Jazz en Big Band

Un Big Band ? Oui mais un vrai !

Axel Schlosser & HR BBAxel Schlosser est trompettiste, compositeur et arrangeur pour le HR (Hessian State Radio sis à Francfort) Big Band qu’il conduit. L’album, « Into the Mackerel Sky » – dans le ciel du maquereau ? -, fait la preuve de son appétence pour faire sonner un grand orchestre tout en faisant la part belle à toutes les formes du jazz. Ouvrir avec « Jeanine », un portrait de femme dû à la plume de Duke Pearson – pianiste et compositeur un peu oublié de nos jours – es une excellente idée pour faire miroiter toutes les facettes de ce grand orchestre. Le guitariste, Martin Scales, est un peu trop près de Wes Montgomery et de son jeu en octave avec le pouce mais il s’intègre bien à l’ensemble. Le leader trompettiste habille l’arrangeur tandis que le saxophoniste, Tony Lakatos sait se montrer énergique et la clarinette basse de Rainer Heute fait irrésistiblement penser à Eric Dolphy et le tout fonctionne à merveille. Schlosser joue, se joue de toutes ces références. Il se sert de la mémoire pour faire bouger les corps en même temps que les esprits. Les mateurs de Big Band ne seront pas déçus, les autres pourraient apprendre à aimer ces « machines » dont les rouages – les musiciens – sont autant de grains de sable.
Toutes les compositions sont de Axel Schlosser sauf trois dont un chant traditionnel, « Jeanine » déjà cité et « Skydriver » du pianiste invité, Rainer Böhm qui met en valeur les sections et leur manière de se servir des questions /réponses tout en laissant le champ libre à la contrebasse de Thomas Heidepriem. Il n’est pas utile de citer les noms de tous ces musiciens qui tous méritent pourtant une mention. Ce grand orchestre rend, à sa manière, un hommage vivant au jazz.
Nicolas Béniès.
« Into the mackerel sky », Axel Schlosser & HR – Big Band, Double Moon Records distribué en France par Socadisc.

Jazz, des standards dans les nouveautés

David Chevalier Standards & avatarsNouveautés Jazz février/mars 2015

Printemps des « standards ».

Un standard, c’est un éclat de la mémoire orale devenue référence internationale. Le standard fait partie de notre culture commune. Il peut aussi servir de madeleine tellement nous en avons le goût dans l’oreille. Il suscite en nous des réactions étranges.
Il faut savoir leur redonner une jeunesse en les bousculant tout en les aimant. La tradition exige un respect révolutionnaire.
David Chevalier, guitariste – qui utilise un peu trop à mon goût les ralentisseurs de sons – a construit un trio pour revisiter ces mélodies trop connues et qui transbahutent une grande part de souvenirs souvent partagés par toute une génération, sinon plusieurs. « Standards et avatars » en est le premier résultat. Le titre sonne bien et traduit à l’évidence le projet du guitariste : créer une autre manière d’entendre, en créant des avatars – des incarnations du dieu Vishnou dans la religion hindou devenu le synonyme de métamorphoses, transformations à partir d’un même matériau mais aussi mésaventures – de ces airs qui flottent dans nos têtes comme autant de points de repères. Continuer la lecture

Miles, notre contemporain… pour l’éternité !

Miles Davis, tome 2

La collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber propose un Miles 2edeuxième volume pour retracer le parcours de Miles Davis. Né à Saint-Louis dans le Missouri, Miles commence par jouer aux côtés de Charlie Parker et, dans une foulée étrange, de créer un nouveau son, une nouvelle manière de faire vivre la révolution du bebop, parkérienne. Il crée un nonet, en 1948, avec Gil Evans, Gerry Mulligan, John Carisi, John Lewis comme arrangeurs. Plus tard, bien plus tard, Capitol publiera ces faces en LP sous le titre « Birth of The Cool » mais sur le moment cette révolution dans la révolution passera complètement inaperçue.
En 1949, Miles sera salué comme la nouvelle star de la trompette en France lors du troisième festival international du jazz à Paris co-organisé par Charles Delaunay et Boris Vian. L’amitié entre Miles (23 ans) et Boris (28 ans) sera immédiate.
De retour aux États-Unis, c’est la désillusion qui l’attend. OU plutôt personne ne l’attend. Il erre dans cet espace qui ne le reconnaît pas. Comme beaucoup, il sombrera dans la drogue allant de « gig » en « gig », sans orchestre régulier pour payer sa dose. Quelques éclairs malgré tout… Continuer la lecture

