A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Pour le prochain séminaire jazz du 23 mars 2016

Prochain arrêt, Baltimore, Maryland.

250px-BaltimoreC12Baltimore est une des grandes villes américaines. Elle a connu un essor important dans la deuxième moitié du 19e siècle grâce au chemin de fer que la municipalité a financé. Elle s’est trouvée en concurrence avec Philadelphie. Une lutte sauvage s’engagea entre les deux villes pour la suprématie commerciale. « Dans les années 1850 , le chemin de fer avait largement supplanté les canaux pour le transport de marchandises » P.66 de l' »Atlas historique de l’Amérique du Nord », Eric Homberger, Autrement, Paris, 1996. Le charbon des mines d’anthracite de Pennsylvanie étaient désormais acheminé en train. Baltimore situé sur la baie de Chesapeake connaîtra un essor visible. La dite Baie est passée dans l’histoire grâce à l’accident – voulu ? Les preuves manquent – de Ted Kennedy qui a vu la mort de sa secrétaire…
Le maryland fut aussi un Etat dans lequel l’esclavage se développa contre les travailleurs européens salariés. Le débats se poursuit pour savoir si, sur le terrain économique, c’était vraiment une économie. Cette querelle provient de l’école de l’histoire quantitative qui oublie trop souvent les questions de pouvoir et de domination.
Une ville qui a connu des émeutes après l’assassinat de Martin Luther King. La population noire atteint quelques 46% de la population totale de la ville.
C’est la ville de naissance de Eléonora Fagan – connue plus tard sous le nom de Billie Holiday, elle s’est inventée -, De Blanche et de Cab Calloway, de Chick Webb, batteur immense, de Ellery Eskelin entre autres pour le jazz mais aussi de Edgar Allan Poe, de Dashiell Hammett et de Ta-Nehisi Coates qui sera l’un de 100px-Flag_of_Baltimore,_Maryland.svgnos guides.
Son brûlot, « Une colère noire » – éditions Autrement -, est un essai de description de cette société américaine profondément marqué par le racisme et qui ne sait pas éviter la violence ouverte comme la politique ne permettait une résolution des conflits…
Une ville qui a fait aussi la une de l’actualité avec les assassinats racistes…
Nicolas Béniès.

Jazz, Paris, 1958 et 1960. De la peur à la peur et la joie du jazz.

JATP à Paris, Olympia et Pleyel.

JATP à ParisLe Jazz At The Philharmonic est l’idée personnelle de Norman Granz. Avant d’être producteur de disques de jazz et créateur de labels indépendants – NorGran, Clef, Verve et Pablo -, il avait voulu ouvrir les Philharmonic au jazz. Mis à part les concerts au Carnegie Hall, dés 1937 avec Benny Goodman, et surtout les « From Spiritual To Swing » de décembre 1938 et 1939 organisés par John Hammond, critique de jazz mais aussi membre d’une des grandes familles américaines, les Philharmoniques étaient fermées au jazz, considéré comme une musique de bordel.
Le 2 juillet 1944, Norman organise son premier concert avec la volonté de faire cohabiter, sur scène des styles, des musiciens différents pour faire surgir… on ne sait quoi. La lumière ? La nouveauté ? Le miracle ? S’il fallait choisir j’opte à coup sur pour cette dernière solution. Plus l’opposition était forte, mieux c’était…
En 1958 – le 30 avril – la formule était rodée. Le public parisien, clairsemé – la période est trouble, les coups d’État menacent, la IVe république est en train de mourir, la guerre d’Algérie menace la République – assiste à un concert qui réunit deux monstres sacrés, Coleman Hawkins, l’inventeur du saxophone ténor et Roy Eldridge dit « Little jazz », trompettiste capable de franchir toutes les limites pour gagner la première place – même s’il ne sait pas de quel concours il s’agit. Se rajoute Sonny Stitt, saxophoniste alto et ténor, plus original au ténor qu’à l’alto, en tournée en France et que Norman a recruté pour l’opposer à Coleman Hawkins, un peu plus de sel dans les confrontations qu’il aime, et une section rythmique conduite par le pianiste Lou Levy avec Herb Ellis à la guitare, Max Bennett à la contrebasse et Gus Johnson à la batterie. Continuer la lecture →

Jazz, A propos d’une rétrospective Don Byas

Pour que vive Don Byas.

