La littérature, la poésie peuvent elles mieux faire ressentir la perte d’humanité imposée par les nazis à toutes les populations juives d’Europe ? Jirí Weil (1900-1959) a vécu à Prague cette période de déportation, de peurs, d’angoisses, de profonde solitude, d’un temps aussi de solidarité. « Vivre avec une étoile est une description quasi clinique d’un homme pourchassé , nié en tant qu’homme qui ne peut que faire preuve d’obéissance servile pour éviter le départ dans un convoi qui ne mène qu’à la mort. Son sort dépend en partie des instances de la Communauté (juive mais l’adjectif n’est pas employé) qui lui trouve un travail, dans un cimetière, tout en dressant des listes de ceux celles qui doivent partir, avec leurs trésors, sans épargner les femmes et les enfants.. Enfermé dans sa terreur, il se blottit dans sa mansarde, quasi à ciel ouvert, souffrant de la faim, attendant l’inéluctable. D’être humain, il en est devenu un fantôme. Il devra à une erreur de cette administration tatillonne de ne pas partir avec les autres porteurs du même nom que lui, liste dressée par les responsables de la Communauté. Continuer la lecture
Archives de l’auteur : Nicolas Beniès
Jazz, une nouvelle venue, Nicole Glover et un trio retrrouvé
Découvri-r une saxophoniste
Nicole Glover publie son deuxième album – le premier s’intitulait « First Record », on ne saurait être plus précis – au titre en forme de définition du jazz « Memories, Dreams, Reflections » – titre de l’autobiographie de Jung. Les mémoires elle les diffuse par sa sonorité, les rêves infusent sa manière de jouer et les réflexions sur le jazz d’aujourd’hui. La saxophoniste ténor a choisi un trio, à la Sonny Rollins, un pionnier en la matière. Tyrone Allen II est le bassiste et Kayvon Gordon le batteur pour un échange intense se servant de toutes les mémoires du jazz pour aller vers de rêves forcément d’avenir. Elle corse les réflexions par le remplacement, pour deux plages, du bassiste par un violoncelliste, Lester Saint-Louis pour ouvrir d’autres portes, d’autres rêves pour faire vivre le jazz. Dans son jeu s’accumule les sonorités des saxophones du passé, à commencer par Albert Ayler, sonorités qui viennent habiter notre présent.
A écouter de toute urgence.
Nicolas Béniès
Un CD Savant
Sauvé des eaux de l’oubli
Un trio mythique dans les années 1992-93, Joachim Kühn, piano, Daniel Humair, batterie, Jean-François Jenny-Clark, contrebasse, saisi en public dans toute sa force créative. Superbe, une musique qui devrait convaincre le monde entier comme ce fut le cas ces années là, de la nécessité du jazz, d’un jazz libre qui ne connaît aucune frontière.
Je me souviens de ce trio comme si c’était hier. J’avais longuement discuté avec Jean François Jenny Clark, contrebassiste étonnant qui arrivait à faire passer dans sa musique ce qu’il était : un homme chaleureux qui n’était pas étranger à toutes les misères d’un monde qui n’en manquent pas. Sa mort, à 54 ans m’avait profondément affectée.
N.B.
Un CD Frémeaux et associés, « On Tour 1992-1993 »
Des coffrets Frémeaux et associés
Idées cadeaux
Le temps de décembre est aux cadeaux plus ou moins marchands – la vogue actuelle de la deuxième main -, plus ou moins adaptés, plus au moins sympathiques.