JAZZ, Un Modern Jazz Quartet du 21e siècle ?

Mais où est la sortie ?

Dans les débuts des années 1950 naissait un curieux mélange appelé MJQ, pour Modern Jazz Quartet, sous la direction du pianiste et compositeur John Lewis. Milton Jackson – « Bag’s pour les intimes à cause de ses poches (valises) sous ses yeux -, inventeur du vibraphone bebop, en était l’âme « soul » tandis que Percy Heath, contrebassiste et Kenny Clarke bientôt remplacé par Connie Kay, batteurs, venaient apporter leur mémoire à l’ensemble. Une rencontre de villes aussi. New York pour le pianiste, Detroit pour le vibraphoniste, Pittsburgh pour le batteur Kenny Clarke et Philadelphie pour le bassiste.
Mirabassi no way outCe type de quartet au fil du temps a trouvé d’autres protagonistes. Le dernier en date réunit Giovanni Mirabassi, pianiste et compositeur, Stefon Harris, vibraphoniste, Gianluca Renzi et Lukmil Perez Herrera à la batterie pour cet album Cam Jazz « No Way Out », pas de voie de sortie. Une alliance étonnante entre piano et batterie qui fait penser à celle unissant John Lewis et Milt Jackson. Comme dans l’original, ce MJQ nouveau laisse beaucoup de place au vibraphone qui ne rechigne pas à la prendre et peu à la batterie.
Le tout fonctionne. Sans doute parce que tous les musiciens réunis ici sont de la même génération et ont connu les mêmes choses, qu’ils ont une mémoire commune et une connaissance commune de l’histoire du jazz, malgré leur éloignement géographique. Il faut s’étonner de cette fusion qui ne se refuse rien ni Milt Jackson ni Bobby Hutcherson.
Des compositions intelligentes de Mirabassi qui permettent au vibraphone de prendre son envol et de démontrer qu’il peut créer une atmosphère propice à un voyage immobile. Il faut écouter ce thème, « Palm’air », sorte de duo piano/vibraphone – avec le soutien discret de la basse – pour se rendre compte de la manière dont Stefon Harris habite les compositions de Mirabassi.
Un de ces albums qui, sans révolutionner notre manière d’entendre, sait se rendre indispensable.
Nicolas Béniès.
« « No Way Out », Giovanni Mirabassi, Cam Jazz, distribué par Harmonia Mundi.

JAZZ, La popularité du jazz en Allemagne

Le silence est d’or, le jazz aussi ?

1989, l’année de la chute du Mur de Berlin et des débuts de l’unification de l’Allemagne, est aussi l’année de la publication du premier CD de ce groupe « The Silent Jazz Ensemble » construit par deux saxophonistes, Gebhard Ullmann et Helmut Engel-Musehold. Il se vendit relativement bien. Comme le note la feuille de présentation « As a result, the ensemble became one of the most successul German music groups in the marginal genre of jazz. »
the-silent-jazz-ensemble-nightwalkerAprès bien des vicissitudes – le succès n’est pas un gage de durer – le groupe renaît de ses cendres. L’oxymore de départ – le silence et le bruit – est toujours présent même si le groupe se réduit désormais à un trio. Le saxophoniste, flûtiste est entouré d’un bassiste italien qui a fait ses classes à Berkeley, Roberto Badoglio et d’un batteur américain éduqué avec le nouveau son de la ville de Detroit, Ray Kaczynski pour une musique qui se réfère souvent à la musique arabo-andalouse mâtinée de Coltrane – difficile qu’il en soit autrement – tout en réussissant, par le biais d’une batterie décidée à ne respecter aucun code, à étonner. Ce « Nightwalker » – marcheur de la nuit – nous embarque dans sa drôle de course. Une manière aussi de s’interroger sur le monde qui se veut le notre.
Nicolas Béniès.
« Nightwalker », The Silent Jazz Ensemble, Double Moon Records, distribué par Socadisc.

