A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

JAZZ, Diego Imbert

Couleurs du temps.

Diego Imbert fait partie de ces compositeurs tentés par d’autres cieux, d’autres métriques. Contrebassiste, il multiplie les pièges pour le batteur, en l’occurrence Franck Agulhon qui sait les entourer pour qu’ils ne se referment pas sur lui. Les références au blues des premiers titres sont à relier avec l’héritage de Ornette Coleman et sa manière de dire au revoir au blues pour mieux y faire référence et lui donner une nouvelle vie. Il ne craint pas, sur « Purple drive » une métrique à 7 temps. Pour en saisir la difficulté, il faut aller voir le film « Whiplash ». Par un filmage superbe, Damien Chazelle montre ce jeune batteur aux prises avec la mise en place des métriques singulières. Rien d’évident.
Pour son quartet, sans piano décidément à la mode ces temps-ci, il a associé les sonorités du saxophone ténor de David El-Malek et du bugle de Alex Tassel pour construire des couleurs musicales qui passent pour l’arc-en-ciel des métriques. Du 7 au 2 en passant par le 4 qui tient en trois tout en sauvegardant le rythme de la valse sous forme d’ombre chinoise.
Un album réussi qui tient son titre « Colors », des musiques qui savent construire des univers. J’ai juste un regret. L’absence de mordant, de colère, de révolte pour obliger notre monde à avouer son impuissance à susciter de la fraternité. Malgré tout, il faut reconnaître qu’on s’y trouve bien dans ces compositions mais l’appel aux maîtres du free jazz devrait aussi se traduire par un peu de « sale », de dirty.
Nicolas Béniès.
« Colors », Diego Imbert quartet, Such distribué par Harmonia Mundi.
Le quartet sera en concert au New Morning pour le lacement de l’album le 21 mai à 20h30

Jazz, Charles Lloyd

Sauvage la danse ?

Charles Lloyd Wild Man DanceCharles Lloyd, saxophoniste ténor (et un peu flûtiste mais pas ici) fête ses 50 ans de carrière. Né le 15 mars 1938 à Memphis, il a hérité de toutes les musiques charriées par le Mississippi, le gospel, les blues, le jazz mélangées à la culture cherokee. Une mémoire puissante ravivée par l’influence visible et revendiquée de John Coltrane. Sa sonorité fait de plus en plus à celle du dernier Coltrane. Il rejoint ainsi la sonorité de l’héritier en ligne directe, Pharoah Sanders.
« Wild Man Danse » est le titre de cet album Blue Note composé d’une suite en 6 parties enregistrée en public à Wroclaw (Pologne) le 24 novembre 2013. Continuer la lecture →

JAZZ, le troisième type ?


Rencontre amicale et jouissive.

Joe Lovano & Dave DouglasApparemment ils sont deux. Un trompettiste, Dave Douglas et un saxophoniste ténor, Joe Lovano. Ils représentent une grande partie du jazz moderne de celui qui ne refuse pas le legs du free jazz, non seulement de Coltrane mais aussi d’Albert Ayler, de Ornette Coleman et de beaucoup d’autres. De ces révolté(e)s qui voyait les transformations démocratiques et sociales à leur porte, midi à 14h. Des utopistes fous capables de transporter des foules de jeunes gens et de jeunes filles vers d’autres planètes plus sûrement que les deux astronautes mettant un pied sur la lune.
Ces deux là en fait sont trois. Pour commencer. Dans l’ombre se détache un grand compositeur de notre temps, Wayne Shorter. Celui notamment du quintet de Miles Davis de 1965 à 1968 composé de Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse et Tony Williams à la batterie, capable de toutes les audaces et de toutes les transgressions. Un quintet sans suite, sans descendants. Sauf Wayne. Qui sait aussi, comme les deux autres, faire fructifier l’héritage libertaire de ces années 1960. Continuer la lecture →

Géopolitique.

