A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Le coin du polar.

En direct des États-Unis.

Violences du Sud…

James Lee Burke, on ne le dira jamais assez, est l’écrivain le plus important du Sud des États-Unis. Malgré son âge avancé – son expérience de la guerre en est restée au Viêt-Nam, depuis les États-Unis se sont engagés dans des multitudes de guerre -, il sait toujours raconter des histoires tristes et curieuses comme celles des Blues qui marquent profondément cet environnement. Comme le « Old man River », le Mississippi qui structure tous ces territoires
Pour cette nouvelle aventure Dave Robicheaux, son double qu’il n’arrive pas à faire mourir, policier de cette Louisiane remplie de fantômes et de racismes comme d’assassins en série qui ont pourtant pignon sur le Mississippi. Continuer la lecture →

Jazz. Une nouvelle école ?

Liberté

trio bisUn trio qui prend comme nom « BIS » ne peut pas être fondamentalement mauvais. Ils en redemandent de la musique. Eux d’abord avant même la conquête du public. Cet album enregistré « live » – en direct si vous préférez, mais c’est le titre – fait la preuve que le « BIS » est redemandé. « BIS » ? Un trio comme on pourrait s’en douter, composé d’un batteur, Cédrick Bec, d’un saxophoniste – il faudrait employer le pluriel, alto, ténor, soprano –, Raphaël Imbert et d’un guitariste fou, Alain Soler et vous avez l’acronyme qui fait le groupe. Manière d’affirmer que 1+1+1 = 1 = 3 pour dire que le trio fonctionne, devient une entité propre tout en laissant à chaque composante la possibilité de s’exprimer. Un mot résume le credo de ce trio : liberté. Liberté de jouer avec toute la mémoire du jazz, liberté de partir en vrille vers des terres peu connues pour dérouter les deux autres et le public, pour tester si tout le monde est sur la même longueur d’onde, si personne n’est laissé sur une des rives.
Tout passe ici sans rien casser ni lasser. Du standard le plus éculé à John Coltrane et Monk – difficile à éviter ces deux références – en passant par les Beattles et deux compositions personnelles, tout prend une nouvelle consistance, une sorte de coup de jeune.
Cette musique entraînante laisse de la place au rêve et aux échos dans nos souvenirs, échos d’autres temps pour entrer dans celui d’aujourd’hui, un monde quoi aurait besoin d’un violent coup de fraternité. Le jazz reste porteur de ces valeurs, ces trois là, avec leurs décalages, leur manière bizarre de se servir de leurs instruments savent aussi les faire suivre. Disons pour terminer que ce n’est pas une musique facile. Elle veut combattre toutes les habitudes et, pour ce faire, dérange. C’est l’occasion de revoir toutes vos certitudes. Et c’est une bonne chose.
Nicolas Béniès
« Trio BIS, Live », Cédrick Bec, Raphaël Imbert, Alain Soler, Label Durance distribué par Orkhêstra International, www.label-durance.org

Jazz. Compositeure, vous avez dit compositeure ?

Une identité multiple

Myriam Alter crosswayMyriam Alter se situe à la confluence – au carrefour ? – de cultures diverses qu’elle a, sans doute, mis du temps à accepter et à digérer. Séfarade, elle a baigné dans cette musique judéo-espagnole qui possède une grande histoire et une énorme mémoire. Elle est souvent oubliée mais elle a alimenté des musiques, des cultures diverses. Ran Blake autrefois lui a fait une place. Pour autant, elle n’ignore rien du piano classique qu’elle a commencé à étudier ni du jazz découvert sur le tard.
Pour son sixième album – et son troisième pour Enja -, elle a fait appel de nouveau à John Ruocco, clarinettiste original et capable de transmettre toutes les émotions avec un son qui conserve son sang froid, Luciano Biondini accordéoniste remarquable, Michel Massot au trombone et surtout au tuba, Michel Bisceglia pianiste et arrangeur, Nick Thys à la contrebasse et Landers Gyselinck batteur. Elle veut, par ces intermédiaires, faire vivre ses compositions. Le titre de cet album, « Cross Ways », indique bien sa volonté de faire vivre toutes les identités, des identités en évolution. Rien n’est jamais figé. La musique moins que tout autre art. Elle est rencontre. Le titre pourrait signifier carrefour de manière de faire, d’être. Cross, en slang, signifie « se faire avoir » un objectif de tous les artistes pour mettre le public dans sa poche.
Elle n’y réussit pas tout à fait. Par manque d’énergie des participants. Ils ne se livrent pas suffisamment, n’arrivent pas à enfoncer les portes. La cause est, sans doute, dans le manque de répétitions. Sur scène il ne faudra pas manquer Myriam Alter.
Elle livre, à la fin, comme une cerise sur un gâteau de fête un peu ratée, « No Room To Laugh », composition et solo de piano de Myriam dédiée à Mal Waldron. Visiblement, Mal par delà sa disparition, reste un grand inspirateur. On attend la suite…
Nicolas Béniès.
« Cross Ways », Myriam Alter, Enja distribué par Harmonia Mundi.