Don ByasCarlos Wesley – ses prénoms pour l’état civil – Byas est un musicien un peu ignoré de nos jours. Les temps sont durs pour le jazz et ses incarnations. A n’en pas douter Don Byas fut une de celle-là. Né à Muskogee dans l’Oklahoma, dans une famille musicienne qui unit un père d’ascendance espagnole et une mère Cherokee, pianiste occasionnelle il suivra des études classiques de violon et de clarinette. Les « cultural studies » très en vogue aux États-Unis à partir des années 1980 ont fait la part belle à la description de la vie culturelle de ces villes moyennes américaines. Elles permettent de comprendre les influences qui pèsent sur les apprentissages. Pas seulement musicales en l’occurrence mais aussi environnementales – dans le sens d’un contexte spécifique.
Particulièrement, en ce qui concerne le jazz, la place des « Territory Bands », ces orchestres confinés dans le périmètre d’un territoire, d’un Etat. Souvent, ils n’ont eu aucune reconnaissance nationale à l’échelle des États-Unis faute d’un imprésario qui pouvait les faire monter à New York. L’aventure du Count Basie Orchestra, « découvert » par John Hammond en écoutant une radio de Kansas City n’est pas transposable. Il est même vraisemblable que cet orchestre a empêché d’autres d’être reconnus. Ce n’est pas la faute du Count et de ses hommes ni des chefs d’orchestre mais d’un « effet de système » qui exclut. Continuer la lecture →

Le futurisme mode d’emploi

Art Total et d’Avant-Garde : le futurisme

Qu'est ce que le futurisme ?Les débuts du 20e siècle pour le calendrier représentent plus justement les derniers feux d’un 19e siècle qui finira en 1914 avec l’ouverture de la Première Guerre mondiale. Ce sont des années de transition d’un monde qui cherche de nouveaux repères, de nouvelles balises. L’art, dans toutes ses dimensions exprimera un des possibles mondes à venir.
Le « Futurisme » naîtra en Italie, à Milan, dans cette Italie du Nord plus prospère, plus industrielle, plus « moderne » que celle du Sud, par l’intermédiaire de l’écrivain Marinetti qui en publiera le premier manifeste sous forme de tract. Les orientations sont claires. Inscrire le développement humain dans la confrontation avec la machine pour faire surgir une nouvelle définition de l’Art en prise avec la modernité. La respiration de l’Histoire semble s’accélérer pendant cette période. La vitesse donne une nouvelle dimension au temps. La barbarie est inscrite dans cette ère du machinisme. Les ouvrages de science-fiction en témoignent.
Les futuristes proposent de transformer tous les aspects de la vie et pas seulement de la culture. Nouvelle cuisine, nouvelle architecture tout autant que la musique, le cinéma et le reste. Rien de ce qui est humain de leur est étranger. Continuer la lecture →

Polar historique (2)


Réflexions modernes sur la recherche médicale.

l_homme_au_masque_de_verreViviane Moore poursuit les enquêtes de son nouveau détective – ici Jean du Moncel, commissaire au Châtelet – commencé avec « La femme sans tête ». « L’homme au masque de verre » nous fait pénétrer dans le Paris de cette année 1584. La mort est omniprésente, les maladies, les épidémies – la peste en particulier – aussi. La médecine est dominée par le chirurgien Ambroise Paré qui a fait ses classes sur les champs de bataille. Dans même temps, par une volonté semblable, les alchimistes essaient de trouver la pierre qui sauve de toutes les maladies. Pour tester, il faut des cobayes. A-t-on le droit, éthiquement parlant, de faire ingurgiter à un malade même en phase terminale, un « médicament » qui peut le faire mourir immédiatement ? Continuer la lecture →

Polar historique

La guerre, la grande virtuelle, celle de « 100 ans »

Les livres d’Histoire de l’enfance de Jean d’Aillon – né en 1948 – parlaient de cette guerre sans fin opposant les Français aux Anglais. En fait de guerre de 100 ans, cette guerre a été marquée par les questions de succession entre des dirigeants de la même engeance, des mêmes familles. Ces manuels d’un temps qui apparaît désormais ancien pratiquaient une confusion entre les Angles, habitants de l’Angleterre, et les Britanniques tels qu’ils sont aujourd’hui. Le Royaume-Uni est une construction étatique réunissant différentes formations sociales. Dans le contexte actuel, cette alliance est en train d’éclater. Les tendances centrifuges rendent visibles les réalités du passé. Continuer la lecture →

20 ans et toutes ses envies

Le collectif Jazz de Basse-Normandie s’étend.

aff 1MJN16 33x33La fusion des deux Normandie a déjà un effet. Le collectif Jazz ex Basse Normandie devient le Collectif Jazz en Normandie. Toute la nouvelle Région est désormais susceptible d’être touchée par la grâce du jazz. Enfin, pas tout à fait. Pas encore. Mais la route est tracée. Pour l’heure, le jazz se baladera surtout entre la Manche, le Calvados et l’Orne pour ce mois de mars 2016 avec l’objectif de fédérer d’autres réseaux que Focus Jazz pour alimenter les lieux du jazz.
Suivez le calendrier que vous pouvez consulter en cliquant sur le lien ci-dessous pour découvrir à la fois les musicien(ne)s officiant dans l’ex-Basse-Normandie, sans oublier le « Petit Label » qui enregistre tous ces musiciens et beaucoup d’autres et les « invités » dont Bernard Lubat renouant son histoire d’amour avec la batterie et l’ONJ – Orchestre national de Jazz – en clôture de ce mois de jazz.
Nicolas Béniès.

CP 1MJN 2016

Jazz, Louis Armstrong, 1962

Un concert à Paris (Olympia) le 24 avril 1962.