Les relations étranges de la France et l’Afrique.

francafriqueFrançois-Xavier Verschave avait construit le concept de « Françafrique », repris par l’association « Survie », pour qualifier les liens néo coloniaux entre l’Etat français – soit au-delà des gouvernements successifs – et les gouvernements des pays d’Afrique francophone. Une manière de qualifier les rapports néo-coloniaux entre l’ancienne puissance coloniale et ses colonies. Des rapports de domination changeants en fonction des mouvements de l’économie mondiale et de la concurrence exacerbée qui s’effectue pour conquérir soit des sources d’approvisionnement – politique du gouvernement chinois – soit des marchés futurs et des stratégies étatiques ou militaires.
L’instrumentalisation du « terrorisme » permet à l’armée française de trouver une nouvelle justification de sa présence renouvelée et du soutien des gouvernements français aux régimes non démocratiques existants. Sous prétexte de « real-politique », les responsabilités des régimes locaux dans l’accroissement des révoltes sont cachées de même que l’incapacité de construire un Etat légitime capable de penser une politique – économique, sociale, culturelle – pour impulser un développement autonome. L’impératif démocratique est l’élément central pour construire un Etat capable de transcender les intérêts individuels comme ceux des grandes firmes. « L’échec de l’Etat », comme l’écrit Bertrand Badie dans « L’État du monde 2015 » (La Découverte »), est une donnée essentielle sinon c’est la guerre. Comme le notait Von Clausewitz, « la guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens ».
« Françafrique, la famille recomposée », à travers les articles des contributeur(e)s, coordonnés par Thomas Noirot et Fabrice Tarrit, brossent le tableau de ces relations où la corruption joue un rôle fondamental. L’adage, « Tout changer pour ne rien changer » vient à l’esprit tant le pouvoir politique, l’armée et les entreprises françaises s’adaptent pour conserver ces « liens privilégiés ». Il faut reconnaître que certains Etats n’hésitent pas à recourir au financement de groupes divers pour que, via la guerre, ils arrivent à s’imposer dans cette partie du monde.
Les prévisions sont favorables au développement du continent africain à condition qu’il se libère de ces dominations anciennes et nouvelles. Ces dernières passent par la dette publique et privée qui bloque les capacités d’industrialisation. Le « tout à l’exportation » est un facteur de faiblesse, de soumission à la loi des marchés internationaux largement dominés par le capitalisme financier et se traduira par des « crises humanitaires » autrement dit par la disette ou la famine des populations. Les migrations dont on parle beaucoup viennent à la fois de ces guerres, de cette instabilité, de cet échec de l’Etat mais aussi de causes climatiques qui viennent s’ajouter à l’ensemble. L’absence d’orientation vers les cultures vivrières est aussi responsable d’une crise écologique profonde sans parler du fait que l’Afrique est souvent prise pour le « dépotoir » du monde capitaliste développé.
Les habits neufs de l'empire« Les habits neufs de l’Empire », sous titré « Guerre et désinformation dans l’Est du Congo », sous la direction de Luigi Elongui, apporte de nouveaux éléments d’information. Il rappelle l’histoire des nations de cette partie de l’Afrique, une histoire souvent inconnue ou méconnue, pour lutter contre tous les stéréotypes xénophobes voulant donner un fondement « racial » aux guerres qui se sont succédées. Il publie des documents du mouvement M23 pour se faire une idée des revendications et des enjeux.
vendredi à BissesseroEnfin, « Vendredi 13 à Bisesero » avec un sous titre comme une sorte de résumé de tous les témoignages recueillis par Bruno Boudiguet : « La question de la participation française dans le génocide des Tutsis rwandais, 15 avril – 22 juin 1994 » est un livre qui montre que, bien avant l’ouverture des archives françaises – décidées en avril 2015 –, les questions étaient déjà sur la table. Questions clés sur la place du gouvernement français dans ce massacre. Le terme de génocide fait débat, on le sait, mais à la lecture de cette accumulation de faits rapportés, qui restent bien sur à vérifier, le scandale est tellement grand que ce qualificatif n’apparaît pas déplacé. Il faut attendre que le gouvernement français ouvre totalement ses archives pour vérifier toutes les données. Pour l’instant le gouvernement français s’y refuse. Ce livre fait la preuve que, dés avant l’ouverture partielle des archives, on savait… Continuer la lecture →

Polar, du côté des folio policier

Un chef d’œuvre et un auteur d’avenir.