Jazz. Daroux/Sardaby même combat ?

Navigation en haute mer

Jean Paul Daroux fait partie des rares pianistes qui ont appris de Michel Sardaby, musicien pour musiciens – formule qui signifie que la reconnaissance du public n’était pas au rendez-vous. Pianiste subtil entre Monk et la Biguine, entre France et États-Unis via les îles, musicien accompli qu’il ne faut pas tarder à redécouvrir.
Jean-Paul DarouxDaroux sait faire oublier cette référence pour laisser son ombre envahir sa musique. Elle est aussi teintée de toutes les musiques d’un temps qui en connu beaucoup, notamment le rock qu’il a pratiqué pendant un temps. Musique arabo-andalouse, musiques de la méditerranée sont autant d’ouverture à des rêves de voyages comme le jazz lui-même omniprésent. Il s’est entouré d’un saxophoniste, Samy Thiébault qui sait tenir à distance l’influence nécessaire de Coltrane et de Michael Brecker dont il ne possède pas le souffle pour laisser flotter le son et permettre aux compositions du pianiste de suivre son cours, son long cours bien entendu. Sa sonorité fait quelquefois penser à un… accordéon. Bizarre sensation qui nous ramène sur la rive.
Benjamin Moine, contrebasse et Gilles Le Rest tout autant percussionniste que batteur comme il se doit pour cette musique représentent les soubassements nécessaires, vitaux. Ils savent s’inscrire dans ces destinations pour aborder la pleine mer.
Ces « Déambulations » – titre de l’album – appellent le partage pour exister. N’hésitez pas. Embarquez.
« Déambulations », Jean-Paul Daroux quartet, Label ACM distribué par Socadisc/Les Allumés du Jazz

Jazz. Musique de notre temps ?

Musique mécanique.

Michel Prandi, guitaristeMichel Prandi, guitariste, à l’écart des modes, construit son travail. Il en est au volume 3 de « L’électriptyque », uns sorte de suite qu’il poursuit et personne ne sait s’il arrivera à la rattraper. Il est accompagné dans cette recherche par Frédéric Monino à la basse électrique véritable ancre pour l’ensemble du groupe, François Laizeau, batteur et percussionniste, qui continue de faire la preuve de sa capacité d’invention et Rémi Ploton, au piano.
Il cherche de nouvelles voies, de nouveaux collages associant les musiques, les métriques pour faire surgir le neuf de toutes ces mémoires, mémoires d’un passionné de jazz. Mémoires sans doute partagées avec le groupe de musiciens de Montpellier.
La musique mécanique semble une des références. Il manque à ces compositions la hargne la rage, la violence. Elle est trop gentille même si elle danse et nous fait bouger. Un pas de plus et Michel Prandi pourrait dépasser sa propre tradition, celle des guitaristes dans la lignée de Pat Metheny. Telles que, ces compositions s’écoutent. Elles décollent même de temps à autre pour nous faire atteindre le pays des rêves… Il faut suivre cet électriptyque, des surprises surgiront…
Nicolas Béniès.
« L’électriptyque », Michel Prandi, Pype Line Productions

Jazz. Gérard Marais quartet tout simplement.