Louis Armstrong à ParisLouis Armstrong transporte son « All Stars » de villes en villes, de pays en pays depuis la fin des années 1940. Partout, il est accueilli comme un roi. Ce qu’il est sans conteste. Roi des Zulus que la Nouvelle Orléans élit tous les mardi gras, roi de ce royaume superbe et inconnu, le jazz. Louis est le génie tutélaire du jazz à n’en pas douter. La folle créativité fut sienne dans les années 20-30 à s’en péter les lèvres.
Dans les années 50/60, il se répète en reprenant les thèmes habituels d’un jazz appelé traditionnel ou dixieland. Il reste une voix inspiré par des muses étranges qui arrive à nous charmer. Les sirènes avaient-elles sa voix rocailleuse ? Boris Vian, à juste raison, sera déçu de la prestation du all star armstronien. Il s’attendait à un Dieu flottant sur les temps, il n’eût que le trompettiste ayant largué toutes ses bombes. Il restait Louis Armstrong malgré et contre tout. Sa biographie ne dit pas tout. Les légendes sont si nombreuses qu’il faudrait plusieurs livres pour les combattre. A quoi bon, vous connaissez la formule de John Huston : « Quand la légende est plus belle que la réalité, il faut imprimer la légende ». Souvent, se multiplient les anachronismes. Telle citation de Dada n’est pas remise dans son contexte, telle appréciation n’est pas vérifiée et le tout à l’avenant. On le sait, on ne prête qu’aux riches…
Le répertoire du all star change peu, le spectacle non plus. La multiplication des enregistrements publics le montre à l’évidence. Pourtant, il en est qui sortent du lot et celui là, à Paris ce 24 avril 1962, en fait partie.
Paris est une des capitales du jazz en ce temps là. Louis y est déjà venu. Deux fois. En 1934 – et il n’a pas pu rencontré Django – et en 1948. L’Olympia, un lieu particulier dans ces années 50/60, en lien avec Europe 1 et « Pour ceux qui aiment le jazz ». La jeunesse inonde les fauteuils de cette salle, prenant possession des lieux. Ce sera sa caverne, plus saine que le Tabou. Elle y cassera les fauteuils dés 1955 pour un concert de Sidney Bechet. Continuer la lecture →

Le coin du polar.

Le polar est un genre en train de tellement se diversifier que, bientôt, il faudra abandonner cete classification. De plus il s’introduit dans toutes les sphères de la littérature à croire qu’il est le seul à être encore un peu soit peut vivant.
Pour cette sélection, trois types de polar donc. Historique et sociologique – un peu artistique – pour faire revivre ce Paris étrange, celui de l’Occupation, littéraire avec Benjamin Black qui recrée la figure de Philip Marlowe en s’inspirant de Chandler pour continuer son œuvre prenant une dimension abstraite faute de définir la chronologie mais ce flou procure de nouvelles sensations et, enfin, pénétrer dans notre monde moderne de plus en plus barbare avec un nouveau personnage, un enquêteur de 27 ans, « Zack » – titre aussi de ce roman écrit à 4 mains dans la Série Noire – capable d’incarner les vices qui rongent nos sociétés comme la suédoise.
Une confrontation étrange. Les méthodes d’investigation sont très différentes. Malgré le contexte de l’Occupation, l’enquête est classique, la barbarie est extérieure pour « Occupe-toi d’Arletty », cependant que Black investit la barbarie intérieure – une nouvelle contrée – et Kallentoft/Lutteman la déstructuration de la société suédoise, une société comme la plupart des autres totalement corrompue.
Peut-être dans ce partage de la barbarie trouve-t-on la cause principale de la victoire du polar. Ce genre s’est fait connaître par l’utilisation de la violence, la description de la société « réelle » pour créer des personnages un pied – quelque fois plus – hors de ce monde. Il faut de la distance pour être un détective privé à la sauce Hammett ou Chandler, avec un code de vie qui ne permet pas de céder aux corrupteurs, une distance nécessaire pour décrire toutes les barbaries. Continuer la lecture →

Nouveautés Jazz

Chansons des rues.

busking-v« Busking » soit, en français dans les textes, « en chantant dans les rues », est un album signé par deux musiciens hors normes, Hélène Labarrière contrebassiste et Hasse Poulsen guitariste. Il permet des expériences à partir de chansons que tout le monde a entendues au moins une fois. Même la seule composition de Poulsen donne l’impression d’avoir cette rondeur d’un air déjà entendu.
Pour tenter le diable, il faudrait d’abord entendre ces chansons sans consulter les titres. Ils vous disent quelque chose. Comme une familiarité qui s’évapore à certains moments. Comme une ombre de la connaissance. Vos oreilles et votre mémoire entre dans un combat de titans. Mettre un titre semble hors de portée – dans tous les sens du terme. Vous naviguez entre le connu et le moins connu. Les deux compères se sont visiblement amusés à tout faire pour vous dérouter. Il faut dire aussi qu’il et elle n’ont pas choisi de vous facilitez la voie. Continuer la lecture →