La collection s’enrichit d’un chef d’œuvre étrange, « Méchant garçon » – « Bad Ronald » pour le titre original -, d’un auteur qui n’est pas principalement du monde du polar mais plutôt de la science fiction ou de la « Fantasy », Jack Vance. Publié en 1973, il synthétisait toutes les frustrations engendrées par la dite « société de consommation » qui fait des individus des bêtes à désir qu’ils ne peuvent assouvir sauf à sortir de la morale bourgeoise et devenir des parias. Vance décrit un monde où les ados – les « teens » – semblent avoir pris le pouvoir. Plus exactement, il décrit la démission des adultes incapables d’imposer un ordre autre que celui de la marchandise. Continuer la lecture →

Jazz, Stan Getz, musicien élégant

Stan Getz, de retour du royaume des ombres.
Faiseur de miracles

Stan Getz vol 2, quintessence/frémeauxStan Getz (1927 – 1991) est tombé amoureux du saxophone ténor à l’âge de 13 ans semble-t-il après s’être essayé à d’autres instruments avec qui il a eu des relations éphémères. En même temps, ces fréquentations lui ont permis d’habiller la sonorité du saxophone, un instrument qui se prête à toutes les lèvres, à tous les souffles pour construire une relation interactive avec l’utilisateur.
Stan Getz quintessence du saxophone ténor ? L’une d’elles sans nul doute. Un son qui lui fait mériter son surnom, « The Sound », surnom mérité au-delà de toute considération.
Le volume 1, de cette collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber, retraçait le trajet de Stanley ou Stanislas – deuxième prénom qu’il s’était octroyé vers la fin de sa vie dans une interview à Jazz Magazine, peut-être à juste titre mais tout le monde l’avait appelé Stan… – Getz de ses premiers enregistrements en 1945 avec le futur gratin de la West Coast à commencer par Shorty Rogers et Shelly Manne, musiciens nés du côté de New York à cet enregistrement « live » au Storyville de Boston le 28 octobre 1951. Ce club avait été fondé par George Wein futur organisateur du festival de Newport à l’image des festivals dont le point de départ se trouve en France. « Storyville allait accueillir la plupart des grands musiciens du temps dont Charlie Parker. Wein a eu l’idée de permettre de les enregistrer. Ce fut le rôle des labels indépendants dont « Roost » pour les faces gravées par Stan. Elles restent inouïes encore aujourd’hui. Peut-être, c’est l’hypothèse d’Alain Tercinet, parce que le génie de Getz reste balbutiant, et cette hésitation rend l’invention du saxophoniste, en compagnie du guitariste superbe et l’un des premiers beboppers sur cet instrument, Jimmy Raney et du batteur « Tiny » Kahn qui nous quittera à 28 ans. Al Haig au piano et Teddy Kotick à la basse viennent apporter leur science pour faire de ce moment, un moment d’éternité. Aujourd’hui encore, y risquer une oreille c’est tomber sous le charme. Continuer la lecture →

Université populaire Jazz, mercredi 29 avril 2015, 18h – 19h 30 Café Mancel

Bonjour,

Cette année est une année exceptionnelle. L’année du changement. Celui là est minuscule. Il faut savoir s’en contenter.
J’ai donc prévu une 11e séance pour 2015. Une séance de synthèse de l’année – ou des années, je ne sais pas encore, ce sera la surprise – écoulée, sur les villes du jazz.
Cette année, nous sommes passés de Kansas City (Missouri) à Philadelphie et pour terminer sur l’ancienne ville de l’aciérie, Pittsburgh – avec un « h » pour faire original, les Américains ne pratiquent pas le « h » à la fin, une tradition anglaise par contre – et rencontrer Zeus lui-même personnifié en Art Blakey…
Toutes ces villes se rencontre à New York pour fusionner dans ce creuset superbe.
Revisiter les saxophonistes, les vocalistes, les batteurs, les bassistes, les pianistes… pour entendre un son d’époque et un son de ville…

Pour faire la soudure – curieux terme – avec l’an prochain – je voudrais m’arrêter à Saint Louis, aussi dans le Missouri, pour aborder un de ces grands de la trompette un peu ignoré et qui vient de nous quitter à un âge canonique, Clark Terry. Il faut brièvement un des profs de Miles Davis. Ils sont nés tous les deux dans cette ville…
Clark Terry, ci-après pour un thème de Thelonious Monk, « Well You needn’t » – un beau titre et une histoire (tous les thèmes de Monk ont une histoire ou, mieux, une philosophie). Extrait d’un album, « One foot in the gutter », un pied dans le caniveau – si vous voyez ce qu’il veut dire -, sous la direction du batteur Dave Bailey, enregistré en 1960.

