A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

JAZZ, Les aventures de l’Oiseau se poursuivent

Parker 11e (clap de fin 1952)

Intégrale Charlie Parker volume 11A l’écoute de ce coffret, le 11e donc que consacre Frémeaux (et surtout Alain Tercinet), « This Time the Dream’s on Me » aux aventures de Charlie Parker, Bird, deux évidences s’imposent. La première est connue et je ne fais que la rappeler tellement elle pourrait s’oublier, le Bird est la figure du génie de ce 20e siècle. Un génie de grande envergure. Une fois encore – je me répète, je le sais bien – Julio Cortazar, dans « L’homme à l’affût », avait saisi la singularité du créateur et de celui-là en particulier. La deuxième évidence en découle. Elle se trouve aussi chez Cortazar. Le temps avec Parker se distend, s’étend, se transforme, s’accélère. Né à Kansas City en 1920, il s’impose en 1945 sans contestation possible. L’éclosion d’un génie déjà sur de ses possibilités et capacités. Son champ s’élargit. Il s’envole. L’enthousiasme, l’allégresse de la découverte baignent les enregistrements.
En 1952, là où nous amène ce volume, c’est déjà la fin de cette jeunesse. L’art de Parker se stabilise. Devient adulte. Les envolées sont plus maîtrisées. Il s’impose. Personne, à cette époque, n’est capable de le suivre dans les stratosphères où il a pris position. Il a des émules, des suiveurs, des copieurs. Il suscite des réflexions mais aussi la nécessité de définir de nouveaux territoires, lunaires et ensoleillés, là où il ne règne pas. Miles Davis, absent pendant cette année essaiera, à partir de 1954, de fréquenter d’autres contrées. Continuer la lecture →

Réflexions sur l’Histoire

« Faire » de l’Histoire.

C’est officiel : les historien – ne – s doivent faire preuve d’imagination. Ils n’avaient pas besoin de cet imprimatur. Il fallait bien « couvrir » les blancs sinon la description ressemblait à un squelette. La chair se trouve dans leur capacité à se prendre pour Alexandre Dumas. Pas toujours facile.
La mode actuelle est à l’histoire avec des « si ». Si telle décision n’avait pas été prise, que se serait-il passé ? Une manière de prouver que rien n’est écrit, que la capacité des êtres humain à faire leur propre histoire existe même dans des conditions qu’ils et elles n’ont pas librement déterminées pour citer Marx. Le déterminisme est une invention. Le champs des possibles est immense. De tout temps. L’antienne, une seule politique possible, est un non-sens logique.
Dans le même mouvement, souvent l’Histoire – apolitique par définition – peut servir les desseins idéologiques. Ainsi les pays d’Europe ont écrit, au 19e siècle, une saga étrange au regard des découvertes anthropologiques, celle de la Nation, plus exactement de l’État-nation. Michelet, comme ses contemporains, ont cherché les racines de la France. Nos livres d’Histoire de la génération précédente ont répété à l’envi des moitiés de réalité en faisant des Gaulois les ancêtres des Français. Une sorte de continuité qui faisait fi des transformations des modes de production et des architectures différentes de l’Etat. La nation naîtra, idéologie nécessaire au capitalisme, de ses travaux. Continuer la lecture →

Jazz, Volume 2 de la collection Quintessence consacrée à Sonny Rollins pour les années 1957-1962

Sonny Rollins, l’inclassable new-yorkais

Sonny Rollins 2 Fremeaux.Walter Theodor – pour l’état civil – Rollins est l’une des incarnations du jazz. Ses méandres, ses oxymores, un moderne/traditionnel, ses retournements, sa volonté de vouloir toujours être ailleurs dissimule sans doute, comme Alain Gerber le laisse entendre dans son essai « Un ailleurs où aller » – qui ouvre le livret du volume 2 -, un manque de confiance en soi comme la nécessité de ne pas se laisser embaumer, enfermer dans une case. Il aurait pu refaire, sa vie durant, les improvisations de l’album « Saxophone Colossus » dont ce « Blue Seven » contenu dans le volume 1 de cette collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber et enregistré le 22 juin 1956 pour le label Prestige. Il refusa pour continuer à vivre et à créer. A surprendre. Pour ce faire, il se tourna le dos. Continuer la lecture →

A propos de l’annulation du cours d’économie de l’Université populaire.

