain de la lutte des classes. Comprendre l’histoire du mouvement ouvrier est vital pour appréhender notre présent et construire des possibles pour le futur. Sans passé, nous sommes sans futur. C’est une des façons de répondre aux tentations millénaristes qui pense la fin du monde au lieu de penser la fin d’un monde… Ces sectes qui prolifèrent dont le carburant se trouve dans les peurs et les angoisses provoquées par la crise culturelle profonde qui marque cette fin de millénaire. Nous sommes entrés dans le 21e siècle depuis novembre 1989, date qui voit le monde basculer dans d’autres règles, une autre structuration. Le monde ancien est en train de mourir, un autre monde se profile avec comme seul horizon celui des lois de fonctionnement du mode de production capitaliste. Toute alternative a disparu. Les États-Unis restent la seule superpuissance qui s’essaie à imposer son ordre, en l’occurrence celui des marchés pour le plus grand bénéfice des firmes transnationales. La guerre du Golfe en 1991 avait indiqué les voies et les moyens de ce nouvel ordre, comme les bombardements sur la Serbie. Les dirigeants russes ont compris la leçon en pratiquant la même sorte de guerre contre la Tchétchénie, s’abritant derrière la lutte contre le terrorisme islamique, comme le gouvernement américain s’était lui réfugié derrière le « droit d’ingérence » pour justifier les bombardements, en défense des droits de l’homme.
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Le polar miroir de notre société

Polar et libéralisme

Un bon polar, un vrai roman noir est marqué par la révolte. Contre les injustices. Contre cette société du lucre, contre les puissants qui ne pensent qu’à manipuler et à imposer par la force brutale s’ils ne peuvent faire autrement.
Deux livres récents viennent illustrer chacun de leur côté cet adage. Le premier porte la signature d’un vieux briscard, Donald Westlake. Un de ceux qui ont su transformer la tragédie en farce pour que le rire – le propre de l’homme et plus encore de la femme – incite à la réflexion, au combat. Son dernier opus, « Le couperet » (Rivages/Thriller), pousse jusqu’à la caricature la lutte de tous contre tous, manière de décliner l’impératif de la compétitivité dans la vie de tous les jours. Burke Devore est un cadre supérieur de l’industrie papetière au chômage depuis deux ans. Il a femme et enfant. Le fils devient voleur et trouve, à son grand étonnement le soutien de son père. Les liens sociaux, le consensus nécessaire à toute vie en société vole en éclats. Les valeurs morales ne résistent pas au chômage. Il a un plan pour retrouver un emploi. Simple. Assassiner celui qui est en poste et qui correspond à son profil. Avant, il faut qu’il supprime tous les prétendants possibles, qu’il sélectionnera à l’aide d’un stratagème. Et Westlake de publier et des modèles de CV, et des conseils de maintien qu’aucun chômeur ne peut suivre. Ce qu’il démontre !
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De quelques polars de 1999

Polar et libéralisme

Donald Westlake est un des grands auteurs de romans noirs. Il pratique la caricature dans une société qui est déjà caricaturale. Il fait rire, mais notre rire grince. Et si ce n’était pas seulement de la fiction ? Subtilement – et cette subtilité fait vendre – il se sert du contexte économique et social. Ainsi dans Le couperet – Rivages/Thriller -, il propose l’histoire d’un cadre américain de l’industrie papetière au chômage depuis deux ans, qui a perdu tout espoir de retrouver un emploi faute d’un minimum de « socialisation », de rapports aux autres, qui se trace un plan simple et qui se veut efficace. Assassiner celui qui a l’emploi qu’il vise et auparavant se débarrasser de tous ceux qui pourraient, avec quelque chance de succès, postuler. L’auteur insiste sur le délitement des liens sociaux, sur la recherche de boucs émissaires nécessaires à la survie de chacun. Il tue sans remords et sans haine, poursuivi par la dure loi du libéralisme, de la lutte de tous contre tous. Cette descente – ou cette montée, qui sait ? – est psychologiquement très juste. Le personnage est crédible comme son comportement. Et c’est là que l’angoisse s’insinue…

De quoi faire un cours sur la société américaine d’aujourd’hui et sur les conséquences concrètes du libéralisme économique. Comme sur la manière de rédiger un CV, un curriculum vitae…

Nicolas BENIES.

Daniel Pennac n’est plus à présenter. Qui ne connaît le souffre-douleur Malaussène ? Ce tout petit livre qui vient d’être réédité en poche (Folio-Gallimard), Des chrétiens et des Maures, une parenthèse surgit comme une évidence : « Malraux avait raison : le vingt et unième siècle sera spirituel ; le chômage s’y emploie. » Pour le reste, une réflexion sur la traduction de « I would prefer not to »…

NB

Le roman policier historique chez 10/18, dans la collection « Grands détectives ».

Une nouvelle arrivée. Kathryn Swinbrooke, médecin apothicaire officie dans le contexte de la fin de la guerre des Deux Roses (fin du 15éme siècle) qui avait profondément divisé l’Angleterre. Paul C. Doherty – auteur qui commence à être connu en France , avec son « privé » Hugh Corbett, son dernier opus nous invite à découvrir Robin des Bois, dans L’assassin de Sherwood – a pris le pseudonyme de C.L. Grace pour nous entraîner dans les enquêtes de cette femme pris dans les antagonismes, les vengeances mais aussi les folies de cette fin de guerre. Doherty insiste, dans une introduction, sur notre méconnaissance de ce Moyen-Age où les femmes avaient droit de cité, notamment dans les métiers liés à la médecine. Il ne le dit pas. Mais le pas est vite franchi vers les accusations de sorcelleries… Ces enquêtes qui se lisent avec un véritable plaisir – deux viennent de paraître Meurtres dans le sanctuaire, une histoire de folie liée à la religion et L’œil de Dieu – de découverte de cette période, et la visite de Cantorbéry vaut le détour, tout en suivant une véritable intrigue policière.

NB.