Le personnel et La pochette
Dave Bailey – drums
Clark Terry – trumpet, flugelhorn 220px-One_Foot_in_the_Gutter
Curtis Fuller – trombone
Junior Cook – tenor saxophone
Horace Parlan – piano
Peck Morrison – bass

Une partie d’entre eux nous les avons rencontré au fur et à mesure de nos pérégrinations, Curtis Fuller à Detroit, Horace Parlan…

Je vous donne rendez-vous au Café Mancel, comme d’habitude, de 18h à 19h30

Université populaire séminaire Économie, Panta 28 avril 2015, 17h30 – 19h30

Bonjour,

Après une longue période de disette pour les analyses économiques, nous nous retrouvons au Panta Théâtre le mardi 28 avril.
Le thème sera celui traité par toute la presse (économique s’entend), soit « Les signes de reprise de l’économie ». Les patrons ne broient plus du noir, seulement du gris, les consommateurs recommencent à acheter et cette consommation des ménages « tirerait » – pour employer la langue des statisticiens – la croissance.
La dernière Note de Conjoncture de l’INSEE, parue début avril, prévoit 1,1% de croissance pour le premier semestre 2015 – en rythme annuel. Avec des aléas s »importance dont le moindre n’est pas l’avenir de la Grèce dans la zone euro…
Un oubli d’importance parce que cet élément n’entre pas dans les modèles, le système financier et la politique monétaire de la BCE.
L’analyse de la conjoncture a trois outils qui proviennent directement de la comptabilité nationale. Une comptabilité à partie double, d’un côté les ressources – le PIB + les importations, soit le résultat des ventes sur le marché intérieur français -, de l’autre les emplois – la consommation des ménages, l’investissement et particulièrement l’investissement des entreprises, et les exportations. Pour équilibrer le tout on ajoute les variations de stock.
La croissance, soit l’augmentation du PIB, est tirés donc par ces trois emplois. Il faut y ajouter la politique du gouvernement qui est soit contra cyclique soit pro cyclique.
La possibilité de la crise financière et ses conséquences sur la croissance n’est pas envisagée. Elle est rangée dans les aléas…
L’INSEE prévoit donc une timide augmentation de la consommation des ménages – après une quasi stagnation en 2014 -, une hausse des exportations due à la baisse importante de l’euro (qui a tendance à renchérir les importations) et à la chute des cours du pétrole de l’ordre de 60%, avec une difficulté, la définition du prix dit d’équilibre – une invention des économistes néo-classiques -, autrement un prix stable. Les auteurs de la note n’avaient pas tort. le prix du baril remonte ces derniers temps, limitant la chute du prix.
Petite parenthèse. la remonté du cours de baril du pétrole permet à la Russie de connaitre une moindre récession…
Cette baisse du prix du pétrole, comme les auteurs de la Note le soulignent, favorise plus l’augmentation des profits. Ces profits ne servent pas à financer des investissements productifs mais à hausser les dividendes des actionnaires – des fonds de pension, des fonds d’investissement présents au capital des grandes entreprises françaises, celles du CAC 40 notamment – et à racheter les actions de sa propre entreprise. Une sorte de destruction de capital. Une marque ce capitalisme en fin de course. Une action totalement improductive qui ne sert qu’à rendre plus riches les déjà riches. Cependant que la baisse du coût du travail reste toujours la seule variable d’ajustement.
Sans la hausse des investissements productifs, la croissance ne sera pas pérenne.
Dans le même temps, la BCE a décidé de créer 60 milliards d’euros par mois pour intervenir sur les marchés financiers. Les liquidités vont affluer dans les institutions financières. Pour permettre, par la hausse des crédits à l’économie, de financer de nouveaux investissements ? Que nenni! L’effet sera de « booster » la spéculation qui bat déjà son plein…
Il faut lire la démonstration de Steve Keen dans « L’imposture économique » (Éditions de l’Atelier) à propos de la politique de Q/E – Quantitative Easing – de Ben Bernanke lorsqu’il était à la tête de la FED. Cette politique a favorisé les banques mais pas la croissance. Le plus simple dit Keen, dans son modèle d’économie monétaire, donner directement cette création monétaire aux ménages pour augmenter le marché final…
La politique de la BCE est pire encore puisqu’elle rachète sur le marché secondaire. Aucun effet sur la croissance…
Les « signes de reprise » ne sont que des signes…
L’effervescence des marchés financiers – boursiers en particulier – doit être appréciée comme les prémisses d’une future crise financière…
L’incertitude règne en maîtresse d’un monde qui ne pense que par le biais des théories néo classique (libérales) et des politiques d’austérité. Une absurdité en fonction du contexte. Qui ne rebute pas les patrons. L’organisation patronale allemande réclame que Merkel arrête de favoriser mes salariés… Les patrons allemands valent bien les patrons français…
Nous avons comme toujours du pain sur la planche.