Un détail en forme de grain de sable de la taille d’un gros décor…

Aujourd’hui, 28 janvier 2016 j’étais en route pour le Panta théâtre lorsque je me suis aperçu que mon téléphone avait sonné bien avant mon départ et que je n’y avais pas prêté attention. Erreur fatale comme disent les ordinateurs.
C’était le Panta qui me disait que le cours d’économie était annulé. Annulé alors que nous sommes à un moment fatidique du début d’une crise financière, c’est plus qu’une faute! Il me fallait bien me rendre à l’évidence. Il n’était pas possible de nous accueillir. Un décor encombrant devait être livré juste – évidemment ! – au moment où le cours aurait dû commencer.
J’ai dû me résoudre à vous laisser découvrir à la porte le petit mot de l’annulation.
Désolé d’autant que je m’étais préparé à ce dernier cours avant la fin mars.
Il faut bien que, dans ce monde moderne et barbare, faire de la place au risque – et non pas de l’incertitude ici – de l’annulation.
C’est assez rare pour ne pas en vouloir au Panta…

Pour tous ceux et toutes celles qui ont accès à ce site, vous pourrez lire un article que j’ai écrit récemment – en fait deux articles complémentaires – sur cette troisième crise financière.

A bientôt.

Nicolas.

Crise financière et crise économique

La troisième crise financière a commencé… dans l’indifférence générale.

Le 24 août 2015, la Bourse de Shanghai chute brutalement. Un processus de crise financière mondiale se déclenche. L’onde de choc atteint les Bourses de tous les pays développés. Comme à l’habitude depuis l’entrée dans la crise systémique en août 2007, les banques centrales sont les seules à réagir. Elles augmentent la création monétaire pour alimenter les marchés financiers en liquidités permettant la poursuite de la spéculation à la hausse. Dans un premier temps les marchés financiers se redressent et la peur disparaît. Pourtant, cette riposte ne se situe qu’au niveau de la manifestation de la crise et n’agit pas sur ses causes. La crise s’est donc poursuivie obligeant « Les Échos » à faire sa une, le jeudi 21 janvier 2016 sur « Le krach rampant », les Bourses de New York, Paris, Tokyo, Londres ayant dévissé de plus de 3%, une baisse énorme. Continuer la lecture →

La crise financière et les moyens de lutte

Une politique monétaire inédite

La déflation est une réalité. Seules les banques centrales mettent en œuvre des moyens pour essayer de lutter contre elles. Sans effet. Pourtant, jamais la création monétaire n’a été aussi imposante, jamais les taux d’intérêt de refinancement n’a été aussi bas. Mais cette politique semble avoir atteint ses limites…

Les politiques économiques des pays développés, à commencer par ceux de l’Union Européenne, restent fortement ancrées dans le libéralisme économique qui leur fait obligation de l’austérité pour comprimer le déficit budgétaire. La baisse des dépenses publiques se traduit par une chute des investissements publics qu’ils soient le fait de l’État ou des collectivités territoriales. Le processus déflationniste actuel qui se traduit par la baisse des prix à la production devrait plutôt inciter les gouvernements à favoriser la croissance par un « choc » de la demande. Les gouvernements jettent un voile pudique sur la réalité en s’abritant derrière un faible taux d’inflation, de 0,1% en novembre pour la France. Continuer la lecture →

Jazz, Noir c’est Noir, un message de Ran Blake pianiste, compositeur et octogénaire.

Un Chabrol mis à nu

Claude Chabrol a souvent dissimulé la profondeur de ses films derrière un détachement, une ironie pour se présenter simplement comme un « faiseur », un artisan. Pourtant, à ce bon vivant, le noir lui sied comme un gant de boxe à un boxeur.
Cover-RanBlakeChabrol-160x160Ran Blake, pianiste et spécialiste des films dits « noirs » en français et de série B, en redonne comme le substantiel suc via la musique qu’il a composé pour la plus grande partie des pièces qu’il présente dans cet album Impulse sobrement intitulé « Chabrol Noir ». Ces 17 compositions peuvent s’entendre comme une suite. Elle commence par « Cemetery », pour bien marquer l’ambiance et se termine bizarrement par un thème de Michel Legrand extrait des « Parapluies de Cherbourg », « Watch what happens », qu’est-il arrivé ? Est une bonne question de fin. On se le demande encore. Façon de justifier d’entendre cette musique une nouvelle fois pour essayer d’en épuiser la beauté et l’angoisse. Continuer la lecture →

Jazz, Un retour

Michele Hendricks, un peu de Ella ?