Chapeau et chaussures

gebhardullmann_hatandshoes_mc-jpgL’autre créateur du « Silent Jazz Ensemble », Gebhard Ullmann a constitué un orchestre qu’il a appelé « Basement Research » – recherche fondamentale ? – qui fête ses 20 ans. En 1994, le groupe était formé du saxophoniste Ellery Eskelin, du bassiste Drew Gress et du batteur Phil Haynes soit trois États-uniens pour une musique qui lorgnait du côté du free jazz et de la musique contemporaine.
Pour ce nouvel album, « Hat and shoes », Gebhard s’est entouré de deux États-uniens et non des moindres, Gerald Cleaver, batteur de Detroit, un des plus importants d’aujourd’hui et Steve Swell, tromboniste tout terrain – il a joué avec Lionel Hampton et Anthony Braxton, beau palmarès on l’avouera -, d’un bassiste allemand, Pascal Niggenkemper, renommé Outre-Rhin, d’un britannique Julian Argüelles, saxophone baryton connu des deux côtés de la Manche pour faire vivre ses compostions. Une musique dont la structure lorgne du côté des expériences du free jazz pour construire une musique du temps, une musique qui affirme la nécessité de la fraternité dans un monde qui la refuse avec obstination. Il faut entendre ces recherches, dépasser la première écoute qui déstabilise – c’est le but – pour aller vers elle sans a priori. En se souvenant de Adorno qui disait que l’œuvre qui perdure est celle qui est hermétique au premier abord. Il faut faire cette expérience d’essayer de rentrer dans un univers qui ne veut pas oublier les utopies de 1968…
Nicolas Béniès.
« Hat ans shoes », Gebhard Ullmann, Between The Lines, distribué par Socadisc.

Louis Armstrong en France, 1948

Chapitre 14 des aventures d’un enfant du siècle

En février 1948, 14 ans après sa première venue en France, Louis Armstrong se produit au deuxième festival de jazz avec son « all stars » à Nice. Une manifestation organisée par Hughes Panassié avec le concours de la ville de Nice et La Radio Diffusion Française qui permettra à Paris Inter de faire entendre ces concerts soit en direct soit en différé. Pas toujours bien enregistrés ou conservés, ces concerts restent comme traces d’une libération mais aussi d’une scission qui marquera longtemps ce monde du jazz, celle du Hot Club de France fondé au début des années 1930.
Louis Armstrong vol 14Un contexte particulier illustré par ce festival de Nice et par la venue salle Pleyel de « Dizzy » Gillespie et son orchestre les 20, 22 et 29 février de cette même année 1948. La plupart des discographies datent ce concert – et j’ai repris cette date dans « Le souffle de la liberté, 1944 le jazz débarque », C&F éditions – du 28 février, oublieuses de cette année bissextile. La remarque vient de Daniel Nevers dans le livret qui accompagne cette « Intégrale » soulignant au passage que Louis et Teagarden y assistèrent or le 28 ils étaient en concert… Un élément important qui indique que les exclusions ne faisaient partie des travers des musiciens de jazz. Continuer la lecture