Un nouveau classicisme

Gérard MaraisGérard Marais, guitariste, s’est fait connaître aux débuts des années 1970. Depuis, il a construit un parcours qui lui permet d’être à la fois original et classique. Il sait tout de la guitare surtout électrique. Il sait la faire parler, gémir, rire pour faire éclater un son bizarre, tous les sons dont elle dispose sans jamais heurter l’oreille. Sa route est similaire à celle d’Henri Texier plus marqué par la puissance du free jazz dans le milieu des années 60. Il fallait bien les faire se rencontrer pour qu’ils bousculent une fois encore les structures pour faire naître de nouvelles mélodies chantantes et dansantes. Ils n’ont rien oublié et se servent de ces mémoires comme d’un puits sans fond. C’est un plaisir que de les retrouver. Henri est au service du compositeur et soliste principal, Gérard Marais, sans jamais se faire oublier.
Le quartet est complété par Christophe Marguet qui connaît bien les mondes de Texier et de Marais. Il sait comme personne souligné d’un trait de baguette telle ou telle expression pour la rendre plus vivante. Il est d’une génération différente. Né en 1965 au moment où Texier commençait à exercer ses talents avec Daniel Humair.
Le piano est tenu par un jeune homme, Jérémie Ternoy dont le premier CD avait produit une très forte impression. Il sait mêler toutes les influences. Celles d’Horace Silver comme celle de Bobby Timmons en passant par Bill Evans et Milton Buckner. Ici, il répond sur le même ton à Gérard Marais tout en laissant la place au bassiste.
« Inner village », village intérieur, celui de nos rêves orphelins qui cherchent leur chemin dans ce monde barbare, construction fragile qu’il faut savoir conserver. Gérard Marais visite tous les rythmes, toutes les influences, toutes les références.
Un grand album pour toutes les oreilles.
Nicolas Béniès.
« Inner Village », Gérard Marais Quartet, Cristal Records distribué par Harmonia Mundi.

Jazz. Construire un son

De quoi est fait le béton ?

Danny BarronDanny Barron, saxophoniste, guitariste, claviériste et compositeur fait partie d’une bande, une bande sympathique celles du jazz du côté de Montpellier. Il voudrait, avec son trio – Laurent sala à la basse électrique et Jérémy Fauconnier à la batterie -, dessiner une musique du présent en empruntant à la fois au jazz, au hip hop, aux musiques populaires – arabes notamment -comme au rock. Il a défini son style comme du « Concrete Jazz » soit du « Jazz Béton ». Faudrait-il entendre par-là qu’il laisse tomber le jazz ? C’est vrai que la musique qu’on entend sur sa dernière production, « Retrouvailles », pourrait s’intégrer dans plusieurs rangements. Une musique qui trouve aussi ses références dans le « minimaliste » de Terry Riley, sans pour autant s’y inscrire totalement. L’utilisation des sampling permet une sorte de dialogue avec la mémoire du passé via le numérique, présenté comme la nouvelle révolution de notre temps.
Le béton est un composé qui sert à construire une multitude de bâtiments différents les uns des autres, la musique de Danny Barron pourrait aussi à colorer des contextes opposés. Une curieuse expérience qui ouvre grande les portes des rêves et celles des influences. Rien n’est oublié, comme souvent pour les musiciens de notre temps, ni le free jazz ni la fusion ni le rock le plus violent… Il faut découvrir. Vous pourrez le faire sur les sites de musique en ligne…
Nicolas Béniès.
« Retrouvailles », Danny Barron trio, dannybarrontrio@hotmail.fr

Jazz. Musique de nos temps

Une musique urbaine.