Trois coffrets proposés par Frémeaux et associés donnent à entendre des musique de danse, de joie, de sourire et de rire. Continuer la lecture
Une recette pour devenir végétarien
Un polar cuisiné aux petits oignons
Une journaliste, qui avait de grands projets, a une idée géniale pour « faire » de l’argent : filmer en direct et sans prévenir les cuisines de restaurants choisi au hasard. Elle tombe sur… Karl Angus qui cuisine, seul, des êtres humains. Scandale aux multiples facettes pour commissariat de Fontainebleau, la commissaire, Catherine Hardy et ses deux capitaines Rachel Kuldinski et William Toulouze – qui a du mal avec le téléphone, la hiérarchie – mènent l’enquête contre les notables, procureur, préfet et autres mouillés dans le trafic d’êtres humains pour en faire des plats cuisinés. Continuer la lecture
Horn, quel drôle de nom
Un livre monde
Horn venait la nuit est d’abord une histoire de fantôme, celui de l’amour évaporé, rêve qui reste à la surface du réel, l’envahit, le percute et le fait résonner comme un tronc creux. Fantôme aussi le passé des sociétés d’Europe de l’est disparues sans laisser d’autre trace que la police secrète, qui se perpétue en servant d’autres maîtres, ou les mêmes qui ont changé de masque. Fantôme que le monde qui se voudrait être le nôtre, incapable de sortir de lui-même pour proposer un avenir crédible. Ce monde dans sa volonté de se perpétuer en se répétant, refusant de changer de structure, recèle un torrent de dépression et d’éclatement non contrôlés. Continuer la lecture
Jimmy Gourley, un oublié qui résiste
Le jazz sans frontière
Le jazz de l’après Seconde Guerre mondiale s’est façonné aussi à Paris. La fin de l’Occupation a suscité le besoin d’oublier, nécessaire pour aller de l’avant. Les jeunes ne voulaient rien à voir avec la génération d’avant tenue pour responsable. Le be-bop – une révolution dans le jazz initiée par Charlie Parker et codifiée par « Dizzy » Gillespie – débarque à Paris en 1946 via les enregistrements que Charles Delaunay, directeur de la revue Jazz Hot, s’était procurés aux États-Unis, à New York. Le local de la revue, rue Chaptal, réunissait tous les jeunes musiciens avides d’intégrer ce nouveau langage. Continuer la lecture
Mémoire du passé et du présent
Les États-Unis dans le miroir de leur histoire
Timothy Egan, « un des grands auteurs de non-fiction » – c’est la présentation qu’en donne l’éditeur -, raconte, vraisemblablement avec un zeste de dramatisation et un effet de loupe sur un seul personnage, la renaissance du Ku Klux Klan dans les années de l’immédiat après Première Guerre mondiale. Le Klan était né après la guerre de Sécession (1861-1865) dans les États du Sud pour refuser la domination du Nord, conserver l’esclavage, en refusant les droits civiques pour les Africains-Américains, lutter contre les papistes et les Juifs. Le Président Ulysse Grant les avait poursuivi en justice et les avait éradiqués. Du moins le croyait-on. Continuer la lecture
La déconfiture
Retrouver la mémoire
Les fêtes, les anniversaires collectifs – le Débarquement, la Libération – font partie d’une panoplie mémorielle qui tend à forger des souvenirs en ignorant trop souvent le travail, vital, de mémoire. Le Débarquement, exemple emblématique, est souvent réduit à sa version normande en laissant de côté celui d’Italie. Tombés aussi dans l’oubli les engagés sénégalais ainsi que la légion étrangère, ces régiments de sans papiers devenus les défenseurs de la France, surtout de sa devise liberté, égalité, fraternité. Continuer la lecture
La drôle de guerre en BD, la force des dessins
>Retrouver la mémoire
la date d’anniversaire de la Libération est fêtée et agite souvent le passé pour le décomposer et le recomposer à la mode du présent. La forme des commémorations indique cette réécriture continuelle de l’Histoire qui permet l’oubli d’une partie de la réalité d’alors.
Notre mémoire collective est à trous. Il est souvent nécessaire de combler les failles. Les historien.ne.s sont essentiel.le.s mais pas seulement. La BD particulièrement est un outil qui permet de diffuser les émotions du moment et faire partager le quotidien de ceux et celles impliquées dans l’Histoire. Les dessins font œuvre de mémoire et nous avons souvent besoin de la retrouver. Elle facilite ce travail. Continuer la lecture
Histoire des expressions françaises
Trésors et méandres de la langue française
« C’est du pipeau ! » titre Stéphane Gendron pour nous inviter à un voyage dans les expressions françaises à partir du « jargon de la musique et des musiciens » comme l’indique le sous titre de ce faux-vrai dictionnaire. Le pipeau est « une flûte champêtre à 6 trous en bois ou en roseau qui, au Moyen-Âge, se nommaient pipes ou pipets » nous dit-il pour ensuite nous balader dans l’histoire des différentes expressions. Ainsi « c’est du pipeau », apparue dans les dernières décennies du 20e siècle provient de « ne pas se laisser prendre aux pipeaux de quelqu’un » issue d’un piège à oiseaux nommé pipeau, une sorte de faux nid. Continuer la lecture