A vous revoir…

Nicolas.

Elmore Leonard, auteur américain.

Comment écrire sur un écrivain ?

elmore-leonard-un-maitre-a-ecrire-par-laurent-chalumeau_5307479Elmore Leonard (1925 – 2013) est l’un des grands auteurs de ces romans « noirs » ou « polars » qui marquent le 20e siècle de leurs pointes acérées. Il a trouvé son style, – et ce ne fut pas en un un jour – et il est devenu Elmore Leonard, « Dutch » pour tout le monde. Il a fallu qu’il comprenne l’art de l’épuration, de la simplicité pour accéder au rang de « maître à écrire ». Il fait avancer l’histoire par des dialogues qui dressent la silhouette des personnages. Il donne l’impression du langage parlé, particulièrement celui de sa ville d’origine, Detroit, soumise aux restructurations dues à la crise de l’automobile. Dés la récession de 1980-82, elle se délite par les fermetures d’entreprises, le chômage massif, l’appauvrissement de ces citadins. Dans le même temps, des quartiers entiers sont laissés pour compte où la nature « reprend ses droits ». Pour résister la ville s’endette…pour arriver à la faillite d’aujourd’hui et une volonté de re construction en détruisant les anciens quartiers. Dommage que « Dutch » nous ait quitté, il aurait trouvé là, avec son compère essentiel Gregg Sutter, qualifié de documentaliste, de quoi nourrir ses intrigues. Continuer la lecture →

Jazz, Une étrange structure

Une section rythmique ?

Pour les non initié(e)s au jazz – il paraît qu’il en existe encore, j’ai du mal à le croire – une section rythmique sonne bizarrement. Pourquoi nommer « section » ce qui se réduit à un trio ou à un quartet, soit guitare (g)/basse (b)/batterie (dr) – le piano peut remplacer la guitare quelques fois – ou piano/basse/guitare/batterie ? Pour une raison historique pour conserver la mémoire d’un moment du jazz, le temps où les big bands régnaient en maîtres, soit les années 1930, seule période où le jazz était populaire.
Fletcher Henderson – dit « Smack », ancien ingénieur chimiste -, présenté comme le créateur du big band de jazz, avait pensé, dans ses arrangements et ce dés 1924-25 avec l’arrivée de Louis Armstrong dans son orchestre basé à New York (Harlem serait plus juste), l’ensemble de 13 musicien(ne)s comme composé de sous-ensembles qui devaient réagir les uns par rapport aux autres pour faire vivre les Questions/Réponses (Call/Response) hérités de la tradition du gospel et du blues. Il a donc construit les sections : Trompettes (3 en général conduit par le leader du sous-ensemble, un premier trompette), Trombones (1 ou 2), saxes (2 altos ou clarinette, 2 ténors, 1 baryton) et, par extension et par analogie la section rythmique. Une construction qui tient du concept, d’une sorte de philosophie du grand orchestre et de ses déterminations. Une dénomination qui vient de loin et laisse des traces. Aujourd’hui, tout trio ou quartet qui accompagne chanteurs, chanteuses, musiciens accède au statut de section rythmique… Continuer la lecture →