Manu Carré Electric fiveManu Carré, saxophoniste et compositeur, sait attraper l’air d’un temps volatile. Il distille une musique faite de réminiscences prises ici, là ou ailleurs qui nous tombe l’impression de la connaître sans la reconnaître vraiment. Sa sonorité de saxophone tient de celle de Michael Brecker et son quintet, dit Mce5, se trouve en écho avec les « moderns cities » chère au vibraphoniste Mike Maineri, le vibraphone en moins. L’utilisation des claviers permet de construire des environnements musicaux puissants, à la limite du pompier quelques fois.
« GO », titre de cet album – et je vous conseille pour vous faire une idée de la musique de ce quintet de commencer par ce titre éponyme plutôt que « Afrunk » qui ouvre l’album -, est une proposition d’y aller, de voir, de s’arrêter pour jouir de cette musique un peu hypnotique, en spirale pour pénétrer dans des profondeurs de surface, pour voguer dans l’éther.
Florian Verdier aux claviers sait éviter le piège du bavardage, Aurélien Miguel à la guitare a bien écouté Jimi Hendrix et tous les guitaristes de rock sans oublier Metheny ou Scofield, Nicolas Luchi à la basse assoit le rythme et Max Miguel montre ce qu’il doit à Tony Williams ainsi qu’aux batteurs de rock un peu « bûcherons » pour varier les plaisirs. Le tout fait souvent penser aux groupes du dernier Miles Davis. Un quintet soudé qui, finalement, réussit à nous « avoir »… à l’insu de notre plein gré.
Nicolas Béniès.
« Go », Manu Carré Electric 5, ACM Jazz label distribué par Socadisc.

Jazz. Un souffle de fraternité

L’accumulation du Capital.

Das Kapital kind of red« Das Kapital » est un trio, bizarre comme il se doit. Un ténor allemand installé à Reims, Daniel Erdmann, un guitariste danois, Hasse Poulsen et un batteur – je ne suis pas sur que cette dénomination convienne tellement ce musicien est capable de tout, mais il est aussi batteur et il le démontre – français Edward Perraud pour une musique qui ne se refuse rien. Il en est à son troisième album et la volonté de créer des univers ne les a pas abandonnés. Ils font partie de cette scène qu’il faut continuer à appeler « jazz » malgré tout, pour la dynamiter et, ainsi, redonner envie d’écouter cette musique étrange venue d’ailleurs. Leur énergie est communicative. Ils ne s’installent pas dans une routine. Les entendre est toujours une surprise. Ils sollicitent toutes les mémoires et d’abord celles du free jazz – mais pas seulement – pour s’installer dans des structures d’une musique informelle. Ils font tout autant appel au rock, à la country – on peut reconnaître une allusion à « Apache » – mais aussi aux musiques du monde et à leurs propres références. Un collage qui fonctionne. La joie de jouer transperce l’auditeur malgré le filtre de l’enregistrement. Continuer la lecture →

Jazz. Rien de moins qu’un big band pour René…

Rêves de jazz.

Organisateur de festival de jazz, un métier ? Aussi sans doute. Il faut pouvoir trouver des financements, monter les scènes, réunir des équipes… Ce n’est pas l’essentiel. Il faut avoir surtout la passion de cette musique et des musicien-ne-s. C’était le cas de René Caumer, âme du Calvi Jazz Festival, « un dieu facétieux » comme le nomme Jean Loup Longnon dans une sorte de poème épique qui sert de livret, poème traduit en corse comme il se doit et en anglais pour l’exportation.
Jean Loup Longnon a eu cette idée de monter un Big band original pour rendre hommage à René disparu le 15 août 2013. Il a rencontré l’adhésion d’un grand nombre de musicien-ne-s qui, ainsi, rendaient à René son amour. Les difficultés furent sans aucun doute multiples. Réunir tout ce monde tenait de la gageure. Pourtant, tout fut prêt pour l’édition 2014. Un concert à Paris, au club « Les Petits Joueurs » puis sur la scène du Calvi Jazz Festival.
« R comme René », titre évident mais plein de ce respect que l’on doit à tous ceux et toutes celles qui se donnent des ailes pour faire s’envoler les autres vers des cieux où les rapports marchands n’existent pas. Jean Loup Longnon a assuré la direction de l’orchestre et qu’il me permette de dire que c’est son album le plus abouti peut-être à cause de cette touche supplémentaire d’émotion… Se retrouvent une grande partie de la scène française du jazz. Une sorte de panorama… qu’il vous faudra découvrir en ouvrant l’album.
Nicolas Béniès.
« R comme René, Paris-Calvi Jazz Big band », direction Jean Loup Longnon, Powerlive, rens : www.longnon.com