Michele Hendricks a commencé en faisant partie des groupes de son père, Jon, un des créateurs du « vocalisme », des textes le plus souvent poétique sur les thèmes qui ont fait l’histoire du jazz. Elle a commencé une carrière soliste – elle a réalisé deux ou trois albums – et s’est arrêtée se faisant enseignante en s’installant en France. Il était loisible de la rencontrer jusqu’à l’année dernière au festival de Crest Jazz Vocal (dans la Drôme) où elle était chargée de stages. Elle montait de temps en temps sur la scène pour offrir aux publics extasiés l’essentiel de son art du scat.
Elle remonte sur scène pour renouer les fils d’une carrière un peu écartelée. Elle profite de l’édition de cet album, « A little bit of Ella (now and then) – titre éponyme de la seule de ses compostions qui en fait partie – pour commencer une tournée. Continuer la lecture →

Un roman « vrai » de Roger Martin, « Il est des morts qu’il faut qu’on tue

Le phœnix de l’antisémitisme

Roger Martin, il est des morts qu'il faut qu'on tueRomain Delorme – ainsi s’appelle-t-il au début d’une histoire non chronologique – est aussi Maxime Tillier, nom qu’il prendra après des découvertes sur sa naissance est le personnage central de ce roman. Flic – on écrit flique à la fin du 19e -, agent secret, fils de gendarme il participe aux grands événements de ce siècle pourrissant qui se termine par la Première Boucherie Mondiale. Le récit commence là, en cette année 1914 qui signe la fin du 19e siècle.
Le narrateur a 43 ans lorsqu’il s’engage. Il y découvrira l’imbécillité de l’antisémitisme. Manière de raconter, pour Roger Martin, cette période qui va de la Commune à la fin de l’affaire Dreyfus et à la mort de Zola, vraisemblablement assassiné par ces antisémites avec l’aide d’une partie de l’armée et de la police. Les anathèmes, les insultes, les annonces de l’anéantissement total de la soi-disant « race juive » se retrouveront tout au long de l’histoire de cette France républicaine. Il met en scène le Préfet Andrieux, père d’un certain Louis Aragon faisant ainsi écho à la biographie de Philippe Forest parue aux éditions Gallimard. Delorme/Tillier meurt en 1940 au moment de la promulgation par Pétain du décret sur les Juifs les privant de droits et de nationalité. Le cri du mourant « ça ne finira donc jamais » est encore le nôtre… Oui, « Il est des morts qu’il faut qu’on tue » pour pouvoir, faire vivre la fraternité.
Nicolas Béniès.
« Il est des morts qu’il faut qu’on tue », Roger Martin, Cherche Midi, 2015, 540 p.

Jazz, Michel Fernandez saxophoniste

Partir, c’est mourir un peu mais c’est aussi ouvrir des « passages », Michel Fernandez s’y emploie…

Un passager clandestin ?

Michel Fernandez PassagesMichel Fernandez, prof à Lyon, est aussi saxophoniste. Il participe des présents du jazz en se situant dans la lignée de John Coltrane, comme presque tout le monde de nos jours, mais aussi de John Tchicai – un mélange Congo/Europe du Nord, le chaud et le froid – et de l’afro beat de Fela Kuti. Un héritage qu’il fait fructifier en le rendant présent, en lui redonnant du sang neuf. Il connaît ce profond adage du jazz, « Je t’aime, je te respecte mais je ne t’imite pas parce que tu m’as influencé ». Aucune copie mais une inspiration commune. Le rêve de la musique comme une réponse à la folie du monde. John Tchicai est sans doute le moins connu de ce « club des cinq » – dont Archie Shepp et Leroy Jones – réuni au début des années 60 pour un album ESP d’avant garde. Sa leçon doit être;pourtant retenue, rester soi-même tout en intégrant les bruits du monde. Michel Fernandez à participé à ces recherches.
Il vient à la fois de sortir un nouvel album, « Passages » entre l’avant et l’après, entre hier et demain, entre lui et lui peut-être – et de constituer un nouveau quartet : Linda Gallix au piano, François Gallix à la contrebasse et Jack Pirastru à la batterie. Ils font la preuve que l’énergie, le plaisir de jouer, de créer ne font pas partie du passé. Ils et elle partagent cette intensité de cette musique qui ne supporte pas la tiédeur. Des compostions qui intègrent allègrement le free jazz, les rocks et les musiques du monde. Il faut insister sur l’allégresse qui fait la preuve que ce quartet fonctionne. Ces quatre là sont des passagers clandestins d’un bateau qui n’est pas fait pour eux.
Un album réussi. Cerise sur le gâteau, cet enregistrement est réalisé pour un nouveau label, « Jazz in situ Records ». Un petit nouveau qu’il faut saluer comme il se doit et lui souhaiter une longue vie au service de ces musiques trop souvent laissées dans l’ombre.
Nicolas Béniès.
« Passages », Michel Fernandez quartet, Jazz in situ records, contactjazzinsitu@gmail.com