JAZZ : les nouveautés du côté des pianistes

Trois pianistes, trois directions

Les festivals – « Sons d’hiver » en train de se terminer, « Banlieues Bleues » qui commencera en mars – comme les sorties en CD permettent d’appréhender les tendances en cours. Considérons les pianistes…
to duke matthew shippMalgré les différences de style, Matthew Shipp – né le 7 décembre 1960 à Wilmington dans le Delaware et des études à Boston -, Jacky Terrasson – né le 27 novembre 1965, à Berlin d’une mère américaine et d’un père français, une sorte d’internationale à lui seul – et Manuel Rocheman – né à Paris le 23 juillet 1964 – se retrouve une même volonté : se servir de la mémoire du jazz et des cultures propres à chacun pour créer, pour creuser son chemin dans un monde où l’incertitude domine. Le monde est incertain mais les cultures nouvelles le sont tout autant.. Ne rien oublier tout en bousculant la tradition pour la faire vivre en la conjuguant au présent pour que surgisse un peu d’avenir. Continuer la lecture

Rencontres-collages de cultures.

Musiques et paroles

Hubert Dupont est bassiste pour ceux et celles qui l’ignoraient encore. Mais aussi compositeur et architecte d’univers sonores. Le jazz n’est, pour lui, qu’un des affluents de la musique en train de se faire. On sait bien, depuis « Tintin » au moins, qu’il ne faut pas confondre tous les Dupont… Il faut mettre celui-là à part…
Dans ce nouvel album, enregistré en public, il confronte deux types de poésies, de slams. Celui de Mike Ladd, un Étasunien parisien, et celui de Ibrahima Diassé venant de la tradition sénégalaise, le tassou « un slam traditionnel en wolof » – pour citer la présentation -, le wolof étant une des langues importante de nations africaines. Hervé Samb est à la guitare, Naïssam Jalal est à la flûte et Maxime Zampieri à la batterie – un long solo lui est dévolu sur « Baisse la clim », une manière de rendre compte des mutations climatiques – pour construire les murs de cette maison non terminée. Le toit est inexistant par volonté. Pour ne pas s’enfermer. Continuer la lecture

Hommage vivant à un compositeur vivant

Souvenirs, souvenirs

meecoVoici un curieux album. « Souvenirs of love » est un titre qui n’a pas besoin d’être traduit. Meeco – Michael Maier pour l’état civil – marie ses compositions et ses interprètes pour faire la démonstration de son talent éclectique. Un compositeur respecté si j’en crois la présentation, mais resté – j’en témoigne – largement inconnu. Il n’en faut pas plus pour entendre ces souvenirs d’amour passés, présents et, pourquoi pas, futurs.
L’œil de l’amateur de jazz est attiré par la présence de John Scofield, un des guitaristes qui comptent, et par celle du batteur Victor Lewis. Il faut y ajouter Richard Bona, bassiste et chanteur, aux confins du jazz et de la variété mâtiné de ces « musiques du monde » qui doivent beaucoup au continent africain.
Pour le reste la soul music et le jazz se retrouvent dans ces évocations d’amours perdues et retrouvées. La pochette – ou l’équivalent pour le CD – ressemble à une présentation des musicien(ne)s d’aujourd’hui, partie prenante de ce défilé. La liste est longue et s’inscrit sur le côté droit de la page visible. A l’intérieur, photos et commentaires permettent de voyager dans le temps et dans l’espace pour découvrir une sorte de confrérie.
Comme à moi sans doute, le nom de « Meeco » ne vous dit rien. Il serait pourtant dommage de passer à côté de cet album plein de charme, de tendresse et surtout de musique.
Nicolas Béniès.
« Souvenirs of love », Meeco, Double Moon Records distribution New Arts International

Nouveautés jazz du dernier trimestre 2014

Autour de deux « premier album » de deux saxophonistes.

Dreisam« Dreisam » est, évidemment, un trio. Qui veut mêler les musiques, les cultures du monde. Le titre même l’indique, « Source » et ce singulier interroge.
La saxophoniste, Nora Kamm, est allemande avec des racines culturelles du côté des Balkans si j’en crois ses compositions, le batteur, Zaza Desiderio, est de Rio de Janeiro – la ville brésilienne transporte plus d’influences, d’effluves que dire simplement Brésil – et le pianiste, Camille Thouvenot, vient de Nîmes, un mélange détonnant, un trio étrange. Continuer la lecture